Tunisie-Egypte: quand la religion fait la Politique !

Si l’on examine avec sérieux les évènements de Tunisie et d’Egypte on a l’impression d’actes manqués, de personnes dépossédées d’un combat, de révolutions ratées  Ces peuples semblent floués mais on pourrait dire, en plaisantant, à l’insu de leur plein gré, puisqu’ils ont élu démocratiquement des responsables religieux qui voulaient promouvoir l’islam et qui ne s’en cachaient pas. Ils sont maintenant aux commandes en toute légalité et on a l’impression que le temps se gâte, notamment pour les Égyptiens qui frôlent la préemption autocratique du pouvoir par  Morsi…. Mais n’était-ce pas prévisible ? En votant en grande majorité pour des partis de l’islam, à quoi s’attendaient Tunisiens et Égyptiens ? De quel type de constitution pouvait  accoucher un pouvoir religieux, si ce n’est d’une constitution qui ferait la part belle  à la religion, la seule place dont ces personnes voulaient être le centre ?

Si l’on se réfère à l’histoire passée, et que l’on prend en exemple l’Iran, on se rend compte que plus la religion est forte plus le piège se referme, emprisonne les individus et verrouille rapidement tous les systèmes.  Combien d’années a-t-il fallu à Khomeyni pour maîtriser les pouvoirs : médiatique, judiciaire, législatif et économique (les mollahs sont de très bons hommes d’affaires capitalistes) ? Deux  pas plus, et le régime est toujours en place, 30 ans après. L’exemple iranien, dont le peuple est soumis aux règles de la loi islamique, n’aurait-il pas dû mettre les autres peuples en garde ?

Les croyants de l’islam sont-ils capables de se désengluer de ce carcan génétique qui  retient leur pensée prisonnière comme dans un univers kafkaïen? Sont-ils capables d’envisager  qu’il puisse y avoir d’autre voie d’autre horizon que celui d’une gouvernance islamique,   que l’on devrait, au moins, avoir le choix. Peuvent-ils imaginer que l’on puisse mettre en place des pouvoirs  constitutionnels qui ne soient pas basés sur l’islam ? Sans doute les démocrates et les laïques y sont prêts mais pas la majorité de la population. Que penser du vote des Tunisien(ne) s dont la constitution était très en avance, dont la prise de distance avec le religieux était bien avancée ce qui aurait dû les inciter à voter autrement? Si les islamistes sont maintenant aux Ministères  de l’Education, de la Culture, de  l’information et des cultes, comment peut évoluer ce pays? On note déjà une nette régression du statut des femmes !

Alain Dubos  demande notre soutien aux Égyptiens  Il faut, en effet, appuyer les opposants aux islamistes,  mais il  est difficile de quantifier le rapport des forces. Que faire si les gens se sont, eux-mêmes, en grand nombre, choisis leurs propres bourreaux ? Quel type de révolution font ceux qui manifestent au cri de : »Allah Akbar » quel pouvoir veulent-ils vraiment si ce n’est un pouvoir islamique?  Ces clans ne sont pas arrivés là par un coup de force, mais par des élections libres. La Tunisie et l’Egypte ont, peut-être, tourné la page d’une forme de dictature et franchi un grand pas, mais lorsqu’elles sauront qu’il vaut mieux  tenir  les religieux à l’écart du domaine politique, alors   seront-elles vraiment sur la voie de la sagesse et de la liberté.  Le  chemin vers une vraie démocratie, dont la religion ne serait pas l’élément fondateur, n’est pas pour demain, il faudra vraisemblablement encore du temps. Avant cela l’appât  des pétrodollars des monarchies du Golfe va peser lourd dans la balance.

Des mouvements de résistance aux islamistes vont certainement naître de la situation de ces pays, pourraient-ils rejoindre les mouvements  européens naissants ? De ces évènements l’Europe doit tirer une leçon. Il est inquiétant de constater que  nos élus, nos médias, prompts à pointer du doigt  la situation  au sud de la méditerranée, se voilent pudiquement les yeux pour ne pas voir la menace islamiste se profiler aussi dans nos pays.

Chantal Crabère


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