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Choisir la vie

L’Europe a peur. Cela se comprend. Nous nous sommes, pendant des siècles, tant étripés, que nous nous retrouvâmes fort épuisés quand la paix fut venue, il y a plus de soixante ans. Depuis, dans nos forts intérieurs, nous répétons : laissez-nous souffler, que d’autres prennent la relève.

Mais hélas, depuis près de dix ans, le réveil. Le 11 septembre, les banlieues, le communautarisme, le voile, le chômage, la décroissance, les frustrations, la violence scolaire, l’analphabétisation galopante : décidément, l’avenir n’est plus ce qu’il était. Et l’Europe de se retrouver à la croisée des chemins.

Veut-elle devenir une grande Suisse protégée, pasteurisée, désengagée et pacifiste, érigeant murs et forteresses pour empêcher les « barbares » de forcer les portes ? Pourquoi pas ? Il faudrait simplement savoir si nous avons les moyens de continuer à faire l’autruche.

Veut-elle, au contraire, redevenir une grande puissance qui fera bonne figure et bon poids entre l’Atlantique Nord et le Sud en ébullition ? Il faudra là encore pouvoir se le permettre. Après ce qui s’est passé dans les Balkans, et ce qui se passe en Afghanistan, en Irak ou en Iran, une chose est sûre : les mouvements de mentons, les effets de manches et les ministères de la parole ne suffiront jamais à donner le change. Entre démocratie, même imparfaite et intégrisme toujours destructeur, il faut choisir. Et comme écrivait Sartre : « En toute circonstance, choisir la vie ».

L’idée républicaine s’est incarnée, un peu partout, grâce à la volonté de centaines de milliers d’hommes et de femmes qui eurent la passion et le courage d’œuvrer, afin qu’elle advienne. Nous sommes aujourd’hui, en ce début de XXI° siècle, au point où en étaient nos ancêtres à l’orée du Siècle des Lumières : condamnés, pour sortir des impasses, à vivre, à inventer, à se battre, à risquer. Avec les armes du bord, ses pièges, ses abîmes et ses bonheurs.

Dans tout cela, il est parfaitement évident que la mollesse ne peut avoir de part. La marche des siècles a cessé depuis longtemps de se faire en rampant la tête dans le sable, la peur au ventre dans une société à irresponsabilité illimitée.

André Bercoff

Paru le 8 décembre 2007, dans le numéro 17




Marre de la compassion sélective des bobos parisiens !

Anne Lorraine est morte sauvagement assassinée dans un RER de banlieue, poignardée par un délinquant sexuel. Elle était blanche, étudiante brillante, habitait en banlieue. Un fait divers qui n’a pas ému dans les premiers jours les journalistes. Libération ne lui a consacré qu’une brève. Une fille comme elle n’est pas une bonne victime, elle ne mérite aucune indignation…

Le même dimanche de novembre, deux jeunes lascars font les imbéciles sur une mini moto, sans casques, ils percutent une voiture de police et c’est l’émeute. Alors que depuis des mois les maires essayent d’obtenir l’interdiction de ces mini motos (j’ai moi même failli en renverser deux dans une rue à une voie où ils circulaient en sens interdit). Et pour ces deux jeunes garçons, on a tabassé violemment un commissaire de police (lire de portrait de cet homme courageux dans le Figaro du 29 novembre), on brûle écoles, bibliothèques, commerce… Et pire, on tire sur les forces police ! Ces deux garçons sont de bonnes victimes, qui méritent des marches silencieuses.

Et la presse s’emballe : depuis 2005 qu’a t-on fait pour eux ? Et pour quoi ferait-on quelque chose pour des délinquants, qui après avoir pertubé les cours, sortent sans diplôme, se retrouvent sans travail et empoisonnent la vie de leurs voisins en squattant les halls d’entrée, en polluant les quartiers avec les squads et autres véhicules bruyants. Ils s’ennuyent, les pauvres mais de quoi sont-ils capables ?

Pourtant l’Etat a dépensé sans compter… Il serait même peut-être temps de surveiller plus étroitement l’argent déversé à fonds perdus sur ces quartiers… Une politique jamais initiée a été lancée pour reconstruire de très nombreuses cités. Mais ça ne se fait pas en un jour… Le chômage a diminué, de très nombreuses actions sont menées pour essayer de lutter contre les discriminations, pour financer des écoles de la deuxième chance…Les missions locales, les maisons de l’emploi, les contrats aidés, les ZFU. Ah non ce n’est pas ce qui manque. Mais eux qu’ont-ils faits pour s’en sortir ?

Et leurs parents ? Quand comprendront-ils que l’éducation doit être la même pour les filles et les garçons, que les garçons ne sont pas les rois à faire la loi chez eux et dehors. Les filles s’en sortent car elles travaillent après avoir aider au travail domestique qui pourrait occuper les garçons.

Non franchement, il n’est plus admissible de s’appitoyer sur une extrême minorité de délinquants qui refusent de faire des efforts et pour qui tout est prétexte en France ou aux Pays Bas à déchaîner leur violence. Le pire est qu’encore un certain nombre de journalistes et de sociologues osent continuer à nous jouer la complainte de la pauvreté, de la relégation, de la stigmatisation. Ce n’est pas parce que Sarkozy dit la même chose que je devrai dire le contraire, pour montrer que je suis systématiquement contre ses propos.

En 2005, qui a eu un mot pour les deux citoyens sauvagement assassinés en pleine rue par une violence juvénile dans laquelle il est difficile de ne pas voir de la barbarie ? Qui a organisé, au lendemain de leur mort, ou un an après, une marche silencieuse ?

Alors Riposte laïque doit saluer la mémoire de Sophie Lorraine, penser aussi aux jeunes policières accidentées à la Reynerie par un chauffard qui conduisait sans permis, ou au policier qui a perdu un oeil à Villiers-le-Bel. C’est aussi cela une atttitude républicaine.

Marre de la compassion sélective des bobos parisiens !

Gabrielle Desarbres

samedi 1er décembre 2007, paru dans le numéro 16




Les émeutes de Villiers-le-Bel, symbole d’une négation de la République

Le 25 novembre dernier vers 18h 30, on apprenait qu’en fin d’après midi s’était produit un accident de la route entre une voiture de police et une mini-moto sur laquelle se trouvaient deux adolescents qui étaient décédés des suites de leurs blessures. Il devait s’en suivre deux nuits d’émeutes avec un quartier aux mains d’une centaine de jeunes émeutiers faisant preuve d’une violence inouïe avec tire de fusil sur les forces de l’ordre, cassant et brûlant tout sur leur passage.

Une situation contaminant cinq autres communes du Val-d’Oise, sous le signe de la promesse d’une inscription écrite sur l’autoroute A1 : « Vengeance pour Villiers-le-Bel. » La police devait se contenter de contenir la situation avec en arrière plan un discours médiatique et politique, de l’apitoiement au soutien justifiant ce qui était identifié à une révolte légitime des banlieues discriminées, même lorsqu’elle était condamnée dans les formes…

La police toujours suspectée de bavure raciste, sur fond de présupposé d’une République discriminante néo-coloniale, se retrouvant à devoir rendre des comptes avant même de s’interroger sur le fait que les deux adolescents, au lieu d’être chez eux à faire leurs devoirs, tournaient dans leur cité sur une mini-moto interdite à là circulation à vive allure sans casque. Un accident tragique, exploité de tous bords de façon indécente sur le thème des discriminations derrière lequel se cachent de tous autres enjeux.

Sous-jacent à ce climat idéologique, c’est une société française dans son rapport à ses valeurs républicaines qui a été ici profondément remise en cause, dont l’analyse critique est de première importance pour ceux qui ont la laïcité et le combat pour l’égalité au cœur.

La scandaleuse justification des actes de ceux qui cassent et brûlent
Sous le titre « Villiers-le-Bel de la mort à la rage » un article paru en ligne sur le site du Monde Diplomatique montre à nu les mécanismes idéologiques qui justifient les actes de ceux qui cassent et brûlent, reflétant une lecture qui va du PCF au gauchisme en passant par les Bobos en mal de grande cause à la recherche d’une bonne conscience : « Que s’est-il passé dimanche après-midi à Villiers-le-Bel ?

Le choc entre une voiture de police et une mini-moto, dans lequel deux adolescents, Moushin et Larami, ont trouvé la mort, a-t-il résulté d’un accident ou d’une « bavure » policière ? Comme c’est souvent le cas, ces décès suspects ont provoqué la colère des jeunes du quartier où ils se sont produits, avec voitures brûlées et violences contre pompiers et policiers.

Ainsi avait également commencé, le 27 octobre 2005, la « révolte des banlieues ».« On nous traite comme des bougnoules », criait, au beau milieu de l’émeute, le frère d’une des victimes. Mais au-delà de la rage contre le comportement, jugé raciste, des forces de l’ordre, c’est toute l’injustice de la ghettoïsation et des discriminations qui est en cause… » Voilà la machine antirépublicaine mettant en branle ses engrenages bien rodés. Toute une série d’arguments plus fallacieux les uns que les autres sont avancés pour donner chaire à cette thèse d’une bavure raciste reflétant une république indigne, et nous faire tout oublier de la situation réelle en cause.

D’emblée, dès les premiers témoignages, ce qui est retenu c’est l’idée que les policiers auraient abandonné après l’accident comme des lâches les deux jeunes à leur sort, thèse reprise partout par les médias. Soi-disant, de nombreux habitants reprochent alors aux policiers de ne pas avoir immédiatement porté assistance aux deux blessés. « Une deuxième équipe de policiers est venue récupérer leurs collègues. Mais ils ont laissé les deux gamins sans rien faire », témoigne Younès B., 31 ans, cité par Le Monde. On dit alors que le soupçon de non-assistance à personne en danger attise les tensions dans le quartier, en fait, on manipule les événements de telle façon à justifier les violences.

Puis une autre information arrive qui aurait du mettre les choses à une meilleure place. Un autre témoin interrogé par Libération, explique : « On est tout de suite descendu, avec ma cousine qui est infirmière à l’hôpital, pour essayer de ranimer [les deux jeunes] ». Il dit avoir vu « un policier complètement hagard, qui boitait. Deux autres essayaient de réanimer un des jeunes, le quatrième parlait au téléphone ». Ce n’est que plus tard, et en raison de la tension qui s’est immédiatement installée sur les lieux de l’accident, que les policiers ont été emmenés en voiture par des collègues arrivés sur les lieux. Ca change tout, mais rien à faire, la première thèse a la peau dure et continue d’être reprise en continue d’être relayée dans la plupart des médias à côté des informations qui l’infirment pourtant.

