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Sélection de quelques réactions

Nous avons pour tradition de retranscrire fidèlement une sélection de textes que nous recevons, à partir du moment où ils ne comportent ni insultes ni diffamations. Il va sans dire qu’il nous arrive d’être en désaccord avec certaines réactions de nos lecteurs, ce qui ne nous empêche pas de les porter à la connaissance de tous.
Bonjour à toute la rédaction
J’ai été particulièrement intéressée dernièrement par les articles de Maurice Vidal.
Dans un « C dans l’air » récent, dont le thème était « Le terreau du terrorisme », un des intervenants dont j’ai aujourd’hui oublié le nom, ex-grand maître du grand orient de France, bien connu des médias, a conclu l’émission par ces paroles « Il faut voir la vérité en face, les « choses » sont devant nous… elles sont à venir.. ». Cela rejoint ce que dit M Vidal « …le pire pourrait être devant nous…? ». Un autre intervenant, à propos du film Fitna, a qualifié le réalisateur Geert Wilders d’islamophobe déclaré. Un 3e intervenant en réponse à une question a énoncé que ce n’était pas quelques centaines d’islamistes qui allaient menacer l’identité française.
Je lisais, dans Le Monde, à propos de l’intégration éventuelle de la Turquie dans l’Union européenne, que l’Europe ne savait pas trop si la Turquie s’acheminait vers la démocratie ou vers une islamisation rampante..!
Les articles de Radu Stoenescu sont également particulièrement intéressants.
Merci à vous tous de dénoncer l’accusation de racistes envers des personnes qui défendent tout simplement leur identité, leurs droits acquis de longue lutte, les valeurs républicaines et laïques, comme Geert Wilders, Brigitte Bardot, et toute la minorité silencieuse qui ne peut se faire entendre. Ainsi que vous le dites si bien, beaucoup, ailleurs, regardent l’Occident car ce sont eux qui, en premier lieu, souffriront de nos faiblesses, de notre indifférence, de notre manque de clairvoyance.
Bien amicalement,
Aimée Toulgoat
Pourquoi l’Ufal ne fera rien sur Echirolles
Mon cher Cyrano,
Suite à ton édito dans le dernier numéro de Riposte Laique sur le problème de la conseillère municipale qui siège voilée au sein du Conseil Municipal, je me vois dans l’obligation de te donner des informations sur l’existence et l’activité de l’UFAL-Echirolles à ce sujet, par rapport à l’UFAL-38 et à l’UFAL en général.
L’UFAL-Echirolles n’a plus aucune activité depuis 1 an qu’a été écartée des responsabilités l’ancienne présidente Edith Levy, militante laïque exemplaire, laquelle t’a écrit je crois pour t’informer de cette situation.
En effet la nouvelle présidente, professeur de l’enseignement catholique privé et qui n’habite même pas Echirolles, a été parachutée à ce poste par le Secrétaire général de l’UFAL régionale, pour les raisons suivantes:
– La direction nationale de l’UFAL a organisé depuis septembre 2007 un virage à 180 de ses positions sur la laïcité.
Pour cela, la direction nationale de l’UFAL a imposé à ses adhérents, par un matraquage éhonté de ses médias, de septembre à décembre 2007, une théorie ridicule (apportée sur commande par une professeur de philosophie) sur la sphère privée qui autoriserait chacun à s’habiller comme il l’entend sur la voie publique et dans les établissements publics, ce qui est un véritable recul par rapport à toutes les dispositions mises en place dans notre pays depuis un siècle grâce à l’apport des valeurs de la laïcité. Cette philosophe a qualifié les militants de l’Ufal favorables à Riposte Laïque d’ultra-laïcistes.
Mais ce virage idéologique a également d’autres aspects, opportunistes. C’est notamment le cas d’Echirolles où le secrétaire général de l’Ufal régionale, Bernard Denis, veut se mettre bien avec l’équipe du Maire pour que l’UFAL-Rhône-Alpes obtienne la gestion de la prochaine maison de retraite voulue par la ville (j’ai participé à la première réunion l’année dernière puis j’en ai été écarté, car je suis catalogué comme trop intransigeant sur la question laïque).
