2008, année européenne du dialogue interculturel ou année des « accommodements raisonnables » ?

Publié le 27 mai 2008 - par
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Il aura sans doute échappé à beaucoup de Français et à beaucoup d’Européens que cette année n’est seulement l’Année du Rat pour les Chinois (pauvres Chinois cette année était en principe l’année de la prospérité.. comme quoi horoscope et croyance ne sont plus ce qu’ils étaient) mais celle du dialogue interculturel en Europe. Cela fait des mois que des fonctionnaires se réunissent aux frais des contribuables pour réfléchir comment promouvoir cette noble cause.

Comme il est indiqué sur le site de l’année européenne (1), l’objectif de ces années est de faire évoluer les comportements et des mentalités. S’agit-il de faire en sorte que les peuples européens se connaissent mieux et laissent tomber les préjugés et stéréotypes bien répandus encore du style les Allemands ne mangent que des saucisses, les Ecossais sont radins, les Polonais boivent comme des trous…Que nenni !

Le dialogue interculturel au sens de la bien-pensance européenne est de faire en sorte que les peuples d’Europe comprennent mieux les immigrés, en priorité ceux du pourtour de la Méditerranée et encore plus ceux qui sont musulmans. Tel est l’objet essentiel de cette année bien que cela ne soit pas toujours affirmé aussi clairement..mais c’est clairement ce qui a fait l’objet des réunions de préparation.

En effet, la situation est grave et mérite que l’UE s’en préoccupe. Les Musulmans sont mal traités, discriminés, stigmatisés. Dans cette Europe chrétienne, les Musulmans n’ont pas encore la place qu’ils méritent. Les écoles ne servent pas encore de repas hallal (à quand une directive européenne ?), certains osent regarder d’un regard hostile les femmes voilées (fermées disent les Turcs ou bâchées sous entendu comme les 4/4), certains pays ou villes ont interdits la Burka ou le voile intégral, le calendrier chrétien et la fête et les sapins de Noël sont la manifestation d’une inégalité de traitement inacceptable. Il est donc impératif de remédier à cette situation intolérable.

Plus sérieusement ce qui ne manque pas de surprendre le citoyen lambda, c’est qu’il n’est jamais question de faire évoluer les mentalités de ceux qui sont venus s’installer en Europe. Non, ceux qui doivent changer de regard, accepter l’autre et la diversité, ce sont les habitants des pays d’accueil. Que ce soit en France ou dans le cadre des ces rencontres impulsées et financées par l’Union européenne, jamais il n’est question de prendre des initiatives dans le cadre de cette année du dialogue interculturel pour expliquer à ceux qui viennent et notamment ceux de culture musulmane pour qu’ils découvrent et comprennent, voire même apprécient la culture des nations européenne qui sont pourtant de vieilles nations avec de riches cultures et des valeurs respectables.

Pourtant de nombreux Etats européens ont, sous la pression des électeurs, beaucoup évolué sur cette question et ont commencé à le faire avec des moyens limités. En France, à l’initiative de Jacques Chirac et de François Fillon alors ministre du travail, a été instauré le contrat d’accueil et d’intégration qui affirme clairement que la France est un pays laïque et que le principe de l’égalité homme femmes est fondamental. Ces principes et le respect des valeurs ont même désormais valeur législative. Mais les moyens consacrés à l’accueil et à l’intégration sont ridiculement faibles au regard de ceux attribués à la HALDE.

Ainsi, les moyens consacrés aux formations civiques conçues pour transmettre les valeurs fondamentales et les principes de la vie en France sont encore notoirement insuffisants. D’ailleurs ces actions ne concernent que ceux qui arrivent et rien ou presque n’est fait pour ceux qui sont installés depuis des années. Le FASILD, désormais ACSé à qui cette mission incombait s’est toujours calé sur l’idéologie du respect et de la promotion des cultures d’origine, de la victimisation et de la lutte contre les dicriminations Et l’intégration ne semble pas, c’est le moins que l’on puisse dire, être la priorité de l’actuel ministre chargé de l’intégration.

Des pays comme l’Autriche, les Pays Bas le Danemark et même la Grande Bretagne ont adaptée des politiques volontaristes d’intégration beaucoup plus exigeantes que la France où toutes les formations sont dispensées gratuitement et où il n’y a aucun sanction prévue en cas de non respect du contrat. De même, en matière d’acquisition de la nationalité, des évolutions parallèles ont conduit à considérer comme normal d’exiger d’un étranger qui souhaite acquérir la nationalité d’un Etat, qu’il en maîtrise la langue et qu’il en respecte les valeurs.

