Symboles et violences des monothéismes

Tout avait pourtant si bien commencé, Dieu, si bon, créant le paradis terrestre…. ! Créant  une compagne pour   l’homme  afin qu’il ne s’ennuyât point, « tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils n’avaient  pas honte l’un devant l’autre (1)»…. Tout était pour le mieux… C’eut été trop beau et, sans doute,  en  serait-on resté là ! Nous aurions coulé des jours heureux  une sorte de « peace and love » éternels … ! Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, pourquoi faire doux quand on peut faire violent ? Ces deux premiers êtres devaient rester soumis à leur créateur,  surtout ils devaient rester ignorants, pas touche au fruit défendu du savoir: «  Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car, le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort. » Vilain !

Fin du premier épisode ou : comment le conte de fée se transforme en cauchemar !  Pauvre couple chassé du paradis, c’est bien fait non ? Mais il faut des peines exemplaires, Dieu  ne rigolait pas  avec les peines plancher !  Elles furent même transmissibles de génération en génération….ad vitam aeternam ! Avec une coupable idéale : au César de la plus vilaine tentatrice de l’histoire, de la plus grande pécheresse de tous les temps : j’ai nommé Eve ! Ce Dieu, si bon, se transforme alors en horrible Père fouettard maudissant Adam: « Maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie. Je mettrai une hostilité entre toi et la femme entre ton lignage et le sien. Il t’ écrasera la tête et tu l’atteindras au talon… A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain jusqu’à ce que tu retournes au sol puisque tu en fus tiré ». Bigre quelle violence ! Ces paroles ne pouvaient que nous préparer un destin tragique et une belle  guerre de chiffonniers entre mâles et femelles !

Pour Eve, sans laquelle rien de tout cela ne serait arrivé,  le paquet garni : « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et, lui, dominera sur toi ». On comprend pourquoi le machisme a tellement de vivacité aujourd’hui encore, et pourquoi les femmes ont tant de mal à lutter pour une égalité réelle des droits.

L’histoire à la base des 3 monothéismes ne sera qu’une succession d’injustices et d’actes violents de la part de  Dieu. Il préfèrera les présents d’Abel, l’éleveur, qui offre les premiers nés de son troupeau, à ceux de Caïn, cultivateur,  offrant les produits du sol…. ! Pourquoi ? Il noiera les Egyptiens dans la mer rouge, préférant une peuplade à une autre, pourquoi ? Il rasera  des villes détruira des temples  et provoquera ainsi la volonté de revanche des uns sur les autres ! Après le déluge il enverra des sécheresses des famines. Même la naissance de jésus sera source de violence puisqu’on tuera les saints innocents tous les nouveaux nés de 0 à 2 ans.  On a envie de crier : Mon Dieu stop ! Stop à tout cela !

Les sociétés polythéistes ont certainement eu leur part de conflits,  et il est difficile de mesurer si la souffrance et la violence de notre monde peuvent s’expliquer totalement à partir de la violence biblique à l’origine des 3 religions monothéistes.  On peut cependant remarquer, dans bien des faits historiques, combien  cette assise a  pesé et pèse encore sur nos destins. Tous les cataclysmes de notre histoire n’ont-ils pas étés, et ne sont-ils pas, encore aujourd’hui, bêtement justifiés par la volonté divine ? Combien sont-ils ces gourous du XXI ème siècle qui profitent des catastrophes naturelles pour nous redonner un petit coup de culpabilité biblique? On les a vus à l’œuvre de façon honteuse en Haïti, ou dans le tremblement de terre de Qom. Certains ne  prévoient-ils pas la fin du monde en décembre 2012 ? Combien de malades ne sont-ils pas convaincus que si la maladie leur arrive c’est à cause de leurs péchés ? Qui n’en commet pas  d’ailleurs ? La violence dont sont victimes les femmes ne trouve-t-elle pas sa source dans son infériorité  « des écritures » et dans ce fameux péché originel d’Eve ?

Il a fallu attendre les années 1950 pour qu’on commence à évoluer sur la souffrance de l’accouchement et qu’on  essaye  de l’adoucir. Longtemps les  religions ont vu le malade comme un être choisi par Dieu, une sorte de chouchou… plus aimé que les autres, on lui envoyait cela pour l’éprouver, il devait résister, et presque à la limite remercier ce  Dieu  bienfaiteur  merci mon Dieu, Inch Allah…. ! Il serait récompensé au paradis…. !

C’est par une volonté de détachement de cette emprise religieuse que les hommes se sont extirpés de la violence et ont agi  contre la souffrance. Et c’est en refusant le statut d’infériorité biblique ou coranique que les femmes pourront se revendiquer comme des être à part entière et pas comme des demi- personnes, demi-héritières, demi- choses, voire tiers ou quart de chose, soumises par exemple à la polygamie. C’est par une volonté de détachement de l’emprise religieuse que s’imposeront les droits humains universels, notamment la Liberté de Conscience.

La plupart des hommes de Sciences ont mis  leurs recherches et leurs travaux au service de l’humanité. Ce progrès humain, né bien souvent dans les pays où l’on a su et pu s’éloigner des  commandements religieux, doit s’étendre et profiter à tous. Il est inquiétant de voir revenir au galop, au centre de nos sociétés, un monothéisme, nouveau dans notre paysage, nous imposer de nouveaux  impératifs, vestimentaires, sexistes, culinaires, ségrégationnistes. Au regard de l’histoire qui a vu ces  différents courants monothéistes se livrer a tant de guerres terribles, (croisades, guerres catholiques contre protestants, calvinistes contre luthériens, aujourd’hui, djihad international, conflits violents sunnites contre chiites, musulmans contre chrétiens ou hindouistes) est-il bien utile  de revenir en arrière, de dérouler à nouveau le tapis rouge aux propagateurs de fois diverses ? Est-il bien utile que nos élus de gauche nous ramènent le fait religieux au milieu du paysage ? Est-il souhaitable que l’on brandisse de nouveau, comme au moyen-âge, ces livres religieux avec  la terrible peur de l’enfer, et qu’on encourage la violence et la volonté inquisitrice de certains prédicateurs ? Est-il bien intelligent, par exemple, que nos élus,  montent tous au créneau pour défendre  l’abattage rituel, qui, outre le côté tiroir-caisse religieux imposé à tous, est l’image même de cette brutalité sacrificielle biblique originelle et millénaire ?

Que les grands ordonnateurs de ceux qui veulent continuer à se comporter en référence à des textes religieux  d’un autre âge  nous laissent vivre en paix sans imposer à tous leurs mœurs d’un autre âge  !

Chantal Crabère

(1) Extraits de La Bible illustrée par Gustave Doré


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