Lundi 26 novembre, ans une salle communale de Villiers-le-Bel, un homme qui se présente comme « le cousin de Moushin », demande au nom des familles des deux victimes, que « justice soit faite, dans le calme et la sérénité ». Il a précisé que les familles avaient choisi pour avocat Me Jean-Pierre Mignard, l’avocat des familles des deux adolescents de Clichy-sous-Bois, « décédés en octobre 2005 dans un transformateur électrique après avoir été poursuivis par des policiers » tel que le rapporte le journal Le Monde.

Mais comment dans ces conditions faire croire que cet appel à la sérénité peut-être entendu alors que celui-ci procède d’une demande solennelle que « justice soit faite », avec une certaine mise en scène publique, qui contient par essence dans le climat qui règne la suspicion que soient couverts une bavure raciste, le recours à l’avocat des familles des deux jeunes décédés dans un transformateur en 2005 faisant symboliquement d’emblée le parallèle d’une mise en accusation de la police.

Une héroïsation et une impunité des émeutiers tournée contre la population des quartiers

Pourquoi les interrogations ne se font-elles qu’à sens unique ici, et relayées comme telles par les médias ou des maires socialistes qui appellent au calme, centrant leurs discours sur le retour de la police de proximité censée faire des miracles qu’ils n’ont pas faits lorsqu’ils étaient au pouvoir, sans rien évoquer de cette responsabilité pourtant manifeste des jeunes eux-mêmes à se mettre ainsi en danger sans parler de celle des adultes référents censés avoir autorité sur eux. Une attitude qui fait barrage à une invitation pourtant absolument nécessaire à la prévention vis-à-vis de l’usage de ce genre de deux roues, principal pourvoyeur des accidents mortels chez les moins de 16 ans, dont l’usage constitue malheureusement la banalité des nuisances du quotidien de la vie en cité.

Cette volonté de faire de cet accident un acte criminel raciste contre les deux jeunes gens, d’induire de façon révoltante une volonté des policiers de les tuer, justifie toutes les transgressions de ces jeunes en en oubliant le moindre discernement à exposer à la fois ces derniers, ainsi encouragés à détruire en se mettant en danger dans des affrontements avec la police, mais aussi reflétant un mépris incroyable pour les habitants de ces quartiers parmi lesquels il n’y a aucun nanti, qui voient leurs voitures, les écoles où les bibliothèques où vont leurs enfants, des services publics utiles à tous, des entreprises et des commerces de proximité où travaillent les jeunes du quartier, brûler.

L’irresponsabilité atteint des sommets dans un article du journal Le Monde signé Ariane Chemin et Mustapha Kessous, paru dans le 28 novembre dernier, qui héroïse littéralement les casseurs en contant leurs exploits sur le mode épique, faisant d’enfants de 10 ans jetant des cocktails Molotov couverts par les grands-frères les nouveaux gavroches d’aujourd’hui, incitant par là-même à une mise en danger d’enfant, rien de moins pour se donner bonne conscience à peu de frais compassionnels à travers cette mise en scène honteuse qui encourage des violences mise au compte, en filigrane, du leurre d’un acte révolutionnaire.

Dans le même article on explique qu’une centaine de jeunes s’affrontaient à la police tout en affirmant croire y avoir vu, rien de moins que la jeunesse de Villiers-le-Bel dans la rue. Dans d’autres commentaires on pouvait aussi savoir que certains de ces jeunes n’étaient même pas de Villiers-le-Bel. En réalité, il ne s’agit que d’une toute minorité d’individus qui ne reflètent ni la jeunesse, ni la banlieue, ni leur cité, mais une frange de jeunes qui ont accumulé les ruptures et n’attendent qu’une étincelle pour enflammer les poudres d’autant plus qu’ils se savent dans une sorte d’impunité, depuis novembre-décembre 2005 où les policiers se contentaient de contenir les violences et de prendre des coups comme aujourd’hui. On comptera ainsi des dizaines de blessés dont certains gravement du côté des forces de l’ordre et pas un du côté des jeunes.

Pourquoi les CRS, sans retenue, chassent au même moment des milliers d’étudiants avec perte et fracas des facs occupées, comme ils le font aussi avec les ouvriers qui osent occuper leur usine ? Là, bizarrement on ne fait pas de détail, alors que dans un quartier on laisse une centaine de jeunes voire deux cents selon les sources, détruire tout sur leur passage. De quoi encourager un peu plus à ce jeu de guérilla urbaine ceux, pour beaucoup des mineurs vis-à-vis desquels les sanctions judiciaires ne sont jamais que des mesures éducatives, qui se sentent tout-puissant et dans une impunité totale.

Des jeunes qui vont pouvoir ainsi continuer de faire régner leur ordre sur la cité après le départ de la police, se sentant encore renforcés dans l’idée que le quartier leur appartient, créant un sentiment de crainte voir de peur des habitants contraints de se plier avec mutisme à cet état de fait. C’est eux que la république abandonne, auxquels on ne donne pas la parole parce que la question n’existe pas pour les journalistes qui veulent fallacieusement voir les habitants solidaires des casseurs. Dans le discours général sur cet accident, on sent bien que l’on cède à une volonté de ces jeunes émeutiers de le faire renter dans leur schéma de lecture, qui entend faire d‘eux des victimes de la société pour justifier délinquance et violences.

Comment veut-on demain que les jeunes d’autres quartiers ne fassent pas la même chose, ne pratiquent pas cette sorte de sport que représente pour de plus en plus de jeunes en difficultés de tous ordres, l’irrespect envers toutes les institutions qui représentent la république, la France, ses valeurs.

Le mythe d’une république discriminatoire pour tuer toute résistance collective

Ce laxisme du pouvoir politique est bien calculé vis-à-vis de ces jeunes essentiellement issus de l’immigration, ultra-minoritaires y compris dans la population d’origine immigrée elle-même, désignés faussement comme porte-parole des banlieues, désignés tout particulièrement comme victimes de discriminations raciales qui habiteraient la République.

Derrière ce choix de traiter les problèmes de la banlieue en les identifiant à une situation de discriminations raciales et géographiques, il y a le but d’éviter d’aborder les vrais motifs des problèmes économiques et sociaux qui frappent un peu plus chaque jour les milieux populaires qui y habitent, quelle que soit l’origine des habitants. Dans cette volonté de reconnaître une représentativité à ces jeunes et à leur discours victimaire, il y a celle d’interdire toute voie d’accès à une prise de conscience collective qui mettrait le doigt sur les causes des inégalités économiques et sociales, cette politique au service de la loi du marché qui ne bénéficie qu’aux riches, que la droite et la gauche gouvernementale n’ont jamais remise en cause.

On comprend le large spectre du consensus de cette lecture truquée de la situation dans laquelle se trouvent impliquées les banlieues populaires. On y préfère de loin les bandes pour faire écran, à travers leur discours victimaire et nihiliste, à toute résistance organisée et force de proposition contre le système qui crée la pauvreté dans laquelle tous se retrouvent. On voit à quel point les jeunes que l’on présente comme révolutionnaire ne sont en réalité qu’au service, jusqu’à à travers leurs violences, de l’ordre établi.

Défendre l’identité de la France et ouvrir la voie à une autre société pour tous

On parle de quartiers laissés socialement à l’abandon pour encore justifier l’injustifiable et des réponses ciblées sur la question des discriminations. Faux, le quartier qui s’est enflammé avait tous les équipements utiles, dommage qu’on les ait brûlés, il y avait toute une politique d’accompagnement social et éducatif mise en œuvre, des droits sociaux normalement exercés dont il faut rappeler qu’en France ils sont supérieurs à tous les autres systèmes de solidarité connus à l’étranger, et ceci au bénéfice de tous, quelle que soit l’origine des familles.

Les problèmes viennent donc d’ailleurs, pour une part, d’une concentration de la population immigrée avec des familles nombreuses qui sont en grande difficulté vis-à-vis d’un processus d’intégration où les incompréhensions, les litiges grandissent. Les deux jeunes seront enterrés dans leurs pays d’origine, ont exprimé leurs familles, ce qui malheureusement en dit long sur la perception qu’elles ont du pays où elles vivent, et n’est pas sans poser problème dans l’exemple ainsi donné aux autres jeunes.

S’il y avait le plein emploi, sans doute que la moitié des problèmes seraient réglés, mais il faudrait aussi sortir d’un repli communautaire de plus en plus prégnant qui pousse à une vision haineuse de la France avec un rejet pur et simple de l’intégration et un racisme anti-français trop souvent revendiqué où on se trompe vraiment de cible. Mais dans cette concentration qui s’accentue, il faut aussi y voir le désir de plus en plus de familles de quitter les lieux devenus invivables, en raison même des phénomènes de bande qui s’y développe dans un climat de complaisance au communautarisme.

Dans ces quartiers, depuis longtemps la laïcité est en recul. Le communautarisme y gagne chaque jour du terrain, dont le développement du port du voile est un signe flagrant qui en dit long sur la volonté de se mettre à part puis d’accuser de discrimination, tout en revendiquant des droits spécifiques contre le droit commun, contre les valeurs de la république de liberté, d’égalité et de fraternité qui son directement visées ici. Il existe un climat général dans ce domaine récupérant le moindre événement presque naturellement, d’autant que les politiques de tous bords, n’ont cessé depuis des années de pratiquer le clientélisme politique jusqu’à la discrimination positive promise par Sarkozy.

Une situation désastreuse pour les quartiers où vivent ces jeunes et pour ces jeunes eux-mêmes pour lesquels c’est un piège qui se referme sur eux et les stigmatisent, les enferment dans des colères erronées, qui ne servent en définitive qu’à justifier l’ordre établi, celui d’un capitalisme conquérant qui les fait passer par perte et profit.

Ce qu’il faudrait pour sortir de ces maux, c’est rendre mieux visible aux yeux de tous et de ces jeunes particulièrement, toute la valeur de la France, celle de ses grands acquis sociaux et de ses services publics conquis de hautes luttes, celle de la qualité de son vivre ensemble grâce à une république laïque et sociale qui favorise le mélange au lieu des mises à part…

Mais ce qui fait cruellement défaut, c’est un projet de société digne de ce nom poussant jusqu’au bout les valeurs de la République, périmant toute idée d’une fin de l’histoire sous le signe du libéralisme, capable de porter au-dessus des différences l’intérêt de tous pour un nouveau sens du bien commun, redonnant une foi collective dans des lendemains qui chantent.

