Suisse : l’intégrisme musulman est une menace grave pour la démocratie

Publié le 2 novembre 2009 - par
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L’initiative visant l’interdiction des minarets ne menace ni la liberté religieuse, ni la liberté de culte, qui peuvent être pratiquées – et le sont – dans de multiples salles de prière sans minaret. Son acceptation créerait néanmoins un climat malsain, elle tendrait à donner raison aux chantres de l’intégrisme qui crient sans trêve à la discrimination. Et son acceptation ne résoudrait rien du problème que pose cet intégrisme aux démocraties.

Changeons quelques minutes l’orientation des projecteurs et passons de l’UDC et de son affiche aux guides spirituels musulmans. Qu’enseignent-ils, ces porte-parole, imams et responsables d’associations culturelles en matière de liberté de religion à leurs ouailles? Et plus précisément:

Sont-ils favorables à ce que les musulmans puissent sans aucune restriction ni contrainte quitter leur religion?
Sont-ils d’accord que les femmes de leur communauté puissent aussi, comme les hommes, épouser un juif ou un chrétien, et plus généralement qu’hommes et femmes puissent convoler avec la personne de leur choix, fut-elle athée ou shintoïste?

Apprécient-ils l’extraordinaire liberté de prosélytisme dont ils jouissent dans nos démocraties et souhaitent-ils que cette même liberté soit accordée aux autres communautés religieuses dans tous les pays, y compris musulmans?

Sont-ils partisans de la liberté d’expression et donc opposés à l’introduction dans notre droit de toute sanction pour «diffamation des religions» ou «blasphème»?

Ces questions ne sont ni provocantes, ni aberrantes. Selon ses textes «sacrés», il est en effet interdit à un musulman de changer de religion. L’apostasie est punie de mort par la charia et cette sanction est encore en vigueur dans une demi-douzaine de pays islamiques. Dans les autres, les punitions en cas de transgression sont lourdes. A la prison sont souvent associés le harcèlement social, le divorce imposé, l’enlèvement des enfants, bref, la dévastation de la vie du «coupable». La critique de l’islam (blasphème, diffamation) et le prosélytisme d’autres religions sont aussi prohibés dans ces pays, sous peine de sanctions graves.

Selon cette même tradition, une musulmane n’a pas le droit d’épouser un non-musulman. L’inverse est autorisé (une juive ou une chrétienne seulement), quoique déconseillé dans les pays où les musulmans sont minoritaires.

Historiquement, l’islam a toujours attribué une suprématie absolue à sa religion. Qu’on ne nous rappelle pas une fois de plus le verset du Coran qui dit «Nulle contrainte en religion». Il se réfère au droit des non-musulmans à embrasser l’islam, et des dizaines d’autres versets incitent à combattre tous ceux qui n’ont pas rejoint «le sentier d’Allah». Les guides spirituels musulmans pensent-ils qu’on peut – qu’on doit – aujourd’hui ignorer ces appels à la guerre sainte?

Les porte-voix musulmans peuvent bien sûr ne pas souscrire à la liberté de conscience: la démocratie n’exige pas que tout le monde partage ses valeurs. Mais pour les démocrates et féministes, il est important de savoir qui sont leurs adversaires afin le cas échéant, de les combattre avec fermeté dans le débat démocratique.

Cette initiative a priori absurde a recueilli plus de 100 000 paraphes et récoltera probablement beaucoup plus de votes. Tous des racistes? Outre l’absurdité de ce terme accolé à une religion et à des personnes de toutes couleurs et de toutes origines, la réalité est qu’une partie des signataires et des votants tentent par là d’exprimer leurs craintes face à un mouvement obscurantiste de plus en plus puissant. Un mouvement qui en Europe réintroduit la religion dans toutes les institutions: entreprises, écoles et universités (où l’on réserve des salles pour que travailleurs et élèves puissent prier), hôpitaux, espace public (des rues de Paris sont fermées par des musulmans durant plusieurs heures chaque vendredi pour y prier), tribunaux où les procédures destinées à obtenir de nouveaux droits se multiplient.

Ce mouvement est engagé dans une régression profonde de l’égalité entre hommes et femmes. Elle se traduit par un foulard en croissance exponentielle (suivi désormais de la «burqa»), par des demandes de dispenses scolaires, des mariages forcés (on les estime à 17 000 en Suisse), des crimes d’honneur, la demande (et la délivrance!) de certificats de virginité, la réfection d’hymen… la liste est longue.

Les citoyens qui tentent de résister à ce mouvement, dont les musulmans progressistes, se sentent légitimement abandonnés par les partis de gauche et la droite humaniste qui devraient être les premiers à monter au front. Et ceci d’autant plus qu’en Suisse la quasi-totalité des leaders musulmans régulièrement sollicités par les médias adhèrent à une version intégriste de leur religion. L’initiative est une des rares
occasions de débattre de ce mouvement théocratique qui travaille les populations musulmanes.

Mais… est-ce que je me trompe? L’ouverture est-elle en réalité du côté de ces guides spirituels? Qu’ils démentent cette méfiance et rassurent ceux qui les craignent. Etre dans l’erreur, pour une fois, me ravirait.

Mireille Vallette

Mireille Vallette est l’auteur de «Islamophobie ou légitime
défiance? Egalité des sexes et démocratie: la Suisse face à l’intégrisme islamique», paru chez Favre en 2009.

Article publié dans « Le Temps »

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