Si elle avait appelé à voter Sarkozy, Marine Le Pen se serait suicidée politiquement

Je lis de nombreux textes de lecteurs de Riposte Laïque, dont celui de votre collaborateur Jacques Philarchein, qui reprochent à la candidate du Front national de ne pas avoir appelé à voter Sarkozy, et donc de porter la responsabilité de la victoire de François Hollande, dans laquelle beaucoup voient une catastrophe irrémédiable.

Je pense que ces contributeurs se trompent d’époque, et pensent que, tel dans les années 1986, le Front national peut encore servir de béquille à l’UMP (RPR à l’époque) pour faire barrage à la gauche, notamment dans les régions, et avoir quelques élus. Ils n’ont pas compris que le Front national n’est plus un parti qu’on peut classer à la droite de la droite, comme ses options libérales le permettaient dans les années 1980, mais qu’il recueille, sur une ligne patriote, sociale et républicaine, des électeurs et militants venus également en grand nombre de la gauche.

Si Marine Le Pen a fait 18 % des voix au premier tour, malgré une campagne d’une rare violence à son encontre des journalistes, et des petits fascistes d’extrême gauche, qui ont multiplié provocations, vandalisme et agressions à l’encontre des militants du FN, c’est parce qu’elle a été d’une clarté absolue sur la question droite-gauche, expliquant que l’UMP et le PS n’étaient que les deux faces d’un même miroir, qu’ils avaient voté ensemble le traité de Lisbonne, et votaient à Bruxelles 97 % des textes européens. Elle a d’autre part parfaitement démontré leur responsabilité commune dans la dégradation de la France, par une alternance sans alternative qui faisait que les uns remplaçaient les autres, sans que cela ne change quoi que cela soit sur les grandes questions qui préoccupaient les Français : souveraineté nationale, salaires, emploi, sécurité, immigration, islamisation, services publics…

Faut-il rappeler qu’à Henin-Beaumont, l’UMP a appelé à voter pour une gauche totalement corrompue, qui a ruiné la ville, plutôt que de laisser le FN prendre la mairie. Faut-il rappeler que l’aile centriste de l’UMP a affirmé sa préférence socialiste, et que même ceux qu’on appelle l’aile droite, la Droite populaire, n’a jamais osé affirmer préférer le FN au PS.

Il est trop facile aujourd’hui de faire porter à la seule Marine Le Pen la responsabilité de la défaite de Nicolas Sarkozy, même si, par calcul stratégique, cette issue l’arrange. Il n’y a d’autre part aucune comparaison à faire entre l’attitude de Jacques Chirac, en 1981, appelant mollement à voter Giscard d’Estaing, mais faisant voter ses militants pour François Mitterrand, celle du PCF appelant officiellement à voter Mitterrand, mais  défendant en interne le « vote révolutionnaire » Valéry Giscard d’Estaing, et l’attitude de Marine Le Pen, qui, contrairement aux deux autres, n’a jamais eu de double langage.

J’ai trouvé en effet que celle-ci a été très claire, en disant que personnellement, elle voterait blanc, mais qu’elle laissait ses électeurs et militants choisir en leur âme et conscience. Que pouvait-elle faire d’autre ? Refuser de répondre aux journalistes ? Ceux-ci auraient fait une campagne accusant Marine Le Pen d’avoir honte de son vote. Dire qu’elle allait voter Hollande ? Cela aurait été un schisme dans son électorat, et en interne. Dire qu’elle allait voter Sarkozy, comme le souhaitait Jacques Philarchein ? De nombreux militants issus de la gauche, qui avaient rejoint le FN, auraient pu, à juste titre, s’estimer trahis, par ce vote, et protester sur le fait qu’ils n’avaient pas rejoint le FN pour servir de supplétifs à une droite mondialiste, européiste, qui a renié toutes ses valeurs pour courir après la gauche.

Je ne vois vraiment pas ce qu’aurait pu faire d’autre Marine Le Pen. Voulait-on qu’elle se suicide politiquement ? Je pense que cette polémique, qui fait le jeu des Juppé-Kosciusko-Morizet, doit cesser. L’heure est à la Résistance, que tous les patriotes se concentrent à présent sur les législatives, et fassent en sorte que le maximum de députés de la vague bleu Marine rentrent au Parlement, pour défendre ce qu’il reste à sauver de la France.

Bernard Bayle


Derniers articles du même auteur :



Ce contenu a été publié dans RESISTANCE REPUBLICAINE. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.