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Les lois officielles et les lois du ciel

Même si celles qui les portent se taisent et baissent les yeux, les voiles en disent long et n’ont absolument pas froid aux yeux.
Arborer un voile dans l’espace public c’est non seulement obéir en tant qu’individu à des prescriptions islamiques, mais c’est avant tout donner forme à un acte social qui a obligatoirement besoin des autres pour faire son cinéma, sur plus ou moins grand écran. Les voiles n’auraient jamais eu de sens ni d’effet si les musulmanes vivaient cloîtrées chez elles. Ils n’acquièrent de sens que si les musulmanes les sortent, les baladent en public et nous les présentent comme matériau d’isolation, de séparation, d’appartenance particulière et de soumission. Le voile islamique a une impérieuse nécessité des citoyens qu’il implique, de bon gré ou malgé eux. Dans une interview intitulée « Est-on raciste si on critique le voile ? », Nadia Geerts fait remarquer, avec justesse, que « L’actualité turque nous démontre que choisir d’arborer le voile ou pas est un acte éminemment politique ».

Que pourraient nous taire les voiles ?

Et ce n’est pas qu’en Turquie que le voile signifie plus qu’on ne pourrait penser. En France et en Belgique aussi. Le voile n’est pas un signe religieux neutre et équitable puisqu’il n’a pas d’équivalent imposé aux hommes. Dans la même interview, Nadia Geerts déclare : « Si le voile dérange, c’est parce qu’il ne concerne que les femmes dont il est censé assurer la protection face à des hommes qui sont ressentis comme des prédateurs potentiels ». Mme Geerts a ici bien perçu les deux faces du voile : l’une cachée, l’autre perverse et extravertie. La première colle à la peau de celle qui le porte et l’autre – exposée aux regards extérieurs – est celle qui projette une certaine vision de ceux et celles qui la croisent. Mme Geerts aurait pu tout autant constater que les voiles introduisent une dichotomie séparant les femmes en deux catégories : les soi-disant pudiques et les autres, soi-disant impudiques si ce n’est dévergondées.

En privé, dans l’intimité face à Allah, prescripteur du voile, cet accoutrement n’est d’aucune utilité. Comme un manteau, maman, voilée intégrale, l’a toujours accroché pas loin de la porte de sortie. A la maison, il reprenait donc son statut de vulgaire torchon, d’étouffe-musulmane plus ou moins hideux et couvrant. Pour faire sens, le voile a besoin d’un public qu’il faut interpeller, éventuellement provoquer ou même choquer, surtout ici en Europe.

Le voile aime aller au contact de l’adversaire, comme diraient les habitués du rugby. Il ne révèle toutes ses potentialités que lorsqu’il y a entrechoc entre son pouvoir occultant et le regard des autres. Il ne s’agit jamais du regard du premier venu : comme au rugby, il lui faut des “hommes qui sont des hommes”. Pas des hommes de n’importe quel âge ou de n’importe quelle catégorie ; non ! Pour faire sens, le voile exige des hommes post-pubères, des hommes mûrs sans être trop vieux ; des hommes qu’une femme peut intéresser, des hommes aussi étrangers que possible au clan et à la famille de sa porteuse. Le voile est sans conteste un objet dont la teneur sociale est pleine de symbolique sexuelle : sa sémantique voudrait nous expliquer que la femme est si désirable qu’il lui faut nous la cacher.

Son corps est considéré en quelque sorte comme un sexe (‘awra en arabe : partie honteuse), de la pointe des orteils à la cîme des cheveux ! C’est en cela que le voile est absolument pervers. Il matérialise une vision malsaine et dégradante des femmes et des filles qui le portent et une vision exécrable des autres. Pour nous pourir la vie tout en nous culpabilisant, il procède de façon séparatiste et ségrégationniste. C’est une cloison qui s’interpose entre des êtres humains pour considérer et montrer publiquement qu’ils sont des êtres un peu plus étrangers au clan et à la famille. Ils seront ainsi un peu plus exclus, un peu plus rejetés du gynécée que la musulmane est sencée ne jamais quitter même en sortant de chez elle.

Côté intime, les voiles cachent le corps de la femme, considérée comme facteur de trouble dans l’espace public et, côté face, publiquement affichée, il considère les hommes comme des sauvages, dont la libido est si débordante qu’ils seraient incapables de respecter la femme étrangère au clan si elle n’a pas recours à un écran occultant. Qu’espèrent-ils cacher à nos yeux ? Serait-ce ce que toute l’humanité a de tout temps considéré comme beauté naturelle de sa douce moitié ? Les voiles informes, surtout lorsqu’ils sont intégraux, ne seraient-ils pas tout simplement des écrans de laideur ? Ne seraient-ils pas l’expression publique d’une négation de la douce moitié de l’humanité ? Une volonté de nous culpabiliser et de nous humilier au point de nous couper avant de vouloir faire disparaître notre moitié de la vie normale de tous les jours ? En tout cas, ayant vu et vécu la séparation des êtres et les voiles de toutes les tailles en Afrique du Nord, je ne peux que répéter ici ce que j’ai souvent écrit : voiles, burkas et tchadors, je vous hais !

L’introduction des voiles dans notre espace de convivance, surtout lorsqu’il s’agit de voiles intégraux ou de burkas, n’est pas sans conséquences sur le vivre-ensemble. Quelle que soit notre sensibilité (si tant est nous en avons encore), nous ne pouvons faire semblant de ne pas les voir ; comme s’ils n’existaient pas. Ainsi, les cloisons qui s’érigent unilatéralement face aux autres concitoyens et aux autres êtres humains ne peuvent en aucun cas laisser intacte notre vision et nos représentations de la société. Ces murs ambulants transfigurent à tout jamais notre espace, non seulement esthétique, mais aussi éthique : ils en chassent les quelques restes de convivialité et de spontanéïté qui pourraient fluidifier et rendre agréable notre quotidien. En présence des voiles, surtout intégraux, cet espace commun n’est plus du tout équitablement partagé ni respectueusement agencé. Une certaine loi issue de la nuit des temps y fait irruption et la guerre des sexes y est ouvertement déclarée. Les voiles cassent irrémédiablement quelque chose en notre humanité et détériorent à tout jamais les relations entre les hommes et les femmes. Ils mettent des barrières entre les êtres dans un espace public sensé nous réunir et nous ouvrir au monde, aux êtres qui nous entourent.

Comme le font les contradicteurs de Riposte Laïque, nous pouvons toujours tenter de désigner les voiles comme de simples signes religieux, ils ne seront jamais une simple affaire personnelle qui n’impliquerait que la femme et la fillette qui les portent sans porter atteinte à la dignité et à l’humanité que nous partageons avec elles ni sans devoir nous réserver une case et un rôle dans une vision perverse de la société humaine. Sans mot dire, les voiles nous impliquent, contraints et forcés d’adopter un autre regard et des attitudes obéissant, au bout du compte, à des injonctions de l’islam. Que nous soyons nationalistes d’extrême droite, du mouvement démocrate ou bien de gauche, nous ne pouvons que contater la distance symboliquement infranchissable qui est immédiatement instaurée entre les femmes musulmanes obéissant aux lois du ciel et tous les hommes étrangers à leur clan et à leur famille sans parler de leur communauté.

Qu’on le veuille ou pas les voiles s’imposent toujours comme affaire de toute la communauté humaine dans laquelle ils s’introduisent. En les prescrivant, l’islam ne s’y est pas trompé : ils donnent à la religion, à ses tenants et à ses éventuels représentants un outil de contrôle social d’une terrible efficacité : les voiles font semblant de ne dire mot alors qu’ils étalent au grand jour leur vision perverse des hommes et des femmes.

Le combat pour l’émancipation doit reprendre de plus belle

Le soutien que Regards des Femmes, la Ligue des droits des femmes, la Ligue internationale des droits des femmes, Riposte Laïque et bien des citoyens organisent et affichent à l’égard de Fanny Truchelut, n’est pas du tout partagé par toutes les militantes et tous les militants républicains. En voilà quelques notoires expressions publiques provenant justement de nos plus proches amis :

1. Caroline Fourest : Laïcité : la clarification est un combat (à propos de l’affaire d’Epinal)

2. Catherine Kintzler : La laïcité face au communautarisme et à l’ultra-laïcisme

3. Bernard Téper : Qu’est-ce que la laïcité ?

4. Nadia Geerts : À propos des « vraies résistantes »

Il me semble que les raisons de notre différend sont de plusieurs ordres :

Les un(e)s pensent qu’il s’agit toujours de laïcité dont le principe, en effet, ne peut s’appliquer à l’espace public où les religions ont le droit de s’exprimer librement ; tant que l’ordre public est respecté. Pour que ce raisonnement soit cohérent, les voiles -tous avatars et manifestations confondus – sont rangés dans un même et unique tiroir étiqueté “signes religieux”.

Nous autres pensons qu’il s’agit avant tout d’atteinte à la dignité humaine et au principe d’égalité hommes-femmes. Un combat pour l’émancipation afin que les musulmanes se débarassent surtout du voile intégral et de la burka ainsi qu’une lutte pour le respect dû aux fillettes doivent être réactivés. Ce combat ne considère en aucun cas le voile comme un banal signe religieux comparable à quelque autre signe tout à fait symbolique. Il va de soi que nous y incluons les voiles prescrits par saint Paul à l’ensemble des chrétiennes.

Les un(e)s se contentent de constater que Fanny Truchelut contrevient à la loi en vigueure et qu’elle a accepté la défense d’un avocat ouvertement acquis à l’extrême droite, en l’occurence le Mouvement Pour la France. Autrement dit, nos amis tentent encore une fois de bien ranger Fanny dans un tiroir, de lui coller une étiquette qui lui a été imposée par la lâcheté des féministes et progressistes et finalement pour se donner bonne conscience de soi-disant bienveillants qui ne veulent surtout pas affronter la pernicieuse loi du ciel imposée par les voiles.

Nous autres estimons que malgré le consensus hypocrite actuel, Fanny a vu juste en estimant que les voiles islamiques ne peuvent pas être considérés comme simples signes religieux. Comme Fanny, nous ne pouvons fermer l’oeil sur ce que les voiles introduisent comme cloisonnement, non seulement dans les gîtes, mais dans toute la société, comme séparation et ségrégation entre les hommes et les femmes, comme remise en question des acquis de l’émancipation que les féministes ont obtenus de haute lutte.

Les un(e)s pensent que la liberté y compris religieuse est sacrée et que si quelqu’un y met quelque bémol c’est qu’il est liberticide, douteux et forcément proche de l’extrême droite.
Nous autres pensons que même si l’extrême droite peut avoir ses propres raisons que nous ne partageons pas, elle peut tout même avoir aussi raison sur le fond.

Nous féministes et progressistes qui soutenons Fanny, avons de bonnes raisons de penser que les musulmanes sont aussi des citoyennes capables de soutenir un regard critique sur leur soumission à des prescriptions religieuses d’un autre espace-temps. User de cette critique citoyenne n’a plus rien à voir avec la xénophobie avec laquelle des bienveillants incapables d’affronter les réalités nous ont bassinés des décennies durant.

Entre la liberté religieuse béatement sanctifiée et une critique responsable, vigoureuse et sans concession, nous préférons affronter franchement les vélléités des religions qui submergent tout naturellement des pans entiers du champ socio-politique en faisant porter le chapeau aux femmes. Pour obtenir le reflux de l’islam de France et d’Europe dans la sphère intime qui lui revient de droit, il nous faut être suffisamment nombreuses et nombreux pour faire front, faire barrage et lui indiquer clairement qu’il est temps qu’il lâche prise sur les reproductrices de notre société humaine.

C’est à ce prix que nous pouvons obtenir plus d’émancipation, éviter le cloisonnement inhérent aux voiles et promouvoir un réel vivre ensemble. C’est à ce prix que l’islam deviendra enfin une religion ouverte, acquise à l’égalité entre hommes et femmes, entre croyants et non croyants, entre juifs et musulmans, une religion enfin capable de s’intégrer en France et en Europe. Il nous faut être claires et francs : l’islam classique n’a jamais été compatible avec les droits humains ni avec la liberté d’expression. Et c’est bien à cause de cela que les peuples musulmans éprouvent tellement de difficultés à bâtir des états de droit. On ne peut faire cohabiter quelque démocratie et son contraire sans que l’armée turque, par exemple, ne soit instituée juge de paix.

