1

les enjeux du procès du 2 octobre, à Epinal

Fanny Truchelut sera convoquée, suite à une plainte du procureur de la République, au tribunal de Grande Instance d’Epinal, le 2 octobre, à 14 heures. Elle est poursuivie pour trois infractions prévues par les articles 225-2 AL.1 1°, AL.2, article 225-1 C.PENAL et réprimé par l’article 225-2 AL.2, article 225-19 1°, 2°, 3°, 4°, 6°, aux motifs suivants :
Refus de la fourniture d’un bien ou service :
1/ à raison de son origine ou de son apparence ou non, à une ethnie ou une nationalité déterminée, au motif que deux femmes portaient le voile
2/ à raison de son appartenance ou non à une race déterminée, au motif que deux femmes portaient le voile
3/ à raison de son appartenance ou non, à une religion déterminée, au motif que deux femmes portaient le voile
Elle risque 30.000 euros d’amende, et deux ans de prison.

Cette affaire a suscité, au-delà de la volonté de provocation évidente qu’a subie Fanny Truchelut, des discussions très vives dans les milieux laïques et féministes.

Deux positions s’opposent. Certains condamnent l’attitude de la propriétaire du gîte des Vosges, l’estimant liberticide, et indigne d’une position laïque. Ils estiment qu’on ne peut combattre le voile que par la conviction, et qualifient souvent de « kémalistes » ceux qui veulent aller plus loin.

D’autres, dont je fais partie, soutiennent bec et ongles Fanny, et auraient agi de même dans une situation similaire. Je revendique le droit, si je passe une journée à la montagne, de ne pas être agressée, le soir, dans des parties communes d’un gîte, par des tenues qui sont pour moi un symbole de l’oppression des femmes. Je demande, dans un gîte ou dans un restaurant, à ne pas subir le spectacle qui m’est de plus en plus souvent imposé dans la rue.

Si j’étais propriétaire d’un restaurant ou d’un gîte, je n’accepterais pas que mes clients soient confrontés à cette situation. Si j’étais commerçante je n’admettrais pas qu’une musulmane en tchador ou en burka entre dans mon magasin. Je trouve de plus en plus insupportable l’attitude laïquement correcte de certains de mes amis qui ont peur d’outre passer les frontières de la laïcité et qui, par crainte de se faire traiter de racistes, contribuent à faire reculer les Lumières devant l’obscurantisme.

Je ne vois pas pourquoi nous devrions accepter dans des lieux publics des tenues qui nous indignaient, il y a une dizaine d’années, quand les télévisions, nous montraient ces femmes en burka dans les rues de Kaboul. Je ne comprends pas pourquoi cette indignation ferait place à la compassion ou à l’indifférence pour la seule raison qu’elles sont portées en France par des femmes qui prétendent l’avoir choisi. Je refuse que ma fille étudie, à l’université, dans des amphithéâtres où on accepte des voilées. Je réfute les arguments de celles et ceux qui justifient le voile à l’université en disant qu’il peut y avoir aussi des religieuses catholiques ou des curés. Je demande aussi l’interdiction des soutanes et des cornettes à l’université car je suis pour l’extension de la loi du 15 mars 2004. Mais je fais malgré tout une différence.

En effet les vêtements portés par des représentants d’un corps clérical, catholique ici, ne correspond en rien aux voiles, burkas, etc., que l’Islam politique cherche à imposer à l’ensemble des femmes pour signifier leur infériorité. Ces costumes cléricaux ne sont pas imposés à l’ensemble des femmes alors que les voiles et autres tenues de Belphégor sont une manifestation d’apartheid et de violence faite aux femmes. Le voile islamiste est un symbole en totale contradiction avec l’égalité des droits et des devoirs entre tous les citoyens de notre pays. Accepter cela à l’Université, c’est implicitement l’accepter comme principe matriciel potentiel pour la société globale. C’est ce qu’ont bien compris les intégristes islamistes qui n’auront de cesse de se battre pour imposer cette stigmatisation féminine dans toutes les sphères de la société française et au-delà.