Mais cette évolution assez rapide des politiques nationales plaît assez peu aux instances bureaucratiques de Bruxelles marquées par l’idéologie chrétienne démocrate. L’heure reste aux discours de tolérance, d’ouverture à la diversité. Et les initiatives comme cette année du dialogue interculturel vise à inciter, à promouvoir faute de pouvoir imposer une idéologie rejetée par les principaux pays membres –les politiques d’intégration ne relèvent pas encore de la compétence de l’UE.

Il serait pourtant enfin temps de promouvoir des initiatives pour que les immigrés et parmi eux les musulmans, comprennent et acceptent non seulement les valeurs fondamentales comme l’égalité hommes femmes, la laïcité, mais aussi plus largement le mode de vie et la culture des pays d’accueil.

Dans un récent numéro d’un gratuit bien pensant distribué à Paris (2) un article repris par Courrier international d’un journal turc Zaman « Un islam d’un nouveau style » vante les talents d’une jeune créateur turc Melih Kesmen qui a lancé la confection de tee-shirts portant l’inscription « I love my prophet Mohammed » Ces slogans , je cite, « le terrorisme n’a pas de religion », Partisan du Hijab… L’auteur de l’article explique que suite aux caricatures danoises, ce créateur moderne a trouvé le moyen de répandre le message de l’islam de façon moderne et esthétique.

On apprend qu’après des débuts dans le graffiti mural et quelques ennuis avec la police, il comprend que ses origines musulmanes lui interdisent désormais de peindre sur les murs sans l’autorisation des propriétaires. [il faut vite signaler cela à toutes les municipalités qui dépensent des fortunes pour nettoyer les façades, au moins ceux qui sont d’origine musulmane (?) ou musulman ne peuvent écrire sur les murs sans l’autorisation du propriétaire.. l’auteur de l’article ne trouve rien à redire au fait que visiblement la « loi » musulmane prime sur la loi allemande.]

C’est comme cela que ce jeune turc-allemand au lieu de réagir comme ses co relégionnaires violemment aux caricatures musulmanes cherche une réponse « à la fois nuancée et esthétique car « à son sens, l’islam est une religion modérée à bien des égards. » Donc dans son atelier de 6 personnes dont quatre portent le voile, il conçoit ses tee shirts.
Quand on lui demande s’il ne craint pas de choquer des occidentaux avec des messages tels que « hidjab, mon choix, mon droit, ma vie » ou Jésus était musulman » ( ?) il répond « Ceux qui disent que nous provoquons avec ces tee-shirts sont complètement ignorants de l’islam, soit bourrés de préjugés. Je considère Styleislam comme une expression moderne de l’identité musulmane. Nous pouvons arborer fièrement notre message sur nos poitrines ».

Ses messages sont actuellement écrits en anglais mais vont bientôt être déclinés en version française, espagnole et turque.

Cet extrait est un peu long, mais toutes les jeunes générations qui ont pratiqué l’analyse lexicale, comprendront combien les termes positifs et élogieux jalonnent cet article diffusé et relayé par la presse « bien comme il faut » . Ne faudrait – il pas expliquer à ce jeune turc que déjà les femmes musulmanes affichent leur religion de façon provocante et de plus en plus d’hommes portent une barbe ou des vêtements qui ne manquent pas de les identifier comme musulmans et que cela suffit aux habitants qui ne veulent pas savoir quelle est la religion de ceux qu’ils rencontrent Que la religion est du domaine privé et ne doit pas s’afficher. Que cette provocation si « tendance » fait le lit des futures guerres de religion.

L’année du dialogue interculturel n’aurait-elle pas quelques initiatives à promouvoir pour expliquer que si l’espace européen « connaît une grande diversité de modèles institutionnels de rapports entre États et Églises, une même « laïcité culturelle » y semble largement partagée. Croyants ou non, les Européens sont presque tous convaincus que le religieux et le politique ne doivent pas -dans leur intérêt- empiéter sur leurs champs respectifs : au politique l’espace public, au religieux la sphère privée. Le respect de cette distance a permis de pacifier durablement des rapports jadis souvent conflictuels. ». Jean-Pierre Willaime définit ainsi ce fonds européen commun : « neutralité confessionnelle de l’État et de la puissance publique, reconnaissance de la liberté religieuse (y compris la liberté de non-religion), reconnaissance de l’autonomie de la conscience individuelle (liberté personnelle de l’homme et de la femme par rapport à tous les pouvoirs religieux et philosophiques), réflexivité critique appliquée à tous les domaines (religion, politique, science…).