Conclusion

Féministes et progressistes, unissons-nous !

Que cela plaise ou pas, nous pensons que sans arrogance aucune, nos positions d’aujourd’hui nous désignent comme meilleurs militantes et militants que nos amis de Prochoix, de l’UFAL, de ResPUBLICA et que Mme Geerts. Nous ne désespérons pas de pouvoir les convaincre de mener avec nous ce combat pour la dignité et pour l’émancipation. Ce combat, même s’il est mené par des laïques intransigeants, n’a que peu de chose à voir avec le principe de laïcité qui avait encore quelque validité pour la loi du 15 mars 2004 et derrière lequel nos amis-contradicteurs ne peuvent plus s’abriter.

Pascal Hilout

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Adresse au Président de la République et aux parlementaires pour limiter le port du voile, atteinte à la dignité des femmes

Adresse de citoyennes et citoyens au Président de la République et aux parlementaires pour limiter le port du voile, atteinte à la dignité des femmes

Aujourd’hui, dans notre Etat de droit, certaines personnes tentent de pervertir l’esprit des lois, en portant atteinte à la fois aux principes de laïcité et de neutralité de l’espace public et à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Ainsi, dans l’espace public, de plus en plus de fillettes et de jeunes filles mineures portent ce marqueur de discrimination sexuelle qu’est le voile, manifestation archaïque de l’oppression des femmes. De plus en plus de femmes sont enveloppées dans une burqa qui les cache entièrement. Ces tenues ont un sens : elles sont là pour maintenir l’enfermement des femmes afin que même dehors, elles restent « dedans ». On vole leur identité à ces ombres non identifiables.

L’offense ne s’arrête pas là. Ces femmes portent atteinte à la dignité de l’ensemble des femmes et des hommes. Exhiber de telles tenues, censées les protéger et les garder « pures », revient à renvoyer les autres femmes à leur « impureté ». Elles mettent en danger les jeunes filles, qui veulent respecter les valeurs de laïcité et d’égalité. Elles poussent l’impudeur et la provocation jusqu’à se porter partie civile contre celles qui refusent ce stigmate, rougi par le sang des femmes violées, fouettées, égorgées, lapidées, parce qu’elles ont refusé de le porter.

Considérant contre l’évidence, contre l’histoire, contre l’actualité, que le voile n’est qu’une expression de la liberté religieuse, un tribunal d’Epinal a condamné à de la prison, avec sursis, en octobre pour « discrimination religieuse », la propriétaire d’un gîte qui avait demandé d’ôter, dans les parties communes, ce symbole de l’oppression des femmes. La liberté d’expression d’une citoyenne soucieuse de respecter la neutralité de l’espace public est sanctionnée. Une femme qui affiche volontairement un signe ostensible de discrimination, le voile, est reconnue comme « victime » de discrimination ! Où est la réciprocité dans le droit des individus ? Par quelle aberration, en est on arrivé là, dans une république laïque ?

Le foulard islamiste, étendard d’un fanatisme qui tente d’envahir des espaces et des esprits, est clairement une atteinte à la dignité des femmes. La commission Stasi, les rapports d’inspecteurs généraux, ont montré les troubles à l’ordre public engendrés par les demandes dérogatoires aux principes républicains.

Tolérer qu’il s’impose à des femmes de se dissimuler dans l’espace public contrevient gravement au principe d’égalité en droit entre les hommes et les femmes. L‘assujettissement volontaire de certaines de ces femmes entièrement voilées n’a rien à voir avec la liberté de choix qu’elles revendiquent. Par contre il est un camouflet pour les femmes qui tentent de se libérer du même assujettissement et qu’on renvoie à un passé douloureux. Enfin accepter l’endoctrinement des enfants porte atteinte aux droits des enfants.

Aujourd’hui, l’appareil législatif paraît insuffisant face aux pressions exercées pour imposer des pratiques en totale contradiction avec les principes républicains. Des lois ont permis d’interdire « le lancer de nains », même si des nains étaient d’accord pour être considérés comme des objets, des lois ont permis d’interdire le bizutage, même si les étudiants étaient majeurs et « consentants ».

La loi de 2004 sur les signes religieux à l’école qui a permis de protéger les fillettes et jeunes filles dans l’espace scolaire, montre ses limites. Il faut l’étendre aux universités et aux établissements publics d’enseignement supérieur. Laisser le choix aux conseils d’administration crée des situations conflictuelles sur des questions qui n’ont rien à voir avec les missions de l’université. Il faut l’étendre à l’espace public pour certaines catégories de la population, les fillettes, et pour certaines tenues, qui dissimulent entièrement les femmes, telles la burqa.

Nous, citoyens et citoyennes, demandons au Président de la République et aux parlementaires de légiférer pour faire respecter nos principes fondamentaux de laïcité et d’égalité des sexes, garants de la paix civile.

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Les premiers signataires :
Michèle Vianès, présidente de Regards de Femmes, Anne Zélensky, présidente de la ligue du droit des femmes, Annie Sugier présidente de la ligue internationale des femmes, Pierre Cassen, animateur de Riposte Laïque.

Yvette Roudy, ancienne Ministre, Présidente de l’Assemblée des femmes, Corinne Lepage, ancienne Ministre, Présidente de Cap 21, Françoise Hostalier, ancienne Ministre, députée, Jean-Robert Ragache, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, Nadia Amiri, responsable d’Histoires de mémoires, Jacques Myard, Député, André Gerin, député-maire de Vénissieux, Robert Redeker, philosophe, Philippe Esnol, conseiller général des Yvelines, maire de Conflans-Sainte-Honorine, André Bercoff, écrivain, journaliste, Olga Trostiansky, Maire adjoint Paris, Saïd Ould-Khelifa, Cinéaste, Maryam Youssefi, militante féministe, Mohamed Pascal Hilout, initiateur du Nouvel Islam en France, Kébir Jbil, Président de l’UFAL, Strasbourg, Halim Akli, Militant laïque en Algérie, Bernice Dubois, Conseil européen des fédérations Wizo, Jean-Paul Brighelli, enseignant, écrivain, Malka Marcovich, historienne, consultante internationale droits des femmes, Evelyne Rochedereux, Présidente de CIBEL, Simon Blumental, Président d’Algérie ensemble, Stéphane Arlen, Président de l’association Faire Le Jour, Brigitte Bré Bayle, Présidente de l’Ufal d’Aix-Marseille, Françoise Pelissolo, militante féministe, Louis Chagnon, chargé de recherche, Robert Albarèdes, porte-parole des « Laïques en Réseau », maire honoraire (13850 Gréasque), Juliette Minces, Ecrivain, Micheline Montot, vice présidente du Comité du Vendômois de Défense de la Laïcité, Frédéric Bard, Président de Collectif Respect, Christine Tasin, Présidente de l’Ufal du Poitou-Charentes et militante du MRC, Claude Jean Lenoir, Président du cercle Condorcet Voltaire du pays de Gex et de Genève, Hubert Sage, président de l’Ufal de l’Isère, Pierre Baracca, président de l’Ufal de Lille, Maguy Girerd, Présidente de Talents de Femmes, Philippe Isnard, site www.laicite.biz, Farida Gaëlle Kadi, militante anarcha-féministe, Alice Braitberg, sociologue, Philippe Granarolo, philosophe, Genovefa Etienne, ESISC, Huguette Chomski Magnis, responsable associative, Rosa Valentini, trésorière de l’UFAL du 78, Maurice André, Amis de la Laïcité en Conflent 66, Harold Grenier, syndicaliste, Laurence Vuillemot, initiatrice de la pétition « Pour une laïcité pleine et entière », Yves Pialot, Président du « Cercle de Défense de la Laïcité » (34 – Saint Jean de Védas), Jean Claude Jullien, membre de « L’Observatoire de la Laïcité du Pays d’Aix en Provence », Jean-Claude Santana, Ufal Rhône, Antoine Thivel, militant laïque, Thierry Kopernik, président de l’Ufal 67, Simon Midal, président de COL, Paule Segal, militante féministe, Odile Vernhet-Parrimond, militante féministe, Léon Tourtewitch, militant laïque, Jean Cantel, libre penseur, Anne Leroy, femmes en colère, psychologue, Mireille Popelin, secretaire de l’UFAL du Rhône, Françoise Flamant, auteure, réalisatrice, Jacques Delemontez, Président de l’UFAL 21 et penseur Libre, Serge Goldberg, Président Comité MRAP Saintes 17, retraité, Jocelyn Bézecourt, responsable du site atheisme.org, Josette Imbert, Directrice d’école publique retraitée, ancienne conseillère municipale déléguée aux droits des femmes de Villeurbanne, Simon Archipenko, président de Voltaire République, Mireille Kukawka, élue parisienne, Nista Lew, enfant Vel d’hiv 1942, Louis-Jean Quivrin-Jeu, vieillard à la retraite … 85 ans.

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Une pétition qui marche, un journal qui fait causer

« La calomnie, monsieur ! Vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j’ai vu les plus honnêtes gens près d’en être accablés. Croyez qu’il n’y a pas de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde, qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une grande ville en s’y prenant bien : et nous avons ici des gens d’une adresse !… D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l’oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et, rinforzando de bouche en bouche, il va le diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’oeil. Elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ? »

Ce texte inoubliable de Beaumarchais sonne aujourd’hui curieusement à nos sensibles oreilles. En décidant de créer Riposte Laïque, il y a trois mois, nous savions que nous ne nous ferions pas que des amis. En désignant clairement l’intégrisme islamiste comme fer de lance du combat contre les femmes, contre la laïcité et contre les libertés, en France et en Europe, pour le plus grand bonheur des autres Eglises, nous étions sans illusion quant aux amalgames qui allaient chercher à nous atteindre.

Le terme « islamophobie », inventé par l’ayatollah Khomeiny lors de la fatwa prononcée contre Salman Rushdie, en 1989, a, des années durant, servi à intimider tous ceux qui auraient eu envie de s’opposer à l’offensive de l’islamisme. Relayé inlassablement par la direction du Mrap et de la LDH, ce mot a été amalgamé à du racisme. D’après ces gens là, la critique de toutes les religions est permise, mais critiquer l’islam est forcément suspect, donc raciste.

Ces intimidations ne marchent plus. La campagne pour une loi contre les signes religieux à l’école, en 2003-2004, l’affaire des caricatures, le drame de Robert Redeker ont ouvert les yeux de la majorité de nos concitoyens, qui ne veulent plus se laisser intimider par ces amalgames grossiers.

C’est pourquoi, spontanément, la majorité de nos concitoyens n’a pas mordu à l’hameçon, sur l’affaire du Gîte des Vosges. Malgré une campagne de matraquage, qui a dépassé les seuls Mrap et LDH, cherchant à faire passer la propriétaire, qui a demandé à deux femmes de retirer leur voile dans les parties communes pour une méchante raciste, les « gens normaux » ont spontanément compris qu’il y avait, derrière cette affaire, un autre, enjeu, et ils ont majoritairement défendu Fanny.

Le verdict inique du procès d’Epinal, les insultes proférées par les avocats du Mrap, de la Licra et de la LDH contre des féministes, ont contribué au renforcement d’une prise de conscience, dans ce pays. En 2003, il fallait mettre un coup d’arrêt à l’offensive du voile à l’école, en 2007, il faut mettre un autre coup d’arrêt, sinon, les provocations vont se multiplier, et d’autres Fanny Truchelut vont se retrouver au tribunal.

Lancée dans une période de vacances, à la veille d’un grand pont, la pétition, impulsée par Michèle Vianès, présidente de Regards de Femmes, Anne Zelensky, présidente de la Ligue du Droit des Femmes, Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit international des Femmes, et Pierre Cassen, animateur de notre journal, rencontre un écho très fort (voir ci-dessous).

Que trois anciennes ministres, Yvette Roudy, Corinne Lepage et Françoise Hostalier, en soient les premières signataires montre, par la différence de leur engagement, qu’il n’y a aucune manœuvre partisane, et que nous ne sommes pas de ceux qui mettons du fil de fer barbelé, de manière politicienne, autour de la défense de la laïcité et du droit des femmes.