Ainsi, je ne veux pas, sur mon lieu de travail, parce que je suis salariée dans une petite entreprise privée et que je ne suis pas confrontée au public, risquer un jour d’avoir une collègue dont la tenue constitue une insulte à mon combat féministe. Que ce soit fait au nom de la laïcité ou au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes, peu importe. Il faut à tout prix que les politiques prennent conscience de la gravité de la situation. Il est urgent qu’ils légifèrent pour protéger les personnes comme moi qui, largement majoritaires en France, ne supportent plus de devoir subir ce qu’elles voient dans la rue. Je suis convaincue par ailleurs que l’absence de décision de la part des responsables politiques actuels pour mettre fin à la prolifération des voiles islamistes, permettra à l’extrême droite (et à l’extrémisme catholique de surcroît) d’avancer ses pions sur l’échiquier politique dans les années à venir.
Je souhaite donc de tout mon cœur que Fanny soit acquittée. Je déplore bien sûr que son avocat soit Maitre Varault, l’avocat des intégristes catholiques. Mais je ne ferai pas la leçon à Fanny pour autant. Qui d’autre lui a proposé son aide ? Qui lui a proposé un avocat gratuit, à gauche, et chez les laïques ? Il serait trop facile, bien installés au chaud dans nos pénates parisiennes, de jeter la pierre à une femme qui n’est pas une militante organisée, et qui a pris les soutiens là où ils étaient. Reconnaissons son courage et faisons en sorte que les laïques républicains de gauche et les féministes se mobilisent aussi pour la soutenir au moment du procès.

Faut-il ajouter que contrairement aux élucubrations du Mrap, dont la section locale a évidemment relayé les calomnies et les poursuites judiciaires contre les propriétaires du gîte, qu’il n’y a aucun racisme à refuser des tenues qui symbolisent l’infériorité et la soumission de la femme par rapport à l’homme.
Si Fanny était condamnée, même symboliquement, cela voudrait vraiment dire que quelque chose ne marche pas dans la législation actuelle de notre République.

Cela serait un encouragement, pour les islamistes, qui accentueront leur pression communautariste contre les droits des femmes et la laïcité. Gageons que, encouragés par les recommandations de la Halde, nous verrions des femmes voilées multiplier leur candidature pour les sorties scolaires, et imposer leur tenue dans des réunions ou des cérémonies se tenant dans les locaux de la République.
Cela n’aiderait pas la majorité des familles de culture arabo-musulmane qui veulent s’intégrer, et qui, pour les croyants, entendent pratiquer leur foi de manière privée, sans porter des tenues prosélytes qui agressent les citoyens de ce pays. Cela serait par contre une victoire pour la fraction la plus agressive et la plus intégriste de la communauté musulmane.

Cela ne ferait qu’indigner davantage la majorité des gens, qui, tout en respectant le droit religieux, n’ont pas envie de voir leur espace envahi par un prosélytisme vestimentaire de plus en plus insupportable. Il est tout aussi intolérable de voir des mineures parfois très jeunes porter le voile en tout lieu en dehors de l’école
J’avoue que, si j’avais été dans ce gîte, en tant que cliente, je n’aurais pas supporté la tenue de Horia Demiati, et que j’aurais créé un incident avec elle. Je suis persuadée, pour avoir souvent été témoin de commentaires excédés, que la majorité des citoyens pense comme moi. En refusant de prendre leurs responsabilités, les hommes politiques, de gauche comme de droite, croient-ils qu’il suffit de mettre la poussière sous les meubles, pour la faire disparaître ?

Il a fallu un geste politique fort, la loi du 15 mars 2004, pour mettre fin au port du voile dont le nombre ne cessait d’augmenter dans les écoles publiques. Contrairement aux pronostics, et aux souhaits, des partisans du voile à l’école, cela s’est déroulé sans incidents à la rentrée de septembre 2004.
Cette loi ne peut pas être une fin. Le voile islamique doit être cantonné dans les mosquées, et dans les lieux de vie strictement privés. Il est du devoir de l’Etat de protéger les citoyens progressistes, de cette agression qu’est le voile islamiste porté dans la rue et de façon plus grave dans les lieux publics.
C’est le sens de ce procès dont les enjeux n’échapperont à personne.

Jeanne Bourdillon




La HALDE ou Haute Autorité Légitimant les Discriminations

L’acharnement de la Halde à légitimer le port du foulard islamiste dans les services collectifs de la République conduit à un certain nombre de remarques. En soutenant l’interprétation de l’islam qui considère « le voile islamiste » comme une obligation religieuse sexuée, la Halde prétend trancher en matière d’interprétations religieuses, sur les croyances intimes des personnes.

1-La Haute Autorité n’a pas autorité

En France, Etat de droit, les parlementaires, représentants du peuple, votent les lois. Le chef du pouvoir exécutif, c’est-à-dire le Président de la République, promulgue la loi. L’application de la loi relève des corps administratifs et des tribunaux. Toute autre instance, même si elle se nomme Haute Autorité, n’a aucune autorité sur les citoyens et ne peut qu’émettre des recommandations. La Haute Autorité n’a pas à se substituer aux autorités judiciaires. Ses délibérations n’engagent que leurs auteurs. La preuve : puisque ce ne sont que des recommandations, il n’y a pas d’instance de recours contre ses délibérations. Aucune disposition ne contraint un citoyen à accepter une solution à un conflit dans le cadre de la Halde et surtout « aucune disposition législative ni règlementaire n’impose à la Halde d’informer le mis en cause de l’état d’avancement du dossier ni de lui communiquer les pièces du dossier ».