Guylain Chevrier

Historien

Samedi 1er décembre 2007, paru dans le numéro 16




Comment utiliser l’islam pour détruire le socle laïque de notre République

J’aimerais faire observer à ce lecteur qui, dans un mel qu’il m’a adressé après les deux premiers numéros de « Riposte Laïque » pour me demander si nous n’étions pas devenus anti-islamiques, que nous vivons une époque curieuse : une religion, historiquement établie mais émergeant depuis peu, que toutes les enquêtes d’opinion désignent comme très minoritaire dans sa pratique comme dans son influence réelle, suscite une couverture médiatique, une attention bien-pensante, un intérêt politicien tels qu’on peut légitimement se demander ce qu’une telle résonance cache …

Car l’Islam n’est reconnu comme religion de référence que par 4 % de notre population ( enquête « CSA- Le Monde des Religions » de janvier 2007, confirmée par l’étude parue dans « La Vie » du 01 /03 /07 ), et pratiqué par à peine un quart de ceux-là mêmes qui le reconnaissent ( et encore : 10 % des 20 000 français de culture musulmane pratiqueraient vraiment dans les Pyrénées Orientales selon les chiffres cités par l’imam de la nouvelle mosquée de Perpignan …alors que 13 mosquées existent dans le 66 – AFP du 18 /12/06 ).

Est-ce par leur activisme, leur dynamisme, leur technique affinée du « lobbying » que les « religieux » de ce culte obtiennent une telle « surface médiatique » ? Est-ce parce qu’ils se considèrent comme « mal servis » en lieux de prières et qu’ils mènent un combat revendicatif pour marquer le paysage français des images matérielles de leur foi que les politiciens locaux ont tendance à les écouter et à aller au-devant même de besoins qu’ils amplifient ? Est-ce parce que les tenants de cette religion ont compris comment il fallait jouer des leviers de la démocratie et des valeurs républicaines qu’ils trouvent les soutiens de la « bien-pensance » médiatico-intellectuelle, toujours avide d’exotisme et de minorités à défendre ? Est-ce parce que leur demande de faire valoir comme première leur loi religieuse et coutumière face à la loi générale élaborée par la communauté républicaine leur ouvre l’oreille complaisante de tous ceux que le mot « République » ( et l’expression « République indivisible et laïque » ) hérisse au plus haut point ? Est-ce que c’est parce que la menace de l’intégrisme et du terrorisme islamistes fait peur à une société pusillanime, laissant par sa faiblesse s’exprimer la force de ceux qui veulent la détruire de l’intérieur, que le champ libre est donné à ceux qui souhaitent s’organiser « à part » dans une communauté repliée sur elle-même et hostile à notre Histoire et à nos valeurs ? …

Toujours est-il que le discours fractionniste des tenants de l’islam politique ( cela fleure bon le pléonasme), relayé par tout ce que la France compte de défenseurs des « opprimés et stigmatisés » et de partisans de la libre circulation de la main d’œuvre taillable et corvéable « à merci », semble s’imposer chaque jour davantage, faisant imaginer à chacun ce que pourrait devenir notre espace politique et sociétal si y triomphait le communautarisme, islamique d’abord, puis de toutes les composantes possibles, et pas seulement religieuses. Discours porteur du danger d’émiettement de notre société, d’introduction dans notre espace politique de la loi des minorités ou des groupes d’influence, au détriment de la loi générale élaborée démocratiquement par tous, et qui se définit non par le suffrage universel mais par « des propriétés sociales, culturelles, économiques, religieuses au nom desquelles une règle peut être produite »( C. Kintzler) .

Or notre socle républicain laïque, par le pouvoir qu’il donne au citoyen en tant que tel, par son système législatif, par ses institutions, peut empêcher ce délitement de notre espace politique et sociétal … pour peu que chacun le veuille et que les représentants du peuple s’y emploient sans arrière-pensées et avec vigueur …

C’est là, pourtant, que le « bât » blesse …

Alors que la stricte application des principes de la loi fondamentale de 1905 et de l’ensemble des textes institutionnalisant la laïcité permettrait la mise en sommeil de toutes les revendications communautaristes islamiques ou autres, alors que le « paysage » spirituel de notre pays impose encore davantage aujourd’hui qu’hier la laïcité par la prédominance de la non-religion (1 Français sur 3 ne se reconnaît en aucune, 50% des catholiques avouent ne pas croire en Dieu…), on assiste à une triple instrumentalisation de la religion musulmane, claironnée comme la deuxième religion de France (4% de la population totale…et encore !) dont il faut tenter de comprendre les raisons et les mécanismes .

Il est de grande évidence que cette religion, nouvellement et vraiment implantée à cause des flux migratoires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne, est instrumentalisée par ses religieux eux-mêmes et les adeptes d’un islam plus politique que spirituel, tant ils ressentent le besoin de conserver sur ces populations déracinées l’emprise qu’ils ont sur les populations des pays d’origine. Construire ici une communauté autour de la religion, avec mosquée, centre social, école coranique, c’est réaliser dans le nouveau pays l’espace sociétal de l’ancien et maintenir sous la coupe aliénante du « prophète » ceux qui auraient des velléités de fuite au contact d’un monde nouveau, apaisé, développé matériellement, socialement, culturellement …

Vieux procédé de toute religion dominante qui ne se contente pas du salut des âmes mais veut décider du corps de chacun et du corps social en général… Quand on arrive dans un pays où seulement 23% de la population répondent positivement à la question « la religion est-elle importante dans votre vie quotidienne ? » (AFP. Novembre 2006), on peut être tenté de relativiser la nécessité de se conformer à des lois, des rites, des préceptes dont la pertinence est toute relative….

Ce n’est pas pour rien que l’Arabie Saoudite a dépêché en Occident des milliers d’imams pour encadrer les « fidèles » expatriés ! Que l’immigré musulman soit contrôlé, pris en charge, modelé par le religieux permet de garder la main sur lui comme sur ceux qui sont restés, de construire une base solide à un prosélytisme dont l’islam s’est toujours recommandé, d’affaiblir les démocraties d’accueil dont les valeurs, les systèmes de pensée, les modes d’organisation nient, de fait, l’islam lui-même. Aussi ces nouveaux missionnaires n’ont-ils pas manqué d’œuvrer en direction de ceux qui étaient déjà établis, jouant de leurs difficultés sociales, culturelles, intellectuelles, pour les réinsérer dans le giron d’une religion qu’ils avaient souvent quittée, la situation internationale se révélant pour ces convertis un prétexte commode et un exutoire rédempteur. …

Montée d’un communautarisme religieux musulman

Il n’est qu’à se tourner vers les « cités » de Trappes, de Mantes ou des Mureaux, de Marseille aussi, (exemples parmi d’autres… ) pour se rendre compte comment une « islamisation rampante et à petits pas » les a transformées en espaces communautarisés que les leaders musulmans du secteur régissent d’une main ferme et où ils imposent une loi qui n’est plus celle d’une République qui a déserté ces lieux, utilisant d’ailleurs leur influence religieuse pour peser sur les élus du suffrage universel …

Mais cette instrumentalisation de cette religion par ceux qui la structurent ne serait pas possible ici sans une autre instrumentalisation qui la permet et la sous-tend, celle perpétrée par les politiciens locaux, qu’ils viennent de « l’humanitarisme bien-pensant d’une gauche caviar », de l’islamo-gauchisme des révolutionnaires des salons littéraires ou, tout simplement, qu’ils soient représentants du libéralisme économique triomphant.

Pour ceux-ci, l’enfermement de l’immigré musulman dans le cadre strict de son espace religieux est une aubaine : outre que la libre circulation de la main d’œuvre (demandée même par un Krivine de haute volée et le petit facteur du Hezbollah…) leur apporte des travailleurs malléables et dociles, la prise en mains communautariste de cet afflux le soumet à la loi religieuse au détriment de la loi générale et freine par là même tout combat politique et social en transférant les difficultés, les revendications, dans le champ du sociétal où se nouent des conflits humains entre les groupes et non plus entre ceux qui possèdent l’outil de travail et ceux qui n’ont que leur force de travail à négocier…

Qui ne voit ici que les « donneurs d’ordre » dans les domaines des activités non délocalisables ont tout intérêt à laisser la main d’œuvre « délocalisée » aux mains de la communauté religieuse, surtout musulmane, afin d’économiser un combat social et politique qui est celui de l’émancipation démocratique et de l’affirmation de l’identité individuelle ? Mais, dans cette perspective, les forces dominantes du marché libéral sont rejointes (consciemment ou non) par les tenants d’une idéologie « humanitariste » et « gauchisante » qui deviennent les apôtres d’un islam politique organisant dans l’espace sociétal unique de la République des espaces communautaires où les lois de la République (qu’ils honnissent le plus souvent) sont bafouées.

Théorisant l’adage imbécile « les ennemis de mes ennemis sont mes amis » (puisque les pays théocratiques musulmans sont les ennemis supposés des USA, et que « l’islam politique » s’oppose à la République…), ils essaient d’exploiter là un nouveau « lumpenprolétariat » (issu d’une immigration non-stop et de toutes les régularisations possibles et imaginables) qui leur donnerait des couleurs « électorales », à eux qui n’arrivent plus à influencer le monde du travail dans notre pays… Portant au plus haut point leur rejet de notre Histoire et de son processus de création d’une République indivisible et laïque, ils espèrent de l’émiettement en communautés religieuses et/ou autres ( mais ils n’aimeraient pas des communautés évangélistes…allez savoir pourquoi !) un affaiblissement de la nation, courant de ce fait au-devant des intentions de tous ceux qui veulent construire l’Europe politique sur la « déstructuration » des nations et l’éclatement sociétal en un modèle anglo-saxon. Le bal des « faux-culs », ici, est rythmé par les muezzins… et organisé par le modèle économique libéral.

Pourtant, il faut essayer d’aller « plus loin » pour mieux comprendre cet engouement « médiatico-intellectuel » pour l’islam…et s’intéresser à un évènement auquel on n’a peut-être pas suffisamment porté attention : l’élection d’un pape allemand … à un moment « géopolitique » où s’engage l’un des processus historiques les plus déterminants de l’époque actuelle, la construction politique européenne dont la réalisation est à moyen terme.

Il convient de s’attacher à l’action immédiate et permanente de l’ancien cardinal Ratzinger : de sa réception le 30 /03 /06 des dirigeants du parti populaire européen à celle, toute récente, de la chancelière allemande… du discours de Ratisbonne aux foudres lancées régulièrement contre « le laïcisme »… du prêche contre la liberté de la femme à enfanter à la revendication obsessionnelle d’imposer des seules racines chrétiennes à l’Europe, Benoît XVI n’en finit pas de vouloir faire jouer à son Eglise un rôle politique majeur en Europe …et le travail permanent, auprès de la Commission Européenne qui la considère comme un interlocuteur privilégié, de la COMECE ( commission des épiscopats de la communauté européenne) est là pour conforter cette analyse : ne vient-elle pas le 18 octobre2006, avec les représentants de la Conférence des Eglises d’Europe et ceux du parlement et de la commission européens, de tenir un séminaire pour examiner de quelle manière l’église catholique pourrait participer aux services sociaux et de santé en Europe ?

