1962-2011 : De l'Etat algérien à l'état palestinien, une même hégémonie arabo-islamique

Les préjugés ont la vie dure. Il y a quelques jours, un vieil ami et camarade m’a invité pour déguster un bon couscous berbère. A la fin du repas, le patron, un berbère kabyle, m’a chaudement serré la main, après avoir appris que je restais un admirateur fervent de Messali Hadj.
Notre conversation avait porté sur deux sujets :
1) la France et l’Algérie
2) Israël et Bibi Netanyahu
Concernant le premier sujet de conversation, j’ai tout d’abord rappelé à cet ami que la France, en 1830, n’avait pas conquis l’Algérie, contrairement à ce qui est dit, parce que « l’Algérie » était un pays qui n’existait pas encore. En d’autres termes, parler de conquête coloniale de l’Algérie en 1830 constitue un anachronisme, aussi enfantin que de parler de la conquête coloniale de la France par les Légions romaines de Jules César.
Le 14 juin 1830, ne faisait que commencer un processus long et complexe qui produira l’Algérie. Il était une suite et pas simplement un début. En effet, considérer 1830 et le débarquement de soldats français comme le point de départ de l’affaire, reviendrait à omettre et à cacher aux jeunes générations, que : l’action militaire du gouvernement de Charles X déclinait les débats et décisions du Congrès d’Aix la Chapelle réuni quelques années plus tôt.
Douze ans plus tôt, -du 29 septembre au 21 novembre 1818-, les puissances de l’époque, avaient débattu. Elles avaient discuté d’un sujet qui les préoccupait toutes, et ce depuis le 17ème siècle.
L’affaire n’était pas récente. Il s’agissait de savoir : comment mettre fin à la piraterie esclavagiste qui affligeait la navigation commerciale dans les eaux méditerranéennes et exposait constamment, aux razzias des pirates « barbaresques », les équipages et les populations côtières ou proches des côtes?
Comment en finir, définitivement, avec le trafic esclavagiste, dont la base logistique et stratégique n’était autre que l’Alger Ottomane, se demanderont alors les représentants des grandes puissances de l’époque.
En 1815, les États-Unis avaient déjà, à cause de cela, déclaré la guerre à Tripoli.
C’était une réaction, certes tardive, mais une réaction tout de même, à l’enlèvement de 130 citoyens américains voyageant en Méditerranée. Tous avaient été capturés, en pleine mer, entre 1785 et 1793. Pour cela, la marine américaine s’attaquera, sans succès, au Dey ottoman d’Alger.
En 1815 toujours, ce seront les Néerlandais qui tenteront à leur tour, sans succès eux aussi, de mettre fin à la piraterie esclavagiste installée à Alger, abritée derrière des murailles d’où partaient les bateaux pirates.
En d’autres termes, le Congrès international de 1818 exprimait la montée en force de l’exaspération générale, face au trafic esclavagiste écumant depuis trop longtemps les eaux de la Méditerranée et ses côtes occidentales.
A l’époque, Chateaubriand appellera la France à prendre la tête de ce combat.
Dire, en 2011, que l’action contre d’incorrigibles organisateurs de rezzou marins était une action légitime ne veut pas dire que n’était pas légitime le combat qui prendra corps autour de la Glorieuse Étoile Nord-Africaine (ENA) au début des années vingt du siècle passé. Il faut savoir distinguer les événements et les situations, et ne pas faire d’anachronisme.
Les Algériens de la génération de l’ENA, les hommes du PPA devenu MTLD*1, n’étaient pas ceux qui pouvaient avoir approuvé ou soutenu, pour en tirer profit, les odieux trafics esclavagistes qui ravageaient constamment les côtes méditerranéennes et l’Afrique subsaharienne.
Parlons d’une icône
L’ Émir Abdelkader est souvent présenté, ici et là, comme étant un esprit noble et chevaleresque. L’homme présentait certainement certains traits de cet ordre, lorsqu’il ne s’agissait pas de « Zanj », lorsqu’il ne s’agissait pas de mettre en cause la propriété privé ou « étatique », ou « Waqf », de ses « Zanj ».
Les ambitions de l’Emir Soufi franc-maçon, son refus à force armée d’affranchir les esclaves noirs, donneront le prétexte et les occasions provoquant ou favorisant l’extension de la conquête qui deviendra coloniale.