Voilà pourquoi l’Ufal ne bougera pas sur l’affaire de la militante voilée d’Echirolles, alors qu’hier, elle se montrait si courageuse lors de la bataille pour une loi contre les signes religieux à l’école.
L’UFAL nationale, avec cette ligne, se trouve ainsi désormais en accord avec les islamistes turcs pour l’autorisation de porter le voile à l’université. Elle s’est de même retrouvée sur les positions de la LDH et du Mrap dans la condamnation de Fanny Truchelut.
Pour revenir à Echirolles, l’adhésion à l’UFAL locale d’enseignants du privé catholique (voire même d’une militante connue pour ses positions en faveur du port du voile islamique à l’école publique et de ses propos limites en faveur des attentats aveugles du Hamas), fait partie de cette opération d’infiltration de militants et d’adhérents hostiles à la laïcité, mais qui renforce la nouvelle politique de la direction de l’UFAL, dans le but évident d’écarter de toute responsabilité les militants authentiquement laïques de l’UFAL, notamment tous ceux qui ont signé la pétition « antiburka », dont j’ai fait partie avec Edith Levy.
Voilà pourquoi ils ont tenté de me débarquer de ma présidence de l’Ufal 38, suite à de grossières manœuvres totalement illégales.
Devant l’énormité de ces actes, le Préfet de l’Isère a procédé à quelques suspensions, en attendant les décisions du Tribunal de Grande Instance que j’ai saisi.
Cher Cyrano, on vit une époque formidable où la trahison est devenue normale et valorisée.
Hubert SAGE
Président de l’Ufal 38

Ufal d’Echirolles volatilisée
J’ai été présidente de l’UFAL Echirolles jusqu’au 31 mars 2007, date de la dernière assemblée générale et du renouvellement du bureau.
Depuis, malgré une relance de ma part, il n’y a pas eu la moindre activité. L’association est en état de « mort clinique ». Il en est de même, je le crains fort, de l’UFAL 38. Ainsi les anti-laïques et les « pseudo-laïques » prospèrent-ils allègrement.
Si l’on me donnait un démenti, j’en serais très étonnée, mais fort satisfaite.
Je suis passée hier, en voiture, devant la très belle mairie d’Echirolles: la toile représentant la République en marche, par Delacroix, tendue sur la façade, avait été déchirée. J’y vois tout un symbole.
Salutations amicales,
Edith Lévy
Ancienne Présidente de l’UFAL d’Echirolles

Lettre au directeur du Crédit Lyonnais
Monsieur,
J’ai déposé ce samedi 19 avril 08, un chèque dans votre agence du Credit Lyonnais « Alexandre Dumas » vers 11h.
Cette agence est équipé d’un sas d’entrée. Un agent de sécurité est placé à l’intérieur et surveille des arrivées.
Or il m’a demandé par des gestes au travers des portes, de retirer le petit bonnet en laine rose que je portais en sortant de la piscine avec les cheveux mouillés.
Je me suis exécutée, pour pouvoir entrer déposer mon chèque, et une fois entrée dans l’agence, je n’ai pas pu remettre mon bonnet, à l’intérieur, ce qui m’obligeait à exposer désagréablement mes cheveux humides et plats.
J’ai fait mon dépôt de chèque.
Et en sortant de l’agence, je croise une dame y entrait sans problème la tête voilée par un foulard islamique attaché sous le cou.
J’ai alors demandé au vigile qu’est ce qui justifiait que je doive me découvrir alors que cette dame passait sans problème, il m’a été répondu un définitif « ce n’est pas pareil » et fait référence à une affichette qui mentionnait « une difficulté d’identification » possible.
Etant donné que mon visage était largement visible, voire plus que celui de cette dame, le critère d’identification tombe et il ne reste que le signe religieux du voile.
Je vous demande donc par la présente des explications complémentaires sur les règles d’accès à votre agence avec un couvre chef dans le cas exposé. Si les critères sont ici religieux, la discrimination devient manifeste.
Je souligne que j’ai essayé d’appeler votre agence pour obtenir des explications de vive voix sur ce qui n’est peut être de l’ordre d’une mauvaise transmissions des règles de sécurité, mais qu’en votre absence la plateforme téléphonique n’a pas pu me passer un de vos collaborateurs.
Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’accepter mes salutations distinguées,
Axelle Vernet
Réponse à une lettre accusant Riposte Laïque de dérive
LETTRE DE BRIGITTE STORA
Vous n’êtes plus dans la dérive, mais dans le naufrage
Je ne savais pas que Caroline Fourest était devenue l’ennemie N¨1 de la laicité. Je crois que vous avez signé là ce qui ne s’appelle désormais plus une dérive mais un naufrage. Je ne veux plus recevoir votre newsletter
Brigitte Stora

REPONSE
Chère Brigitte,
Nous n’étions pas dans la dérive, pas plus que nous ne serions désormais dans le naufrage : si nous étions passés de la dérive au naufrage, comment pourrions-nous lutter contre la dérive et le naufrage de ceux qui sont les alliés – volontaires ou non – des islamistes ?
Pour ne pas risquer la dérive, et a fortiori le naufrage, il faut un point d’ancrage. Or, nous sommes à nous-mêmes ce point d’ancrage par la défense inconditionnelle de l’égalité homme /femme, de la laïcité et de la liberté d’expression. Cette inconditionnalité est la marque de toute riposte. Ne riposte que celui qui est attaqué. Et nous sommes attaqués ! Par qui donc ? Par celles et ceux qui justifient le port du voile islamique sur le territoire de la République, et par celles qui l’arborent. Car, n’en déplaise à tous les épris de tolérance, le voile islamique nie à lui seul, et d’un seul tenant, l’égalité homme/femme, la laïcité et la liberté d’expression.
Voilà pourquoi nous sommes en colère contre Caroline Fourest, car sa position dans l’affaire du Gîte vosgien conforte les islamistes : en reprochant à Fanny Truchelut d’avoir refusé que deux musulmanes voilées gardent leur voile dans les parties communes du gîte qu’elle tenait dans les Vosges – et qu’elle a dû vendre suite à ce dont nous parlons ! -, Caroline Fourest s’est rangée ipso facto du côté de celles et ceux qu’elle est censée combattre, et, in fine, leur a donné raison. C’est cela qui nous choque, et c’est cela que nous dénonçons.
Au fond, nous ne dénonçons jamais qu’une contradiction : que diriez-vous si, bien que je n’aie de cesse de combattre la peine capitale, je justifiais, dans tel ou tel cas, et au terme de je ne sais quelle arabesque théorique, telle ou telle exécution ? Ne trouveriez-vous pas cela étrange, pour ne pas dire scandaleux ?
Ce n’est pas l’arbre qu’il faut regarder, mais les fruits qu’il donne.
Bien à vous.
Maurice Vidal
Je suis en colère après l’article de Pierre Cassen sur le livre de Zemmour
En lisant la critique du dernier ouvrage de Eric Zemmour, personnage infréquentable à mes oreilles mais qui trouverait grâce aux vôtres, je ne puis manquer de m’indigner contre des relents « innocents » et banalisés de misogynie ordinaire.
Tout d’abord, vous minimisez l’horreur misogyne qui fait la matière de l’ouvrage « Le premier sexe » en écrivant simplement « Il s’est mis dernièrement beaucoup de féministes à dos, en publiant un essai très contesté,  » comme si « mettre les féministes à dos » pouvait rendre compte de l’ignominie des propos tenus dans cet ouvrage.
Ensuite, Pierre écrit sans sourciller : « Dans les années 1985, l’auteur a sympathisé avec un jeune cadre RPR, gaulliste, avec qui il partage le goût de la rhétorique, la passion de l’Histoire de France, et l’amour des femmes et de la vie facile. » Comme si partager « l’amour des femmes et la vie facile » était une locution pouvant être acceptable dans un journal qui se dit féministe. Nous savons trop bien que qui aime LES femmes n’en aime aucune et que qui aime les femmes ET la vie facile n’a aucun respect pour la moitié du ciel.