La volonté du Vatican d’en finir avec la spécificité française
L’élargissement de l’Europe aux anciens « pays de l’est », la diversité des statuts qui, en Europe, régissent les rapports des églises et des Etats ( de la laïcité française au concordat et à la sécularisation à l’allemande, à la néerlandaise, à l’italienne, sans oublier la religion d’état anglicane ou polonaise…) montrent, à l’évidence, que l’église vaticane y a une position de force et que, dans cette diversité, détonne la spécificité française… dont le délitement ne pourrait que servir les intérêts d’une religion qui, chassée de l’espace public par la loi de 1905, ne rêve que d’y revenir à l’occasion de la construction politique européenne…Il ne faut pas s’étonner, alors, de l’appui plus ou moins discret apporté aux différentes revendications de la religion musulmane en France par les représentants de l’église catholique : tout ce qui sera concédé à la demande religieuse et communautariste islamique ne pourra être refusé à l’église catholique, et l’effacement progressif des principes fondateurs de la loi de 1905 sous prétexte du financement de la construction de mosquées, du respect des lois et des comportements coutumiers, de la limitation de la liberté de conscience et d’expression accusée d’aller trop loin, sert, en fait, à préparer le retour dans la production de la loi de la spiritualité dominante ici et en Europe…

Ne pas voir comment l’Eglise vaticane, sans le dire, instrumentalise l’émergence d’une autre religion dans l’espace européen qu’elle est sûre de contrôler pour obtenir des futurs pouvoirs nationaux et communautaires un rôle dominant dans l’organisation politique et sociétale de la future Europe, c’est faire preuve d’une cécité intellectuelle dont on pourra très bientôt mesurer les conséquences tragiques pour l’organisation et le mode de fonctionnement de notre société …D’où la nécessité redoublée de lutter contre tous les discours, toutes les dérives communautaristes, en particulier quand il s’agit de l’islam en France… contre toutes les atteintes, notamment politiques et législatives, aux principes essentiels édictés par la loi de 1905 . Il serait important qu’une réflexion s’instaure autour de ces axes d’analyse pour en étayer encore la pertinence…Mais il serait encore plus important que tous ceux qui sont accrochés à la défense et au confortement du socle laïque de notre République se rassemblent et agissent pour élaborer un « cordon sanitaire laïque » susceptible d’enfermer les élus du peuple dans le respect strict et total de la « laïcité à la française ».

Robert Albarèdes

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Samedi 29 septembre 2007, paru dans le numéro 5




La HALDE ou Haute Autorité Légitimant les Discriminations

L’acharnement de la Halde à légitimer le port du foulard islamiste dans les services collectifs de la République conduit à un certain nombre de remarques. En soutenant l’interprétation de l’islam qui considère « le voile islamiste » comme une obligation religieuse sexuée, la Halde prétend trancher en matière d’interprétations religieuses, sur les croyances intimes des personnes.

1-La Haute Autorité n’a pas autorité

En France, Etat de droit, les parlementaires, représentants du peuple, votent les lois. Le chef du pouvoir exécutif, c’est-à-dire le Président de la République, promulgue la loi. L’application de la loi relève des corps administratifs et des tribunaux. Toute autre instance, même si elle se nomme Haute Autorité, n’a aucune autorité sur les citoyens et ne peut qu’émettre des recommandations. La Haute Autorité n’a pas à se substituer aux autorités judiciaires. Ses délibérations n’engagent que leurs auteurs. La preuve : puisque ce ne sont que des recommandations, il n’y a pas d’instance de recours contre ses délibérations. Aucune disposition ne contraint un citoyen à accepter une solution à un conflit dans le cadre de la Halde et surtout « aucune disposition législative ni règlementaire n’impose à la Halde d’informer le mis en cause de l’état d’avancement du dossier ni de lui communiquer les pièces du dossier ».

Qu’en est-il des principes fondamentaux de notre République concernant la justice ? . Les citoyens ou institution publiques ou privées visés par la Halde sont victimes…d’une discrimination particulièrement grave : être dénoncés sans être auparavant entendus contradictoirement. Nous ignorons qui a siégé lors des délibérations, quelles compétences concernant la maitrise des lois de la République sont exigées de ces personnes. Ni le rôle des séances n’est connu à l’avance ni les citoyens ne peuvent en avoir connaissance. Ceci dans un souci de « confidentialité ». Or la Halde n’hésite pas à la publicité de ses délibérations concernant le foulard islamiste…

Depuis la Révolution, pour refuser privilèges ou particularismes, les principes d’unité et d’indivisibilité ont instauré des lois identiques pour tous. Dans notre conception républicaine il ne saurait y avoir de droits civils et familiaux particuliers, de droits religieux, de droits locaux ou territoriaux, de droits élaborés par chaque profession, etc. Personne ne peut imposer son interprétation personnelle de sa religion comme supérieure aux lois communes de la République. Il serait tout à fait anticonstitutionnel qu’un Ministre de la République se plie à des avis qui ne sont fondés ni en fait ni en droit

Le Président de la Halde, dans la réponse qu’il nous a adressée, reconnait évidemment que son organisme ne saurait « se substituer au pouvoir juridictionnel ». Pourquoi cette confusion, comment les justiciables peuvent-ils se retrouver entre les juridictions républicaines et cette instance concurrente, sans légitimité populaire mais dotée de moyens qui manquent cruellement à l’institution judiciaire.

2-La Halde légitime une discrimination majeure envers les femmes

La Halde relaie l’argument absurde de femmes qui se discriminent volontairement en portant un signe, un stigmate qui les séparent des autres personnes, femmes et hommes et qui s’offusquent d’être discriminées !

Le foulard islamiste est un marqueur de discrimination sexuelle et la manifestation la plus archaïque et « claustrante » de l’oppression des femmes. Il s’agit de maintenir l’enfermement des femmes afin que même dehors, elles restent « dedans ». C’est leur voler leur identité puisqu’elles ne doivent pas être identifiables dans l’espace public.

Le foulard islamiste, signe discriminatoire, est une atteinte à la dignité de l’être humain, en particulier à la dignité des femmes. Des lois ont permis d’interdire « le lancer de nains », même si des nains étaient d’accord pour être considérés comme des objets, des lois ont permis d’interdire le bizutage, même si des étudiants étaient majeurs et « consentants ». Pourquoi tolère-t-on le port d’une tenue qui contrevient au principe d’égalité en droit entre les hommes et les femmes ?

Le foulard islamiste sépare les hommes des femmes, et parmi les femmes celles qui se considèrent comme « bonne musulmane » des autres. Sous prétexte de traditions religieuses leur assignant de représenter « l’honneur de la famille », des femmes sont contraintes par une servitude, volontaire ou forcée, à des prescriptions vestimentaires lors de leurs déplacements dans l’espace public. En particulier de cacher leurs cheveux, parce que la chevelure des femmes serait « source de désordre » !

Comment tolérer que des femmes doivent se dissimuler dans l’espace public ? Quelles représentations des rapports entre les femmes et les hommes cela induit-il chez les enfants : femmes source de désordre, hommes brutes incapables de maîtriser leurs pulsions sexuelles à la vue de la moindre mèche de cheveux ? Comment construire le principe d’égalité en droit entre les hommes et les femmes dans ces conditions ? Comment tolérer l’endoctrinement des enfants ? Comment ne pas dénoncer l’ assujettissement volontaire de celles qui affirment « porter le voile : c’est ma foi, mon choix, mon droit » ? D’une part la foi relève de l’intime et n’a pas à être étalée dans l’espace public, d’autre part le choix personnel n’est pas un droit.

3-La Halde méconnait le principe de laïcité, de neutralité et la mission des services publics

L « anonyme » collège de la Halde confond liberté et droit. La liberté d’avoir ou non une religion, d’en changer, de pratiquer n’est à aucun moment un droit que l’Etat aurait le devoir d’accorder !

La laïcité organise l’espace politique qui repose sur la liberté de penser et d’expression, sur l’égalité en droit des options philosophiques ou croyances religieuses et sur la neutralité de l’action publique. Unique moyen de faire coexister des individus qui ne partagent pas les mêmes convictions, l’exigence laïque demande à chacun un effort sur soi. L’impartialité dans la garantie de croire, de ne pas croire ou de douter et pour toutes les confessions de pouvoir exercer librement leur culte, sous réserve de ne pas attenter aux libertés d’autrui, ni troubler l’ordre public impose la neutralité à l’Etat, aux services publics et à leurs usagers. La délibération montre l’ignorance de la Halde concernant le service public de l’Education Nationale et du respect que doivent avoir les usagers des services collectifs envers les agents de ces services et les autres utilisateurs.

Il est indispensable de rappeler que l’autorisation d’accompagner les sorties scolaires relève de la seule autorité de la direction de l’école. Personne n’aurait pensé à autoriser des religieux en soutane ou autre habits sacerdotaux à encadrer des enfants. Les auxiliaires de l’éducation, bénévoles ou non, doivent respecter tous les élèves et ne sont pas appelés pour s’occuper uniquement de leur(s) enfant(s). Dans le cas particulier, il s’agit de parents en uniforme, religieux ou politique, qui prétendent encadrer des enfants et influencent des mineurs, élèves de l’école publique, par le port d’un signe visible de l’oppression, volontaire ou forcée, des femmes.

L’école de la République a pour mission de former des citoyens et des citoyennes -c’est-à-dire des acteurs et actrices de la société- à utiliser leur sens critique, à s’élever par la raison au-dessus des perceptions et influences, à réfléchir, « à savoir dire non à ses propres croyances » (Alain), à savoir et vouloir vivre ensemble dans le respect mutuel des différences qui ne doivent pas être perverties en différence des droits.

Pour que l’enfant puisse se construire comme individu autonome en fonction de sa capacité à raisonner, ses aptitudes et goûts, il doit avoir l’esprit libre en entrant à l’école de la République. Pas d’espace de liberté ni de laïcité sans protection des enfants contre le prosélytisme idéologique, religieux ou politique qui peut avoir lieu à l’extérieur. Toutes les attitudes qui manifestent une soumission à des impératifs venus d’ailleurs, étrangers et hostiles à la mission de l’école, sont à proscrire fermement.

Le summum de l’ignorance est atteint lorsque le collège de la Halde, se prenant pour des magistrats, cite une jurisprudence concernant l’application du principe de laïcité en milieu pénitentiaire. L’assimilation de l’école à la prison est surprenante, l’ignorance des règles spécifiques concernant la laïcité dans les milieux fermés (prison, militaires en mission, etc.) stupéfiante.