Qu’en est-il des principes fondamentaux de notre République concernant la justice ? . Les citoyens ou institution publiques ou privées visés par la Halde sont victimes…d’une discrimination particulièrement grave : être dénoncés sans être auparavant entendus contradictoirement. Nous ignorons qui a siégé lors des délibérations, quelles compétences concernant la maitrise des lois de la République sont exigées de ces personnes. Ni le rôle des séances n’est connu à l’avance ni les citoyens ne peuvent en avoir connaissance. Ceci dans un souci de « confidentialité ». Or la Halde n’hésite pas à la publicité de ses délibérations concernant le foulard islamiste…

Depuis la Révolution, pour refuser privilèges ou particularismes, les principes d’unité et d’indivisibilité ont instauré des lois identiques pour tous. Dans notre conception républicaine il ne saurait y avoir de droits civils et familiaux particuliers, de droits religieux, de droits locaux ou territoriaux, de droits élaborés par chaque profession, etc. Personne ne peut imposer son interprétation personnelle de sa religion comme supérieure aux lois communes de la République. Il serait tout à fait anticonstitutionnel qu’un Ministre de la République se plie à des avis qui ne sont fondés ni en fait ni en droit

Le Président de la Halde, dans la réponse qu’il nous a adressée, reconnait évidemment que son organisme ne saurait « se substituer au pouvoir juridictionnel ». Pourquoi cette confusion, comment les justiciables peuvent-ils se retrouver entre les juridictions républicaines et cette instance concurrente, sans légitimité populaire mais dotée de moyens qui manquent cruellement à l’institution judiciaire.

2-La Halde légitime une discrimination majeure envers les femmes

La Halde relaie l’argument absurde de femmes qui se discriminent volontairement en portant un signe, un stigmate qui les séparent des autres personnes, femmes et hommes et qui s’offusquent d’être discriminées !

Le foulard islamiste est un marqueur de discrimination sexuelle et la manifestation la plus archaïque et « claustrante » de l’oppression des femmes. Il s’agit de maintenir l’enfermement des femmes afin que même dehors, elles restent « dedans ». C’est leur voler leur identité puisqu’elles ne doivent pas être identifiables dans l’espace public.

Le foulard islamiste, signe discriminatoire, est une atteinte à la dignité de l’être humain, en particulier à la dignité des femmes. Des lois ont permis d’interdire « le lancer de nains », même si des nains étaient d’accord pour être considérés comme des objets, des lois ont permis d’interdire le bizutage, même si des étudiants étaient majeurs et « consentants ». Pourquoi tolère-t-on le port d’une tenue qui contrevient au principe d’égalité en droit entre les hommes et les femmes ?

Le foulard islamiste sépare les hommes des femmes, et parmi les femmes celles qui se considèrent comme « bonne musulmane » des autres. Sous prétexte de traditions religieuses leur assignant de représenter « l’honneur de la famille », des femmes sont contraintes par une servitude, volontaire ou forcée, à des prescriptions vestimentaires lors de leurs déplacements dans l’espace public. En particulier de cacher leurs cheveux, parce que la chevelure des femmes serait « source de désordre » !

Comment tolérer que des femmes doivent se dissimuler dans l’espace public ? Quelles représentations des rapports entre les femmes et les hommes cela induit-il chez les enfants : femmes source de désordre, hommes brutes incapables de maîtriser leurs pulsions sexuelles à la vue de la moindre mèche de cheveux? Comment construire le principe d’égalité en droit entre les hommes et les femmes dans ces conditions ? Comment tolérer l’endoctrinement des enfants ? Comment ne pas dénoncer l’ assujettissement volontaire de celles qui affirment « porter le voile : c’est ma foi, mon choix, mon droit » ? D’une part la foi relève de l’intime et n’a pas à être étalée dans l’espace public, d’autre part le choix personnel n’est pas un droit.

3-La Halde méconnait le principe de laïcité, de neutralité et la mission des services publics

L « anonyme » collège de la Halde confond liberté et droit. La liberté d’avoir ou non une religion, d’en changer, de pratiquer n’est à aucun moment un droit que l’Etat aurait le devoir d’accorder!

