Terreur sainte, de Frank Miller : la bataille de notre civilisation contre une non-civilisation

Publié le 22 octobre 2012 - par - 1 605 vues
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Après les récentes caricatures de Mahomet dans Charlie hebdo, voici qu’une nouvelle mise à l’index dans la bibliothèque de l’enfer « islamophobe » se fait jour : Terreur Sainte (1) de Frank Miller.

Pour les non-initiés, Frank Miller est un auteur américain de comics  mondialement connu. Il a entre autres réalisé deux séries majeures du Neuvième Art : Sin City et 300, cette dernière relatant la bataille antique des Thermopyles entre les Spartiates du roi grec Léonidas et les armées perses de Xerxès Ier. Déjà à l’époque, l’auteur avait été fustigé  pour sa peinture outrancière des Perses (les actuels Iraniens), l’extrême susceptibilité de certains pays remontant assez loin dans le temps ! La narration de Miller se caractérise par une violence extrême et un rythme effréné. Son dessin exprime une énergie fulgurante où les formes des personnages se perdent dans des décors fantomatiques. C’est une explosion de traits. Rien à voir avec la ligne claire d’un Hergé.

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Après le 11 septembre 2001, Miller a reçu un choc émotionnel inouï. Il a ainsi fait des déclarations de plus en plus virulentes contre l’islam, jusqu’à produire en 2011 une bande dessinée, certes inégale et pourtant maîtrisée,  mais surtout « intolérable » pour les défenseurs béats de ce totalitarisme venu du Moyen Âge : Terreur Sainte. L’œuvre, qui vient de sortir dans sa version française en septembre, est depuis lors frappée d’anathème, après avoir subi l’ire des bien-pensants outre-Atlantique. Pour exemple, lisez ceci : « Il serait bien facile d’évacuer ce livre caricatural, grossier et partisan sans s’interroger sur ce qu’il nous dit du monde, des pôles qui s’opposent, avec en point d’orgue la menace énoncée contre la suprématie et la toute-puissance américaines là où elles devraient être indiscutables : sur son propre sol. Or ce qui me surprend le plus dans ce livre de « propagande » (comme l’a dit Miller lui-même sans ambiguïté) c’est son absence de distance, son incapacité à discuter ces éléments d’analyse et d’actualité, dans un ressentiment qui fait écho aux méthodes d’une chaîne ouvertement républicaine comme Fox News. » (Sébastien Naeco, http://lecomptoirdelabd.blog.lemonde.fr/2012/09/30/frank-miller-en-chantre-de-la-grostesque-terreur-sainte/).

Terreur Sainte se déroule dans une mégapole encombrée par une poussière persistante (celle des tours effondrées du World Trade Center ?), Empire City, et annonce d’emblée la couleur  (sans mauvais jeu de mots car l’œuvre est presque entièrement en noir et blanc !) par une citation de Mahomet : « Si tu croises l’infidèle, tue l’infidèle. » Dans cet univers urbain, dont les décors évoquent évidemment New York, deux personnages justiciers (La Chat-Pardeuse et L’Arrangeur) vont se retrouver confrontés à un groupe islamiste armé, entre attentats suicides et divers actes terroristes. Rien de très nouveau, ni de très choquant.

Mais Miller ne s’en tient pas là : il traduit, au fil de ses cases, les angoisses d’une Amérique frappée comme aucune autre nation par ce terrorisme islamiste qui n’hésite pas à sacrifier des adolescentes à sa cause fanatique. Ainsi, la jeune Amina, en apparence occidentalisée et buvant même de l’alcool, est en fait une « martyre » qui se fera exploser parmi d’autres jeunes gens de son âge, révélant à son prétendant qu’elle a le « Paradis » sous son blouson, autrement dit une ceinture d’explosifs qu’elle actionne juste après. Au fil des planches, les morts s’accumulent au nom de l’islam. Des portraits de victimes d’attentats (si nombreuses qu’à la fin elles ne sont plus que des cases vides, anonymes), de personnalités et de combattants islamistes se succèdent : images subliminales pour confronter le chagrin et la colère à une haine insaisissable. Soudain, une tête décapitée  brandie par un bras sorti de nulle part dans une case blanche nous signifie en substance notre châtiment à nous, les « infidèles ». La vie humaine n’a pas de valeur pour ces intégristes fous qui n’hésitent pas à pulvériser un hélicoptère transportant l’un des leurs blessé que tentent de sauver des Américains civilisés. Mal leur en prendra !

Terreur Sainte ne montre pas ce choc des civilisations qu’on nous vend un peu trop facilement pour justifier l’injustifiable : c’est une civilisation, la nôtre, qui se bat contre une non-civilisation. Le monde nébuleux de l’islamisme devient un  labyrinthe illustré par une mosquée à l’architecture dédaléenne, vivier de fous de Dieu dont leur chef explique avec cynisme à sa prisonnière le modus operandi du terrorisme islamiste, qui résonne douloureusement car, hélas, vrai. Intervient un autre personnage qui, horreur pour les islamophiles, a une étoile de David peinte sur son visage et combat aussi les extrémistes ! Tout est donc réuni pour hurler au racisme primaire  et au complot judéo-chrétien !

Miller livre au lecteur une impression créatrice spontanée (d’où son désordre apparent) née de la terreur éprouvée par le terrorisme islamiste. Et comme ses peurs sont susceptibles de faire écho aux nôtres, la presse officielle bien de chez nous et certains sites communautaires (connus pour leur tempérance !) trépignent. Qu’ils s’aveuglent tant qu’ils veulent pourvu que vous, chers lecteurs encore voyants, alliez acheter Terreur Sainte…ma chronique n’aura pas été vaine.

Charles Demassieux



[1]- Frank Miller, Terreur Sainte, Editions Delcourt, 2012.

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