Supplique à nos amis britanniques : tirez vous de l’Europe !

Evidemment, faire bouffer du cheval à des Anglais bientôt réduits à chasser un renard plastifié en trottinette est d’un « absolutely and definitivly shocking« . Non seulement les traditions se perdent mais voilà que ces foutus mangeurs de grenouilles refilent à leurs chers voisins de la carne hippique récupérée par des intermédiaires douteux sur des bords de chemins roumains. D’ici à ce qu’on trouve des escargots maquillés en confit de canard dans les assiettes de Windsor, il n’y a que l’épaisseur d’une coquille. Damned, Trafalgar, Aboukir et Waterloo n’ont donc servi à rien.

Rule Britannia! La perfidie a changé de camp, et c’est du côté d’anciens massacreurs de rugbymen anglais (les Spanghero brothers en passèrent quelques uns au hachoir à mêlées) qu’il faut chercher la faille dans le dipositif. Come on Pitt, Wellington et les vestes rouges des rois George! Le risque d’une septième coalition levée pour en finir avec les derniers soubresauts de l’épopée gastronomique française est réel. Nous allons vers des lendemains incertains.

Rassurez-vous, amis Britanniques, et ravalez vos légitimes colères. Votre vengeance est en route depuis longtemps. Car, sachez-le, cette Europe qui vous donne tant l’urticaire, offre aux horribles républicains d’outre-Manche le fabuleux privilège de consommer de la carne certifiée La Mecque, dûment moulinée sous l’oeil sans grande compassion (pour les animaux) des mollahs commis aux abattoirs. Ici l’on mange massivement halal, et à part quelques vétérinaires sonnant des tocsins aphones, pas grand monde n’y voit le moindre inconvénient. Vous avez vos tribunaux de la charia, nous avons nos steaks tartares poivrés au colibacille pathogène, à chacun sa merde, ça évite les guerres stupides entre vieux adversaires à l’agonie.

Une centaine d’enfants meurent chez nous chaque année, reins bloqués, coeur en déroute, pour avoir avalé de ces saloperies sous l’oeil attendri de leurs parents. Croyez-vous que cela fasse la une de nos miroirs-à-lâchetés? Certainly not!! Le canasson à la place du bovidé dans les barquettes Findus, voilà le vrai scandale, l’abomination, l’intolérable. Nos parents furent malgré tout contents d’en remplir chichement leurs écuelles, il y a peu. Quant à la génération d’avant, elle liquida les rongeurs des sous-sols parisiens sous le feu des canons prussiens. Les gens sont un peu ratiocineurs, don’t you think so?. Ô, mémoire, quand tu nous abandonnes…

Vous n’avez peut-être pas tort, old chaps, de vouloir quitter ce foutoir où une jument aurait du mal à reconnaître son veau. Quand le premier producteur de viande du continent (le même qui, possédant cinquante six facultés de Médecine, importe dix-mille médecins roumains), paie la dérégulation ultra-libérale de cette manière, il n’y a plus grand-chose à espérer de lui. Il ne maîtrise plus rien, même pas les incendies qu’il a lui-même allumés.

« Si je dois choisir entre le continent et le grand large, je choisirai toujours le grand large », dit un jour Churchill à de Gaulle. Il avait raison. Amis britanniques, larguez les amarres et hissez les voiles vers votre allié naturel. Laissez-nous dans nos bouses et crottins made in Romania, fermez le Tunnel et devenez ce qu’au fond vous rêvez d’être, le 52è État américain. Bon vent, vous savez dominer la mer! Ici, plus d’espoir. Un voeu cependant, pour terminer : emportez vers l’ouest votre panse de brebis farçie et veillez à ne pas laisser dériver vers nous des conteneurs de porridge. Il est des limites humaines que l’on ne peut, en tout état de cause, franchir.

Alain Dubos

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