19 Mars : commémoration d’une double ignominie

« …Quelle hécatombe connaitrait l’Algérie si nous étions assez stupides et assez lâches pour l’abandonner… »

(Extrait de la Conférence de presse du 23 Octobre 1958 de Charles DE GAULLE)

Dans l’édition du 14 mars 2013 – (nº 294) Alain DUBOS a publié le texte dont le titre est :

Commémoration du 19 mars 1962 : Hollande humilie la France pour complaire à Bouteflika

Je partage totalement (enfin presque) les propos contenus dans l’article, et je remercie Alain DUBOS de les avoir tenus. Il reste qu’une phrase m’ait « choqué ».

La phrase est contenue dans la citation suivante (mise en italique et graissée) : [… Il est normal que les communistes, dont la besogne inlassable fut de tirer dans le dos de nos hommes en Algérie, se réjouissent, via les rogatons de leur parti, de participer à cette fête saumâtre. Cela l’est moins de la part des anciens combattants d’Afrique du Nord, en tout cas de leurs représentants, qui adoptent cette journée de gloire pour leur ennemi en hommage aux dizaines de milliers de leurs camarades tués, blessés ou mentalement détruits au fil des huit années de la guerre. Je suis bien sûr qu’un grandnombre d’entre eux décideront de ne pas rejoindre leurs cadres devant les monuments aux morts. Je suis certain aussi que bien des maires resteront chez eux ce jour-là…]

La formulation de cette phrase revêt pour moi une très grande importante.

Il est possible que certains trouvent ma réaction disproportionnée, liée au passé … Alors qu’il ne s’agit que de la réaction d’un vieux Soldat, patriote « aujourd’hui plus qu’hier et moins que demain », ayant vécu les événements de la période dont la commémoration « fait fureur chez les communistes et leurs séides ».

En effet, ce ne sont pas les anciens combattants ou leurs représentantsqui ont retenu cette date et choisi d’en effectuer la commémoration. Bien au contraire ! Étant en relation avec de nombreux Camarades et plusieurs Associations d’Anciens Combattants, je puis affirmer que, hormis la FNACA, ses filiales, ses franchisés, les Associations patriotiques, les vraies, pas celles qui, il n’y a pas encore très longtemps encore, associaient le drapeau de l’Union Soviétique à nos trois Couleurs, ont toutes :

– décidé de ne pas reconnaître « le 19 mars » ;

– ont signifié leurs refus de participation aux sollicitations des autorités, d’une manière parfaitement claire.

Seules se rendront à cette commémoration des associations qui sont toutes – peu ou prou – dans les mains des anciens ou des néo-staliniens, dont la FNACA est tout à la fois le maître à penser et le grand ordonnateur de la nouvelle collaboration avec l’ennemi, dans le « monde » des Anciens combattants. Ces tristes sires savent pourtant pertinemment que le 19 mars – historiquement – marque le début d’une période des plus sombres de notre Histoire, celle où le pouvoir politique, seul légitime à l’époque, en Algérie :

a renié ses Filles et ses Fils, qu’ils soient Harkis ou Pieds-noirs, jusqu’à les abandonner sciemment à la barbarie : une ignominie institutionnalisée ;

n’a pas réagi aux assassinats, aux disparitions de Soldats ;

a accepté que les Harkis et leurs familles qui avaient pu s’échapper du territoire algérien en laissant tous leurs biens sur place, soient parqués dans de véritables camps de concentration (comme celui de Saint-Maurice l’ardoise) entourés de miradors, avec interdiction d’en sortir. Il est vrai qu’à l’époque, pour le pouvoir en place, ces Harkis n’étaient que des « supplétifs »

– tout comme ceux qui avaient formé la glorieuse Armée d’Afrique sans laquelle ce pouvoir n’aurait jamais existé – et que cela suffisait pour justifier des conditions qui n’auraient même pas été envisagées pour des détenus de droit commun !

Alain DUBOS précise que le Président de la République a « humilié la France pour complaire àBouteflika ».

Ceci est une triste réalité… « Complaire à Bouteflika », hélas, ce n’est pas la seule justification, car il convient aussi de prendre en compte d’autres possibilités :

conviction personnelle (ce qui serait encore plus grave !) ;

nécessité du moment découlant de la situation politique intérieure française : l’action du Président et du gouvernement étant très fortement contestées par les communistes et les néocommunistes ;

prise en compte des résultats des sondages, faisant apparaître une chute vertigineuse des appréciations positives parmi les citoyens.

Dans ces conditions il convenait de donner des gages aux communistes et aux néo-communistes, chez lesquels se trouvent les partisans les plus acharnés de l’officialisation du 19 mars comme date de fin de la guerre d’Algérie.