Nous ne sommes pas surpris que l’ineffable Mouloud Aounit, dès le lendemain de la pétition, se sente obligé d’écrire un article intitulé « du racisme anti-musulman », texte bien sûr abondamment relayé sur les sites islamistes. Le président du Mrap est dans sa partition, il est ouvertement le relais de l’offensive islamiste, il a défendu le voile à l’école, il a soutenu Tariq Ramadan dans son travail d’infiltration de la gauche, il défend la viande halal à l’école, il a condamné les dessinateurs danois et Charlie Hebdo, il a réclamé une loi pour réintroduire le délit de blasphème pour l’islam, etc. C’est son fond de commerce, même s’il mène l’entreprise « Mrap » à la faillite.

Nous ne sommes pas davantage étonnés que des élus des « Indigènes de la République » se permettent de qualifier un de nos animateurs de « raciste ». Ils n’ont toujours su écrire que cela, ils ânonnent ce terme de manière tellement obsessionnelle que plus personne n’y fait attention.

Ce qui nous a davantage consternés est la hargne manifestée contre nous par des réseaux dont les animateurs étaient encore, il y a quelques semaines, des proches, voire des amis. Que l’affaire des Vosges ait révélé des divergences d’approche sur la laïcité est une évidence. Notre conception, et nous l’avons proposé systématiquement, était que cette question permette un vrai débat, franc et loyal, dans notre camp laïque, en évitant, entre nous, les qualificatifs désagréables, les procès d’intention et les amalgames indignes des principes que nous défendons.

C’est pourquoi nous avons été désagréablement surpris d’être qualifiés d’ « ultra-laïciste » par une philosophe, nous pensions que c’était du côté du Vatican et des islamistes que nous allions entendre ces propos. Que dire du terme « villiero-compatible » employé à notre encontre par un site ami ?

Nous sommes peinés, ne le cachons, de lire dans certaines revues des propos nous qualifiant de complices de l’extrême droite catholique, dans sa croisade contre les musulmans. Le raisonnement est quelque peu simpliste. Riposte Laïque = Fanny Truchelut = Alexandre Varaut = Villiers = Extrême droite ! Nous sommes stupéfaits de l’apparition de sites courageusement anonymes, dont le seul but est de « dégommer » Riposte Laïque. Nous pensions que ce débat valait mieux que ces méthodes peu ragoûtantes, et espérons que ceux qui sombrent dans ce type de calomnies vont retrouver au plus vite le sens d’un débat fraternel et courtois qui aujourd’hui leur échappe totalement.

Dans un ouvrage, intitulé « 68-98, une histoire sans fin », l’inspecteur du travail Gérard Filoche, ancien trotskiste devenu membre de l’aile gauche du Parti socialiste, parle de la violence que les staliniens faisaient subir, dans les années 1970, à d’autres forces politiques. Il n’est pas question de juger si les gauchistes avaient raison ou tort contre le PCF, mais d’insister sur des principes démocratiques. On y lit, page 56, ces mots : « J’ai été vacciné contre tous les gros bras, au raisonnement obtus, sans scrupule, sans réflexion et sans recul, quand le « parti », quel qu’il soit, leur dit de cogner. Je les reconnais, je les hume, je les hais dans leur bêtise, et qu’ils soient de ma classe et de « bonne foi » ne m’émeut pas. Le respect des règles démocratiques est forcément lié à tout programme authentiquement socialiste : laisser parler, s’exprimer, s’écouter, et ne pas user de la violence au sein de la gauche. Savoir distinguer son camp, qu’il faut unir, de celui de l’adversaire, que l’on combat d’autant mieux qu’on est rassemblés et attentifs à nos légitimes sensibilités. Je venais de traverser ces épreuves de l’exclusion du PCF et de l’UEC, et cette violence stalinienne, moins impunément que je ne croyais, m’avait braqué, et avait développé en moi une sensibilité démocratique exacerbée, viscérale ».

Tout le monde n’est pas obligé de partager les options politiques de Gérard Filoche. Nul n’est obligé de partager toutes les orientations de Riposte Laïque. Mais puissent certains s’inspirer de ces quelques lignes, et retrouver la raison. Nous savons que notre journal est très lu, mais aussi très épié. Les « snippers » du web guettent la première faute, le premier écart, qui va leur permettre de déclencher l’artillerie lourde contre nous. Pour l’instant, l’air de la calomnie se joue en coulisse. Ils vont observer tous les signataires de la pétition, tout éplucher, décortiquer, pour mieux salir.

Nous les connaissons par cœur, et n’ignorons rien de leurs méthodes policières, basées sur la calomnie et le lynchage.

Cela ne marchera pas, nous resterons dans le débat d’idées, et ne nous laisserons pas embarquer dans des polémiques destructrices pour notre camp. Nous continuerons, comme notre ami Pascal Hilout le fait dans son article, à dialoguer fraternellement avec ceux qui expriment un désaccord avec nous, tout en nous montrant intransigeants sur le fond. Nous savons que notre discours est partagé par l’immense majorité de nos concitoyens, et c’est cela l’essentiel. Nous savons que la majorité des citoyens de ce pays en a marre de l’offensive du voile, et ne supporte plus les discours impuissants de certains moralisateurs.

Continuez à faire circuler la pétition, [www.halteauvoile.fr->www.halteauvoile.fr], envoyez la à votre député, à vos élus, faites nous connaître, faites circuler notre journal, abonnez vos amis, montez des réunions publiques autour de la pétition, de la laïcité, du féminisme.

Utilisons la force de la société civile pour imposer un rapport de forces qui fera reculer nos seuls véritables ennemis : le cléricalisme, dont le fer de lance, en France, est aujourd’hui l’islamisme.

Soutien à Riposte Laïque : chèques à envoyer au 81, rue de Bernardy, 13001 Marseille




La diversité culturelle est une arme

La France avait la notion d’ « exception culturelle », pour dire que les biens culturels ne sont pas des marchandises comme les autres. Elle l’a troquée, imprudemment, contre celle de « diversité culturelle », qui est devenue en un rien de temps synonyme de « diversité ethnique ». Le passage de l’une à l’autre semble avoir tenu à peu de chose, mais il a d’énormes conséquences.

Intermède franco-mexicain

En 2000, Hubert Védrine a publié un livre d’entretiens avec Dominique Moïsi, Les cartes de la France à l’heure de la mondialisation. Un passage en est consacré à l’ « exception culturelle », qui désignait à l’origine « une technique de négociation, une mesure de protection » dans le cadre des négociations commerciales internationales, et signifiait que les biens culturels ne peuvent être « traités, produits, échangés, vendus comme les autres ». Hubert Védrine raconte dans quelles circonstances cette notion a été abandonnée par la France : « Hors de France, l’expression et l’attitude qu’elle recouvre ont une connotation défensive : rien de très mobilisateur.

Je m’en suis rendu compte un jour en en discutant avec Rosario Green, la ministre des Affaires étrangères du Mexique. C’est elle qui m’a dit : « Personne ne comprend rien à votre histoire d’exception. Si vous parliez de diversité, vous auriez un tout autre écho. » Or, sur ce terrain en particulier, nous avons absolument besoin d’alliés. » . La France a suivi ce conseil et changé son vocabulaire. Quand les médias ont annoncé en novembre 2004 qu’elle avait obtenu le ralliement officiel du Mexique en matière de défense de la diversité culturelle, c’était comme une ironie de l’Histoire.

Pourquoi Rosario Green a-t-elle proposé le mot « diversité », ce vecteur de malentendus involontaires ou voulus ? Etait-ce un effet de la pensée … unique ? D’un parallèle injustifié qui était dans l’air, et qu’énoncera en novembre 2001 la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle : « Source d’échanges, d’innovation et de créativité, la diversité culturelle est, pour le genre humain, aussi nécessaire qu’est la biodiversité dans l’ordre du vivant » ? Ou bien était-ce le résultat de contacts avec des représentants de milieux européens favorables à un ordre ethnique dans l’Union européenne et dans le monde ?

Le 1er décembre 1999, le Mexique a obtenu le statut d’observateur auprès du Conseil de l’Europe, ce qui suppose un rapprochement bien avant cette date, et donc aussi une adhésion à l’action de l’organisme européen en matière de politique culturelle. Dans un discours qu’elle a prononcé à cette occasion devant le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe, Rosario Green a évoqué la « grande diversité culturelle mexicaine, alimentée par la situation géographique de ce pays, qui le conduit naturellement à multiplier ses relations avec l’étranger », et affirmé que « le Mexique (…) sera aussi partie prenante des réflexions menées à bien par les 41 pays membres du Conseil de l’Europe ».

Elle a ajouté que « le statut d’observateur permanent du Mexique le sensibilisera aux nouvelles politiques en vigueur et aux interrogations en cours, dans l’ensemble du continent européen » . Il est donc probable que le Mexique a intégré dans sa réflexion la charte européenne des langues régionales ou minoritaires, et la convention cadre pour la protection des minorités nationales, toutes deux promulguées par le Conseil de l’Europe, la première en 1992, l’autre en 1995, et dans l’élaboration desquelles la Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen / Union Fédéraliste des Communautés Ethniques Européennes /Federal Union of European Nationalities (FUEV / UFCE / FUEN) a joué un rôle essentiel.

Dans la feuille d’information Bayern-intern de la Sudetendeutsche Landsmannschaft, l’Association des Allemands des Sudètes (section bavaroise), on apprend que le Mexique, entre autres pays, est représenté à la présidence de l’Internationales Institut für Nationalitätenrecht und Regionalismus (INTEREG ) . C’est le nom qu’a pris en 1991 le Verein zur Förderung der Volksgruppen- und Minderheitenrechte, une association que la Bavière avait créée en 1977 pour « la promotion des droits des Volksgruppen (communautés ethniques) et des minorités » ; le changement de dénomination permet d’ailleurs de voir que droit des minorités et régionalisme vont ensemble, au service d’une Europe des régions à caractère ethnique voulue par l’Allemagne.

L’INTEREG a été pionnier en la matière. Il a ainsi lancé en 1988 le projet d’une région transfrontalière germano-tchèque, la Regio Egrensis, qui a vu le jour dès 1991. Des dizaines d’autres régions transfrontalières ont ensuite été créées ; à toutes ses frontières, l’Allemagne a de la sorte prise sur le territoire et la politique de ses voisins. L’INTEREG a également proposé, en 1992, la Magna Charta Gentium et Regionum, dont l’article 8 prévoit que « dans la perspective de l’Union européenne, chaque région devra se développer comme un Etat régional autonome », et l’article 11 que « la diversité culturelle de l’Europe (…) devra être garantie par le droit à l’autodétermination et le fédéralisme ethnique ». C’est en bonne voie.

Rosario Green a été le dernier ambassadeur du Mexique en RDA. A-t-elle occupé ce poste en raison d’affinités préexistantes avec l’Allemagne, ou s’est-elle imprégnée sur place de la pensée politique allemande inspirée par Herder ? D’une phrase, elle a en tout cas convaincu des responsables politiques de faire basculer la France dans la reconnaissance du principe ethno-culturel, étranger à son essence, mais que l’Allemagne, elle, par tradition historique et dans un sens bien compris de son intérêt national, défend sur tous les fronts. Et l’écho, comme elle l’avait prévu, a bien été immense.

La France au pilori

La Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, adoptée le 2 novembre 2001, montre que « diversité culturelle » n’est pas synonyme d’ « exception culturelle ». Seul son article 8, sous la rubrique « Diversité culturelle et créativité », traite nommément du fait que « les biens et services culturels » sont « des marchandises pas comme les autres » : « (…) une attention particulière doit être accordée à la diversité de l’offre créatrice, à la juste prise en compte des auteurs et des artistes ainsi qu’à la spécificité des biens et services culturels qui, parce qu’ils sont porteurs d’identité, de valeurs et de sens, ne doivent pas être considérés comme des marchandises ou des biens de consommation comme les autres. »

Pour le reste, la Déclaration de l’UNESCO proclame des principes relatifs à « Identité, diversité et pluralisme », à « Diversité culturelle et droits de l’homme », à « Diversité culturelle et solidarité internationale ». Tout cela n’a évidemment rien de répréhensible. Sauf que, dans cette Déclaration, ce ne sont pas seulement les individus, les personnes, qui ont droit de cité. Des entités collectives y figurent elles aussi.

