11 Janvier 2015 : Une formidable journée de dupes, un suicide français

Le-Pen-touche-pas11 Janvier 2015. Nous aurons vu l’absurde.
Dans toute sa larmoyante splendeur.
Dans le grand soleil hivernal de sa massive naïveté.
Dans son essence millénaire, mère de toutes les fins de civilisation, quand la foule une fois pour toutes conquise se livre, en fraternelle extase, à ceux qui se demandaient s’il fallait vraiment une guerre totale pour l’enchaîner.
Nous aurons vu cela, et son parrainage : la communauté internationale au chevet de la France pour lui administrer les derniers sacrements, païens, ceux-là. Recquiescat in pace, pays de la Raison. C’est aujourd’hui l’Émotion qui t’a conduit au crématorium où tu entras, souriant, fraternel, drapeaux hissés haut vers le ciel des rédemptions définitives.
Drapeaux. Majoritairement d’ici, encore que les habituelles limaces bouffeuses de salade gauloise aient réussi à porter au sommet de la statue veillant sur le cadavre de la République et sans que cela ne gênât quiconque, ceux du Maroc, de la Turquie ou de la Palestine. Une habitude, semble-t-il. Mais soit, en minorité cette fois. Là est quoi qu’il en soit l’absurde. Triomphant. Une nation s’est parait-il levée (tard, 15 heures, ce n’est tout de même pas l’aube) pour saluer ceux qui depuis près d’un demi-siècle, avec une opiniâtreté, un zèle, une conscience d’épandeurs de fumier, ont déféqué sur elle à longueur de pages, de colonnes, de numéros, de semaines, de génie destructeur. Sur son Histoire. Sur ses couleurs. Sur ses morts et sur ses vivants, sur ses cimetières et sur les murailles la protégeant. Sur son moi profond. Sur tout ce qui pouvait lui laisser penser qu’elle était encore une personne digne d’un quelconque respect.
Pour les avoir accompagnés autrefois quelque temps, jusqu’à ce que le bordélique et rigolard Hara-Kiri se fasse moraliste pesant d’un gauchisme pour néo-bourgeois en passe d’accéder au pouvoir, je peux parler du rejet inspiré à beaucoup par cette dérive dont on mesure aujourd’hui les conséquences. Sous la liberté d’expression, les parpaings de la prison mentale dont des moralistes d’un genre assez différent mais tout aussi radical, sont venus liquider, le 7 Janvier, les tenanciers.
Le peuple convoqué à la cérémonie a donc célébré la mémoire de ceux qui le considéraient globalement comme une sorte d’attardé juste bon à déglutir les loukoums voisinant avec les hosties dans les liturgies de la future mosquéglise régentant les âmes du prochain Liban. L’embrigadement des enfants pour cette messe honorant des iconoclastes de force 10 avait quelque chose de très étonnant. En vérité, les mots manquent pour décrire le piège dans lequel, par centaines de milliers, par millions, les adorateurs de la déesse Émotion se sont jetés. Du temps va être nécessaire pour mesurer la profondeur de ce gouffre. Quant à la présence des pieux musulmans, visage grave, plaisir intense, face aux mânes de leurs contempteurs les plus féroces, qu’en dire sauf qu’elle a ajouté sa dose de loufoque total à l’absurde-roi de ce Dimanche.
Il se peut cependant que la tragédie de Charlie, par ce qu’elle contint de prémonitoire, par l’exemple de ce que les gens mêmes de Charlie avaient accepté de risquer, éveille une majorité de gens au danger qui les serre déjà dans ses griffes. On peut l’espérer. On peut aussi tout autant redouter que la satire sociale , « soft » ou raide, soit désormais considérée comme attentant aux normes de la sécurité publique. Auquel cas, le corps épuisé de nos libertés, bien rétréci, sera amputé d’un membre supplémentaire.
Désormais placée sous la garde conjointe de ceux qui l’on conduite à la catastrophe et de ceux qui en poursuivent méthodiquement la conquête, la France, cul-de-jatte ou simple arthritique boitant bas, ne sera pas facile à défendre, de toute manière.
Jean Sobieski
 
 

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