Trotski qualifiait de « tâche indélébile » le soutien de la LDH aux procès de Moscou

« A toute allure, il [Trotski] rédigea un article contre l’avocat anglais du Cabinet royal et le Français, membre de la Ligue des Droits de L’homme, qui avait certifié la légalité du procès de Moscou… »

C’est ainsi qu’en lisant l’excellent roman de Leonardo Padura, « L’homme qui aimait les chiens », j’ai découvert que la Ligue des Droits de L’homme avait approuvé le procès stalinien de Moscou de 1937.

En 1936, le PCF accepte que ses militants adhèrent à la Ligue des Droits de l’Homme. Pour les communistes, il s’agit de faire de l’entrisme et contrôler tôt ou tard la Ligue ; pour la Ligue, il est nécessaire de s’allier au monstre Staline pour contrer l’ogre Hitler. Entre la peste et le choléra, la LDH fait son choix. Pour plaire aux « camarades », la Ligue française entérine la version officielle soviétique du complot trotskiste lors des procès de Moscou.

Pour justifier son soutien, elle crée une commission d’enquête qui rédige un rapport, le Rapport Rosenmark, du nom du juriste qui en est le secrétaire. Cette commission est constituée de 5 membres : Victor Basch, président de la LDH ; Albert Bayet ; Maurice Paz ; Boris Mirkine-Guetzévitch et Raymond Rosenmark.

Aujourd’hui, tous ses personnages sont décédés et inattaquables. Basch assassiné par la milice en janvier 1944 est quasi sanctifié. On peut noter que Bayet agrégé de lettres, fut par la suite un compagnon de route du PCF, que Paz, avocat, historien, était un des fondateurs du PCF, que Mirkine-Guetzevitch beau-père du diplomate Stéphane Hessel, était un constitutionnaliste qui avait fui l’URSS naissante pour se réfugier en France, puis aux Etats-Unis après la défaite de 1940, et que Herman Rosenmark, dit Raymond Rosenmark, était avocat à la cour d’Appel de Paris et collaborateur de l’ancien président du Conseil socialiste René Viviani.

Présent durant tout le procès, Rosenmark en tant que secrétaire de la commission spéciale des procès de Moscou publie le rapport de la commission dans Les Cahiers des droits de l’homme, revue de la LDH dirigée par Emile Kahn.

Après un bref récapitulatif de l’acte d’accusation, tout en démontrant que le procès respecte les règles communes de la justice, Rosenmark en vient à considérer que les seize accusés sont coupables… puisqu’ils ont avoué : « Douter de la spontanéité de pareils aveux, les attribuer à je ne sais quelle mystérieuse invention scientifique, c’est entrer dans le domaine des hypothèses les plus fantaisistes. » Il ajoute : « Supposer que les aveux ont été extorqués sous la menace de tortures n’est pas acceptable. […] Non, il s’agit d’aveux faits en audience publique par des accusés qui ont parlé librement, d’aveux réitérés, pendant cinq jours. »

Plus loin, Rosenmark insiste :

« Devant des aveux aussi écrasants, devant un pareil agenouillement, devant, disons le mot, une telle bassesse d’âme des accusés, devant un repentir qui, s’il n’est pas un geste sublime de foi, nous apparaît d’une humilité dégradante, la réaction de beaucoup a consisté, malgré tout, à taxer d’invraisemblables de pareil aveux, à en nier la possibilité. Comme on ne peut cependant en contester la réalité matérielle on les suppose le fait de je ne sais quel marché ou le résultat de je ne sais quel extraordinaire maléfice médico-policier du Guépéou. Douter de pareils aveux, les attribuer à je ne sais quelle mystérieuse invention scientifique, c’est entrer dans le domaine des hypothèses les plus fantaisistes. »[1]

Quant à Victor Basch, il affirme « que toute atteinte à la République soviétique serait un coup grave porté à la démocratie ».

Dans la Quatrième Internationale de mars-avril 1937, Trotsky qualifiera le Rapport Rosenmark de tâche indélébile sur la LDH française.

Le rapport Rosenmark a surtout montré la proximité entre l’idéologie de la LDH et l’idéologie totalitaire à la fin des années 30. Les choses ont-elles vraiment changé ?

Marcus Graven

Sources :

- http://www.arkheia-revue.org/

- http://www.contreculture.org/AT_Ligue_des_Droits_de_l’Homme.html


[1] Extrait du Rapport de la Ligue Française des Droits de l’Homme sur les procès de Moscou, tirés de Romain Pudal, « Pour une analyse comparée de l’engagement politique des intellectuels en France et aux Etats-Unis lors des procès de Moscou de 1936-1938 ». Sociétés contemporaines 2006- 4 (n° 64). p 95-113

 


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