Véronique Bouzou, auteur de « Je suis une prof réac et fière de l’être ! » : le pire est à craindre !

Riposte Laïque : Tu as déjà écrit cinq ouvrages sur l’Éducation nationale, dont le plus connu est « Ces profs qu’on assassine ». Comment tes collèges de travail ont-ils réagi ? N’as-tu pas été mise en quarantaine pour mal-pensance ?

Véronique Bouzou : Mes collègues de travail me posent très rarement des questions sur les ouvrages que j’ai écrits. L’un d’eux m’a expliqué une fois qu’il ne lisait pas – ou très rarement – de livres sur l’École dans la mesure où ce genre de lectures lui rappelait trop son quotidien. Par ailleurs, très peu d’enseignants que je connais abordent en salle des profs des sujets politiques ou des thèmes considérés aujourd’hui comme « politiquement incorrects ». Est-ce par désintérêt ou bien par peur d’être mal jugés voire ostracisés par leurs collègues ? Ce que j’ai pu constater, c’est que dès que j’essaie d’aborder des questions touchant de près ou de loin à la laïcité, l’intégrisme religieux, la montée des communautarismes ou encore l’immigration, la plupart éludent le sujet. Pourtant, lorsque je discute en tête à tête avec ces mêmes collègues, je me rends compte qu’ils partagent souvent mon point de vue, même s’ils continuent à voter à gauche dans la majorité des cas, croyant toujours que c’est ce courant politique qui défend le mieux leurs intérêts !

Riposte Laïque : Dans ce sixième livre, intitulé de manière provocatrice « Je suis une prof réac et fière de l’être ! », que dis-tu de nouveau, par rapport à tes cinq premiers essais ? Quel est ton message ?

Véronique Bouzou : Au préalable, je tiens à clarifier le vocable « réac ». Loin de moi l’idée de regarder dans le rétroviseur et d’affirmer que tout était mieux avant (même si sur certains points, c’était mieux, notamment en matière de discipline et d’apprentissage des fondamentaux comme celui de la lecture à l’école primaire). Selon moi, on peut être réac et moderne, à savoir ancrer l’École dans le monde du XXIème siècle tout en rejetant les pratiques de « pédagogistes » qui selon moi, ont saccagé l’École. Le réac, au sens médiatique du terme, se définit contre le « politiquement correct » : il réagit contre les idéologies en « isme » telles l’antiracisme, l’égalitarisme et le communautarisme pour ne citer qu’elles.

À la différence de mes autres ouvrages, celui-ci est éminemment politique. Je m’y projette même ministre de l’Éducation nationale, c’est dire ! Plus sérieusement, je voulais qu’il puisse servir de plate-forme de propositions, notamment en matière d’Éducation, à l’attention des différents candidats à la présidentielle mais malheureusement, sa sortie initialement prévue début avril a été retardée d’un mois. Simple hasard du calendrier ou volonté délibérée de retarder la sortie de ce pamphlet afin qu’il ne puisse peser dans la campagne présidentielle ? Si je me pose cette question, c’est que dans cet essai, j’aborde sans complaisance les sujets tabous à l’École (autorité, violence, immigration, argent…) et appelle à libérer cette dernière de la mainmise de nombreux  syndicats, associations anti-racistes et lobbies communautaires qui, pendant la campagne électorale, ne se sont pas privés de soutenir publiquement le candidat PS.

Par ailleurs, quasiment aucun média n’a à ce jour consacré d’article à ce livre, ni même n’a mentionné sa sortie. Plutôt surprenant vu que pour Ces profs qu’on assassine, les journalistes s’étaient littéralement bousculés pour en parler. Le fait qu’une simple prof qui a longtemps enseigné (et enseigne toujours) en banlieue difficile ne se contente pas d’écrire un énième constat sur son métier mais décide d’avancer des solutions politiques concrètes semble en déranger plus d’un ! À commencer par les éditeurs de la place puisque aucun d’entre ceux à qui j’ai envoyé mon manuscrit n’a daigné le publier. C’est un éditeur belge (nul n’est prophète en son pays !), La Boîte à Pandore, qui a finalement eu le courage de sortir Je suis une prof réac et fière de l’être ! Désormais, j’espère juste que cet essai pourra peser dans la campagne des législatives si les politiques s’emparent des sujets que je développe…

Riposte Laïque : Nous sortons de la campagne présidentielle. Si je te dis que c’est Marine Le Pen qui paraît la plus proche des thèses que tu développes, est-ce que je te mets mal à l’aise ?