« Ce sont surtout les conclusions qu’il tire de toute cette action qui sont intéressantes » écrit Pierre et de citer la classe ouvrière. Quid du mouvement des femmes qui a obtenu pour nous, opprimées depuis des millénaires, encore opprimées comme des bêtes dans de nombreux pays, des avancées révolutionnaires ? Je n’en citerai que quelques unes : le droit à la contraception, à l’avortement, l’ouverture aux femmes de toutes les écoles et formations, la reconnaissance du viol et de l’inceste, la réforme du divorce, les droits des mères isolées, le droit à la recherche de paternité, l’obligation de pension alimentaire pour tous les enfants, droits identiques pour enfants « naturels » et enfants « légitimes », la loi sur la parité, les mesures prises en faveur d’une réelle égalité des salaires -même si elles ne sont pas appliquées encore !-, etc.
Je suis tout de même étonnée que, dans une lettre qui se dit « féministe », on puisse rendre des louanges à un ouvrage qui fait l’impasse sur des luttes et des avancées aussi réellement révolutionnaires !
Mais le clou de la critique de cet ouvrage par Pierre Cassen est ce paragraphe :
« Le deuxième échange se situe entre l’auteur et sa jeune maîtresse, journaliste bobo au Parisien Libéré. Fascinée par cette époque, elle lui demande de lui raconter le militantisme des années 80, vingt-cinq ans plus tard. Ce sont les meilleurs moments de l’ouvrage. L’auteur entreprend, avec cynisme et provocation, un véritable travail de démolition, féroce, souvent cynique et drôle, au grand dam de la jeune journaliste. Zemmour, dans ce livre, brise les tabous par dizaines, sans aucun complexe. On se demande d’ailleurs comment il n’a pris un procès, dans le contexte actuel ! »
Comme par hasard, le journaliste choisi pour faire valoir ce qu’il y a de plus méprisant dans son milieu : « sa jeune maitresse, journaliste bobo » avec laquelle, forcément en état de sujétion puisque plus jeune, bourgeoise et amoureuse, il peut laisser libre cours à son humour que les « vieilles guenons féministes mal baisées » comme moi trouvent sinistre, lamentable, stupide et inacceptable et que certains osent priser sous prétexte de ‘provocation ».
Non, Pierre, ce n’est pas de la « provocation », c’est du sexisme et de la misogynie pur jus et c’est être lâchement snob que ne pas le reconnaître, botter en touche ou en faire son miel.
Tu laisses entrevoir des aspects susceptibles d’être intéressants dans l’ouvrage de Zemmour mais des aspects ne suffisent pas à faire une oeuvre littéraire respectable.
Pierre, ton éloge de l’ouvrage de Zemmour et de son auteur est indigne de Riposte Laïque.
A. B.
C’est à cause de mai 68 et du relativisme culturel que le fascisme vert progresse
Cher ami, je réagis à votre édito du mardi 15 avril. Sur le « fond islamique », je suis en accord entier avec vous et vous soutiens sans réserve pour le combat juste que vous menez et qui est le nôtre, à chacun d’entre nous, à tout laïque véritable portant la liberté de penser à son niveau ajusté où, s’il doit le respect à la liberté de l’autre, il est en droit de l’exiger de l’« autre », pour lui-même. Ce qui signifie que tout prosélytisme religieux doit être banni. Car du prosélytisme au fanatisme les écarts sont souvent étonnamment réduits.
L’islam-isme est le Fascisme de ce siècle et il devra être combattu, avec la même « férocité » que les fanatiques musulmans cherchent à l’imposer à notre Occident, la « férocité » pouvant s’habiller de toutes les potions anesthésiques imaginables pour endormir les faibles d’esprits
Précisément, votre éditorial évoque Gandhi, symbole et apôtre de la non-violence. Il évoque aussi mai-68 à propos duquel j’ai écrit un article « non conforme », apportant un éclairage résolument nouveau à propos de cette époque dont les conséquences ont été catastrophiques sur le plan de l’Inconscient collectif en Occident. Vous évoquez, non sans angélisme, « l’année de tous les espoirs, […], nouveaux jalons entre générations, entre hommes et femmes […] des établissements d’éducation ».
Cyrano… de quelles contradictions vous entourez-vous à ce propos ? Voyons ! Mai 68 a insufflé l’empoisonnement fatal dans les cerveaux de nos citoyens et hommes politiques, celui du relativisme culturel (voir mon article). C’est à cause de ce relativisme que le fascisme vert s’exporte si docilement, celui de tous les déboires et faillites dans nos écoles. Echine courbée sous le fouet des imprécateurs fustigeant colonialisme et esclavagisme (dont Aimé Césaire a été le chantre encensé), nous voici voué à la génuflexion, sommé, à genoux, à une repentance qui se devait éternelle… Comment combattre l’islam, dans ces conditions ?