La laïcité organise l’espace politique qui repose sur la liberté de penser et d’expression, sur l’égalité en droit des options philosophiques ou croyances religieuses et sur la neutralité de l’action publique. Unique moyen de faire coexister des individus qui ne partagent pas les mêmes convictions, l’exigence laïque demande à chacun un effort sur soi. L’impartialité dans la garantie de croire, de ne pas croire ou de douter et pour toutes les confessions de pouvoir exercer librement leur culte, sous réserve de ne pas attenter aux libertés d’autrui, ni troubler l’ordre public impose la neutralité à l’Etat, aux services publics et à leurs usagers.
La délibération montre l’ignorance de la Halde concernant le service public de l’Education Nationale et du respect que doivent avoir les usagers des services collectifs envers les agents de ces services et les autres utilisateurs.

Il est indispensable de rappeler que l’autorisation d’accompagner les sorties scolaires relève de la seule autorité de la direction de l’école. Personne n’aurait pensé à autoriser des religieux en soutane ou autre habits sacerdotaux à encadrer des enfants. Les auxiliaires de l’éducation, bénévoles ou non, doivent respecter tous les élèves et ne sont pas appelés pour s’occuper uniquement de leur(s) enfant(s). Dans le cas particulier, il s’agit de parents en uniforme, religieux ou politique, qui prétendent encadrer des enfants et influencent des mineurs, élèves de l’école publique, par le port d’un signe visible de l’oppression, volontaire ou forcée, des femmes.

L’école de la République a pour mission de former des citoyens et des citoyennes -c’est-à-dire des acteurs et actrices de la société- à utiliser leur sens critique, à s’élever par la raison au-dessus des perceptions et influences, à réfléchir, « à savoir dire non à ses propres croyances » (Alain), à savoir et vouloir vivre ensemble dans le respect mutuel des différences qui ne doivent pas être perverties en différence des droits.

Pour que l’enfant puisse se construire comme individu autonome en fonction de sa capacité à raisonner, ses aptitudes et goûts, il doit avoir l’esprit libre en entrant à l’école de la République. Pas d’espace de liberté ni de laïcité sans protection des enfants contre le prosélytisme idéologique, religieux ou politique qui peut avoir lieu à l’extérieur. Toutes les attitudes qui manifestent une soumission à des impératifs venus d’ailleurs, étrangers et hostiles à la mission de l’école, sont à proscrire fermement.

Le summum de l’ignorance est atteint lorsque le collège de la Halde, se prenant pour des magistrats, cite une jurisprudence concernant l’application du principe de laïcité en milieu pénitentiaire. L’assimilation de l’école à la prison est surprenante, l’ignorance des règles spécifiques concernant la laïcité dans les milieux fermés (prison, militaires en mission, etc.) stupéfiante.

4-Des références européennes tronquées et erronées

Le collège de la Halde cite un extrait de l’article 9 de la Convention européenne des Droits de l’Homme, mais ignore l’Arrêt de la Cour européenne des Droits de l’Homme, présidée par Sir Nicolas BRATZA, du 29 juin 2004 concernant l’affaire Leyla Sahin c.Turquie.
« L’article 9 ne protège toutefois pas n’importe quel acte motivé ou inspiré par une religion ou conviction et ne garantit pas toujours le droit de se comporter dans le domaine public d’une manière dictée par une conviction (voir, parmi plusieurs autres, Kalaç c. Turquie, arrêt du 1er juillet 1997, Recueil des arrêts et décisions 1997-IV, p. 1209, § 27, Arrowsmith c. Royaume-Uni, no 7050/75, décision de la Commission du 12 octobre 1978, Décisions et Rapports (DR) 19, p. 5, et C. c. Royaume-Uni, no 10358/83, décision de la Commission du 15 décembre 1983, DR 37, p. 142) »

Ce même arrêt « dit » :
«Il n’y a pas eu violation de l’article 9 de la Convention par la réglementation de l’université d’Istanbul, qui soumet le port du foulard islamique à des restrictions, et les mesures d’application y afférentes, étaient justifiées dans leur principe et proportionnées aux buts poursuivis et pouvaient donc être considérées comme « nécessaires dans une société démocratique ».

Il est donc nécessaire que les règlements scolaires précisent bien l’interdiction pour les personnes portant un signe visible d’appartenance religieuse de participer aux activités scolaires. Voilà pourquoi les tenants de l’islam politique, ennemis de la laïcité républicaine, voudraient empêcher de telles clauses dans lesdits règlements. Ils agissent auprès de la Halde et rende publiques de telles recommandations.

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a voté une résolution le 4 octobre 2005 exhortant tous les pays membres à : « Veiller à ce que la liberté de religion et le respect de la culture et de la tradition ne soient pas acceptés comme des prétextes à la justification des violations des droits des femmes, y compris lorsque des jeunes filles mineures sont contraintes de se soumettre à des codes religieux (y compris à des codes vestimentaires), … » (article 7.3). La Halde l’ignore évidemment !