4-Des références européennes tronquées et erronées

Le collège de la Halde cite un extrait de l’article 9 de la Convention européenne des Droits de l’Homme, mais ignore l’Arrêt de la Cour européenne des Droits de l’Homme, présidée par Sir Nicolas BRATZA, du 29 juin 2004 concernant l’affaire Leyla Sahin c.Turquie. « L’article 9 ne protège toutefois pas n’importe quel acte motivé ou inspiré par une religion ou conviction et ne garantit pas toujours le droit de se comporter dans le domaine public d’une manière dictée par une conviction (voir, parmi plusieurs autres, Kalaç c. Turquie, arrêt du 1er juillet 1997, Recueil des arrêts et décisions 1997-IV, p. 1209, § 27, Arrowsmith c. Royaume-Uni, no 7050/75, décision de la Commission du 12 octobre 1978, Décisions et Rapports (DR) 19, p. 5, et C. c. Royaume-Uni, no 10358/83, décision de la Commission du 15 décembre 1983, DR 37, p. 142) »

Ce même arrêt « dit » : « Il n’y a pas eu violation de l’article 9 de la Convention par la réglementation de l’université d’Istanbul, qui soumet le port du foulard islamique à des restrictions, et les mesures d’application y afférentes, étaient justifiées dans leur principe et proportionnées aux buts poursuivis et pouvaient donc être considérées comme « nécessaires dans une société démocratique ».

Il est donc nécessaire que les règlements scolaires précisent bien l’interdiction pour les personnes portant un signe visible d’appartenance religieuse de participer aux activités scolaires. Voilà pourquoi les tenants de l’islam politique, ennemis de la laïcité républicaine, voudraient empêcher de telles clauses dans lesdits règlements. Ils agissent auprès de la Halde et rende publiques de telles recommandations.

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a voté une résolution le 4 octobre 2005 exhortant tous les pays membres à : « Veiller à ce que la liberté de religion et le respect de la culture et de la tradition ne soient pas acceptés comme des prétextes à la justification des violations des droits des femmes, y compris lorsque des jeunes filles mineures sont contraintes de se soumettre à des codes religieux (y compris à des codes vestimentaires), … » (article 7.3). La Halde l’ignore évidemment !

Dans notre Etat de droit, mettre fin à cette institution d’impostures et de gaspillages financiers est indispensable.

Voir les différentes délibérations et les échanges de courriers sur le site www.regardsdefemmes.com Sylvie Kern, chef du pôle emploi privé à la direction juridique de la Halde, Semaine sociale Lamy, 23 juillet 2007

Michèle Vianès

Présidente de Regards de Femmes

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Paru le jeudi 30 août, dans le numéro 1




Nicolas Sarkozy président, plus près de toi, seigneur

Elu le 6 mai 2007 président de la République par 18 983 138 français, c’est-à-dire 30 % des personnes résidant sur le sol français, Nicolas Sarkozy multiplie les génuflexions envers les sectes monothéistes depuis sa prise en main du goupillon présidentiel :

10 mai 2007 : un cardinal du Vatican se réjouit de l’élection de Nicolas Sarkozy On frétille au Vatican : le 10 mai, Jean-Louis Tauran s’est réjouit de « la position extraordinairement ouverte » du nouveau président (AFP, 20 juin 2007). L’entretien est paru dans le journal des évêques italiens Avvenire et le cardinal français y rappelle les vœux très pieux de Sarkozy exprimés dans son missel « La République, les religions, l’espérance » (Editions du Cerf, 2004), comme la réforme de la loi de 1905 et un financement facilité des religions par l’Etat et les collectivités publiques.

18 mai 2007 : nomination de Christine Boutin comme ministre du Logement et de la Ville. Opposée à l’IVG, autant qu’à la pilule du lendemain, Christine Boutin a déposé, en janvier 2005, une « Proposition de loi tendant à favoriser l’aide aux femmes enceintes en difficulté », qui consiste en une « prévention de l’IVG » par un financement public de la propagande anti-IVG. Auparavant, elle s’était opposée au PACS en montrant la Bible à l’Assemblée Nationale en 1998 (dans son « explication », elle prétend que ce geste « n’affectait aucunement la laïcité républicaine, bien au contraire »). La députée des Yvelines est « consulteur » auprès du Conseil Pontifical pour la Famille depuis 1995 et, en juillet 2006, elle participe au Congrés théologique et pastoral international de Valence en Espagne sur le thème de la transmission de la foi dans la famille. Elle avait d’ailleurs fondé en 1993 l’Alliance pour les droits de la vie (Le Monde 21 juin 2007), dont l’objectif est identique, la lutte contre l’IVG. Christine Boutin est aussi présentée comme une sympathisante de l’Opus Dei (Opus Dei, les chemins de la gloire, Peter Hertel, Editions Golias, 2002). Concernant l’islam, elle est favorable au port du torchon islamique à l’école et elle a participé amicalement au congrés 2006 de l’UOIF. En novembre 2006, interrogée par Karl Zéro sur Canal +, elle estime que Georges Bush pourrait être à l’origine des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats Unis d’Amérique (vidéo sur Liberation.fr, 5 juillet 2007). La composition de son cabinet est à l’image de ses convictions catholiques. Elle en a nommé directeur le préfet Jean-Paul Bolufer, opposé à l’avortement et à l’homosexualité (Prochoix 1er juin 2007). Y officie aussi en tant que conseillère technique Christine Dechefdebien, condamnée en 1992 à quatre mois de prison avec sursis et 5000 francs d’amende pour sa participation à un commando anti-IVG dans un hôpital public de Pau (Le Monde, 5 juillet 2007). Enfin, on y trouve un curé, Jean-Marie Petitclerc (polytechnicien et salésien), nommé fin juin 2007 comme chargé de mission pour les relations avec les acteurs locaux (Liberation.fr 5 juillet 2007).

20 juin 2007 : Le Vatican félicite Sarkozy pour son « ouverture » Un grand espoir agite les soutanes vaticanes : l’élection de Sarkozy laisserait entrevoir la possibilité d’inscrire la mention d’une imaginaire identité chrétienne dans la Constitution européenne. C’est le cardinal Tarcisio Bertone, le secrétaire d’Etat du Vatican, qui voit dans son accession au trône un « changement d’orientation » relativement à cette question : « C’est une bonne chose, parce qu’une saine laïcité peut être parfaitement compatible avec la reconnaissance de ses racines, de ses origines chrétiennes et de son identité chrétienne » (AFP, 20 juin 2007).

Juin 2007 : Nicolas Sarkozy a écrit à Benoît XVI Non content de multiplier les attentions envers toutes les sectes monothéistes, Nicolas Sarkozy y ajoute la déférence en écrivant au pape Benoît XVI en réponse à ses bons vœux. Au menu de la missive du valet : les chrétiens persécutés dans le monde et la situation des personnes prises en otage par divers groupes armés, aux Philippines comme en Colombie avec Ingrid Betancourt (La Croix, 21 juin 2007).

4 juillet 2007 : Michèle Alliot-Marie inaugure la Maison de la Conférence des Evêques de France La ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales, a inauguré, le 4 juillet, la nouvelle maison de la Conférence des Evêques de France, au 58, avenue de Breteuil à Paris. Dans son discours, prononcé en présence du Nonce apostolique et du Président de la Conférence des Evêques de France, la ministre a commencé par noter que le quartier des ministères, dans lequel se trouve le bâtiment, est aussi « celui de nombreux lieux de foi et de réflexion ». Le hasard, bien sûr, a placé les émissaires du Vatican à côté du pouvoir politique. L’intervention de la ministre s’est inscrite dans le partenariat déjà existant avec l’organisation catholique : « Je m’associerai avec plaisir et intérêt aux manifestations et rencontres qui nous permettront ensemble de faire avancer les grandes questions qui nous sont posées. » Et, sans rire, Michèle Alliot-Marie évoque une bien curieuse « évolution vers la modernité » de la Conférence des Evêques de France. Enfin, elle sacre l’Eglise comme un guide qui nous sortira de l’incertitude : « Dans un monde qui a vu s’effondrer la plupart des repères idéologiques et moraux, les religions ont plus que jamais vocation à éclairer la société, qu’elle soit civile ou politique. Je remercie l’Eglise catholique de la contribution déterminante qu’elle apporte à ce débat. »

Juillet 2007 : Michèle Alliot-Marie veut organiser la formation des imams Fidèle écho de la voix de son nouveau maître, Michèle Alliot-Marie prend en charge le dossier de la formation des imams. L’objectif, comme toujours, est la constitution d’un islam gallican qui devienne un partenaire de l’Etat : « Aujourd’hui, les contenus existent, les musulmans sont au pied du mur et l’Etat a la volonté de construire et de maîtriser un islam français », indique-t-on à son cabinet (Le Monde, 7 juillet 2007).

14 juillet 2007 : les Petits Chanteurs à la Croix de Bois participent au défilé des armées Le 14 juillet, la chorale catholique des Petits Chanteurs à la Croix de Bois a chanté, avec le Chœur des armées françaises, la Marseillaise, le Chant des Partisans et l’Hymne à la joie de Beethoven, qui est l’hymne européen (Reuters, 14 juillet 2007).

30 juillet 2007 : Lettre de mission de Nicolas Sarkozy à Michèle Alliot-Marie Dans sa lettre de mission adressée à la ministre des cultes, Nicolas Sarkozy reprend la terminologie abondamment utilisée dans son libre La République, les religions, l’espérance en estimant que les religions seraient porteuses d’une « espérance » : « L’espérance n’est pas une menace pour la République. » Nicolas Sarkozy confie aussi à Michèle Alliot-Marie le soin de garantir à l’islam les facilités nécessaires à son développement en France : « Nous voulons que tous les croyants de notre pays puissent pratiquer et transmettre leur religion dans des conditions dignes. Vous veillerez à cet effet à ce que les dispositions déjà en vigueur qui permettent la construction de lieux de culte soient appliquées. Vous nous proposerez des solutions concrètes s’agissant des cimetières confessionnels. Vous accompagnerez des projets de formation d’imams en France.  »

7 août 2007 : Pluie d’éloges suite au décès du cardinal Lustiger Suite au décès du cardinal Lustiger le 5 août, Nicolas Sarkozy, François Fillon (Premier ministre), Michèle Alliot-Marie et Christine Albanel (ministre de la Culture) n’ont pas été avares d’éloges à propos de cet ennemi résolu du siècle des Lumières (AFP, 7 août 2007).