Cyrano… je suis un scientifique. Tout homme de science sait que l’Univers a ses lois propres et que l’homme qui en est issu en est forcément imprégné. La première de celle-ci est le CONFLIT. La deuxième est le REPÈRE pour y faire face. En raccourci, l’homme a besoin de repères culturels pour ne pas succomber au conflit engagé par le fanatique qui veut l’asservir. Le théâtre occidental que mai 68 a dressé n’est plus à inventer : multiculturalisme oblige, nous devons nous soumettre. A la violence de l’autre, anges déchus par nos forfaits, nous avons inventé le mythe de la non-violence pour que notre propre masochisme nous asservisse un peu plus chaque jour. Autant la non-violence est l’expression même de la noblesse de notre condition d’humain sur cette Terre, autant en faire un système nous réduit en servitude et bientôt en dhimmitude, autant le « système non violent » en fait une indignité. La non-violence s’exerce lorsque nous avons en face de nous une intelligence interlocutoire, capable d’écouter et d’accepter une logique autre que la sienne. Lorsque le fanatisme veut imposer sa loi, vous devriez savoir que la non-violence est devenue la charte du faible et du lâche. Cessons alors, je vous prie, d’encenser ce qui ne sert d’encensoir que dans la poésie. En dérision, d’ailleurs : le chantre de la non-violence est mort, assassiné : autant Gandhi que Martin Luther King, des hommes soumis à de féroces violences intérieures… refoulées au plus profond d’eux-mêmes, des hommes qui ont « fait un rêve ». Il est bon en ces temps de non moins féroces démythifications qui nous sont imposées, d’écouter non plus des rêves mais des oracles « à qui on ne la fait pas ».
W. Churchill s’adressant aux lâches capitulards français de Munich 1938, au cours de la deuxième guerre mondiale :
« Vous avez préféré le déshonneur à la guerre.
Vous avez eu et le déshonneur et la guerre.
Elie Barnavi s’adressant aux Européens : un israélien expert, ancien ambassadeur d’Israël en France dans les années 2000, terminant en 2006 son excellent petit ouvrage « Les religions meurtrières » (Flammarion « Café Voltaire ») par :
« […] Il y a la civilisation et il y a la barbarie, et entre les deux il n’y a point de dialogue possible » […] Il vous faudra réapprendre à faire la guerre […] il y va de la sauvegarde de vos valeurs, de vos libertés, de votre mode de vie. Bref, de l’avenir de vos enfants. Adieu ».
Arrêtons avec le mythe devenu scandaleux de la non-violence, à force de ne jamais avoir été compris. La violence est inscrite en l’homme, de par son héritage dans la longue lignée évolutionniste du monde. Le vernis de la civilisation chrétienne et des Lumières a pu faire diversion et donner le change : faire croire que le dialogue entre « bonnes » volontés marquait la fin de la violence. C’est faux. La démythification en cours nous en marquera au fer rouge… hélas ! C’est ainsi que la « Fitna » éliminera nos civilisations devenues indignes et qu’elle autodétruira ses propres fausses valeurs de la haine et du fanatisme religieux.
Bon combat, à vos côtés, mais n’oubliez pas ce que Gandhi ignorait : il ne suffit pas de réveiller un homme. Il faut « soi-même » s’Éveiller à la Conscience Universelle (qui va infiniment au-delà de la simple conscience psychologique ou de l’opinion, qui conduit au délayage culturel que vous avez, d’ailleurs, fort bien perçu et exprimé dans votre édito).
Johann Soulas
Nicolas Dupont-Aignan
J’avoue que, homme de gauche, je suis irrité à chaque fois que vous parlez de Nicolas Dupont-Aignan, qui, pour moi, est un homme de droite, et rien d’autre. Pour autant, je me suis obligé à approfondir mes recherches, et je dois vous dire ma grande perplexité. A ma grande surprise, je suis souvent en phase avec les propos qu’il tient, et je vous fais suivre son intervention après l’intervention télévisée de Sarkozy.
