Une cinéaste saoudienne, dans un pays où il n’y a pas de salles de cinéma

J »ai vu dernièrement un film que j’ai beaucoup aimé : « Wadjda »  de la réalisatrice Saoudienne Haifaa al Mansour.

Elle est la première femme cinéaste de ce pays… où il n’y a pas de salles de cinéma, et où il est proscrit. Saluons son courage et sa pugnacité. Et claquons le beignet à nos  féministes  de foire… avec leur  suffisance,  et leur ignorance crasse.

Dans Wadjda, Haifaa al Mansour raconte l’histoire d’une fillette, de douze ans, volontaire, imaginative, gaie, joueuse,  malgré le carcan dans lequel elle est enfermée. Elle porte des Converses, des Tshirts modernes, chez elle, car dehors elle se couvre d’ un grand manteau gris. Un jour son  instit lui demande même de porter l’abahia.  Il faut dire que dans ce paradis, les femmes ne peuvent sortir qu’accompagnées, et voilées intégralement. Elles vont donc, bosser en taxi collectif, visage masqué, les filles ne peuvent pas faire de vélo car on craint pour leur intégrité physique, eh oui , mes bonnes dames. Alors Caro, (Fourest bien sûr, pas la notre !)  tu as ton aller simple ?

Wadjda veut un vélo tout simplement, pour pouvoir se ballader et faire la course avec son copain Abdallah. Abdallah est un gamin adorable, pas encore abimé par l’éducation islamique. Il lui prête son vélo pour qu’elle puisse apprendre… sur terrasse de la maison familiale et lui offre même un casque. Elle déploie des trésors d’imagination pour s’acheter ce beau vélo vert, vu dans une boutique, demande même au vendeur de le lui garder, vend des bracelets, joue la factrice, puis finalement, à reculons, se présente au concours de psalmodie coranique. Elle gagne le concours, et lorsqu’on lui demande ce qu’elle va faire de cet argent, elle répond  avec un sourire radieux, et en toute innocence. Horreur ! On « va faire un don en ton nom pour nos frères Palestiniens  » lui est il répondu. Effondrée, elle rentre chez elle, entre temps elle avait compris que Monsieur Papa allait épouser une deuxième femme, l’actuelle tardant à lui donner un garçon… On aperçoit d’ailleurs les feux de la fête depuis  la terrasse où elles se sont retrouvées avec sa Mère.

Il y a quand même une note d’espoir  : l’amour de cette Mère et de sa fille,  quoi qu’il arrive, elles se soutiennent, elles sont ensemble. Finalement la Mère lui offre ce vélo. Lorsqu’on voit Wajdja s’élancer à fond la caisse dans les rues désertes avec son copain, regarder l’horizon tête haute, on pense à Hiyam Abbass/Amel  à la fin de « la Fiancée Syrienne » de Eran Riklis, quand elle marche d’un pas décidé vers sa nouvelle vie, des études,  un travail, une liberté. Wajdja aussi à cet instant, sent qu’elle peut  tout espérer.

Pour toutes ces femmes ces filles, ces enfants ne baissons pas la garde, car en capitulant ici, nous leur tirons  à eux aussi, dans le dos.

Monique Vigneau

 

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