On a souvent oublié l’épisode sanglant de la décapitation d’une centaine d’Africains, des hommes qui avaient eu l’audace de s’enfuir chez les Français pour y être affranchis et qui, devenus libres par acte de l’administration militaire française, la future administration coloniale, eurent la naïveté de revenir sous les tentes de la « smala » pour retrouver les leurs. Ils y retrouveront… la mort. Le noble chevalier soufi, et paraît-il franc-maçon, fit décapiter les esclaves fuyards de retour.
En 1830, la défaite éclair du Dey ottoman, le passage de ses soldats « turcs » dans les rangs français, donneront lieu à la décision immédiate d’affranchissement de tous les esclaves de l’aire algérienne administrée par les autorités militaires française, les noirs autant que les blancs. Le Dey possédait en propre, à ce moment là, un cheptel humain de 130 esclaves européens.
C’est en 1848, en même temps que l’affranchissement général des esclaves des futurs DOM, que les Africains de la future Algérie, possession d’esclavagistes autochtones, cessèrent d’être la propriété personnelle d’un autre homme.
Le rapport de tout cela avec Bibi Netanyahou et Israël, me direz-vous. J’y viens.
Comme son prédécesseur et cousin germain de Guevara, Bibi n’est pas vu d’ici pour ce qu’il dit, propose et fait. Il est jugé pour ce que ces petits Vychinski de l’AFP et ses divers satellites disent qu’il a dit ou fait, même si cela n’a qu’un très, très lointain rapport avec la réalité.
Pour cet ami, si la paix n’est pas déjà là, une paix respectant les deux parties et assurant leur sécurité, ce serait la faute à Bibi, et à lui seul.
Pour répondre à cet ami, je voudrai restituer son discours du 13 juin 2009. Il mérite d’être connu et lu attentivement.
Mais pour ne pas allonger plus ce petit rappel d’événements passés, je reviendrai plus tard sur ce second point.
L’émission télévisée « infrarouge » du 13 septembre 2010 évoquait cette période sanglante, l’abordant, plus particulièrement, sous l’angle de « la guerre secrète du FLN en France ». On y donnera la parole à la fille de Messali Hadj ainsi qu’à plusieurs anciens cadres de la Fédération de France du FLN et à une ancienne poseuse de bombes-au milieu de civils. L’un de ces anciens cadres de la Fédération de France du FLN nous décrira, de manière saisissante, comment le « Front » acquit son monopole absolu au sein du prolétariat algérien, essentiellement kabyle et, plus largement, parmi les algériens vivant en France.
Comment se passaient le « ralliement » de messalistes du MNA ?
« (…) d’abord on demande au responsable (messaliste) de rejoindre le FLN. S’il ne veut pas, on l’abat. On draine ainsi les gens qu’il a derrière lui (…) ». L’ancien cadre qui parle ainsi devant la caméra de la télévision française, est lui même un messaliste rallié. Il raconte comment, avec d’autres, il a assassiné un responsable messaliste qui criait : « Vive Messali » pendant qu’on l’étranglait. L’homme précise : « la décision du CCE, Benkhedda, Abame Ramedane, c’était : décapiter le MNA et tuer tous ses responsables (…) quand un messaliste se rallie, on exige qu’il paye les cotisations depuis le début et qu’il abatte son responsable (…) pour moi, c’était très pénible de l’abattre (son responsable). Il a fallu 17 balles et des coups de crosses ».
Le MNA (Mouvement National Algérien), était l’organisation qui se reconstitua autour de Messali Hadj, après la scission perpétrée par le CRUA et la dissolution et la destruction du MTLD par les autorités françaises, à coups de milliers d’arrestations et d’internements de cadres et organisateurs du parti de Messali Hadj.
C’était au nom de Messali, et pensant combattre sous le drapeau né avec la « glorieuse Étoile Nord-africaine », que se constitueront beaucoup des maquis initiaux et que se formeront les premiers noyaux combattants de l’ALN. Le MTLD, puis sa suite légitime le MNA, combattaient pour une émancipation et une souveraineté nationale qui trouveraient leur réalisation dans une République de tous les Algériens.
Pour le messalisme, Algérien n’était pas entendu au sens d’« arabo-musulman », mais dans celui de citoyenneté politique liée au droit du sol. C’était une citoyenneté algérienne de plein droit. C’était une citoyenneté algérienne incorporant notamment les Juifs, devenus autochtones depuis au moins cinq siècles. Les groupes les plus anciennement présents parmi les Judéens étaient présents en Afrique du nord depuis plus de deux millénaires. Dans la perspective messaliste, les habitants européens et maltais étaient eux aussi algériens. Une Assemblée constituante souveraine, élue au suffrage universel, aurait déterminé le contenu social et les institutions de la Démocratie politique en Algérie libre. Elle aurait donné la forme à la nouvelle nation souveraine. On voit qu’avec le combat des scissionnistes qui formèrent le CRUA pour donner naissance au FLN, et avec les résultats de leur action avant et après l’indépendance résultats des accords d’Evian, on s’est retrouvé aux antipodes du combat initié par la « Glorieuse étoile nord-africaine ».