Il est essentiel de rappeler que la loi du 23 février 2005 – article 2, que le pouvoir actuel ne peut pas ignorer, stipule :

[La Nation associe les rapatriés d’Afrique du Nord, les personnes disparues et les populations civiles victimes de massacres ou d’exactions commis durant la guerre d’Algérie et après le 19 mars 1962 en violation des accords d’Evian, ainsi que les victimes civiles des combats de Tunisie et du Maroc, à l’hommage rendu le 5 décembre aux combattants morts pour la France en Afrique du Nord.]

Cet article établit la reconnaissance de la réalité des crimes commis en Algérie, encore territoire de la république Française, contre des population civiles « après le 19 mars 1962, en violation des accords d’Evian ».

Comme la FNACA et ses séides, prétendre que le 19 mars 1962 marque la fin de la guerred’Algérie, outre que ce soit un mensonge éhonté est aussi une « forme » de révisionnisme puisque son attitude conduit à une remise en question de faits appartenant à l’histoire de la guerre d’Algérie, tendant à nier ou à minimiser les tortures, les assassinats massifs, les enlèvements massifs de Harkis et de leurs familles (plus de 100.000), des tortures, des assassinats et des enlèvements de familles de Pieds-noirs, des tortures, des assassinats et des enlèvements de Soldats français (alors que le cessez-le-feu était entré en vigueur), par les tueurs du FLN.

A propos du choix de la date du 19 mars comme étant celle de la fin de la guerre d’Algérie :

le Président MITTERAND (lors de sa conférence de presse du 24 septembre 1981) avait rejeté cette date « …à mes yeux, cela ne peut pas être le 19 mars, parce qu’il y aura confusion dans la mémoire de notre peuple, cela ne peut pas être le 19 mars. Je trouve parfaitement normal qu’une Association l’ait choisie pour elle-même, mais au niveau dupays un date devra être choisie …».

le Président SARKOZY avait déclaré le 16 avril 2007. « Il n’est pas question que 19 mars soit une date officielle de commémoration. Il est arrogant de condamner et de mépriser la douleur qui fut la vôtre et celle de vos familles lorsque vous fûtes chassés de vos terres, de vos maisons, et séparés de vos amis. Je le répète, c’est par respect pour vous que je n’accepterai pas que la date officielle de la commémoration des morts de la guerre d’Algérie soit celle du cessez-le-feu, qui de surcroît, n’a pas été respecté. »

Pour toutes ces raisons, les Anciens combattants français et leurs Associations, totalement opposées à la FNACA, ses séides, ses succursales, ses franchisés, ne pouvaient que refuser que la date officielle de la fin de la guerre d’Algérie soit fixée au 19 mars, et qu’il soit aussi décidé que cette date soit celle de la journée de commémoration nationale.

Comment imaginer que les Anciens combattants de la guerre d’Algérie, aient pu réagir autrement ? Quand, après le cessez-le-feu, le 19 mars 1962, le FLN a lâché ses hordes d’assassins, c’est la rage au coeur, le désespoir dans l’âme que, nous les Soldats de la République, nous avons du obéir à un pouvoir qui nous ordonnait de ne rien faire, de ne rien tenter, de ne pas intervenir pour protéger tous ceux que les barbares menaçaient, au prétexte qu’il s’agissait « d’affaires internes de l’Algérie ».

C’est à dire de rester passifs, l’arme au pied, alors que nos Frères d’Armes Harkis, nos amis Pieds-Noirs, nos Camarades, étaient massacrés, et alors que nous avions la volonté et les moyens de les protéger ! Le pouvoir de l’époque porte l’entière responsabilité de cette ignominie.

Malheureusement, chacun de nous porte en lui cette tache indélébile, ces souvenirs d’appel au secours auxquels nous ne pouvions répondre, quand bien même certains ont pu contrevenir aux ordres …

Ils ont sauvé l’Honneur ! Quand, faisant fi de l’Histoire, obéissant – de fait – à ceux qui excellent dans sa réécriture et sa falsification, le pouvoir actuel fixe la date de la fin, il s’agit d’une nouvelle ignominie !

En nous sollicitant pour la commémoration de la pseudo fin de la guerre d’Algérie, fixée réglementairement au 19 mars, le pouvoir actuel et ses séides entendait, au grand profit d’organisation(s) dont l’idéologie n’a rien à envier aux staliniens, qu’ils s’associent à cette deuxième ignominie ?

NON ! JAMAIS !

Car,

Nous sommes ces soldats qui grognaient par le monde
Mais qui marchaient toujours et n’ont jamais plié …
Nous sommes cette église et ce faisceau lié
Nous sommes cette race éternelle et profonde …
Nos fidélités sont des citadelles

(Charles Peguy)

Jean-François Cerisier

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