10 août 2007 : Nicolas Sarkozy traverse l’Atlantique pour assister aux obsèques du cardinal Lustiger En vacances aux USA, Sarkozy est revenu spécialement à Paris afin d’assister, à la cathédrale Notre-Dame, aux obsèques du cardinal Lustiger. Pour lui, l’ancien archevêque de Paris était « une grande figure de la vie spirituelle, morale, intellectuelle et naturellement religieuse de notre pays » (Libération, 7 août 2007). Plusieurs ministres et secrétaires d’Etat ont assisté aux funérailles : François Fillon, Jean-Louis Borloo, Michèle Alliot-Marie, Brice Hortefeux, Luc Chatel, Nathalie Kosciusko-Morizet et André Santini (AFP, 10 août 2007).

22 août 2007 : Sarkozy en colère contre Panafieu pour ne pas avoir assisté aux obsèques de Lustiger

Selon Le Canard Enchaîné du 22 août, Nicolas Sarkozy a gratifié de sa colère habituelle Françoise de Panafieu pour ne pas avoir assisté aux funérailles de Lustiger parti vérifier les hallucinations catholiques sur l’au-delà. Alors que le pèlerin Sarkozy a fait un aller-retour spécial depuis sa villa luxueuse aux USA, la candidate à la Mairie de Paris n’est pas venue se prosterner à Notre-Dame en souvenir de l’entêté contre-révolutionnaire.

Jocelyn Bézecourt

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Paru le 30 août, dans le numéro 1




Voiles, burkas et tchadors, je vous hais

Il est des lois promulguées par nos élus puis publiées au journal officiel et il est des lois sociales auxquelles nous nous conformons alors qu’elles n’ont jamais été édictées. Mais il y a aussi la vie au jour le jour qui nous impose ses lois ; insupportables bien des fois. Mais nous pouvons et nous devons y faire quelque chose : être attentifs aux humains, dire non, écrire, nous rebeller et, pourquoi pas, légiférer ensemble pour améliorer notre condition d’êtres sociaux mais pas grégaires ou soumis aux lois qui tombent tout estampillées du ciel.

Il y a deux ans déjà, en ma qualité d’intervenant musulman, j’ai été interpellé lors d’un colloque par des citoyens qui se désolaient de voir se multiplier des tchadors sur la place publique, en plein centre de Marseille. L’indignation et le désarroi d’un photographe était poignants : il ne supportait pas de devoir subir cette horreur noire là où Doisneau surprenait des baisers et la joie de vivre au coin de la rue. « La présence des tchadors, dans l’espace esthétique et social de France, m’insupporte » a-t-il expliqué à l’assistance.

En effet, le tchador est une réclusion ambulante, une exclusion criante et une humiliation flagrante, non seulement en Iran, en Afghanistan ou en Arabie, mais aussi ici et maintenant, parmi nous en France. Cette ségrégation à visage découvert, si je puis dire, teste notre indolence et nous met chaque jour à rude épreuve. Au rythme d’accoutumance de ces dernières années, nous pouvons nous réveiller un beau jour dans un paysage français dont la sensibilité aura été totalement chamboulée. Notre indifférence aux recluses entrera dans la normalité : nos enfants ne s’en étonneront plus et nos photographes auront avalé leur indignation, rangé leurs appareils et renoncé à fixer la laideur de notre quotidien sur leurs pellicules. Nous deviendrons, comme en Arabie ou en Afrique du Nord, totalement indolents à cette séparation des êtres et son atteinte à la dignité humaine.

Nous ne pouvons subir, en silence, la loi de ce regard malsain porté sur le corps de la femme mais aussi sur moi, l’homme, son partenaire dans la vie de tous les jours. C’est toujours dans l’espace public du vide juridique que les musulmanes et les musulmans archaïques testent les limites de notre tolérance et nos points faibles pour imposer le code de leur esthétique et leur regard malsain à toute la société. Je ne l’ai que trop supporté en Afrique du Nord ainsi qu’à la télévision. J’aimerais tant nous éviter cette humiliation au quotidien qu’on commence à nous infliger graduellement aussi ici, en France.

Voiles, burqas et tchadors, je vous hais ! Vous avez étouffé ma grand-mère et ma mère et vous voulez continuer à brimer nos filles et petites filles et à limiter leur liberté en France et en Europe. Je jure sur la tête de ma mère que je soulèverai ciel et terre, s’il le faut, pour vous renvoyer à votre Moyen-Age et à votre désert d’Arabie ; là où il n’y a âme qui vive !

En tant que citoyen révolté par la condition réservée par l’islam classique à ma douce moitié, à mon égale, la femme, je joins mon cri à celui des citoyens marseillais qui m’avaient interpellé et, à mon tour, j’interpelle tous mes concitoyens. C’est regrettable d’en arriver là, mais il me semble que nos députés n’éviteront pas quelques nuits blanches passées à édicter des lois contre ce fléau tout en noir.

Mohamed Pascal Hilout

Initiateur du nouvel islam en France
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Paru le jeudi 30 août, dans le numéro 1




Qui agresse qui ?

Le 2 octobre, un procès haut en symbole va se dérouler au tribunal d’Epinal. Objet : le gîte des Vosges. Cette affaire a fait quelque bruit il y a un an. Fanny Truchelut, la propriétaire du gîte aurait refusé à deux femmes voilées l’accès à son gîte. Elle est poursuivie pour refus de la fourniture d’un bien ou service. Pour motif ethnique, racial et religieux. Ca, c’est la version officielle, orchestrée par les deux femmes voilées assistées de leur beau-frère, sympathisant de l’idéologie islamiste, et le média local L’Est Républicain.

Quels sont les faits ? Faisant leur choix par Internet, les deux femmes voilées ont contacté par téléphone la propriétaire du gîte. Elles ont beaucoup insisté pour louer le gîte, alors qu’il était en partie en réfection. Fanny Truchelut a fini par accepter. Elles ont envoyé des arrhes. Quand Fanny a vu arriver les deux femmes voilées, elle leur a demandé de ne pas arborer leur voile dans les parties communes de l’établissement, par respect pour les convictions d’autres occupants et pour les siennes. Colère des deux femmes qui exigent le chèque d’arrhes et s’en vont. Menaces du beau-frère au téléphone « Ca ne se passera pas comme ça ! ».

Comment en est-on donc arrivé, dans un pays laïc, à poursuivre, au motif de racisme et de discrimination religieuse, un acte qui, en refusant l’exhibition dans un lieu public d’un signe revendiqué comme religieux par celles qui l’arborent, témoigne au contraire du respect des convictions de chacun, ainsi que le stipule la loi de 1905 ? Qu’il y ait provocation de la part de l’accusation paraît probable. Ce n’est pas la première fois que les sympathisants de l’islamisme utilisent à leur profit les lois de la République pour défendre des signes ou comportements qui sont la négation des principes et conquêtes démocratiques. En l’occurrence le port du voile.

Ce n’est pas un signe religieux indiscutable – toutes les musulmanes ne portent pas le voile ! – pas plus qu’il n’est un signe révélant systématiquement l’appartenance à une race ou une ethnie – il est porté à travers le monde par des femmes appartenant à certaines races et ethnies, mais toutes les femmes de ces ethnies ne le portent pas ! La question soulevée par l’affaire des Vosges n’a donc rien à voir avec une discrimination raciste, ethnique ou religieuse.

Refuser que dans l’espace public un tel signe soit arboré n’est pas plus une atteinte à la liberté d’expression. Soyons précis. La liberté d’expression est une conquête de la presse, de la création littéraire et artistique dans les pays démocratiques. Aura-t-on oublié ce qu’est la démocratie moderne ? La démocratie est d’abord un régime qui tente d’instaurer l’égalité entre ses membres, femmes et hommes. Or le port du voile n’est pas un signe anodin. C’est un symbole. Celui de l’exclusion des femmes du champ public, de leur infériorité et de leur asservissement. La démocratie s’appuie sur la laïcité, qui instaure la séparation du politique et du religieux, condition de la paix civile et du respect de toutes les convictions. C’est bien parce que la laïcité n’a pas été respectée que nous en sommes venues à débattre du sens d’un signe, que certains veulent assimiler à une religion dans son entier. Où est la liberté d’expression dans les pays soumis à la « charia » – la loi religieuse ? Dans les interdictions imposées à la presse, aux créateurs, aux femmes ? Dans la police des mœurs, les lapidations, les châtiments corporels ? Avons nous des leçons de liberté d’expression à recevoir de gens qui pratiquent de telles horreurs ? Le port du voile, dans l’espace public est donc en contravention profonde avec les fondamentaux de la démocratie et le tolérer là revient à les bafouer.

Le voile est en fait le porte-drapeau de l’islamisme politique militant, dont la conception du droit des femmes et de la mixité est en contradiction totale avec la nôtre. Jusqu’à ces dernières années, personne n’avait jamais vu l’ombre d’un voile, d’une burqa, d’un chadri, d’un tchador ou de toute cette panoplie de tissus noirs ou de couleur, plus ou moins couvrants, toujours ostensibles, qui sont une façon de narguer le combat des femmes pour la liberté et l’égalité. Ce bout de chiffon est bien autre chose justement qu’un « simple morceau de tissu ». Pourquoi faire semblant de ne pas le voir ? Pourquoi, à la différence de la croix gammée ou de l’étoile jaune, feindre de ne pas savoir déchiffrer ce que nous dit l’histoire ? Des milliers de femmes sont mortes pour avoir refusé de porter ce signe, va-t-on rendre leur sacrifice inutile ? Aujourd’hui, de par le monde, des milliers de femmes sont contraintes de le porter, au risque d’être tuées. Et on voudrait nous faire croire que porter le voile « ce n’est pas grave » ?

Considérer, comme dans l’affaire des Vosges, que le refus de ce symbole dans les lieux publics constitue une atteinte à la religion ou la race, est le fruit d’une manipulation des lois républicaines au profit d’une idéologie qui en est la négation. La vraie question est : qui agresse qui ? Nous sommes des milliers de femmes et d’hommes dans ce pays à être viscéralement agressés par la vue de ce signe. Il nous jette à la figure le souvenir d’un long passé douloureux, en nous renvoyant à des temps pour nous heureusement révolus, ceux de l’oppression, il annule symboliquement les longs combats que nous avons menés pour en sortir, il est une véritable insulte à notre liberté, chèrement conquise.