Dans notre Etat de droit, mettre fin à cette institution d’impostures et de gaspillages financiers est indispensable.

Voir les différentes délibérations et les échanges de courriers sur le site www.regardsdefemmes.com
Sylvie Kern, chef du pôle emploi privé à la direction juridique de la Halde, Semaine sociale Lamy, 23 juillet 2007

Michèle Vianès

Présidente de Regards de Femmes

[www.regardsdefemmes.net->www.regardsdefemmes.net]




Nicolas Sarkozy président, plus près de toi, seigneur

Elu le 6 mai 2007 président de la République par 18 983 138 français, c’est-à-dire 30 % des personnes résidant sur le sol français, Nicolas Sarkozy multiplie les génuflexions envers les sectes monothéistes depuis sa prise en main du goupillon présidentiel :

10 mai 2007 : un cardinal du Vatican se réjouit de l’élection de Nicolas Sarkozy
On frétille au Vatican : le 10 mai, Jean-Louis Tauran s’est réjouit de « la position extraordinairement ouverte » du nouveau président (AFP, 20 juin 2007). L’entretien est paru dans le journal des évêques italiens Avvenire et le cardinal français y rappelle les vœux très pieux de Sarkozy exprimés dans son missel « La République, les religions, l’espérance » (Editions du Cerf, 2004), comme la réforme de la loi de 1905 et un financement facilité des religions par l’Etat et les collectivités publiques.

18 mai 2007 : nomination de Christine Boutin comme ministre du Logement et de la Ville.
Opposée à l’IVG, autant qu’à la pilule du lendemain, Christine Boutin a déposé, en janvier 2005, une « Proposition de loi tendant à favoriser l’aide aux femmes enceintes en difficulté », qui consiste en une « prévention de l’IVG » par un financement public de la propagande anti-IVG. Auparavant, elle s’était opposée au PACS en montrant la Bible à l’Assemblée Nationale en 1998 (dans son « explication », elle prétend que ce geste « n’affectait aucunement la laïcité républicaine, bien au contraire »). La députée des Yvelines est « consulteur » auprès du Conseil Pontifical pour la Famille depuis 1995 et, en juillet 2006, elle participe au Congrés théologique et pastoral international de Valence en Espagne sur le thème de la transmission de la foi dans la famille. Elle avait d’ailleurs fondé en 1993 l’Alliance pour les droits de la vie (Le Monde 21 juin 2007), dont l’objectif est identique, la lutte contre l’IVG. Christine Boutin est aussi présentée comme une sympathisante de l’Opus Dei (Opus Dei, les chemins de la gloire, Peter Hertel, Editions Golias, 2002). Concernant l’islam, elle est favorable au port du torchon islamique à l’école et elle a participé amicalement au congrés 2006 de l’UOIF. En novembre 2006, interrogée par Karl Zéro sur Canal +, elle estime que Georges Bush pourrait être à l’origine des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats Unis d’Amérique (vidéo sur Liberation.fr, 5 juillet 2007).
La composition de son cabinet est à l’image de ses convictions catholiques. Elle en a nommé directeur le préfet Jean-Paul Bolufer, opposé à l’avortement et à l’homosexualité (Prochoix 1er juin 2007). Y officie aussi en tant que conseillère technique Christine Dechefdebien, condamnée en 1992 à quatre mois de prison avec sursis et 5000 francs d’amende pour sa participation à un commando anti-IVG dans un hôpital public de Pau (Le Monde, 5 juillet 2007). Enfin, on y trouve un curé, Jean-Marie Petitclerc (polytechnicien et salésien), nommé fin juin 2007 comme chargé de mission pour les relations avec les acteurs locaux (Liberation.fr 5 juillet 2007).

20 juin 2007 : Le Vatican félicite Sarkozy pour son « ouverture »
Un grand espoir agite les soutanes vaticanes : l’élection de Sarkozy laisserait entrevoir la possibilité d’inscrire la mention d’une imaginaire identité chrétienne dans la Constitution européenne. C’est le cardinal Tarcisio Bertone, le secrétaire d’Etat du Vatican, qui voit dans son accession au trône un « changement d’orientation » relativement à cette question : « C’est une bonne chose, parce qu’une saine laïcité peut être parfaitement compatible avec la reconnaissance de ses racines, de ses origines chrétiennes et de son identité chrétienne » (AFP, 20 juin 2007).