L’article 1 mentionne ainsi « l’originalité et la pluralité des identités qui caractérisent les groupes et les sociétés composant l’humanité ». L’article 2 affirme que « dans nos sociétés de plus en plus diversifiées, il est indispensable d’assurer une interaction harmonieuse et un vouloir vivre ensemble de personnes et de groupes aux identités culturelles à la fois plurielles, variées et dynamiques » – avant, il est vrai, de dissoudre ces « groupes » pour en revenir aux individus, par la reconnaissance « des politiques favorisant l’inclusion et la participation de tous les citoyens ». A mi-chemin entre les individus et les groupes apparaissent les « personnes appartenant à des minorités ». Cette formule semble écarter la possibilité d’instaurer des droits collectifs, tout en posant l’existence de « minorités », et donc la possibilité théorique de leur en accorder.

Les adversaires de l’Etat-nation France, sans « minorités nationales », se servent de la diversité culturelle comme d’une arme pour l’obliger à en reconnaître sur son territoire. Ainsi, en 2003, l’ONU a été appelée à intervenir auprès de la France par la Gesellschaft für bedrohte Völker (Peuples en détresse), dont le siège est à Göttingen, et qui définit les « peuples » ethniquement. Cette association s’était alors manifestée auprès de la Commission des droits de l’homme, à Genève, pour prendre la défense des « 26% de citoyens français parlant une autre langue que le français », et représentant donc des « minorités » non reconnues par la France.

Dans sa revue Pogrom (sic), la Gesellschaft für bedrohte Völker n’hésite pas à l’accuser pour cela d’ « ethnocide », en l’occurrence envers les Occitans, Alsaciens-Mosellans, Basques, Bretons, Corses, Flamands et Catalans, la langue étant considérée comme un marqueur de l’ethnie. La Clef, un atlas collectif « ethno-linguistique » publié en 1998, avec préface et conclusion du peintre Ben, est d’inspiration analogue. Parmi les solutions que Ben y propose pour régler les « tensions et conflits ethniques actuels, passés et à venir », la rectification des frontières vient en premier (p.5).

L’ONU encore : Dans le cadre du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) est paru un Rapport mondial sur le développement humain 2004, consacré à « La liberté culturelle dans un monde diversifié » ; une équipe de l’UNESCO y a collaboré. L’ensemble a été rédigé « à partir de sujets thématiques relatifs à l’identité, la diversité et la liberté de culture ». L’objectif en était de « bâtir des démocraties multiculturelles », suivant le principe que « démocratie, développement équitable et cohésion étatique sont essentiels », mais que « sont également nécessaires des politiques multiculturelles qui reconnaissent explicitement les différences culturelles ». La France y figure pour non respect de la diversité culturelle.

Un chapitre de ce rapport traite des « défis posés à la liberté culturelle », en particulier des « exclusions politique, économique et sociale fondées sur l’identité culturelle » ; il contient un tableau sur la « représentation politique des minorités ethniques dans une sélection de parlements au sein de l’OCDE », qui indique pour la France (élections de 2002) : « Nombre dans la chambre basse : 0/577 ; part dans la chambre basse : 0,0 % ; part dans la population : 8,0 % ; rapport dans la chambre comparé au rapport dans la population : 0,0 % ». Il est fait référence, précise-t-on, « aux minorités ethniques visibles sur la base de recensements ou d’études universitaires. Les immigrés non visibles (de descendance européenne) ne sont pas inclus » . Cette analyse confond diversité culturelle et diversité « ethnique », et fait d’ailleurs comme s’il y avait des « statistiques ethniques » en France. La mention préalable de la « cohésion étatique » est de pure forme.

La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, un avatar de la « diversité culturelle », a été adoptée par l’UNESCO le 20 octobre 2005. La France se prévaut d’en avoir été un, sinon le maître d’œuvre, mais l’Allemagne y a travaillé de son côté. Il se trouve que cette convention fut adoptée à la fin du mandat de l’Allemand Hans-Heinrich Wrede, qui a été pendant deux ans le président du Conseil exécutif de l’organisation.

A mi-parcours, interrogé sur le fait que, pour la première fois, un citoyen de la RFA occupait ce poste, il a répondu que cela reflétait la haute estime dans laquelle son pays était tenu à l’Unesco, et correspondait à l’importance de la contribution de l’Allemagne à ses programmes depuis son adhésion en 1951.

Il a rappelé qu’avant 2003, date du retour en son sein des Etats-Unis, c’est l’Allemagne qui en a été le second contributeur, juste après le Japon . Hans-Heinrich Wrede a profité de sa position à la tête du Conseil exécutif pour « entamer rapidement et à bon escient les négociations relatives à une convention sur la diversité culturelle ». Fin 2004, il lui paraissait réaliste d’en envisager l’adoption lors de la Conférence générale d’octobre 2005 ; quelques mois auparavant, l’entreprise lui semblait encore « extrêmement difficile », en raison des pressions exercées par les gouvernements et les entreprises pour défendre « des intérêts bien tangibles » .
Peu après la fin de son mandat, dans un entretien accordé à la Frankfurter Allgemeine Zeitung, Hans-Heinrich Wrede est revenu sur cette convention de l’UNESCO ; pour lui, « les Etats et les nations ont le droit, et le devoir, de protéger activement leur identité à travers les biens culturels, la langue, les traditions » . Il a bien dit « les Etats et les nations », ce qui implique que les uns ne coïncident pas forcément avec les autres, ni les frontières politiques avec les frontières « ethno-linguistiques » ; lui semble en tout cas trouver son compte dans ce texte, où la culture et la langue sont reconnues comme des indicateurs de la « nation », dans l’acception allemande de la chose.

Pour l’Allemagne, l’adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles a été l’aboutissement provisoire d’un long parcours. L’une de ses étapes en montre l’enjeu ethnique. Parmi les propositions allemandes relatives au programme et au budget 1973-1974, ainsi qu’aux projets à plus long terme de l’UNESCO, il y en avait une qui a été saluée par la revue Europa Ethnica : « De nombreuses guerres ayant été suscitées, dans les décennies et siècles passés, par le fait que le droit des minorités nationales à une vie culturelle et sociale autonome n’a pas été suffisamment pris en compte par les Etats voisins ou les pays hôtes, nous suggérons (…) que, dans le cadre de son travail sur les questions raciales et sur les problèmes de la paix, l’UNESCO s’occupe aussi des questions propres aux minorités ethniques » . Avec persévérance, l’Allemagne fait progresser l’ordre ethnique à l’échelle européenne et mondiale.

Charte des droits fondamentaux : made in Germany

D’ores et déjà, la France est malmenée au nom de la diversité culturelle. Il est facile d’imaginer les conséquences qu’aurait pour elle l’adoption du nouveau traité européen. La Charte des droits fondamentaux n’y est plus incluse, mais l’article 6 la rend juridiquement contraignante : « L’Union reconnaît les droits, les libertés et les principes énoncés dans la Charte des droits fondamentaux du 7 décembre 2000, telle qu’adaptée le [… 2007, à …], laquelle a la même valeur juridique que les traités. »

La charte des droits fondamentaux a été voulue par l’Allemagne, et par elle seule. En janvier 2000, au moment où la « convention » chargée de l’élaborer sous la présidence de Roman Herzog a entamé ses travaux, Herta Däubler-Gmelin, qui était alors ministre fédéral de la Justice, l’a rappelé dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Personne, a-t-elle écrit, n’aurait pu imaginer une telle avancée un an plus tôt, lorsqu’un gouvernement rouge-vert à peine installé a pris en charge la présidence de l’Union européenne, et décidé de produire cette charte. Elle confirme qu’il n’y avait pas eu de travaux préliminaires à ce sujet dans le gouvernement précédent, ni d’entretiens préalables avec les gouvernements partenaires en Europe. En prenant cette initiative unilatéralement, l’Allemagne ne pouvait avoir en vue que ses intérêts propres. Lors de sa présidence à elle, Angela Merkel a fait le nécessaire pour sauver cet héritage.

Le député allemand Peter Altmaier (CDU) a représenté le Bundestag dans la Convention pour l’avenir de l’Europe. Il en avait déjà été le représentant dans la Convention qui a produit la charte des droits fondamentaux. En novembre 2000, il a déclaré à ce propos : « Partout où il y avait des articles comparables dans la Convention européenne des Droits de l’homme, nous avons formulé la charte européenne des droits fondamentaux en reprenant presque mot pour mot ce que dit la convention des Droits de l’homme. » Tout est dans le « presque ».

Ainsi, dans la Convention européenne des Droits de l’homme, l’interdiction de discrimination est énoncée comme suit : « La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l’origine nationale ou sociale, l’appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation. » (Article 14). L’article 21 de la charte a repris ce texte, en ajoutant aux critères de non-discrimination les caractéristiques génétiques, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle. Mais à « l’origine nationale ou sociale » se sont substituées « les origines ethniques ou sociales ». Cette modification, qui définit la nation comme ethnie, est la signature de l’Allemagne.

La formulation de cet article diffère aussi de celle qui avait été adoptée dans le Traité d’Amsterdam pour l’article 13. Celui-ci prévoit que « le Conseil peut prendre les mesures nécessaires en vue de combattre toute discrimination fondée sur le sexe, la race ou l’origine ethnique, la religion ou les convictions, un handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle ». Dans la charte des droits fondamentaux, l’origine ethnique est dissociée de la race, et acquiert une existence autonome, de même valeur que l’origine sociale.

Le ministre des Affaires fédérales et européennes de Thuringe, Jürgen Gnauck, qui représentait le Bundesrat dans la Convention chargée de rédiger la Charte des droits fondamentaux, a déclaré en 2000 que « par son préambule et son article 22 », elle « ancre des éléments du droit des minorités ». On peut supposer qu’il savait de quoi il retourne. Le préambule en affirme le « respect », par l’Union, « de la diversité des cultures et des traditions des peuples de l’Europe ». Quant à l’article 22, il énonce que « l’Union respecte la diversité culturelle, religieuse et linguistique ». Cette triple diversité doit donc, pour le moment, tenir lieu de diversité ethnique, et d’amorce pour un droit exhaustif des minorités. L’Allemagne aurait préféré voir inscrits dans la Charte des droits fondamentaux de véritables droits collectifs pour les minorités, mais la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne s’y sont opposées. Ce qu’elle contient est pourtant déjà bien lourd de menaces, et doit être refusé à tout prix.

Bataillons allemands d’aujourd’hui

La revue Europa Ethnica a publié en 1989 la proposition de résolution « sur un droit européen des Volksgruppen » présentée en juillet 1984, au Parlement européen, par quarante-deux députés. Sous leur plume, le Parlement européen s’y disait « partisan du droit à l’autodétermination des peuples », et « demandait à la Communauté européenne de faire le nécessaire pour que tous les Européens puissent l’exercer ».

Parmi les signataires, il y avait Hans-Gert Pöttering, député au Parlement européen depuis 1979, et son président depuis le 16 janvier 2007. Un autre était Ingo Friedrich, élu au Parlement européen depuis 1979, qui a été l’un de ses vice-présidents, et qui est actuellement l’un de ses six questeurs, et membre de la Commission des affaires constitutionnelles. Karl von Wogau, lui aussi eurodéputé depuis 1979, et aujourd’hui président de la Commission parlementaire Sécurité et défense, était l’un de ces signataires, tout comme Elmar Brok.