Merci à vous de m’avoir fait douter, et de m’ouvrir un peu les yeux.
Jacques Bontemps
http://www.blog.nicolasdupontaignan.fr/index.php/2008/04/24/216-reaction-suite-a-l-emission-en-direct-de-l-elysee
La politesse de tel ou tel maire a ses limites
Cher ami,
Il faut, en effet, être ferme avec ces comportements originaux par lesquels les gens concernés montrent qu’ils ont des oeuillères et cela n’est pas bon pour créer des relations sans a priori entre des laïques, membres d’un même conseil municipal.
Je souhaiterais que Rachida Dati fasse clairement le point sur ce sujet.
Solidairement,
Jean Revet
J’approuve votre conception de la laïcité
Ce message pour vous dire que j’approuve votre conception de la laïcité, et votre soutien à Mme Truchelu. Je souhaite recevoir votre journal. Merci et Salutations cordiales.
Michel Lafosse
Bravo pour votre édiorial
Claude Leroy
Contre l’islamisme, il faut un catholicisme fort
Bonjour,
Ce n’est pas en prônant la laïcité que vous ferez reculer l’Islam. Combat perdu d’avance…..
Dans l’Histoire, l’Islam a reculé seulement là où le catholicisme était fort. Notamment en Europe.
La France est un pays catholique. Ou vous sabotez par le laïcisme ses chances de vaincre l’Islam en mettant ce dernier au même rang que le christianisme. Ou vous promouvez utilement le christianisme.
A vous d’en tirer les conclusions.
Cordialement.
Smadndlc – Saint Michel Archange Défendez-nous dans les combats.
En quoi la kippa vous dérange-t-elle ?
Cher Cyrano,
Il y a quand même quelque chose qui me dérange dans certains articles de Riposte Laïque – notamment dans votre dernier éditorial: ce besoin récurrent d’évoquer la kippa comme pour en faire l’équivalent du « voile » islamique.
La kippa est-elle un symbole d’inégalité ou d’oppression ?
La kippa dissimule-t-elle une partie du visage ou de la silhouette de la personne ?
La kippa a-t-elle déjà posé un problème quelque part en France ?
Le judaïsme représente-t-il une menace contre la société française ?
On dirait qu’à l’instar de Caroline Fourest, avec son livre « Tirs croisés » que je n’ai pas lu mais dont la couverture, le titre et le sous-titre annoncent trop bien la couleur, les membres de Riposte Laïque ont besoin eux-mêmes de consommer régulièrement une certaine dose de ce « politiquement correct » qu’ils dénoncent par ailleurs.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la loi contre les signes religieux à l’école ne me paraît pas être une véritable victoire contre l’offensive islamiste: par certains côtés, c’est aussi une capitulation.
Puissiez-vous, vous et vos collègues, y réfléchir un peu.
Cordialement,
Marc Rozenbaum
Il faut soutenir Charles-Clément Boniface, « Père Samuel »
Charles-Clément Boniface, plus connu sous le nom de « Père Samuel », est un prêtre catholique belge d’origine araméenne. Né en Turquie orientale, il fait partie de ce peuple très ancien qui parle la langue de Jésus, l’araméen, et s’est converti au christianisme dès les origines. Rappelons aussi que le christianisme est apparu en Asie Mineure, l’actuelle Turquie, bien avant la naissance de l’islam : « Saint Nicolas » (270-350 APJC), par exemple, était évêque de la ville de Myre.
Confrontés à la domination musulmane dès le VIIe siècle, les Araméens qui sont restés chrétiens n’ont cessé d’être victimes de discriminations et de persécutions. Encore au début du XXe siècle, ils ont subi de la part des Turcs musulmans des massacres dans lesquels la famille du Père Samuel a vu mourir 42 de ses membres.
En plus de sa langue maternelle, l’araméen, Charles-Clément Boniface parle et lit couramment l’arabe littéraire – il est né et a vécu pendant 35 ans dans des pays musulmans – et étudie l’islam depuis plus de quarante ans. Ordonné prêtre catholique au Liban (1967), il s’est fixé pour mission, outre son rôle de pasteur de sa paroisse en Belgique, d’avertir les Européens sur les dangers de l’islam, car il pense que la présence de l’islam en Europe y entraînera les mêmes périls que ceux dont lui et sa famille ont été victimes dans leur terre ancestrale du Proche-Orient.
