Thierry Bouclier, auteur de « La France au risque de l’islam » : soyons fiers de nous

Riposte Laïque : Vous venez de publier un ouvrage intitulé « La France au risque de l’islam». Avant d’aborder votre ouvrage, pouvez-vous dire à nos lecteurs qui vous êtes ?

Thierry Bouclier : Docteur en droit, je suis l’auteur de plusieurs essais sur des questions actuelles. « L’Europe des régions contre la France » traite de la politique européenne visant à exacerber les identités régionales pour faire imploser l’Etat français. « La République amnésique » aborde la dérive des idées politiques depuis une quarantaine d’années et montre comment l’ensemble de la classe politique, de droite comme de gauche, a renié ce qu’elle défendait, sous la troisième république jusqu’au début de la cinquième, en matière de contrôle des flux migratoires, de politique sécuritaire, d’école ou de politique familiale. J’ai également traité des questions plus historiques, comme une étude du mouvement poujadiste, « Les années Poujade » et une biographie de l’avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour.

Riposte Laïque : A partir de quand avez-vous pris conscience de la réalité du péril islamique ?

Thierry Bouclier : Comme de nombreux observateurs des questions de société, mon attention s’est longtemps focalisée sur le problème des flux migratoires insuffisamment – c’est un euphémisme – contrôlés depuis plusieurs décennies. Mes interrogations portaient essentiellement sur le lien pouvant exister entre cette immigration mal maîtrisée et des phénomènes comme la délinquance, le chômage, la crise de l’école ou du logement. Mais j’avoue que la dimension de la prégnance de l’islam m’a longtemps échappé. Ayant beaucoup voyagé et fréquenté de nombreux musulmans que j’ai appréciés, l’islam ne me semblait pas soulever de difficultés en lui-même. Mais l’amitié que nous pouvons porter à des musulmans ne doit surtout pas nous empêcher de nous interroger sur l’incompatibilité existant entre l’islam, en tant que système politico-juridique global, et notre société laïque de culture et de tradition chrétienne. C’est cette prise de conscience, aidée par la progression de l’islam en France qui, après avoir été discrète pendant de nombreuses années, est sortie du bois dans la décennie 2000 avec la problématique du halal, les campagnes médiatiques de promotion du ramadan et l’explosion de la construction des mosquées.

Riposte Laïque : Parlons de votre livre. En neuf chapitres, une introduction et une conclusion, vous faites un tour d’horizon assez complet de la situation. Paul-Marie Couteaux a fait savoir que votre ouvrage avait été un détonateur, pour lui, et lui avait ouvert les yeux. Selon vous, que comporte-t-il de nouveau, par rapport aux dizaines de livres déjà  publiés sur ce thème, dont « Les dessous du voile », et bien d’autres ?

Thierry Bouclier : Mon livre retrace en détail la progression de l’islam en France depuis la première affaire de voiles survenue dans un collège de Creil en 1989. Il aborde tous les domaines de cette progression au sein des entreprises, des hôpitaux, des prisons, des écoles et du droit. Il aborde en détail la problématique du port du voile, de la construction des mosquées, du commerce du halal, sans omettre le développement de la finance et de l’assurance islamiques. Mon étude se veut mesurée, loin de toute passion inutile. J’ai étudié et présenté l’évolution de la législation et de la jurisprudence, notamment sur la question du financement de la construction des mosquées. J’ai épluché les multiples rapports – rapport de la commission Stasi sur l’application du principe de laïcité, rapport de la commission Gérin sur le port du voile intégrale, rapport Machelon sur la relation des cultes avec les pouvoirs publics, rapport Obin sur les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires, rapport Rossinot sur la laïcité dans les services publics, les rapports du Haut conseil à l’intégration…-. J’ai analysé les débats parlementaires, les multiples réponses ministérielles et les différentes propositions de loi abordant la question de l’islam. Sans oublier la lecture de la presse, de toute la presse, qui décrit, ça et là, de façon souvent anecdotique, les évolutions en cours depuis un quart de siècle. C’est donc un travail de synthèse, qui se veut juridique et même scientifique. Cela n’enlève évidemment rien à la pertinence de tout ce qui a pu être écrit auparavant.

