1973, Ajax Amsterdam-Bayern de Munich : le chef d’oeuvre du football total

 
 
 
Ne nous y trompons pas : ce n’est pas parce que mon oncle, P. Benetti, avait un père italien, mon grand-père maternel, qu’il ne fulminait pas dans les années 70 encore contre le catenaccio. Je me souviens des coups de gueule de ce (pourtant) bon vivant. Dans les années 70, Une école de football nouvelle allait bientôt bousculer le long fleuve tranquille du béton armé transalpin.

1969 :  un certain Ajax d’Amsterdam se fait étriller 4-1 en finale de la coupe d’Europe des clubs champions parle Milan A.C. précisément. Mais bien moins qu’un épilogue, ce fut la genèse d’une épopée qui durera moins d’une décennie, laquelle verra deux clubs bataves truster le trophée européen reine, Feyenoord Rotterdam (1970) et Ajax d’Amsterdam (1971-1972-1973) En résumé : 5 années de suite (1969-1973) un club néerlandais en finale, pour 4 victoires, et en point d’orgue, pour la sélection « orange », deux finales de coupe du monde consécutives (74-78). Ne me demandez pas pourquoi : perdues toutes les deux. Quelque chose se tramait : au moment même où le génial Pelé triomphait avec la seleçao en 1970 au Mexique, émergeait en Europe, au Pays-Bas en particulier, ce qui sera nommé le football total, concept résolument nouveau, partition que l’on ne reverrait plus jamais interprétée avec une tel mélange de rigueur et de fantaisie innovante, nécessitant deux coeurs, quatre poumons et huit jambes par tête de pipe, avec à la baguette un n°14 devenu légendaire depuis, que ce soit en club (Ajax) ou en sélection nationale (Les « Oranje »). Mes chevilles enflées n’en pouvaient plus, à l’ombre de ces compatriotes beatniks à la dernière mode, insolents de technique et d’assurance, auxquels je m’identifiais goulûment, à voir ainsi Ajax lessiver de façon si radicalement nouvelle tout ce qui se mettait en travers de son chemin. Déjà suffisamment perturbé par les Stones depuis Paint it Black,Satisfaction, ou autre The Last Time : manquait plus que ces lascars pour se la faire péter à vie le post ado perturbé que j’étais au sortir des sixtees.

 

Je croisai par hasard les solides gaillards et ce qui restait de cet Ajax, arpentant les rues de Lausanne (où je résideais alors) un beau jour d’été de 1975, diplôme de dessinateur en génie civil fraîchement en poche, pas encore remis du drame d’une finale de coupe du monde perdue en 1974, (toujours inconsolable en 2022) à quelques heures d’un match amical au stade de la Pontaise, Alpes françaises en toile de fond, par delà le lac Leman, en guise de coucher de soleil. La première et dernière fois que j’assistai à un match au stade, ainsi qu’aux cavalcades de Johnny Rep sur une pelouse au vert sublimé par l’éclairage nocturne. Féerie chevaleresque pour le spectateur néophyte que j’étais. Rep traînera plus tard ses guêtres à Bastia, puis chez les mythiques « verts » de Saint-Etienne. (Quelque chose aussi, cette équipe…) Si Cruyff était désormais à Barcelone, il restait néanmoins du beau monde à l’Ajax : 1-1 contre Lausanne pour une équipe malgré tout sur le déclin. Deux beaux buts d’ailleurs, deux lucarnes, dont une de Johnny, si ma mémoire ne m’abuse.

 

La génération de 74, tous postes confondus, comme j’aime à le dire, n’est pas de celles qui apparaissent une fois par siècle, mais plutôt une fois tous les 2 ou 3 siècles. En plus des joueurs connus de l’Ajax, il y avait des pointures de Feyenoord (Van Hanegem, Rijsbergen) PSV (les frères Van de Kerkhof) ou encore Rensenbrink (Club de Bruges à l’époque) au style élégant, rappelant celui de Cruyff, en moins « explosif », quant à l’Ajax, on ne le présente plus, qu’il s’agisse du libéro Hulshof, Neeskens la teigne, Krol, Suurbier, Haan, Piet Keizer, ailier et gaucher génial dont le style dépouillé, d’une rationalité toute nordique, n’était pas sans évoquer parfois l’Ibrahimovic actuel, certes plus prolifique, plus latin également, de même que  l’incroyable machine à dribbler suédoise de l’époque, Magnusson, sévissant à à Marseille dans les années 1970. Piet Keizer brillera moins toutefois en sélection qu’à l’Ajax. Et comment ne pas se remémorer le chef d’orchestre, Johan Cruyff ? Il convient d’associer à cette période deux entraîneurs de génie : le néerlandais Rinus Michel, (désigné en 1999 « entraîneur du XXè siècle » par la FIFA, entraîneur de la sélection batave finaliste de 1974, qui finira par donner un 1er titre à la sélection orange, championne d’Europe en 1988) et le roumain Stefan Kovàcs, qui succèdera à ce même Rinus Michels à l’Ajax (1971).