Juin 2007 : Nicolas Sarkozy a écrit à Benoît XVI
Non content de multiplier les attentions envers toutes les sectes monothéistes, Nicolas Sarkozy y ajoute la déférence en écrivant au pape Benoît XVI en réponse à ses bons vœux. Au menu de la missive du valet : les chrétiens persécutés dans le monde et la situation des personnes prises en otage par divers groupes armés, aux Philippines comme en Colombie avec Ingrid Betancourt (La Croix, 21 juin 2007).

4 juillet 2007 : Michèle Alliot-Marie inaugure la Maison de la Conférence des Evêques de France
La ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales, a inauguré, le 4 juillet, la nouvelle maison de la Conférence des Evêques de France, au 58, avenue de Breteuil à Paris. Dans son discours, prononcé en présence du Nonce apostolique et du Président de la Conférence des Evêques de France, la ministre a commencé par noter que le quartier des ministères, dans lequel se trouve le bâtiment, est aussi « celui de nombreux lieux de foi et de réflexion ». Le hasard, bien sûr, a placé les émissaires du Vatican à côté du pouvoir politique. L’intervention de la ministre s’est inscrite dans le partenariat déjà existant avec l’organisation catholique : « Je m’associerai avec plaisir et intérêt aux manifestations et rencontres qui nous permettront ensemble de faire avancer les grandes questions qui nous sont posées. » Et, sans rire, Michèle Alliot-Marie évoque une bien curieuse « évolution vers la modernité » de la Conférence des Evêques de France. Enfin, elle sacre l’Eglise comme un guide qui nous sortira de l’incertitude : « Dans un monde qui a vu s’effondrer la plupart des repères idéologiques et moraux, les religions ont plus que jamais vocation à éclairer la société, qu’elle soit civile ou politique. Je remercie l’Eglise catholique de la contribution déterminante qu’elle apporte à ce débat. »

Juillet 2007 : Michèle Alliot-Marie veut organiser la formation des imams
Fidèle écho de la voix de son nouveau maître, Michèle Alliot-Marie prend en charge le dossier de la formation des imams. L’objectif, comme toujours, est la constitution d’un islam gallican qui devienne un partenaire de l’Etat : « Aujourd’hui, les contenus existent, les musulmans sont au pied du mur et l’Etat a la volonté de construire et de maîtriser un islam français », indique-t-on à son cabinet (Le Monde, 7 juillet 2007).

14 juillet 2007 : les Petits Chanteurs à la Croix de Bois participent au défilé des armées
Le 14 juillet, la chorale catholique des Petits Chanteurs à la Croix de Bois a chanté, avec le Chœur des armées françaises, la Marseillaise, le Chant des Partisans et l’Hymne à la joie de Beethoven, qui est l’hymne européen (Reuters, 14 juillet 2007).

30 juillet 2007 : Lettre de mission de Nicolas Sarkozy à Michèle Alliot-Marie
Dans sa lettre de mission adressée à la ministre des cultes, Nicolas Sarkozy reprend la terminologie abondamment utilisée dans son libre La République, les religions, l’espérance en estimant que les religions seraient porteuses d’une « espérance » : « L’espérance n’est pas une menace pour la République. » Nicolas Sarkozy confie aussi à Michèle Alliot-Marie le soin de garantir à l’islam les facilités nécessaires à son développement en France : « Nous voulons que tous les croyants de notre pays puissent pratiquer et transmettre leur religion dans des conditions dignes. Vous veillerez à cet effet à ce que les dispositions déjà en vigueur qui permettent la construction de lieux de culte soient appliquées. Vous nous proposerez des solutions concrètes s’agissant des cimetières confessionnels. Vous accompagnerez des projets de formation d’imams en France.  »

7 août 2007 : Pluie d’éloges suite au décès du cardinal Lustiger
Suite au décès du cardinal Lustiger le 5 août, Nicolas Sarkozy, François Fillon (Premier ministre), Michèle Alliot-Marie et Christine Albanel (ministre de la Culture) n’ont pas été avares d’éloges à propos de cet ennemi résolu du siècle des Lumières (AFP, 7 août 2007).

10 août 2007 : Nicolas Sarkozy traverse l’Atlantique pour assister aux obsèques du cardinal Lustiger
En vacances aux USA, Sarkozy est revenu spécialement à Paris afin d’assister, à la cathédrale Notre-Dame, aux obsèques du cardinal Lustiger. Pour lui, l’ancien archevêque de Paris était « une grande figure de la vie spirituelle, morale, intellectuelle et naturellement religieuse de notre pays » (Libération, 7 août 2007). Plusieurs ministres et secrétaires d’Etat ont assisté aux funérailles : François Fillon, Jean-Louis Borloo, Michèle Alliot-Marie, Brice Hortefeux, Luc Chatel, Nathalie Kosciusko-Morizet et André Santini (AFP, 10 août 2007).