Véronique Bouzou : Non, absolument pas. Pour preuve, voici ce que j’écrivais à son sujet sur le site de Riposte Laïque le 19 juillet 2010 (article 154) : « Parmi les personnalités politiques susceptibles de concourir à la présidentielle, celle qui me semble aujourd’hui la plus apte à rassembler des gens autour des valeurs républicaines, laïques et nationales, c’est Marine Le Pen. Faut-il rappeler qu’elle est la seule à avoir salué les résultats de la votation suisse sur l’interdiction des minarets ou à s’être indignée des Quick halal ? ».

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et ma perception sur sa personne s’est affinée. Mais pas forcément dans le bon sens, car entre le discours et les actes, il y a parfois un fossé ! Ne trouvez-vous pas en effet étrange que quelqu’un qui, comme vous le soulignez à juste titre, est probablement la plus proche des thèmes que je développe sur l’École dans mes livres, soit la seule personnalité politique à qui j’ai adressé un courrier à ne jamais m’avoir répondu ? En revanche, elle n’hésite pas sur un plateau TV à lancer à Natacha Polony qu’elle la verrait bien comme sa future ministre de l’Éducation (provoquant d’ailleurs un certain embarras chez la chroniqueuse de Laurent Ruquier).

Je m’interroge donc. Comment peut-elle prétendre se préoccuper des sujets propres à l’École quand elle ne prend même pas le temps de répondre aux premiers intéressés, qui comme moi sommes sur le terrain ? Mais il est vrai qu’une simple prof de banlieue, c’est beaucoup moins « glamour » que les personnalités du petit écran plus ou moins adoubées par le Système.

Riposte Laïque : Nous avons donc un président socialiste, après dix ans de gouvernements de droite. Crains-tu que le pire soit à craindre, ou bien penses-tu qu’on est déjà au fond du trou ?

Véronique Bouzou : Que le pire soit à craindre avec cette gauche communautariste qui risque bientôt de détenir les pleins pouvoirs dans notre pays, cela ne fait aucun doute pour moi ! Il est même probable que bon nombre de Français se mettent à regretter d’ici peu le quinquennat de Sarkozy ! Pourtant, je n’ai pas toujours défendu la droite, loin s’en faut et dans mon livre, je ne suis pas tendre à l’égard du gouvernement UMP qui était aux manettes pendant cinq ans …

Ayant grandi dans un milieu de gauche, j’ai cru un temps que les valeurs portées par celle-ci étaient celles de la justice sociale, d’une école de la méritocratie qui offrait à  tous les enfants – et surtout ceux issus des classes populaires – la possibilité de s’élever dans l’échelle sociale. Mais la gauche s’est dévoyée. Afin de compenser la fuite de son électorat populaire, elle s’est tournée vers les immigrés et autres minorités. La gauche sociale et laïque s’est mue en une gauche communautaire atteinte de syndromes préoccupants tels un déni de réalité maladif devant la montée des incivilités et de la violence à l’école comme ailleurs, une repentance exacerbée tendant à dévaloriser notre civilisation au profit de celles venues du Maghreb et d’Afrique Subsaharienne et un « vivre ensemble » dogmatique prônant les bienfaits du métissage. Tous ceux qui ne se reconnaissent plus dans cette gauche inquisitrice sont traînés dans la boue. Au mieux, ils sont définis comme des « réacs ». Au pire, condamnés par le “tribunal de la pensée” pour être des « fachos ». Rien de moins !

Ce que j’ai compris en écrivant ce livre, c’est que l’École est un miroir de notre société et qu’il est illusoire de changer l’École comme la société sans une volonté politique forte. Proclamer « le changement, c’est maintenant ! » ne suffit pas. Encore faut-il être capable de faire le deuil des vielles lunes qui finissent en « isme » comme l’antiracisme, le communautarisme et l’égalitarisme au nom desquelles certains proclament par exemple que « nous sommes tous des sans papiers » ou bien « nous sommes tous des citoyens du monde ».

