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1er septembre 1715 : le Roi-Soleil s'éteint dans son palais

louisXIVmortIl est huit heures quinze, ce matin du 1er septembre 1715. Le Roi-Soleil jette ses derniers rayons sur ses sujets, avant de s’étendre pour l’éternité, rendant son âme à ce Dieu dont il pensait être le lieutenant.
Sa lente agonie avait commencé le 10 août quand le Roi s’était plaint d’une vive douleur à la jambe. Fagon, son premier médecin avait diagnostiqué une banale sciatique; il ne variera plus dans ses conclusions même lorsqu’une semaine plus tard des taches noires paraîtront, malgré les conclusions de G. Mareschal, le chirurgien de la Cour qui pense immédiatement à une gangrène.
Pendant deux semaines, malgré la douleur croissante, le souverain vaque à ses occupations sans rechigner. Mais le 25 août, il s’alite. Il ne se lèvera jamais plus.
Malgré les tentatives des médecins et les potions miracles vendues par quelques charlatans, l’état de Louis-Dieudonné va de mal en pis. L’amputation est le seul espoir, mais les carabins ne lui garantissent rien. « Si je dois mourir de toute façon, je préfère garder tous mes membres » déclare le vieux lion qui n’a pas perdu de son esprit.
Le 26 août, il reçoit le futur Louis XV, âgé de cinq ans. Conscient d’avoir eu un règne belliqueux, il conseille à son héritier d’être un roi pacifique, d’éviter les guerres. « C’est la ruine des peuples » clame-t-il en guise de confession.
Les jours suivants, la gangrène progresse. L’homme le plus puissant d’Europe se voit pourrir vivant. La Cour entière prie pour le salut de celui qui a fait de la France un état moderne sur le plan politique, financier et militaire.
Le 1er septembre, à huit heures quinze, le roi meurt après avoir dit ses dernières paroles « Ô mon Dieu venez à mon aide. Hâtez-vous de me secourir! ». Sa mort n’affecte guère la populace miséreuse qui ne comprend rien aux affaires de l’État. Certains se gausseront même de la maladie qui a rongé le souverain. Ridiculiser la grandeur, cette habitude est déjà bien ancrée dans les mentalités.
Un règne de soixante-douze ans, l’un des plus longs de l’Histoire, s’achève. Le royaume de France passe aux mains d’un garçonnet de cinq ans, à peine capable de soutenir le poids d’une couronne sur sa tête. Quant au défunt roi, quelques huit décennies plus tard, son repos sera perturbé par la rage des révolutionnaires, soucieux de fouler aux pieds tout ce qui est beau, grand et sacré.
Nicolas Kirkitadze