Ce dernier, eurodéputé depuis 1980, a été rapporteur principal sur l’élargissement (1999-2004). Mais il est surtout impliqué dans l’élaboration de différents traités européens. C’est ainsi qu’il a été représentant du Parlement européen au groupe de réflexion du Conseil pour la préparation de la réforme du traité de Maastricht, son représentant dans les conférences intergouvernementales pour les traités d’Amsterdam (1996-97) et de Nice (2000), président du groupe PPE à la Convention européenne, et encore représentant du Parlement européen à la conférence intergouvernementale sur le traité constitutionnel de l’UE (2003-2004). C’est aussi l’un des trois eurodéputés présents au Sommet européen de Lisbonne (18-19 octobre 2007). Tout cela ne l’empêche pas d’être en sus « Senior Vicepresident Media Development » dans le groupe Bertelsmann. Il est peu probable que ces eurodéputés allemands aient renoncé aux convictions qui étaient les leurs en 1984. Dans leurs fonctions respectives, ils continuent donc sans doute d’œuvrer pour un « droit européen des Volksgruppen ».

Pour son projet d’une réorganisation de l’Europe suivant des critères ethniques, l’Allemagne a un autre soutien de poids, en la personne de Benoît XVI. Celui-ci est un acteur politique à sa façon. Dans l’avion qui l’emmenait vers l’Autriche le 7 septembre 2007, pour un voyage de trois jours, il s’est entretenu avec les journalistes, et leur a dit qu’il ne s’agissait pas d’un « voyage politique », mais d’un pèlerinage. Il leur a annoncé qu’ « uniquement au début, lors de la rencontre avec le monde politique », il voudrait « parler un peu de cette réalité qu’est l’Europe, des racines chrétiennes de l’Europe, du chemin à prendre. ».

Lors de sa rencontre avec le Corps diplomatique, il a en effet encouragé « à faire avancer l’actuel processus d’unification sur la base de valeurs s’inspirant du patrimoine chrétien commun ».
Mais au cours de ce voyage, le pape s’est exprimé sur l’Europe d’une autre façon encore, en évoquant les cultures et les langues. Pendant la cérémonie d’accueil à l’aéroport de Vienne, il a ainsi brièvement parlé de l’Autriche comme d’un « espace culturel au centre de l’Europe », qui « dépasse les frontières et relie les élans et les forces de diverses parties du continent ». Mais l’Allemagne se sert aujourd’hui, justement, de cette notion d’ « espace culturel », avec le marqueur particulier qu’est la langue, pour restructurer l’Europe et lui imposer l’ordre ethnique. Du bon usage de la diversité culturelle !

A Vienne, première étape de son « pèlerinage », le pape s’est rendu devant la « Mariensäule », une statue de la Vierge, sur la place Am Hof. Depuis le balcon de l’église voisine, il s’est adressé à la foule, pour lui dire qu’ « aujourd’hui aussi, dans son sentiment maternel, Marie accueille sous sa protection des personnes de toutes langues et cultures, afin de les conduire toutes ensemble, unies dans la diversité, vers le Christ ». Cette « unité dans la diversité » peut certes s’interpréter comme un ciment de la catholicité, mais la formule est par trop semblable à la devise de l’Union européenne pour être fortuite.

La Frankfurter Allgemeine Zeitung a rappelé que, le 6 août 1806, la fin du Saint Empire romain germanique fut annoncée à ce même endroit, depuis le balcon de la « Kirche am Hof ». A la fois romain et germanique, Benoît XVI incarne en quelque sorte le retour du Saint Empire. Cela n’est sans doute pas pour déplaire à l’actuel président de l’Union européenne. Interrogé sur la nature impériale de l’Europe par un journaliste de Welt Online, à la veille du Sommet de Lisbonne, José Manuel Barroso a repris une formule du philosophe allemand Peter Sloterdijk, qu’il dit apprécier beaucoup, et qui a une fois défini l’UE comme « non-imperial empire » (en anglais dans le texte).

Conclusion

Dans son discours du 17 janvier 2007 au Parlement européen, Angela Merkel a parlé de la diversité comme « âme de l’Europe », mais dans sa première déclaration gouvernementale, elle avait dit plus crûment que « la politique extérieure et européenne de l’Allemagne est basée sur des valeurs et sert nos intérêts », qu’il s’agit d’ « une politique d’intérêts ». La France doit en tirer les conséquences, et refuser le traité de Lisbonne.

Yvonne Bollmann




50 ans de droits des femmes en Europe : Où sommes-nous arrivées ?

« Même un chemin de 1000 lieues commence par un pas », le proverbe japonais s’applique bien au combat des femmes : à petit pas ou à grandes enjambées, je pense en particulier aux lois qui, entre 1965 et 1970 , ont fait passer les françaises mariées de l’état de mineures du code Napoléon aux femmes autonomes, actrices de leur vie, responsable de leur désir d’enfants et ayant autorité sur eux dans le code civil actuel en France.

Oppression, volontaire ou forcée, des femmes
des « cultures minoritaires » en Europe

Depuis 50 ans les droits des femmes dans les pays signataires du traité de Rome puis dans tous ceux qui les ont rejoint dans l’aventure de l’Europe ont vu une formidable avancée dans l’égalité en droit des hommes et des femmes, même si dans les faits la persistance de stéréotypes continuent a ériger des barrières psychologiques. L’autonomie des femmes, rendue possible par leur accès au travail salarié et par la maîtrise de leur désir d’enfant, dépend fortement de leur émancipation par rapport aux religions et donc de la séparation du religieux et du politique dans les Etats d’Europe.

Les combats féministes auxquels je participe activement depuis 1968 sont révolutionnaires. Mettre en place un monde paritaire, dans lequel les 2 formes que revêt l’espèce humaine, hommes ou femmes, peuvent, en fonction de leurs talents, aptitudes et goûts, avoir à un égal accès aux responsabilités dans les sphères familiales, professionnelles et politiques, en changeant les lois pour changer les mentalités.

Nous pensions que le changement serait irréversible. Les représentations des rôles sexués évoluaient dans tous les pays du monde, pas seulement en Europe, les femmes, les citadines particulièrement, accédaient à l’instruction et revendiquaient l’accès aux droits universels pour elles et pour toutes les femmes vivant dans leur pays.
Or aujourd’hui, en Europe, nous observons des tentatives de régression des droits des femmes.
Je vais donc articuler mon propos en 3 parties

1- Alliance des différentialistes et des intégristes contre les droits des femmes

2- Confusion entre culture et traditions

3- Egalité entre les hommes et les femmes, principe universel fondamental

1-Alliance des différentialistes et des intégristes contre les droits des femmes

Le partenariat, la solidarité avec les combattantes de l’émancipation des femmes partout dans le monde est un des objectifs de Regards de Femmes. En 1999, en réponse aux demandes d’associations du Burkina Faso qui luttaient contre les mutilations sexuelles féminines et d’associations qui luttaient contre ces pratiques en France, Regards de Femmes avait organisé un colloque international contre les mutilations génitales. Naïvement, nous pensions que la protection des enfants contre ces mutilations concernait toutes les fillettes, ici et ailleurs.

Nous avons alors observé le soutien des « différentialistes », ceux qui pensent que toutes les personnes n’ont pas les mêmes droits, aux intégristes, ceux qui refusent les droits démocratiques à leurs coreligionnaires, sous prétexte que ces droits ont été obtenus par le combat des « Occidentaux ».

A quel titre, nous dont les parents ou grands-parents auraient été des colonisateurs, nous nous permettions de dénoncer la « culture » des pays ex-colonisés ? Ces différentialistes tentaient de nous culpabiliser pour nous empêcher de relayer les combats des hommes et femmes de ces pays, alors qu’eux-mêmes sont les porte-paroles des fractions les plus régressives. Prenant partie dans les luttes intérieures des pays africains pour celles et ceux qui veulent perpétrer ces traditions, source de violences et non pour celles et ceux qui voulaient protéger les fillettes de ces mutilations traumatisantes et douloureuses.

Pourquoi n’aurions-nous pas le droit, plutôt le devoir, de soutenir celles et ceux qui veulent faire accéder les femmes -donc leurs familles et leurs communautés- aux droits pour lesquels nous nous battions pour les femmes d’Europe ? Condorcet, le grand féministe, soulignait déjà en 1794 « Ou aucun individu de l’espèce humaine n’a de véritable droit, ou tous ont les mêmes droits. Et celui qui vote contre le droit d’un autre, quels que soit sa religion, sa couleur ou son sexe a dès lors abjuré les siens. »

Les différentialistes ne considèrent pas l’accès des fillettes et des femmes africaines comme un droit fondamental et indivisible. Ils font ainsi le jeu et sont les alliés utiles des intégristes qui refusent les principes fondamentaux de la démocratie, en particulier que chaque individu soit sujet de droit.

Leur désir d’enfermement dans les origines des uns et des autres érige des murs dans la société. Ceci empêche la construction des liens sociaux indispensables à une société harmonieuse qui relie toutes ses composantes, toutes les parties de la mosaïque de nos sociétés métissées par les lois communes décidées et votées par les hommes et les femmes représentants le peuple. Comment savoir et vouloir vivre ensemble si on se recroqueville dans ses coutumes et exacerbe ce qui différencie?

Les mêmes régressifs, dans le monde entier, instrumentalisant religions et traditions, considèrent que tous les maux de la société contemporaine proviennent de l’émancipation des femmes. Le retour à la hiérarchie patriarcale, les femmes à la disposition du mari pour lui donner des fils et accomplir les taches domestiques, s’appuie sur des interprétations des religions pour faire croire aux femmes que leur soumission est voulue par leur dieu et procèderait d’un ordre naturel. C’est ainsi que les femmes acceptent la soumission à des ordres divins décrétés par des hommes, une servitude volontaire dénoncée depuis La Boétie par toutes celles et tous ceux qui se battent contre tout assujettissement volontaire ou forcé des êtres humains.

Les tentatives de régression des droits des femmes passent par l’instrumentalisation de la religion : la foi serait supérieure au droit. On observe la même démarche en Irlande, en Pologne et à Malte pour refuser aux femmes le droit à une sexualité non reproductive.

2-Culture ou traditions patriarcales ?

Cette démarche s’appuie sur une instrumentalisation des mots, une confusion volontaire entre la culture et les coutumes ou traditions.

Certains osent appeler « culture » l’enfermement dans des normes différentialistes immuables, concernant le boire, le manger, les habitudes vestimentaires, l’habitât et évidemment les rapports entre les sexes ainsi que la religion, toutes normes imposées simplement parce que « né quelque part ». Les intégristes revendiquent pour leur groupe des règles particulières et fragmentent la société. Les différentialistes, oublieux des droits universels indivisibles et de leur application à chaque personne, tolèrent ces pratiques.

Or la culture est ouverture de l’esprit, interrogation sur soi-même, sur le monde qui nous entoure, sur les autres. Elle favorise la construction de soi par la connaissance de l’autre, la compréhension du monde par les lois scientifiques qui le régissent, la confrontation avec la création et l’expression artistique de l’humanité. Le partage mutuel des cultures permet la transmutation du petit humain réalisé à partir d’une dotation génétique en une personne rendue singulière par la pluralité de ses rencontres, capable d’adaptation et d’évolution.

C’est le rôle des écoles où tous les enfants se côtoient, partagent savoirs, jeux et nourriture, apprennent à savoir et vouloir vivre ensemble dans le respect mutuel des différences qui ne doivent pas être perverties en différence des droits. Faire la différence entre ce qui relève de l’intime, des habitudes et croyances personnelles auxquelles chaque individu peut adhérer dans le cours de sa vie et en changer et ce qui relève des lois communes à tous et toutes pour pouvoir être libres ensemble. Parmi les principes qui font l’Europe, l’égalité entre les hommes et les femmes est primordial.

3 – Egalité entre les hommes et les femmes, principe universel fondamental

Les tenants de l’islam politique pour faire accepter la soumission de leurs filles et femmes décrète que ce serait un impératif divin. Oublieux de toutes celles et ceux qui depuis leur prophète jusqu’à aujourd’hui, en passant par Averroès, Qasim Amin, Hoda Charawi et Tahar Haddad considèrent que « Cette déchéance de la femme est, chez nous, l’obstacle majeur à notre marche au bien-être ».

Les jeunes filles de filiation musulmane réussissait à l’école, lieu d’émancipation et devenait ensuite autonome, elle risquait même d’épouser un non-musulman. Cette peur panique a amené les prédicateurs salafistes à reprendre la technique qu’ils avaient employée avec succès en Egypte la décennie précédente : voiler leur fille pour les enfermer dans les schémas traditionnels de partage des rôles sexués. L’apparition du voile en France procède du refus de considérer les femmes de confession ou de filiation musulmane comme des adultes autonomes.