Ses discours et textes sur le contenu de la doctrine de l’islam sont des exposés très clairs, pédagogiques, et référencés. Vous pouvez les consulter sur son site : http://www.peresamuel.com ; et quelques-uns sur http://islam-connaissance.blogspot.com.
Comme les lecteurs de Riposte Laïque l’auront deviné, le Père Samuel, qui a réchappé aux persécutions des musulmans et qui a le courage, au point de risquer à nouveau sa vie, de parler de l’islam sans équivoque, se voit intenter un procès pour « racisme » devant la justice belge. Il devra ainsi comparaître devant le tribunal correctionnel de Charleroi (Belgique) les vendredis 16 mai, à 10 h 30 ; 30 mai, à 9 h et 13 juin, à 9 h.
Il peut paraître saugrenu d’appeler à soutenir un prêtre catholique sur une revue laïque, et même, avouons-le, carrément laïcarde. Mais les lecteurs de Riposte Laïque savent bien que ce n’est pas le moment de s’enfermer dans des « querelles de chapelle ». Or c’est exactement aussi l’avis du Père Samuel et je peux témoigner personnellement qu’il est spontanément tout à fait chaleureux envers la féministe athée laïcarde déclarée et impénitente que je suis.
Le Père Samuel est un prêtre catholique comme il ne doit plus en exister qu’en Asie mineure : « traditionnel » dans sa tenue vestimentaire, dans sa messe en latin, dans son point de vue conforme à celui du Vatican, sur la famille, la sexualité et l’homosexualité ; il se dit même guérisseur et, contrairement à certains abbés médiatiques, il affirme : « je suis vierge et pur et le resterai jusqu’à ma mort ». Mais il précise toujours qu’il accueille les homosexuels « sans faire de distinction », qu’il « préfère un franc-maçon humain à un évêque inhumain » et il aime rappeler, comme le dit l’évangile selon saint Jean (4, 22), que « le salut vient des juifs ».
À ceux qui lui reprochent ses propos sur les conséquences de la présence de musulmans en Europe, il explique que les évènements prouvent ses dires : « Est-ce que ce ne sont pas des jeunes musulmans nés et élevés ici en Europe, qui ont fait exploser des bombes en Angleterre (Londres, 2005) et en Espagne (Madrid, 2004) ? ». À ceux qui lui reprochent ses prétendues « incitations à la haine », il répond : « je ne hais que la haine », et toutes les litanies d’ « amour de Dieu pour les hommes » et « d’amour pour son prochain » de la Bible et des Évangiles… Concrètement il rappelle : « je n’ai jamais appelé à aucune violence envers les musulmans, jamais, jamais bien au contraire ».
Quand nos « intellectuels vigilants » d’une guerre ou deux de retard, font tellement dans leur pantalon qu’ils n’osent même pas ouvrir un coran ou un manuel de fiqh (droit musulman) de peur que ne leur échappe un jour un mot de travers sur l’islam, Charles-Clément Boniface, lui, n’a pas peur : il est prêt à « témoigner » fût-ce au prix de sa vie, afin de protéger « les petits enfants européens » contre le danger venu de l’islam.
Charles-Clément Boniface, s’il est prêtre, est aussi un homme, un homme droit ai-je envie d’ajouter. C’est pourquoi il faut le soutenir : ces 16, 30 mai et 13 juin, tous à Charleroi avec le Père Samuel !
Elisseievna
Ne faites pas une fixation sur le voile, il y a pire !
Bonjour,
Je viens de lire ceci dans votre éditorial :
« Nos ancêtres n’ont pas viré les curés de la vie politique française pour qu’on voit revenir les petites soldates de l’islam en uniforme dans les conseils municipaux ! »
Vous rigolez ? Vous croyez qu’il venait comment, à l’assemblée, le chanoine-député Kir (celui de l’apéro) ? En uniforme de para ?
Et le conseiller en éthique du CNES, dominicain à mi-temps ? Vous trouvez ça normal, ce genre de cumul ? Et l’enseignement privé confessionnel, etc., etc.