Oui, le port du voile dans l’espace public est une atteinte à notre dignité de femme en voie de libération. Il relève du trouble à l’ordre public, dans la mesure où il bafoue symboliquement l’ordre républicain. Toute société humaine fonctionne sur des symboles. Y toucher conduit à mettre en péril ses bases mêmes. Où va nous mener une conception erronée de la tolérance face aux signes de l’intolérance érigée en système ? Il a fallu une loi sur les signes religieux à l’école pour en réaffirmer la neutralité. Il faudra poursuivre sur ce chemin afin de répondre à l’indignation muette de nos concitoyen(nes), atteints quotidiennement dans leur dignité par le spectacle de plus en plus courant de ces voiles. Et refuser leur prolifération. Mais, au nom d’une tolérance de façade, qui ne repose sur aucune analyse des injustices qu’elle recouvre, nous n’osons pas exprimer notre colère. Ce sentiment d’injustice refoulé nous perturbe gravement. Un jour il peut donner lieu à des réactions de violence et à la récupération, par d’autres, des conséquences de l’aveuglement de ceux qui ont le pouvoir d’agir.

L’exhibition du voile dans l’espace public constitue donc un trouble à l’ordre public, car il remet en cause les bases de cet ordre : le non affichage des convictions privées. Continuera-t-on hypocritement à considérer son rejet comme un acte antireligieux ou raciste, pour éviter de prendre ses responsabilités démocratiques ? Les prendre consiste à défendre l’espace qui nous est commun contre les incursions de l’obscurantisme.

L’affaire des Vosges pose clairement le problème. Fanny Truchelut a eu le courage de s’opposer à l’invasion sournoise d’un signe incompatible avec nos idéaux. Il faut la soutenir. Il y va de notre liberté d’expression et de l’avenir de notre démocratie.

Anne Zelensky et Annie Sugier

Samedi 8 septembre 2007, paru dans le numéro 2




Jours fériés : surtout ne changeons rien !

On se souvient que la commission Stasi, applaudie par de nombreux pratiquants juifs et musulmans, avait proposé d’ajouter à la liste des jours fériés Yom Kippour et l’Aïd el-Kebir ; c’est aussi ce que proposent, sans rire, un certain nombre de doux rêveurs animés de bonnes intentions à l’égard de tout ce qui remet en question la nation française. Pour eux, en effet, il est scandaleux d’obliger les adeptes des religions non chrétiennes à chômer le jour d’une fête étrangère à leur propre religion, sans pouvoir se libérer pour leurs propres fêtes. D’autres, inversement mais avec le même objectif de déstabilisation républicaine, trouvent qu’il est scandaleux de conserver des fêtes religieuses dans le calendrier d’un Etat laïque…

J’ai envie de répondre aux uns comme aux autres qu’ils devraient cesser de jeter aux orties ce qui constitue plus qu’un peuple, une nation. Notre calendrier, nos fêtes, sont, au même titre que Versailles, Notre-Dame de Paris ou les menhirs de Carnac notre patrimoine, notre héritage, les vestiges de notre histoire. Et, paradoxalement, les fêtes dites « chrétiennes », devenues des fêtes républicaines, nous permettent de continuer des rites et des fêtes païens, certes sans en avoir vraiment conscience, mais cela est-il important ?

En effet, ce que nous appelons « fêtes chrétiennes » représente, tout simplement, des survivances d’anciens rites universels, des vestiges de rites païens destinés à assurer aux hommes la bienveillance des forces naturelles ; ils servent, encore et toujours, à assurer la cohésion du groupe, à mettre en spectacle les changements de saison et à dire la peur des aléas naturels.

Nous en avons toujours besoin et supprimer ou remplacer nos fêtes dites « chrétiennes » reviendrait à faire un peu plus de l’homme un individu perdu sans repères dans un monde qui va trop vite pour lui. D’autre part, ajouter d’autres fêtes religieuses, comme l’Aïd-el-kébir, à notre calendrier, alors qu’elles n’évoquent rien dans l’inconscient collectif, alors qu’elles seraient juste le témoignage de l’existence d’une nouvelle religion dans un pays laïque serait non seulement un non-sens républicain mais un élément de plus pour favoriser communautarisme et repli identitaire.

Quand celui qui quitte son pays, la mort dans l’âme, s’installe ailleurs, il ne peut espérer s’intégrer, ou, encore mieux, s’assimiler, que s’il entre dans la culture de celui qui l’accueille, s’il en adopte les usages, les valeurs et les symboles. Lui permettre de se sentir à part, d’être à part, c’est créer les ghettos et les bandes « ethniques » qu’évoquent les médias, oubliant que l’on ne devrait parler d’ethnie qu’en Afrique ou dans certaines tribus d’Amazonie … Il n’y a pas d’ethnie en France, il ne saurait y avoir d’ethnie en France .

Par contre, conserver les fêtes dites « chrétiennes » du calendrier républicain se défend parce que les Français, majoritairement laïques, en ont oublié l’origine et le sens. Elles sont investies d’un pouvoir énorme, celui de pouvoir réunir, en même temps, tous les membres d’une famille, pour partager des moments forts ; ancrées dans le quotidien, elles ont la saveur de la madeleine de Proust : Noël nostalgique de l’enfance, Pâques et le repas savoureux, le premier de l’année sous le tilleul de la maison de famille, Pentecôte et le week-end entre amis au bord d’un lac … Nulle référence religieuse et pourtant, les noms de ces fêtes restent doux à évoquer, à prononcer. A quoi bon les remplacer par des trivialités  » fête du plein air », « fête du foie gras » ?

En fait, le plus intéressant dans l’histoire est ce qui n’est pas dit, à savoir que derrière ces fêtes d’apparence chrétienne se cache la survivance d’ancienne fêtes païennes, récupérées jusque dans leurs symboles par la religion chrétienne qui cherchait à faire disparaître les anciens cultes en occupant leurs lieux sacrés, en reprenant leurs rites, en créant des « anniversaires » aux mêmes dates qu’eux …

Quelques exemples au hasard :

Comment ne pas faire le lien entre Noël, les fêtes païennes du solstice d’hiver, les Saturnales des Romains, qui se passaient en banquets et cadeaux offerts ou le culte de Mithra, né un 25 décembre et dont les fidèles partageaient un repas ?

Quant à l’Ascension, fête introduite par saint Mamert en 470 dans la vallée du Rhône et étendue à toute la Gaule lors du concile d’Orléans, en 511, elle a peu à peu remplacé la fête romaine des robigalia, célébrations cultuelles pour la protection des céréales contre la rouille qui avaient lieu fin avril ; on y demandait au dieu Robigus, dieu des cultures, de bien vouloir épargner la future récolte. Comme par hasard, l’Ascension tombe en mai, au moment où les récoltes à venir courent les risques des gelées tardives, de pluviosité dangereuse ou de sécheresse ; il était donc nécessaire d’obtenir la bienveillance des divinités, quelles qu’elles soient. Les traditions populaires qui attestent de survivances antérieures au christianisme sont nombreuses, on en retrouve par exemple le souvenir dans la Calusarii, danse magique roumaine liée à la fertilité. Enfin, on ajoutera simplement que le mythe de l’ascension est vieux comme le monde, déjà utilisé pour Romulus en moins 716, foudroyé pour les uns, assassiné pour les autres, appelé à « monter » auprès des Dieux pour les autres …

La Pentecôte, qui est censée commémorer la Résurrection du Christ, cinquante jours après Pâques, quand le Saint-Esprit descendit parmi les apôtres, pourrait reprendre en fait un rite funéraire très ancien de purification des morts qui leur permet, après cinquante jours d’errance parmi les vivants, de retourner dans le Royaume qui leur est assigné. On trouve aussi, à cette époque, et selon les régions/pays, des fêtes de début de moissons, des rites en l’honneur de déesses mères, d’Aphrodite, de commémoration du Déluge…

Pâque(s), fête de l’Ancien comme du nouveau Testament, correspond à la fête des moissons, l’offrande des premiers épis, et rappelle le mythe d’Adonis, mythe sémite (qui serait d’origine sumérienne pour certains antiquisants) passé en Egypte et en Grèce ; Adonis, aimé à la fois de la déesse des Enfers et de celle de l’Amour, partage son temps entre elles ; comme la végétation il descend au royaume des morts en hiver et renaît ( résurrection ) au printemps …

Nul besoin de m’accuser d’être une briseuse de rêves, je n’ai fait qu’évoquer, ici, en les traçant à grands traits, des pistes développées en long et en large par ceux qui ont pour métier de comparer les mythes. Et ce n’est pas faire injure à quelque religion que ce soit que d’essayer de comprendre pourquoi et comment elle s’est implantée, pourquoi et comment elle a réussi à utiliser de symboles vieux comme le monde pour que chacun garde son lien avec celui-ci … Gardons bien à l’esprit que toute cette imprégnation, tous ces substituts ont mis des siècles à se modifier, à remplacer un élément par un autre, à évoluer vers une forme laïque, civile, mais porteuse de sens. Il serait donc absurde d’imposer au forceps dans notre calendrier des fêtes d’autres religions, elles ne feraient pas sens pour la très grande majorité de la population, elles nous feraient perdre, encore un peu plus, le lien social, si fragile actuellement, qui nous unit. N’oublions jamais la force du symbole.

Christine Tasin

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Samedi 15 septembre 2007, paru dans le numéro 3




Interview de Monia Haddaoui, mère de Ghofrane

Monia Haddaoui est la mère de Ghofrane Haddaoui, retrouvée morte dans un terrain vague des quartiers Nord de Marseille. Ghofrane avait 23 ans. Elle fut lapidée par trois garçons mineurs dans la nuit du 17 octobre 2004.

Riposte Laïque : « Ils ont lapidé Ghofrane », le livre que tu as écrit avec Anne Bécart, a été publié en 2007 juste avant le procès des assassins de Ghofrane. Pourquoi as-tu écrit ce livre ? Fait-il partie de ce que tu appelles ton combat ?

Monia Haddaoui : Dès que Ghofrane a été lapidée, depuis le premier jour, parce que je voulais retrouver les assassins de ma fille, j’ai constitué mon propre dossier. Avec mes enfants et mes amis, nous avons organisé des équipes et nous nous sommes répartis les choses à faire. Jour après jour, j’ai tout marqué. Tout ce que j’assumais, tout ce que je subissais au quotidien, je l’ai écrit et je l’ai gardé. En 2005, j’ai assisté à la Marche Mondiale des Femmes et j’ai parlé devant les participants. On m’a alors proposé d’écrire un livre. On m’avais déjà contactée juste avant l’arrestation des trois garçons mais je trouvais que c’était trop tôt. Je n’étais pas prête. Je n’étais pas entrée dans mon combat à cause du poids de l’assassinat.