22 août 2007 : Sarkozy en colère contre Panafieu pour ne pas avoir assisté aux obsèques de Lustiger

Selon Le Canard Enchaîné du 22 août, Nicolas Sarkozy a gratifié de sa colère habituelle Françoise de Panafieu pour ne pas avoir assisté aux funérailles de Lustiger parti vérifier les hallucinations catholiques sur l’au-delà. Alors que le pèlerin Sarkozy a fait un aller-retour spécial depuis sa villa luxueuse aux USA, la candidate à la Mairie de Paris n’est pas venue se prosterner à Notre-Dame en souvenir de l’entêté contre-révolutionnaire.

Jocelyn Bézecourt

[www.atheisme.org->www.atheisme.org]




Qui sommes-nous ? Pourquoi un nouveau média ?

Les lecteurs de Respublica (www.gaucherepublicaine.org) reconnaîtront certaines signatures issues de ce média. Après avoir participé avec beaucoup de plaisir à l’aventure de Respublica, le rédacteur en chef, ainsi que celui qui écrivait la plupart du temps la chronique d’Evariste, et quelques autres collaborateurs ont décidé de créer un nouveau média, beaucoup plus axé sur la défense d’une laïcité de combat. Nous souhaitons du fond du cœur une bonne continuation à la nouvelle équipe de Respublica, et de nombreux nouveaux abonnés.

Nous pensons que le moment est propice pour cela. En créant ce nouveau média, nous avons plusieurs objectifs. Nous le voulons unitaire, indépendant et rassembleur. Nous n’entendons pas alimenter d’incessantes querelles de chapelles, qui désespèrent les plus convaincus des laïques. Nous ne souhaitons pas, bien que la majorité (mais pas l’intégralité) de la rédaction soit d’une culture de gauche, enfermer la défense de la laïcité et de la république dans une vision étriquée, la cloisonnant dans le seul camp de la gauche et de l’extrême gauche. Notre défense de la République s’accompagne d’un projet de progrès social, sans lequel le mot République demeurerait vide de sens.

Nous sommes enfin, de par le combat de chacun d’entre nous, d’inlassables militants de l’égalité hommes-femmes. Nous savons que ces dernières sont toujours les premières victimes de la remontée de l’obscurantisme religieux, dans trop d’endroits du monde.
Nous avons appelé ce journal Riposte Laïque, car il correspond à notre état d’esprit. Nous n’entendons pas demeurer passifs, en France, face à l’offensive sans précédent menée contre la loi du 9 décembre 1905. Elle n’est possible que parce qu’elle a pour fer de lance la religion musulmane, particulièrement active contre la laïcité, pour le plus grand bonheur des autres Eglises, depuis une vingtaine d’années.

Elle n’est possible que parce que l’ampleur de cette offensive, qui se traduit de manière visible par la profusion du nombre de voiles, le refus de la mixité dans certaines activités scolaires, les revendications communautaristes, la mise sous coupe de certains quartiers et la multiplication de demandes de constructions de mosquées, souvent financées de manière illégale par les deniers publics, est largement sous-estimée par les médias bien-pensants et par les principaux leaders politiques.
Dans les années 80, la société civile, dans l’élan de mai-68, et la dynamique des combats féministes qui ont suivi, avaient gagné la bataille idéologique contre l’obscurantisme des Boutin de l’époque et des nostalgiques de l’ordre moral.

Les années 90, au contraire, ont vu les islamistes s’implanter dans des territoires perdus de la République, et abuser d’un discours victimaire destiné à séduire certains idiots utiles de gauche et d’extrême gauche. Ceux qui descendaient dans la rue, à juste titre, dès que les intégristes catholiques bougeaient une oreille, seront d’une complicité accablante et d’une connivence ahurissante avec les Tariq Ramadan. Ce sera de la gauche et de l’extrême gauche que viendront les protestations les plus vives contre la loi du 15 mars 2004 contre les signes religieux à l’école, pour laquelle l’ensemble des membres de cette rédaction a milité activement.
Certains élus de droite, comme les députés Roubaud ou Raoult, ne seront pas en reste, et demanderont une loi contre le blasphème, quand d’autres, tel Grosdidier, réclameront l’élargissement du concordat d’Alsace-Moselle à la religion musulmane.