 

A ce stade, ne comptez pas sur moi pour vous sortir le tableau noir, et jouer au tacticien, j’en suis un de pacotille, les 4-3-3, 5-3-2 ou que sais-je encore, pourquoi pas le 10-0-0 ? (tout le monde derrière !) me laissent de marbre. Je ne m’intéresse qu’à la forme d’une belle bagnole, non aux secrets de fabrication que recèle son moteur (non pas que cela soit indigne d’intérêt : mais à quoi bon poèter plus haut que son cul ? comme dirait Nougaro…) Qu’était-ce donc que ce football total, où tout le monde attaquait et tout le monde défendait ? La réponse se trouve en partie dans la question. Par exemple ces séquences de récupération de balle, à n’importe quel endroit du terrain, où 5-6 joueurs se ruaient sur le porteur du ballon adverse, non pas pour empêcher l’adversaire de jouer en balançant la balle en touche, mais pour se ruer en contre-attaque à la récupération du ballon : des sprints soutenus en long en large et en travers, plus ou moins incessants, avec permutations de postes, comme l’illustre clairement la vidéo youtube jointe. Il y avait aussi le hors jeu basé sur un truc identique. Quelqu’un dans la défense sonnait le tocsin, et vous aviez l’équipe au complet qui se ruait en avant mettant hors-jeu 5-6- adversaires ! Jamais on n’avait vu de telles séquences… Si toutefois quelqu’un dégotte un précédent dans l’histoire de ce sport, qu’il nous lance la première balle ! Je me contente de tresser ici une couronne mortuaire à la géniale génération batave 74. Génération inconnue de tant de jeunes hexagonaux pour qui l’histoire commence non pas à Sumer, (quoi-que…) mais à St. Denis, 1998. (Non non, pas St. Denis 2022… quoi-que, je connais des anglais qui…) Non, ce ne sont pas toujours les meilleurs qui gagnent. Et bien sûr, mon vainqueur (1998) vaut bien deux fois ton antédiluvien perdant… (1974-1978) Ainsi en va-t-il de la subtilité footballistique : l’attaquant de mon équipe est toujours intelligemment démarqué dans la surface de réparation adverse au moment de conclure, quand l’adversaire, à action rigoureusement identique, est toujours étrangement seul dans celle de mon équipe Mais fi de vaines calembredaines.

 

Ce ne fût pas non plus un hasard si les trois années suivant la triple couronne européenne de l’Ajax (1971-72-73) le vainqueur fût Le Bayern de Munich, (74-75-76) c’est la même génération à quelques éléments près qu’on retrouve en finale 74, Beckenbauer-Müller-Maier etc. En fait, en finale de coupe du monde 1974, on retrouve une grande partie des joueurs de l’Ajax et du Bayern de l’époque ! On n’a jamais revu un truc pareil, je pense, concernant deux équipes finalistes d’une coupe du monde.

 

Donc pour moi, curieusement, le sommet de cette époque ne fût pas la finale de 1974, mais reste le choc Ajax-Bayern de mars 1973 en quart de finale aller de la coupe d’Europe des clubs champions…(4-0 au match aller) Faut-il s’en étonner ? L’Ajax gagnait ses finales, contrairement à la sélection orange. Comme le souligne subtilement un article en ligne signé Chérif Ghemmour en date de 2018, intitulé  « Ajax-Bayern 1973, le chef d’oeuvre du football total ».
Concluant : «  Et si les Pays-Bas avaient perdu la finale de la coupe du monde de 1974 le mercredi 7 mars 1973 ? ». Je ne saurais mieux résumer.
Silvio Molenaar
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6 Commentaires

  1. D’après les photos, AJAX comme OMO lavent plus blanc…

    Ah ces vieilles publicités qui nous restent dans un coin de la tête…😉

  2. Beckenbauer, Maier, Muller, Roth, Kappelman, Cruijff, Neeskens, Krol, Suurbier, Rep et les autres…scandale, pas un seul black ni muzz dans ces 2 (géniales) équipes! Que des blancs, mais que faisaient donc les associations antiracistes en 1973?

    • Je parle de la « génération 74 » sous entendu celle qui joua la finale, mais tous ces gens étaient là dès le début des années 70. Comme vous pouvez le voir ci dessous, en 1969-1971, Rensenbrink était à Bruges. j’aurais peut être pu préciser qu’ensuite il fit les beaux jours d’Anderlecht.
      Rensenbrink
      1965-1969 DWS Amsterdam 132 (35)
      1969-1971 Royal FC brugeois 73 (36)
      1971-1980 RSC Anderlecht 348 (200)
      1980 Portland Timbers 18 (6)
      1981 Toulouse FC

  3. C’est sans doute ce rébarbatif spectacle du sport en général, du foudeballe en particulier, qui illustre le plus parfaitement ce désenchantement du monde, repéré avec talent par certains et qui nous est quotidiennement imposé . Il suffit de jeter un coup d’œil aux unes offertes par les magazines et journaux pour constater l’insistance avec laquelle la doxa de ce nouveau lieu commun tente de nous être infligée.
    Il n’y a guère que le métissage ethnique (tamère) et culturel qui bénéficie d’un tel matraquage aussi méthodique. Une vraie dictature .

  4. C’était le foot ball de rêve, on ne reverra plus ça, aujourd’hui c’est plus coloré avec le cinéma en plus.

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