Il s’est passé un phénomène ahurissant, En jouant de la victimisation, les intégristes ont trouvé des compassionnels pour tolérer leur vision patriarcale des rapports sociaux de sexe et accepter que les fillettes de filiation musulmane deviennent les porte-drapeaux de l’islam politique, sous prétexte de relativisme culturel.

Ce relativisme est du racisme puisque selon cette notion les personnes de confession ou de filiation musulmane seraient incapables de jouir des droits humains fondamentaux. En son nom, il faudrait laisser les chefs de l’islam politique opprimer tranquillement leurs coreligionnaires, à commencer par les femmes.

Aujourd’hui, des jeunes filles assimilent les schémas patriarcaux que nous pensions archaïques, en particulier leur infériorité par rapport aux garçons. Elles ne se reconnaissent plus comme des adultes autonomes en devenir, mais se sentent avant tout membre d’un groupe ethnique ou religieux et ce de manière quasi exclusive. Ignorant les principes universels des droits humains et a fortiori la notion de citoyenneté. Ignorant également que dans les pays d’origine les femmes se battent pour faire évoluer le droit. Il est plus difficile pour les marocaines d’expliquer les modifications de la moudawana à leurs compatriotes d’Europe que du sud du Maroc.

Les atteintes à l’égalité en droit, en France, comme dans les autres pays d’Europe, des femmes et de fillettes de filiation musulmane sous prétexte de traditions religieuses, imposées par leur mari ou père, leur famille, le voisinage se multiplient. L’enfermement des femmes de confession musulmane, l’apartheid sexué, les mariages sous contraintes, forcés, la répudiation, la polygamie (30000 familles en France), les violences psychologiques et physiques dues aux traditions religieuses entraînent des troubles de l’ordre public et font que toutes les femmes en Europe n’ont pas les mêmes droits ! C’est intolérable.

Conclusion

Nous sommes bien dans le combat entre traditions archaïques et théocratiques patriarcales et l’idée moderne de laïcité, héritière des Lumières (Taslima Nasreen : nous avons besoin des Lumières, nous avons besoin de la laïcité) : reconnaître à chacun la même dignité, n’exiger nulle dévotion en contrepartie mais l’adhésion librement consentie à un contrat et à des devoirs de la part de consciences autonomes et libres, c’est-à-dire éclairées, aptes à juger et capables de vouloir.

Nous qui avons eu la chance de naitre dans des pays de droit positif nous devons assurer de notre soutien indéfectible les femmes ici et ailleurs qui se battent pour obtenir les mêmes droits. Les femmes demeurant en Europe peuvent prétendre à être protégée par la loi du pays de résidence, en cas de conflits familiaux, comme en Suède et en Espagne

Face aux difficultés pour que le principe d’égalité hommes/femmes soit respecté dans tous les pays de l’Union, le 4 octobre 2005 l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe a voté une résolution exhortant les Etats membres à protéger pleinement toutes les femmes vivant sur leur territoire contre toute violation de leurs droits fondée sur ou attribuée à la religion.

Ne soyons pas dupes : « Le secret des dieux et des rois c’est que les hommes –et les femmes- sont libres et qu’ils ne le savent pas »(Sartre). Le refus de l’Occident par les intégristes concerne le refus de la démocratie et non celui de la société de consommation. Ce n’est pas le clash des civilisations qu’il faut craindre, mais bien la guerre des incultures.

Michèle Vianès

Présidente de Regards de Femmes
Conférence organisée par les Verts, Parlement Européen ? 5 juillet 2007




Créationnisme et Conseil de l’Europe : retour de l’obscurantisme

Le 26 juin dernier, Guy Lengagne a pris un coup de sang et a donné illico presto une conférence de presse pour exprimer ses craintes. En effet, ce député européen socialiste français, rapporteur de la commission de la culture, de la science et de l’éducation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui avait été chargé quelques mois auparavant d’établir un rapport sur le créationnisme, à la demande d’un groupe de parlementaires de toutes sensibilités politiques qui soulignaient les dangers de son enseignement, venait de voir ce rapport – et le débat qui aurait dû suivre – renvoyé en commission sine die, ce qui, dans le jargon du Conseil de l’Europe, signifie « enterré ».

Guy Lengagne, au cours de cette conférence de presse, a donc rappelé comment il avait travaillé, avec le maximum d’objectivité, lisant et étudiant un nombre important d’ouvrages sur le créationnisme comme sur l’évolution, et qu’il était arrivé à la conclusion que l’évolution était une science très élaborée qui devait absolument être enseignée alors que le créationnisme, qui est la négation de l’évolution et est tout à fait discutable dans le cadre de l’enseignement des religions n’est en aucun cas une discipline scientifique, et doit donc rester en dehors des programmes scientifiques des établissements scolaires européens. D’ailleurs le rapport avait été adopté à l’unanimité moins une abstention lors de la dernière réunion de la commission le 31 mai 2007 à Saint Petersbourg.

Après une première alerte, le Président ayant proposé de dissocier ce rapport des deux autres sur les rapports interculturels et interconfessionnels ( laïcité, blasphème… ) le rapport a été carrément renvoyé en commission le 25 juin à la demande du parlementaire belge Luc Van den Brande, diplômé en droit canon de l’Université Catholique de Louvain, chef de groupe du groupe chrétien au Conseil interparlementaire consultatif de Benelux et président du groupe constitué du parti populaire européen et des démocrates chrétiens à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, en arguant que le Conseil de l’Europe n’était pas une académie scientifique mais un organe politique et qu’il n’était donc pas approprié d’y discuter de ce sujet… Effectivement, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a refusé par 63 voix contre 46 et 10 absentions de discuter de ce rapport.

Guy Lengagne dit et répète sans cesse :  » Je suis très inquiet, très préoccupé, le cancer est plus avancé que je ne le craignais, il y a quelques métastases ici où là. » En effet, selon lui, les choses ont été longuement préparées et le simple refus de débat, indépendamment de tout vote, témoigne de l’influence des milieux intégristes qui ont réussi (par quels moyens ?) à influencer les membres du Conseil de l’Europe et son Président. Guy Lengagne cite même un représentant russe qui n’a pas craint d’expliquer que l’évolution venait de Darwin et que c’était donc de Darwin que venaient le stalinisme, le nazisme, le fascisme et même les attentats du 11 septembre !

Le refus de débattre du rapport sur créationnisme et évolution est d’autant plus incompréhensible qu’à aucun moment la religion n’y a été remise en cause et que depuis déjà un certain temps, les spécialistes des religions monothéistes (et même le Vatican) admettent que l’évolution existe. Comment se contenter d’une doctrine, le créationnisme, qui interprète stricto sensu la Genèse et refuse l’évidence ? La résurgence de la grippe aviaire, la mutation des bactéries résistantes aux antibiotiques sont de simples exemples prouvant que l’évolution est un phénomène naturel et perpétuel.

Non seulement l’évolution n’est pas contestable, mais elle doit à tout prix être enseignée ; à travers elle, les jeunes seront obligés d’étudier au moins quinze disciplines. Certes elle n’est pas figée, elle évolue sans cesse, mais son principe ne peut être remis en cause.

Guy Lengagne ne mâche pas ses mots, il remet en cause le Président du Conseil de l’Europe qui sait très bien qu’il va partir et qu’ainsi le rapport risque d’être enterré. Et de déplorer le retour à l’irrationnel dans notre société. Or, comme il le dit, les hommes peuvent vivre des choses terribles, atteinte à leur liberté, atteinte aux droits de l’homme, mais l’atteinte la plus forte, c’est d’empêcher l’homme de penser. Et empêcher l’enseignement de la théorie de l’évolution c’est empêcher l’homme de comprendre et de penser !

On rappellera ici que Guy Lengagne s’attaque à forte partie et que le mal est déjà bien avancé. En effet, dans plusieurs pays européens, le créationnisme a droit de cité : mise à l’index du darwinisme par le ministre de l’éducation polonais, approbation par T. Blair de l’enseignement créationniste en 2006 et par le gouvernement allemand des professeurs d’un lycée privé qui enseignent que les différents animaux sont l’oeuvre d’un créateur !
Une seule note réconfortante, la démission de la ministre de l’éducation de Berlusconi en 2004 face à la levée de boucliers devant son projet de décret destiné à abolir l’enseignement de l’évolutionnisme dans le primaire et le secondaire.
La lutte ne fait que commencer, elle va être difficile, il serait urgent que les peuples d’Europe se réveillent et refusent la ratification du traité de Lisbonne qui va donner encore plus de pouvoir aux lobbies et aux intégristes.

Christine Tasin

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Les enjeux historiques de la construction européenne, de la mondialisation au mini-Traité de Lisbonne

L’évolution qui a marqué le monde les vingt cinq dernières années au niveau de l’économie s’exprime dans le fait qu’elle soit passée d’une tendance à être dominée par un capitalisme industriel national, à un capitalisme d’actionnaires qui ne connaît plus la question de l’enracinement national mais est devenu mondial. Le libéralisme a trouvé là une nouvelle dynamique que l’on a traduit dans le concept de mondialisation. Il apparaît aujourd’hui, sous le signe de cette mondialisation, que le monde devienne de plus en plus interdépendant, et ce, non seulement vis-à-vis des règles du marché qui tendent à s’homogénéiser partout, mais aussi du point de vue des changements culturels, sociaux, et évidemment politiques que ce mouvement implique.

Mondialisation, Europe et décentralisation, ou la fin tendancielle de la démocratie des nations

Ce mouvement tend à se traduire par une politique globale en direction des pays européens, sur l’initiative de l’Union européenne qui épouse tendanciellement le rôle d’une superstructure au service de la mise en œuvre de la mondialisation.

On peut le noter à travers l’affirmation de la région comme entité dans la construction du projet fédéral européen, autrement dit, de faire prévaloir le rapport Métropole-Région-Europe sur les cadres nationaux de décision, la région constituant l’élément hétérogène susceptible d’entrer dans la logique de la concurrence que la mondialisation poursuit.

Aux changements provenant de cette dynamique, se connecte en France, la politique de décentralisation des missions de l’Etat vers les collectivités territoriales, avec la région comme territoire politique privilégié, non sans une certaine convergence de vue avec l’Europe. Ceci, surtout depuis le dernier volet de la décentralisation qui a inscrit dans la constitution la référence à une « République décentralisée » et des prérogatives nouvelles à la région qui en renforce l’autonomie. Il s’agit d’en finir avec un Etat dit « Jacobin » et de rapprocher la France d’un modèle qui est celui de pays de régions qui prévaut en Allemagne ou en Espagne.

Il y a en conséquence de ces évolutions des changements qui affectent très concrètement la vie quotidienne des peuples d’Europe et en France même, tout particulièrement. D’un côté, avec l’Europe, et de l’autre, avec la mise en œuvre de la politique de décentralisation, on voit se bouleverser progressivement en France le rapport au territoire et donc au politique, aux règles économiques et sociales, mais aussi à la mémoire, à la culture, à l’histoire, dans un sens qui réduit de plus en plus les marges de l’expression de la citoyenneté, avec une fin tendancielle du rôle de la démocratie à l’échelle de la nation.

Mondialisation, effacement de la nation et politique des identités : un seul et même projet

On peut voir que, dans ces changements liés à la mondialisation, un processus d’effacement progressif de la nation est engagé, avec des conséquences multiples qui frappent en même temps sur plusieurs plans, comme cela vient d’être évoqué. Un mouvement souhaité dans la dynamique de la mondialisation dans la mesure ou la nation est un frein à la mise en œuvre d’un monde unipolaire sur fond de modèle libéral, en raison des résistances propres à chaque peuple, entre histoire spécifique et acquis.

On considère en quelque sorte que la modernité se trouve dans l’avancée de la mondialisation et donc dans le dépassement d’entités qui font frein à celle-ci, telle la nation jugée par trop centrée sur elle-même, avec un protectionnisme de ses règles sociales historiquement acquises s’opposant à la fameuse référence au « marché libre et non-faussée, entre des nations avant tout considérées comme des espaces économiques en concurrence.