Riposte Laïque : A plusieurs reprises, vous paraissez attaquer ce que vous appelez « le laïcisme», tout en reprochant aux dignitaires catholiques de ne plus se comporter en catholiques. Pensez-vous réellement, en 2012, en France, que le catholicisme soit le bon outil pour faire reculer l’islam conquérant qui nous menace ?

Thierry Bouclier : Il faut s’entendre sur la définition des mots. Si laïcité signifie distinction entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, selon l’adage « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », je me reconnais dans cette définition. Elle peut sembler un argument solide face à l’islam qui ignore cette distinction en tant que système politico-juridique qui englobe tous les aspects de la vie du croyant. Mais admettre cette laïcité ne signifie pas gommer l’histoire et le passé de la France. On peut être athée et reconnaître que le christianisme a forgé notre culture. Nous sommes en 2012 après Jésus-Christ. Nous ne travaillons pas le 1er novembre, le jour de Noël, le lundi de Pâques, le lundi de la Pentecôte et le 15 août. Le dimanche est en principe chômé. Les cloches des églises sonnent le dimanche. Nous fêtons un saint chaque jour. Que l’on croit ou non au ciel, le christianisme est consubstantiel à notre histoire nationale. Le laïcisme nie cette spécificité. Au nom d’un relativisme absolu, il met toutes les cultures et toutes les religions sur le même plan. Aucune n’a plus marqué notre civilisation qu’une autre. Les conséquences de ce laïcisme sont dramatiques. Si tout se vaut, si nous n’avons pas de racines particulières, pourquoi le jour de Noël est-il férié et pas celui de l’Aïd ? Pourquoi les cloches sonnent-elles et l’appel du muezzin ne résonne pas ? Pourquoi s’arrêter de travailler davantage le dimanche que le vendredi ? Pourquoi notre calendrier ne commence-t-il pas à la date de l’Hégire ? Pourquoi avons-nous des églises et pas des mosquées ? Ce laïcisme est parfaitement résumé dans la phrase du socialiste Jean Glavany qui déclarait en 2005 : « Etre un bon laïc aujourd’hui, c’est encourager la construction de mosquée » ou dans celle du maire de Strasbourg : « Nous servons de la viande halal par respect de la diversité, mais pas de poisson par respect de la laïcité. ». On s’aperçoit d’ailleurs que toutes les revendications communautaires, de la construction des mosquées aux demandes d’aumôniers dans les prisons ou les hôpitaux en passant par l’ouverture d’écoles confessionnelles, se font sur le fond du respect de cette conception dévoyée de la laïcité.

Quant à l’Eglise catholique, je pense malheureusement qu’elle fait preuve d’un angélisme déconcertant face à l’islam, prisonnière de ses complexes et d’un improbable dialogue islamo-chrétien. On doit évidemment parler avec les musulmans, mais le dialogue avec l’islam est un dialogue de sourd. Il semblerait qu’aucun dignitaire de l’Eglise n’ai jamais ouvert un Coran et ne se soit jamais penché sur l’islam. Cette naïveté apparaît avec éclat  dans le dossier « musulmans en école catholique » diffusé à partir de 2010 par la Direction de l’enseignement catholique et que je détaille dans mon livre.

Riposte Laïque : Selon vous, un espoir demeure-t-il, pour éviter, d’ici deux ou trois générations, une France islamisée, et si oui, que proposez-vous ?

Thierry Bouclier : A vue humaine, le processus enclenché semble difficile à stopper. Mais qui aurait pu croire, encore au début de l’année 1989, que le mur de Berlin tomberait dix mois plus tard. Je crois qu’il faut avant tout se former pour informer nos concitoyens. Vous faîtes cela très bien à Riposte Laïque. Il est essentiel que des gens, de toute sensibilité politique ou religieuse, puissent apporter des éclairages complémentaires. Il faut refuser la dictature de la repentance qui met la France et les Français en accusation permanente. Tant que nous aurons honte de nous-mêmes et que nous accepterons une déformation systématique du passé de la France, l’islam progressera. Non, la France n’a pas à s’excuser pour des crimes ou des fautes qu’elle n’a pas commis. Oui, les Français peuvent être fiers de ce que leur pays a apporté au monde au cours des siècles passés. La bataille se gagnera d’abord dans les esprits.

Propos recueillis par Pierre Cassen

La France au risque de l’islam, l’enquête, éditions Rémi Perrin / Via Romana, 185 pages, 19 euros


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