Ce n’est certes pas la laïcité française mais au niveau européen ce serait déjà une bonne base à faire comprendre et admettre à cela à des jeunes qui restent convaincus que la loi de Dieu est au dessus des lois des hommes. Il y a fort à faire. Mais il y a tout lieu de craindre que sous l’égide ce dialogue interculturel, on nous invite à saluer la modernité et la modération de ce jeune musulman

Autre exemple récemment vu à TF1 au journal de 20 heures samedi 23 mai. Il s’agissait d’un reportage sur des hôpitaux pratiquant de reconstruction d’hymen pour des jeunes filles maghrébines vivant en France. Le premier chirurgien d’un hôpital expliquait que s’il pratiquait cette reconstruction, c’était certes contre ces principes et qu’il discutait avec les jeunes filles mais que la pression familiale était trop forte et qu’elles ne pouvaient pas ne pas être vierge au moment du mariage. Je me souviens d’ailleurs avoir entendu Joëlle Kaufmann tenir le même discours : c’est triste, mais c’est pour leur rendre service. Un autre chirurgien avait moins de principe :il intervenait dans une clinique privée, l’intervention coûtait 2000 euros, et il en pratiquait pas mal. Et lui disait que cette opération permettait aux jeunes filles de se retrouver en harmonie, en accord avec leur corps.

Et que font l’Union européenne, l’ Acsé les pouvoirs publics pour faire évoluer les mentalités ? La plupart de ces jeunes filles sont nées en France, éduquées en France. Personne n’est là pour s’adresser à elles et à leurs parents pour leur faire comprendre, 40 ans après mai 68, que leur corps leur appartient. C’est réservé aux femmes occidentales? Allo ! la Halde ! c’est de la discrimination ! A aucun moment dans ce reportage la journaliste ou Claire Chazal n’a fait le moindre commentaire pour dire que ces pratiques d’un autre âge devraient être abandonnées.

En Suède, en Allemagne et plus rarement en France, les Turques et surtout les Kurdes n’hésitent pas à pratiquer ce qu’il est convenu d’appeler les crimes d’honneur mais que l’on pourrait tout aussi bien appeler les crimes d’horreur lorsqu’une jeune fille ose prétendre aimer quelqu’un en dehors de son clan. L’une d’elle a été assassinée la semaine dernière en Allemagne, par son frère ! N’est ce pas ces mentalités et ces comportements qu’il faut faire évoluer ?
On pourrait parler également des mariages forcés que les institutions scolaires, sociales ou judiciaires ont bien des réticences à condamner.

Talisma Naasreen dénonçait la semaine dernière lors de son passage en France et au cours d‘un entretien avec Jean Pierre Elkabach sur Eupe 1 non seulement la répression qu’elle subissait au Bangladesh et en Inde mais aussi la faiblesse, les atermoiements des pays européens qui sont prêts à céder aux exigences des musulmans puisqu’elle considère que si l’expression est différente entre les musulmans et les islamistes, il n’empêche que les principes sur les quels s’appuient les fondamentalistes notamment au regard des femmes sont contenus dans le Coran.

Au lieu d’aider les musulmans vivants en Europe à évoluer dans un cadre laïque et respectueux de la liberté d’expression, de la liberté de croire ou ne pas croire, de l’égalité homme femmes et du respect des femmes en tant qu’individu libre et non en tant que figure de la mère ou de la femme soumise, l’Union européenne va dépenser des millions d’euros pour l’organisation de colloques, séminaires pour assener des discours de propagande idéologique en déclinant les thèmes bien connus d’un islam est bon et tolérant, comme au temps de l’Andalousie et d’Avaroes, toute cette histoire revisitée et reconstruite servie dans toutes les publications officielles.

Alors si l’Europe veut se préoccuper de dialogue interculturel, elle devrait d’abord commencer par le commencement et apprendre à tous ceux qui viennent s’installer sur son territoire à respecter ses valeurs et en premier lieu la laïcité et l’égalité hommes femmes, ce qu’exige d’ailleurs de plus en plus d’Etat dans le peu de souveraineté qu’il leur reste comme la France, les Pays Bas et d’autres sous des formes diverses. Et découvrir, la démocratie, la liberté de penser, d’écrire, d’aimer qui on aime, de disposer de son corps, de croire ou de ne pas croire, tout cet héritage de la philosophie des lumières et des siècles qui ont suivi et qui leur est offert ! Quelle chance !

Gabrielle Desarbres

(1) http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=IP/05/1226&format=HTML&aged=0&language=FR&guiLanguage=en

http://www.interculturaldialogue2008.eu/en France

http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/index-2008.htm

(2) Direct matin mardi 20 mai 2008

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