De ce point de vue, comme l’a montré le « Non » français au Traité Constitutionnel Européen, la France occupe une place particulière dans cet ensemble et ces enjeux. Dans ce sens, on pourrait aussi évoquer les réserves qu’elle a émis par le passé, au nom des principes républicains, à l’application de textes de portée universelle comme la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, marquant une certaine exception française, en mettant un bémol au droit à la reconnaissance de l’identité par l’origine, ou encore relativement à la défense du libre choix de l’avortement face au droit absolu de l’enfant à la vie, ou encore du refus de la prévalence de la logique des cultures sur la laïcité. Une orientation qui est mise en péril aujourd’hui à travers l’encouragement par le Président de la République lui-même, à une politique de discrimination positive qui revient à encourager une recherche de reconnaissance par l’identification à une communauté de culture en regard d’une origine.

On voit cet effacement de la nation lié à la création de nouveaux espaces politiques, à commencer par l’Europe, ou d’autres correspondant aux différents niveaux de la décentralisation, qui occupent de nouveaux espaces de décision qui ne font pas que prendre une part de responsabilité dévolue jusque-là à l’Etat, mais qui donnent lieu à de nouveaux enjeux en regard de l’usage et de la définition du politique.

Sous cette logique, la question de l’amoindrissement du rôle de l’Etat et du Parlement vis-à-vis de la maîtrise des décisions qui concernent la nation dans tous les domaines, que l’Europe prend de plus en plus à son compte, devient un objectif central. Ceci a pour effet de mettre tendanciellement en question voire en péril le rôle de l’Etat comme Etat social, ce qui se traduit par un déplacement de la demande politique dans ce domaine vers la revendication d’une Europe sociale, dans ce mouvement de concentration du pouvoir politique vers l’Europe. Ce mouvement ne se fait pas sans risque, celui de voir tirer vers le bas les réponses d ’un coup de cordeau sur la moyenne des acquis des 27 pays membres, ce qui ne peut que se traduire par des régressions sociales majeures sur les acquis en France et son modèle social spécifique.

L’action de ceux qui réclament, avec la fin des frontières, une Europe sociale, qui par tradition politique voient dans la nation un obstacle au progrès commun des peuples, croyant pouvoir ici s ‘appuyer sur une citoyenneté européenne qui est un leurre, oeuvrent aveuglément à cette régression. Tout est à construire dans le domaine de la mobilisation transnationale des peuples.

Cet effacement de la nation, mais aussi par là-même de l’Etat, et donc de l’Etat-nation, modifie le rapport à l’intérêt général et à la citoyenneté, favorise une entrée en scène de nouveaux intérêts particuliers que l’on retrouve à s’exprimer à travers des revendications à la reconnaissance de droits des minorités, de droits à une prévalence d’une culture locale à travers le régionalisme sur l’identité nationale, contre l’idée plus ou moins réelle d’un Etat Jacobin, et d’ une République « Une et indivisible » qui était encore efficiente il y a simplement une vingtaine d’année.

La montée des revendications identitaires se double de la formation d’une juxtaposition de communautés dans la communauté nationale qui en affaiblissent l’unité. Ce mouvement converge dans la volonté de différentes minorités d’être reconnues selon des droits dévolus à celles-ci dont le principe est soutenu par l’Europe en en faisant une revendication concurrente à l’égalité dans l’affirmation des Droits de l’homme (le conseil européen de Copenhague les 21 et 22 juin 1993 a été le premier à aborder cette question jusqu’à ce que l’on trouve ce droit des minorités en bonne place dans l’ex- projet de Traité Constitutionnel Européen).

Ces communautés constituent aussi de nouveaux cadres qui interviennent dans la régulation des espaces politiques, qui ont tout intérêt à l’effacement de la nation républicaine, cette communauté de citoyens dont le lien surplombe les différences à travers la fonction qu’y occupe la souveraineté du peuple. On peut relever une connivence d’intérêts dans la mise en œuvre de la mondialisation qui affecte tous les niveaux de la société. On dira, pour aller vite, que le modèle anglo-saxon constitue une référence à suivre comme mode d’adaptation à ce qui apparaît comme la nouvelle donne économique à partir de laquelle se décline le reste de la réalité.

L’Europe, superstructure de la mondialisation : un instrument au service d’un changement dans l’ordre de la civilisation

La mondialisation appelée parfois globalisation, a donc des effets non seulement sur le plan économique mais sur la façon dont vivent les personnes, leur façon de se représenter comme individu dans le groupe, dans un pays, dans un espace politique et culturel donné.

Cette situation est le fruit d’un processus historique qui vient de loin. Elle s’inscrit à l’horizon des changements intervenus comme le contre-coup de l’événement majeur qui a marqué la fin du XXe siècle, l’effondrement du bloc communiste à l’est, la fin de la référence à un communisme réel. Un événement qui a ouvert le champ à l’affirmation de nouvelles ambitions pour le capitalisme et de nouveaux développements, et au final un nouveau modèle de référence à l’édification d’un monde unipolaire avec la mondialisation, et une construction Européenne emboîtant le pas à cette logique dans laquelle le nouveau mini-Traité de Sarkozy tient bonne place.

Ceci étant, force est de constater que ces bouleversements ont à voir avec une remise en question de la démocratie telle qu’elle avait été pensée et édifiée au cours de la Troisième République en France, et depuis à travers la Quatrième puis la Cinquième République. D’ailleurs, les changements qui ont été soulignés dans ce mouvement d’édification de la mondialisation et d’effacement du rôle de la nation, se déroulent sous le signe d’une crise économique chronique avec des effets sociaux importants, où se révèle une crise du politique, de la démocratie, particulièrement concernant le système des partis et la représentation nationale. Le sentiment gagne face aux engagements politiques non tenus, sous le motif du réalisme du pouvoir, de l’inutilité de l’exercice du suffrage universel, avec une abstention qui est un phénomène chronique des sociétés occidentales, Etats-Unis inclus ici.

La volonté de faire adopter par le Parlement son mini-Traité à la va vite, dès fin 2007, sans consultation du peuple, déni de démocratie s’il en est, accélère les choses dans le même sens. On parle de fracture sociale qui aurait pour effet un rapport litigieux pouvant aller jusqu’au divorce des citoyens avec le monde politique, vécu par beaucoup d’entre ces derniers comme coupé de leurs préoccupations et de leurs besoins. Une situation particulièrement favorable à toutes sortes de fractions, de mises à part, de replis identitaires.

Dans ce contexte et sous cette logique on voit s’affirmer les droits de la personne comme la condition moderne du droit, comme don de nouvelles libertés dans des sociétés dont le cadre général est de moins en moins garanties par l’Etat-nation. Cette affirmation des droits de la personne dans le contexte de la mondialisation procède de la formation d’un nouvel individu de plus en plus individualiste à la mesure d’un rapport de plus en plus direct avec le marché où il est appelé à se vendre au meilleur prix. On assiste ici à une atomisation nouvelle de l’individu et au décrochage de son intérêt pour les processus collectifs. Si hier la conquête de nouvelles libertés passaient par l’action collective, c’est aujourd’hui la réussite personnelle qui apparaît comme le vecteur le plus sûr de la conquête de plus de libertés, à travers le pouvoir de consommer que procure cette réussite.

Ces évolutions qui subsument la nation, que ce soit du côté de la globalisation ou de la division des peuples en une multitude d’entités identitaires où se fractionne le tissu social, jusqu’à l’individualisme comme modèle existentialiste, participent d’une crise de la démocratie. Cette dernière est rendue par ces évolutions tendanciellement inopérante comme instrument de gouvernement des hommes par les hommes et de correction de la trajectoire collective.

Ceci d’autant plus sous le signe d’une mondialisation capitalisme apparaissant comme la fin de l’histoire. La démocratie participative est censée venir compenser ce déficit démocratique en permettant d’agir à l’échelle locale des choix de la cité, traitant ainsi les problèmes en les dissociant d’une pensée politique globale, façon de se soumettre au principe de réalité qui enlève au politique finalement toute capacité d’initiative en terme d’alternative cohérente contenue dans l’idée d’un autre projet de société.
Avec toutes ces évolutions en marche qui contribuent à l’édification d’un nouveau monde, n’est-ce pas à un changement dans l’ordre de la civilisation auquel nous sommes en train d’assister, marquant une nouvelle période historique ?

L’air de rien, le nouveau mini-Traité qui n’a de mineure que sa présentation, est un des tournants décisifs de ce changement d’histoire dans l’ordre de la civilisation, en donnant à l’Europe politique l’outil dont elle manquait pour avancer dans son rôle de superstructure au service de la mondialisation capitaliste. C’est à ce niveau d’enjeu que le combat contre la construction européenne doit être portée pour espérer contredire cette tendance lourde de l’histoire, dans laquelle la France a, en raison de son héritage révolutionnaire d’un peuple trempé dans les luttes, des acquis dont elle a su faire un véritable modèle de société pour le monde sous une république laïque et sociale, une responsabilité particulière à l’aune de la nation.

Guylain Chevrier

Historien




Europe, d’une campagne, l’autre

En deux ans la France passe d’une campagne référendaire sur le projet de Traité constitutionnel européen rejeté massivement à une présidentielle dont les trois mieux qualifiés ont fait activement campagne pour le « oui ». Doit-on en déduire que la présidentielle aurait annulé le référendum en ramenant les partisans du « non » à environ 25 % du corps électoral ? Indiscutablement les récentes élections ont marqué la vie et les équilibres politiques et sont lourdes de recompositions auxquelles la prochaine législature donnera un visage. Faut-il en déduire que la portée du « non » français puis hollandais aurait déjà épuisé tous ses effets et serait à ranger au catalogue des belles campagnes nourrissant les souvenirs nostalgiques?

Du référendum aux présidentielles

Le croire serait erroné. Car s’il est d’usage de dire que les promesses n’engagent que ceux qui y croient, il n’en est pas moins vrai que lorsque tous les tenants du « oui » se mettent à décliner l’argumentaire de campagne des opposants au Traité constitutionnel, c’est que quelque part les lignes ont bougé. Contre toute attente, on a assisté à la banalisation d’un discours portant les thèmes considérés comme honteux et hors système avant 2005 et repris désormais par le politiquement correct des libéraux-européistes.

Confusion idéologique ou explosion de barrières, l’avenir le dira. Ainsi on ne sait plus qui de Bayrou, Royal ou Sarkozy a le plus critiqué la politique de la Banque Centrale Européenne, a proposé de l’encadrer par un conseil de ministres de la zone euro, remettant in fine en cause son indépendance, a souhaité conserver en France les centres de décisions, a fustigé les délocalisations, a exalté l’idée de Nation, a accusé l’Europe d’avoir été le cheval de Troie de la mondialisation, a souhaité la mise en oeuvre de mesures protectionnistes, a évoqué un élargissement de l’Union trop rapide et la nécessité d’une pause. Tout ceci fut dit et redit, sous une forme ou une autre, par ces trois candidats qui pour s’accaparer environ trois-quarts des votes durent reprendre sur l’Europe maints thèmes qui hier encore eurent été considérés comme déraisonnables et inconvenants.

Cela signifie qu’aujourd’hui ces trois forces principales de la vie politique – PS, UDF, UMP – sont obligées, pour capter les voix des électeurs, de tenir un discours qui pour l’essentiel se trouve en opposition avec leur inclinaison naturelle. En intégrant le discours de leurs adversaires elles leur valent symboliquement reconnaissance. Il s’agit – sur l’Europe – d’une défaite idéologique, confirmé par le fait que tous ces candidats prétendaient avoir fait le deuil du Traité constitutionnel européen et n’en imaginent que des formules “ ligth sans grande ambition et dont le terme même de “ constitution ” serait banni.

Le « non » français, loin d’avoir turbulé le seul PS, a donc laissé des traces idéologiques importantes qui ont marqué les présidentielles. Et il s’agit maintenant pour ces trois forces politiques principales de revenir sur ces propos de campagnes et d’échapper à cette nouvelle situation en cherchant rapidement avec les autres pays européens une sortie de crise “ digne ”.