J’évoquais plus haut le premier ministre israélien, je me permettrais donc, pour conclure, de comparer deux situations et deux démarches proches, sinon identiques.
L’hégémonie du FLN débouchera sur la proclamation d’une république « arabo-musulmane » algérienne, alors que la majorité du pays était berbère, par l’origine et la langue, alors que des minorités autochtones et non-autochtones n’étaient ni arabes ni musulmanes.
Aujourd’hui, en ce mois de septembre 2011, Mahmoud Abbas et les siens, supportés en cela par les médias français unanimes, largement peuplés de filles et fils spirituels, sinon biologiques, des anciens porteurs de valises FLN, demandent l’officialisation par l’ONU d’un État palestiniens excluant de sa citoyenneté : les Juifs et tous les non-arabes musulmans.
Dans l’ État palestinien, tel que revendiqué et présenté devant les Nations-Unies, le fondement du droit se trouve dans l’idéologie islamique. La « constitution », fondant juridiquement la citoyenneté et ses droits et devoirs, rédigée en dehors de tout débat public et de tout vote de députés constituants rendant compte à leurs commettants, à aussi de commun avec la « constitution algérienne » produite par l’hégémonisme FLN, qu’elle est, elle aussi, « arabo islamique ».
En d’autres termes, les populations suivantes, présentes depuis le Califat ottoman, et n’étant pas arabo-islamiques, voire pas islamiques du tout, ne seraient pas citoyennes dans ce qui est leur pays depuis un siècle, voire un siècle et demi ou même beaucoup plus pour certaines. Citons :
– Les Samaritains de Naplouse (l’ancienne Sichem, capitale de l’ancien Israël), présents depuis plus de deux millénaires et demi, non arabe musulmans, non-citoyens palestiniens
– Les Druzes, présents depuis des générations et des générations, non-arabes et musulmans « hérétiques », non-citoyens palestiniens
– Les noirs descendants d’esclaves africains, présents survivants de la traite négrière orientale, musulmans, mais non-arabes, non-citoyens palestiniens
– Les arméniens, présents depuis le 19ème siècle, non-arabes, non-musulmans, non-citoyens palestiniens
– Les Circassiens du Caucase ayant fui la conquête russe sous le tsarisme, présents depuis le milieu du 19ème siècle, musulmans, mais non-arabe, non-citoyens palestiniens
– Les Grecs et autres balkaniques (Albanais, Bosniaques), descendants de fonctionnaires ou de militaires de l’appareil ottoman, présents depuis la secondes partie du 19ème siècle, certains étant musulmans, d’autres ne l’étant pas, mais tous étant non-arabes, non-citoyens palestiniens
– Sans parler, au sein de la population arabe et musulmane palestinienne, des personnes dont les spécificités individuelles ou l’intimité sont niées par le projet de constitution de l’ État « arabo-musulman », dont la reconnaissance pleine et entière est demandée aux Nations-Unies : ce sont, les homosexuels, les athées, les libres penseurs, les agnostiques, tous d’horribles impies ne se conformant pas à la « sainte charia »…
– Rajoutons, -ce sera la cerise de la tartufferie anti démocratique soutenue partout par les gauchismes vertébrés par les débris du stalinisme-, que pour les leaders de l’Autorité palestinienne, -avançant sous les coups de triques et les menaces du Hamas-, ne seront pas citoyens de l’ État palestinien, celui revendiqué aux Nations-Unies : les arabes-musulmans palestiniens « réfugiés », c’est-à-dire les personnes dont les parents, ou eux-mêmes, vivaient sur le territoire d’Israël en 1948.
Comme disent et jacassent les journalistes et les politiciens, soit poltrons effrayés par les menaces du Hamas et d’autres, soit naïfs désintéressés ou cyniques stipendiés, selon les cas : ce nouvel État serait un fantastique bond en avant de la Liberté dans cette région et dans le monde.
Décidément, on peut se demander où s’arrêteront les limites de l’escroquerie politique et morale : discrimination institutionnelle revendiquée devenant synonyme de Liberté ?
Alain Rubin

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