En 2005, j’ai fini le récit de mon histoire et nous l’avons proposé à un certain nombre d’éditeurs. Je ne voulais pas d’un éditeur qui ne voie que le côté commercial de la vente de mon livre parce que pour moi ce n’était pas l’argent qui comptait c’était un message que je voulais faire passer. D’ailleurs ce livre n’est pas cher et nous n’avons que 90 centimes par livre vendu que nous versons à notre association. En fait, je voulais que ce livre soit un témoignage de mon combat, un symbole du combat de toutes les femmes contre les violences qui leur sont faites, un appel à la lutte de tous contre la barbarie. Je voulais vraiment que ce récit touche beaucoup de femmes. Parmi les éditeurs qui se proposaient j’ai choisi Antoinette Fouque parce qu’elle est une femme de combat. Elle a milité pendant plus de 40 ans pour les droits des femmes et a fait partie du MLF. Ce livre est sorti le 8 mars 2007, journée internationale des femmes.

Riposte Laïque : Dans le titre de ton livre il y a le mot « lapidé ». Ce mot que tu as volontairement mis en évidence a été rejeté par un certain nombre de personnes. Peux tu nous dire pourquoi ?

Monia Haddaoui : « Ils ont lapidé Ghofrane », je l’ai dit tout de suite. Je l’ai utilisé pour l’enquête du meurtre de ma fille, je l’ai prononcé lors de l’arrestation des assassins. Je savais ce que j’affirmais. Pour connaître la vérité sur le meurtre de ma fille, j’ai employé un moyen que les journalistes appellent le système D. Je me suis débrouillée à ma manière. Toutes les informations que j’ai pu recueillir, j’en ai fait un dossier. Tout ce qui concernait l’assassinat de ma fille me revenait par mes démarches et ceux de mes proches. Les documents qu’avait la police, je les avais aussi. Je me suis retrouvée avec un dossier de 400 pages que j’ai apporté au palais de justice.

La police était venue chez moi le 20 octobre. Le lendemain, j’avais chez moi les photos de Ghofrane, la tête couronnée de pierres. Le soir même on est allés sur le terrain où avait eu lieu le crime. On a vu les grosses pierres, les cheveux de Ghofrane et le sang. Je me suis évanouie. Le lendemain, on est revenus et on a tout ramassé. Selon le Larousse, « tuer à coups de pierres » c’est « lapider » et c’est ce que j’ai dit au président de la Cour. Je lui ai dit que je ne critiquais ni l’islam ni aucune religion mais que je tenais à affirmer que ma fille avait été lapidée. Beaucoup m’ont reproché d’utiliser ce mot. Deux organisations seulement m’ont soutenues et ont défendu le fait que Ghofrane avait été lapidée : l’Union des Familles Laïques, grâce à toi, Brigitte, et à Jocelyne Clarke, et l’Alliance des Femmes pour le Démocratie.

Les associations que j’ai contactées au début m’ont aidée à médiatiser l’affaire et aussi pour l’arrestation des coupables. L’association « Ni putes, ni soumises » et les autres organisations m’ont soutenues à ce moment là, je les remercie du fond du cœur. Au début c’était tout un collectif qui participait aux marches silencieuses dans Marseille. Le mot lapidation ne posait pas de problème. Et puis plus tard, « silence radio ». Même le Collectif 13 qui représente plus d’une trentaine d’associations s’est rétracté. Je ne comprenais pas les raisons de leurs hésitations. Bientôt, on allait me dire que Ghofrane avait été caressée par des pierres, quelle avait été amadouée par des pierres. On sait maintenant qu’elle a reçu une quarantaine de pierres. Ghofrane s’est vue mourir. Elle a eu 17 dents cassées, 2 arrachées jusqu’à la racine avant qu’elle ne meure. On a constaté 40 impacts sur son crâne. La lapidation, c’est un crime sadique, c’est un acte de barbarie.

Riposte Laïque : Les assassins de Ghofrane étaient mineurs au moment des faits. Que penses- tu de la modification de la loi sur les mineurs ?

Monia Haddaoui : Pour le procès, les jurés ont refusé d’invoquer la minorité des accusés et c’est une bonne chose. Au procès, j’ai parlé avec une grande dignité et je n’ai pas pleuré. Je suis sortie la tête haute. J’avais fait mon travail. J’avais contraint la justice à voir les faits : il n’y avait pas trois pierres mais plus de trente. Certains auraient voulu démontrer que c’était un crime passionnel, comme ils ont voulu le faire croire pour le meurtre de Sohane, morte brûlée vive à Vitry en 2002. L’un des assassins de Ghofrane a bien déclaré « on a voulu faire un coup foireux à cette fille » Il faut aller sur le terrain, là où cela s’est passé pour comprendre que Ghofrane a été amenée à cet endroit pour y être lapidée.

Il n’y a eu aucun regret de la part des assassins. « On croyait que Ghofrane était une fille de riches » ont-ils dit. Pour eux ce fut un beau film d’horreur. Ils ont eu beaucoup de plaisir à faire ça. La lapidation de Gofrane a été reconnue par la Garde des Sceaux, Rachida Dati, qui m’a envoyé une lettre rendant hommage à ma fille. Moi, je dis qu’il ne faut pas avoir peur des mots, il ne faut pas avoir peur des sanctions. Le verdict de ce procès a été rendu au nom du peuple français, il concerne le peuple français.

Riposte Laïque : Quelle a été l’attitude du président de la République ?

Monia Haddaoui : Sarkozy est venu le 15 avril, deux jours après le procès des assassins de Ghofrane. C’était un dimanche. Je n’ai pas vu un président, j’ai vu un père. Il a été profondément troublé par les photos de Ghofrane. Il avait de la peine, un sentiment de profonde tristesse. Je lui ai dit que dans ce pays, on ne pouvait plus assumer un code pénal datant de 1945. Ce ne sont plus les mêmes personnes qui commettent les meurtres.

Aujourd’hui certains jeunes ont installé la barbarie, la loi du silence. Ils volent, ils agressent, ils tiennent les cités. Même la police n’a plus le droit d’y aller. Ces jeunes sont des caïds. Pendant mon drame, pendant cinq mois, j’ai fréquenté les rues et j’ai vu. Ce n’est pas comme ceux qui parlent des mineurs délinquants en restant assis sur leur chaise. Ceux qui sont contre cette loi des mineurs, je les invite à venir voir ce qui se passe dans la rue. Si avant ils arrachaient un sac avec un bras, à présent ils arrachent le sac, le bras, et ils arrachent le pied. J’appelle cela de la destruction humaine, de la méchanceté gratuite. Ils vous volent et ils vous détruisent en même temps. Mais si on dit trop fort ce qu’ils sont, on est accusé de racisme.

Riposte Laïque : Comment expliques-tu cette délinquance de plus en plus jeune et la formation de ces bandes qui imposent leurs lois, les actes de barbarie ?

Monia Haddaoui : Moi je pense que cela vient de la démission des parents qui ne s’autorisent plus à faire preuve d’autorité. Ils n’osent pas. Aujourd’hui, pour une gifle donnée à ton gamin tu risques la prison. Il y a des enfants qui n’ont plus de repères. Ils tombent dans la délinquance. Ils subissent l’influence des grands frères, de ceux qui leur donnent l’illusion d’être important. Certains enfants sont retirés de leur famille. Ils sont placés dans des foyers. Il y a des foyers qui fabriquent des assassins. Parfois il y a des délinquants qui sortent de prisons avec l’intention de recommencer et ils replongent pour des affaires plus graves. On ferme les yeux sur cela comme sur l’influence de certains imams des prisons qui sont des salafistes. Ils prêchent une religion qui n’est pas la mienne. Il faudrait que la société prenne mieux en charge ces petits délinquants à leur sortie de prison. Qu’ils puissent repartir à zéro, avec un encadrement, un travail, un logement.

Tout cela c’est la gauche qui l’a créé. La gauche a trop fait de social. Ils ont cassé la culture de l’effort, la culture du travail. Une société ne peut marcher que s’il y a des droits mais aussi des devoirs. Si on raconte qu’il n’y a que des droits, on en arrive à une société d’assistés. Il faut que les délinquants soient sortis de force de leur quartier, il faut les envoyer ailleurs. Il faut faire éclater les ghettos. Il faut empêcher certains imams de propager des discours de haine. Ils endoctrinent toute une jeunesse et n’ont rien à voir avec la vraie religion, celle qui enseigne la paix. Je suis musulmane même si je ne suis pas pratiquante et je dis que l’islam comme les autres religions ne dit pas qu’il faut faire le mal, qu’il faut tuer. Je ne comprends pas pourquoi certains musulmans n’aiment pas les juifs. Je peux affirmer que si des juifs m’ont aidée dans mon combat pour Ghofrane, très peu de musulmans l’ont fait.

Les assassins de ma fille, pour moi, ce sont des sortes de terroristes, ceux qui ont incendié le bus à Marseille et brûlé Mama Galledou sont de la même trempe, ils étaient des mineurs. Il faut ouvrir les yeux sur la gravité de la situation, considérer que ceux qui s’attaquent aux biens publics seront capables de faire pire. Moi, ces gamins, je les appelle des petits terroristes en puissance En tous les cas il faudrait que la justice les considère comme tels.

Riposte Laïque : Peux-tu nous dire quelques mots de l’association que tu as créée et qui porte le nom de « Ghofrane »

Monia Haddaoui : L’association « Ghofrane » est née pour défendre la mémoire de ma fille et pour que la justice reconnaisse la torture et l’acte de barbarie. A présent notre association se mobilise pour sensibiliser et aider les victimes. Nous intervenons dans les lycées, dans les collèges pour parler de la violence, du racket, de la délinquance, de cette violence au quotidien que les femmes et les jeunes filles subissent et que subissent tous les citoyens qui ne peuvent plus se promener tranquillement dans leur quartier ou dans leur ville. Nous voulons que la lapidation,encore si répandue dans les pays islamistes, soit considérée partout comme un crime contre l’humanité. Nous nous battons aussi contre l’obscurantisme et contre tous les extrémismes religieux. Nous ne comprenons pas que les responsables politiques ferment les yeux sur l’influence des imams intégristes, que j’appelle des « vampires », sur les jeunes musulmans. Comme d’autres associations, nous n’avons pas peur de dénoncer cette violence, nous n’avons pas peur des mots.

Comme je l’ai écrit dans mon livre, je dis qu’il faut défendre les grands principes fondateurs de la République avant qu’une jeunesse sans scrupule ne détruise la liberté, l’égalité et la fraternité. L’association « Ghofrane » a besoin de votre soutien, de vos encouragements, de vos dons.

Propos recueillis par Brigitte Bré Bayle

Pour accéder au site de l’association : [http://ghofrane.ifrance.com->http://ghofrane.ifrance.com]

Vendredi 21 septembre 2007, paru dans le numéro 4