Dénoncer la gravité de l’offensive de l’intégrisme islamique, en France et dans le monde, ne nous empêchera pas, avec la même détermination, de signaler, notamment au sein de l’Union européenne, toutes les manœuvres du Vatican pour imposer des concordats dans le plus grand nombre de pays, et s’imposer comme interlocuteur incontournable des dirigeants de l’Union européenne.
Ces discrètes pressions se traduisent, en France, par cette ahurissante déclaration de Michèle Alliot-Marie, devant les Evêques de France, à Paris, le 4 juillet dernier : « Dans un monde qui a vu s’effondrer la plupart des repères idéologiques et moraux, les religions ont plus que jamais vocation à éclairer la société, qu’elle soit civile ou politique. Je remercie l’Eglise catholique de la contribution déterminante qu’elle apporte à ce débat. »
Vous lirez, dans l’article ci-dessous de Jocelyn Bézecourt, les consignes que Nicolas Sarkozy à donné à sa ministre de l’Intérieur pour remettre au goût du jour les conclusions de la commission Machelon, qu’il avait commandée lorsqu’il était place Beauvau.

Nous n’oublions pas, bien sûr, la nouvelle donne, chez les protestants, avec la prise du pouvoir des évangéliques, qui, dans la foulée des islamistes, réclament à leur tour des financements publics pour la construction de leurs temples.
Les sectes seront également l’objet de toute notre attention, et c’est avec colère que nous avons appris que notre amie Catherine Picard, présidente de l’Unadfi, avait été condamnée, cet été, par la cour d’appel de Rouen à une amende de 6.750 euros à verser aux Témoins de Jéhovah, pour des propos jugés diffamants, alors que le tribunal d’Evreux, le 26 octobre dernier, l’avait acquittée.
Au niveau international, nous connaissons la dramatique situation des femmes polonaises depuis que l’extrême droite catholique gouverne ce pays et nous ne sous-estimons pas la menace des fanatiques créationnistes qui, aux Etats-Unis et ailleurs, entendent interdire la théorie de Darwin.
Enfin notre journal sera, sans la moindre ambiguïté, aux côtés de tous ceux qui, en France et dans le monde, refusent les intimidations des islamistes.

Taslima Nasreen, agressée cet été, lors d’une réunion publique en Inde, par plusieurs musulmans extrémistes, Aayan Hirsi Ali, abandonnée par la gauche, et qui a dû trouver refuge aux Etats-Unis, Ehsan Jami, ce jeune hollandais, lui aussi agressé cet été, qui, dans le même esprit qu’Aayan Hirsi Ali, revendique le droit à la libre critique, même virulente du Coran et du prophète (tout comme notre collaborateur Pascal Hilout), et se réclame athée.
Nous serons également aux côtés de notre amie Mina Ahadi, cette iranienne réfugiée en Allemagne, qui, avec plusieurs dizaines de femmes musulmanes, s’est réclamée également de l’athéisme, réclamant le droit à l’apostat, ce qui lui vaut, à elle aussi, des menaces de mort et une protection policière quotidienne. Nous n’oublierons pas de soutenir ces autres femmes admirables que sont Maryam Namazie et Azar Majedi, iraniennes réfugiées en Grande-Bretagne, qui luttent au quotidien contre l’offensive islamiste sur le territoire britannique.

Nous sommes tout autant solidaires de Mohamed Sifaoui, journaliste croyant condamné à mort par les intégristes, et contraint, depuis quatre ans, de vivre avec deux policiers qui le suivent partout. Nous avons soutenu sans réserves le philosophe Robert Redecker, qui a vu sa vie basculer suite à un texte critique sur l’islam, paru dans « Le Figaro » en septembre 2006.
Nous serons, tout au long du mois de septembre, aux côtés de Fanny Truchelut, cette propriétaire d’un gîte dans les Vosges, qui a vu, elle aussi, sa vie basculer quand elle a demandé à deux femmes de retirer leur voile dans les parties communes de son gîte, un 11 août 2006 (lire les articles ci-dessous).

Notre journal sera celui de tous les lecteurs qui ont la laïcité chevillée au corps. Nous avons publié sur notre site une première liste de liens, que nous espérons enrichir prochainement. Nous essaierons de ne pas vous imposer des articles trop longs, ni des journaux interminables (même si ce premier numéro montre qu’on doit encore progresser sur cette question).

Nous ne voulons pas de langue de bois, ni de politiquement correct, ni de langage militant triste et austère, nous souhaitons des textes vivants, dynamiques, voire drôles et polémistes.
N’hésitez pas à nous envoyer vos réactions, en écrivant à ripostelaique@orange.fr. Nous ne pouvons promettre de diffuser tous les courriers, mais nous consacrerons une place régulière aux textes de nos lecteurs.

Si notre journal vous plaît, faites le circuler auprès de vos amis, ou bien envoyez-nous des listes d’adresses, et nous les abonnerons.

[www.ripostelaique.com->www.ripostelaique.com]

Nous contacter : ripostelaique@orange.fr