Riposte Laïque : Dans la « Journée de la Jupe », on voit une enseignante, incarnée par Isabelle Adjani, aller donner ses cours, tous les jours, avec la peur au ventre. Cela t’arrive-t-il, et as-tu parfois peur de tes élèves ?

Véronique Bouzou : Ce n’est pas dans mon tempérament d’avoir peur, surtout pas de mes élèves ! En revanche, je suis parfois agacée – voire découragée parfois – devant leur manque de curiosité et l’incapacité d’un nombre croissant d’entre eux à rester concentrés plus de cinq minutes d’affilée ! L’arrogance liée à l’ignorance ainsi que l’insolence et autres incivilités de certains adolescents m’insupportent et mes élèves savent (je leur expose les règles dès la rentrée) que je ne laisse rien passer.

Néanmoins, si je ne crains pas les élèves, je suis consciente que tout peut basculer très vite. Il suffit qu’un parent d’élève porte plainte contre un enseignant pour je ne sais quel regard de travers ou mauvaise note « injustifiée », et c’est l’engrenage. J’ai d’ailleurs développé très largement les dérives d’une montée de la judiciarisation à l’École dans Ces profs qu’on assassine…

Quant à La Journée de la Jupe, le réalisateur du film m’avait contactée après avoir lu mon premier livre, Manuel de survie à l’usage d’un prof de banlieue, pour me demander de collaborer à l’écriture du scénario. Lorsqu’il m’avait fait part de son idée de filmer une enseignante prenant ses élèves en otage, je lui avais rétorqué que dans la réalité, les professeurs au bout du rouleau ne s’en prenaient pas à leurs élèves mais retournaient l’arme contre eux. Si la prise d’otage d’une classe par un enseignant fait (encore !) partie de la sphère de la fiction, les suicides de professeurs relèvent quant à eux du réel…

Riposte Laïque : Un de mes amis, inspecteur des renseignements généraux, me disait qu’il y avait deux professions maltraitées, en France, les policiers et les profs. Mais il ajoutait immédiatement : « Les profs, c’est bien fait pour eux, ils subissent les conséquences de leurs discours à la con ». Penses-tu qu’il y ait du vrai dans ces propos ?

Véronique Bouzou : Je dois malheureusement reconnaître qu’il y a du vrai dans ces propos. Les enseignants, par le biais de syndicats ultra politisés, ont porté pendant des années une idéologie post-soixante-huitarde à l’origine du déclin de l’autorité du professeur, des cours magistraux et de la transmission des savoirs. Depuis les années 70, les pratiques « pédagogistes » douteuses (l’élève devant désormais construire lui-même son propre savoir) se sont multipliées et la méritocratie a cédé la place à l’égalitarisme.

Les enseignants sont également les premiers à manifester pour la régularisation des sans-papiers. Ils n’hésitent pas non plus à traiter de « fachos » tous ceux qui osent faire le lien entre l’immigration et les nouvelles formes de violences, notamment scolaires. Ils ont tendance à dédouaner les délinquants en rejetant la faute sur la pauvreté et sur la société qui, à leurs yeux, « stigmatise » les minorités visibles. Encore et toujours, c’est la politique de l’excuse qui prévaut sur celle de la responsabilisation.

Enfin, les professeurs – notamment ceux qui enseignent dans des ghettos urbains et ethniques – subissent de plein fouet la montée de revendications communautaires mais donnent leur voix à une gauche communautariste. N’est-ce pas paradoxal ?

Néanmoins, tous les professeurs ne sont pas responsables de l’état de délabrement du système éducatif actuel. À commencer par tous les jeunes enseignants qui ont hérité de l’École que leur ont laissé leurs prédécesseurs. D’autre part, les professeurs sont de moins en mois syndiqués car ils se méfient du discours ultra politisé de certains syndicats. Enfin, s’ils votent à gauche dans leur immense majorité, c’est souvent sans grande conviction. Il y a donc encore de la marge, jusqu’aux législatives pour tenter de les convaincre, ainsi que tous les Français, de ne pas laisser les pleins pouvoirs entre les mains de cette gauche-là. Après, ce sera trop tard…

Propos recueillis par Pierre Cassen


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