L’urgence est à la mesure du mécontentement montant à l’égard de la façon dont la construction européenne est menée depuis des décennies, c’est à dire de son bilan rétrospectif. Car si certains ont pu dire que le « non » au référendum avait hypothéqué l’avenir voire même ajouté avec grandiloquence qu’il avait fait sortir la France de l’Histoire, ils se sont bien gardés de comprendre qu’il avait également signifié le refus d’un quitus à la mise en œuvre des traités déjà empilés de l’Acte unique au Pacte de Stabilité en passant par celui de Maastricht. Et cela dans un contexte déjà connu qui est celui d’une chute profonde du  » sentiment européen  » dans l’opinion publique depuis 1991 ainsi que l’atteste tous les sondages organisés bi-annuellement par Bruxelles dans chaque pays membre.

“ Avancé masqué ” comme disait Jacques Delors, c’est-à-dire faire l’Europe par la finance et la technocratie, dans des cercles restreints de décideurs, en la tenant éloignée loin des opinions publiques et de tout contrôle populaire ne pouvait conduire qu’à une telle évolution.

Mais sur l’Europe, qui au demeurant n’occupa qu’une place réduite dans la campagne présidentielles, ce ne sont pas seulement des affirmations jugées hier inconvenantes qui furent mises en débat. Une question nouvelle, quasi-séditieuse, apparut.

La bonne question : l’Europe fait-elle obstacle aux changements en France ?

Soulevée dans un débat porté par l’Humanité du 24 mars 2007, elle est évidemment de bon sens et appelle surtout dans l’affirmative que la question des questions soit posée : comment déverrouiller les formes de la construction européenne, dénouer les fils de la toile d’araignée tissés avec constance par les partisans du libéralisme, et ainsi regagner des marges de liberté indispensables à toute perspective de changement social en France, et au-delà dans tout pays-membre ?

Bref, peut-on imposer des changements fondamentaux en France sans qu’ils s’accompagnent d’une révision importante de la construction européenne ? Car tout projet profondément transformateur n’est plus “ euro-compatible ” tant les normes européennes ont progressivement réduit les marges de manoeuvre des gouvernements. Créer un pôle public de l’énergie, préserver des services publics de qualités, préserver une part des marchés publics aux PME, sortir des orientations de l’OTAN, tout cela devient impossible et se heurtera bien vite au bouclier du droit communautaire.

L’enjeu central pour les forces progressistes européennes, consiste pour l’un des quelconque Etats-membres à pouvoir mettre en place des réformes sociales profondes sans buter sur le Mur de l’Europe qui a ainsi remplacé le Mur de l’argent des 100 familles. Le cadre européen apparaît de plus en plus comme une gangue engluante dont la fonction première consiste à empêcher tout écart avec la norme moyenne. C’est d’ailleurs bien la fonction de la plupart des alliances et des unions, qu’elles soient militaires ou économiques.

Ainsi le balancier politique verra l’amplitude de son oscillation contenue. La construction européenne agit comme un « réducteur d’incertitude » en organisant une alternance molle du centre-droit au centre-gauche. Et le Traité constitutionnel rejeté devait encore accentuer ce travers car il se proposait en constitutionnalisant des pans entiers de politique économique de verrouiller toute possibilité de véritable alternative sociale. Car ce qui est « constitutionnel » c’est ce qui ne peut être remis en cause au gré des changements politiques et a pour fonction de limiter la portée de ceux-ci. Et il n’est pas étonnant que chaque fois que la question du changement social est posée dans un pays-membre resurgisse la question du “ rapport ” à l’Europe.

Le mini-traité que le président de la République vient de faire adopter par les 27 pays de l’Union Européenne vise, après s’être emparé du pouvoir en prétendant avoir renoncé à l’idée de Traité Constitutionnel, à le réintroduire sous une présentation minorée qui est en réalité frauduleuse. Cette présentation est utilisée pour justifier de ne pas en passer en France à nouveau par un référendum, banalisant cette nouvelle étape capitale dans la construction politique de l’Europe, piétinant la démocratie et la volonté du peuple.

Il devient urgent de définir les contours d’une Europe susceptible de respecter et non pas de contrarier la diversité des choix politiques exprimés par les Etats-membres. Il s’agit de reconstruire sur d’autres fondements et une autre logique une Europe dont la neutralité constitutionnelle serait permissive d’expériences nationales se dégageant du carcan des alternances sociales-libérales subies depuis plusieurs décennies.

Faute de quoi le rouleau compresseur du modèle politique anglo-saxon balaiera tout sur son passage et la construction européenne ne sera devenue qu’une géniale mécanique conçue par les bourgeoisies européennes appuyées sur une technostructure bruxelloise, pour, à l’image de la Sainte Alliance se prémunir de tout risque d’avancée populaire dans un quelconque pays européen. Aucun programme politique de gauche ne sera crédible, car il ne pourra plus être appliqué. La bataille d’idées sur l’Europe reste d’une importance décisive.

MICHEL ROGALSKI

Directeur de la revue Recherches internationales




Traité, le retour

Nicolas Sarkozy nous avait promis : « Je tiens compte du vote des français ; il n’y aura qu’un mini traité technique ».
On sait ce que valent ses promesses. Mais là, il s’est surpassé. Le traité n’est pas mini du tout ; il est, à quelques éléments symboliques près, le jumeau du précédent ; certes, ce n’est plus une Constitution et c’est bien même s’il faut rappeler que la question était restée en suspens en 2005 ; certes, certains chapitres ont disparu, mais ils sont évoqués dans les annexes, ce qui leur donne la même force juridique que le corps du texte. Le nouveau traité conserve donc la teneur du texte antérieur tout en le rendant encore plus illisible.

Fier de ce tour de force, Nicolas Sarkozy entend faire ratifier en urgence et par le seul Parlement.
La volonté populaire, clairement exprimée le 29 mai 2005, est considérée comme quantité négligeable, la démocratie est bafouée.
De façon ahurissante, les principaux dirigeants de la soi-disant opposition semblent, pour la majorité d’entre eux, trouver ce choix acceptable et légitime et ne pas vouloir s’y opposer avec fermeté. La « social-démocratie » n’est même plus démocrate.

Il ne saurait être question de transiger avec les principes fondamentaux des droits du peuple. Un vote a eu lieu. Il doit être respecté. Seul un nouveau vote populaire pourrait légitimer un nouveau traité.
Les instances politiques actuelles n’ont aucun droit à s’y substituer. Dans le cas contraire, il s’agirait d’un véritable coup d’État. Si, par malheur pour nos principes politiques, les dirigeants de ce pays persistaient dans leur volonté de passer en force, il est impératif, dans un souci démocratique qui doit être celui de tout citoyen :

1/ de faire savoir aux parlementaires que leur vote favorable à ce « nouveau » traité les positionnera en adversaires de la volonté populaire et que les citoyens devront en tirer les conséquences lors des prochaines échéances électorales.

2/ de se préparer à dénoncer dans toutes les prochaines élections et sous les formes les plus adaptés tous les élus qui auront soutenu ce coup de force.

3/ de se rassembler pour imposer enfin de nouvelles règles du jeu politique contre des institutions et des pratiques qui ne représentent plus les électeurs et stérilisent tout débat politique sérieux. La nécessité d’une Assemblée constituante destinée à recréer un espace démocratique est, jour après jour, de plus en plus évidente.

André Bellon




Hors-Série de Riposte Laïque contre le nouveau mini-Traité européen

Nous avons considéré de première importance de produire au plus tôt, des éléments de travail, de réflexion, à destination de ceux pour qui, les dangers du nouveau mini-Traité dont l’objet est de relancé la construction européenne en ignorant la volonté des peuples, constituent l’enjeu majeur aujourd’hui. Un enjeu politique de contenu mais aussi de démocratie, puisque ce tournant dans la construction européenne est censé être pris sans consultation des peuples, véritable déni des libertés et mépris du citoyen. On apprenait, il y a quelques jours, par un sondage CSA pour le journal Le Parisien, que 61% des français étaient pour un référendum.

L’accord signé à Lisbonne par les dirigeants des 27 Etats de l’Union européenne n’est pas ce traité simplifié mineure qu’on veut bien nous présenter. Tous ceux qui refusent la souveraineté populaire et qui avaient encensé le projet de constitution (Giscard d’Estaing, en tête), se félicitent du texte élaboré à Lisbonne. Ils ne cachent pas pour y voir une revanche contre le « Non » français ainsi que néerlandais de 2005. De Ségolène Royal en passant par le PS d’HoIlande au Modem de Bayrou jusqu’à l’UMP, tous sont au diapason pour s’entendre sur cet accord.

Il s’inscrit dans la logique des Traités précédents d’une politique économique anti-sociale de l’Union européenne, selon le fameux credo, du marché libre et non-faussé. Le nouveau mini-Traité, s’il était appliqué accentuerait une situation de centralisation des pouvoirs entre les mains d’une Europe de la finance, une Europe profondément inégalitaire, avec un système de vote majoritaire au sein des instances qui serait imposé aux nations, qu’elle que soit l’avis des peuples.

Il s’agit ici en fait, de mieux faire jouer son rôle de superstructure de la mondialisation à l’Europe. Une réalité qui frappe sur tous les plans en même temps à travers combien d’exemples éloquents. Sur celui de l’économie, avec la mise en concurrence des entreprises privées dans le secteur de l’énergie en Allemagne, aboutissant par exemple à une augmentation du prix moyen de l’électricité d’un ménage de 50% dans la période 2000-2007 (Le Monde du 26.10.07), préfigurant les conséquences en France de la privatisation des services publiques, des grandes entreprises nationales comme EDF.

Sur le plan de la réforme de l’Etat, telle que l’a présenté François Fillon devant les « réformateurs » de l’UMP, aile la plus libérale de la majorité en convention le 10 octobre dernier, expliquant qu’elle « supposera que nous soyons courageux (…) que chacun d’entre nous accepte qu’il y ait moins de services, moins de personnel, moins d’Etat sur son territoire » dans le droit fil du volet IV de la décentralisation initié par Raffarin alors Premier ministre, qui a inscrit dans notre constitution le principe d’une République décentralisé au lieu d’ « une et indivisible », tout au service d’un effacement de la nation qui est au centre du projet européen donnant à la région une primeur destructrice.

Toute idée de services publics fondés sur le principe de l’égalité de traitement sur le territoire national, des individus devant la loi, est ici balayée. Sur le plan du rapport entre religion et société, la séparation des Eglises et de l’Etat étant directement remise en cause au niveau de la construction européenne par le modèle qui y est défendu, tel que le révèle l’archiduc Otto de Habsbourg Lorraine, Héritier de la couronne d’Autriche-Hongrie, membre du Parlement européen de 1979 à 1999, qui a plaidé très activement pour l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale (PECO) à l’Union européenne, personnage très influent sur les destinées de l’Europe.

Il explique comme pas hasard dans le journal Le Monde du 24 octobre dernier, en plein débat sur le mini-Traité que, « religion et droits de l’homme sont au cœur du projet européen », en ceci que, « les droits de l’homme sont fondés sur le fait que tous les hommes sont des créatures de Dieu » (sic) et de rajouter, « c’est sur ce plan que la religion est appelée à jouer un rôle historique », autrement dit, de ré-encadrement religieux des sociétés par l’entremise de l’Europe, en niant par ce fait même les droits fondamentaux de l’homme au libre-arbitre, à la liberté de penser, au droit de croire ou de ne pas croire acquis de haute lutte. Sur le plan de la justice européenne, sous influence des dispositions propres à la Common law anglo-américaine comme choix d’évolution du droit à l’échelle supranationale, avec une tendance à la judiciarisation des sociétés en lieu et place de la responsabilité politique ou avec la plaider-coupable qui nous fait entrer de plain-pied dans une culture de justice américaine…

Autant de motifs de rejeter le nouveau mini-Traité et de revendiquer un référendum populaire qui le permette, puisque l’avenir de notre société y est directement engagé, et au plus haut niveau, celui du sens de l’histoire. Il en revient donc au peuple d’en décider. C’est à cette perspective que nous entendons ici contribuer à travers la livraison de cinq articles qui nourrissent les arguments, l’envie de battre en brèche ce choix de civilisation fait contre les peuples.

Guylain Chevrier

Historien, coordinateur de la publication.