En fait, c’est la laïcité elle-même qui est toute relative, et c’est ça qui fait qu’elle est si facile à attaquer de tous côtés, y compris par ceux qui sont censés la défendre.
Quant au voile, ce n’est vraiment pas la peine de faire une fixation là-dessus. S’il n’y avait que ça…
Tenez, le compte-rendu d’un colloque d’industriels chrétiens :
« Les valeurs de la foi, un avantage compétitif ? » « Dans une délocalisation, je suis attentif à mon prochain. Mais le Roumain, le Turc et le Chinois ne sont-ils pas également mon prochain ? La réponse n’est jamais simple ».
« Dieu aime les bons ouvriers, Dieu aime ceux qui travaillent, où qu’ils travaillent. Le dirigeant chrétien est appelé à remplir son poste. Il doit se comprendre ni comme le père, ni comme le chef mais comme l’intendant, ce très beau mot du Nouveau Testament. Ce qui compte, c’est la fonction. Un dirigeant n’a pas le choix, il participe à l’intendance de la Terre ».
Dernières Nouvelles d’Alsace, 7 mai 2005
(« Le dirigeant chrétien est appelé à remplir son poste [par Dieu, évidemment] », à comparer par exemple avec ceci :
« Tout Führer est Führer, doit être Führer conformément à la forme prégnante de son être », Martin Heidegger)… Mais c’est encore une autre histoire…
Vous croyez vraiment qu’ils redeviennent laïques quand ils sont en fonction ?
Et leurs employés musulmans (ou autres) éventuels, vous ne croyez pas qu’ils s’en rendent compte, aussi ?
Il y a encore du chemin à faire jusqu’à la laïcité…
Salutations
Pierre Boriliens
Je vous sers la main à tous
Je suis votre site, je ferai une donation, croyez moi, un de ces jours! Je fais des donations ici et la (y compris a l’etranger -au fait je vis en Australie-, par exemple a Ezra Levant), je souhaiterais seulement avoir plus d’argent pour faire plus!).
Enfin, le sujet de cet email, c’est cela: N’y a t il pas une petition pour defendre notre Brigitte Bardot, nom de Dieu! Qui a des ennuis avec la justice parce qu’elle a commis un crime epouvantable, a savoir, dire LA VERITE! Que notre culture est menacee par l’inculture! La barbarie!
Pas que j’approuve ses rantings contre les homosexuels. Eux nous foutent la paix!
Bon, c’est tout!
Je vous serre bien la main a tous!
Michele Timmermans




Mieux connaître Riposte Laïque

LES CONFERENCES DE RIPOSTE LAIQUE POUR 2008
Les noms des intervenants ne sont pas limitatifs, d’autres thèmes sont possibles, et, en fonction des limites géographiques, certains d’entre nous peuvent développer un autre thème que celui indiqué ci-dessous. Pour info complémentaire, écrire à ripostelaique@orange.fr
Pierre Baracca : les Etats-Nations, remparts contre la mondialisation libérale
Jocelyn Bézecourt : Pour le droit à la critique des religions. Sarkozy et la laïcité.
Brigitte Bré Bayle : Laïcité, religions et femmes. Combattre le voile, symbole de l’oppression des femmes.
Pierre Cassen : Pourquoi une riposte laïque est aujourd’hui indispensable. La complémentarité du combat laïque et du combat social.
Fanny Truchelut et Pierre Cassen : Les enjeux laïques du procès du Gîte des Vosges.
Guylain Chevrier : L’islam d’aujourd’hui, un péril mortel pour la démocratie et la laïcité. L’Union européenne, contre la laïcité, la démocratie et la République. Immigration : la laïcité pour sortir de l’humanitarisme.
Gabrielle Desarbres : Que serait une politique républicaine de l’immigration ?
Pascal Hilout : L’islam est-il compatible avec la démocratie ? L’islamisme est-il vraiment une perversion de l’islam ?
Mireille Popelin : La sécurité, une valeur de gauche. La laïcité, un rempart contre le communautarisme.
Annie Sugier : Le long combat pour le droit à l’égalité des femmes dans le monde. Racisme et sexisme, une même discrimination ?
Christine Tasin : Défendre une école publique, laïque et républicaine.
Anne Zelensky : le féminisme, c’est surtout l’affaire des hommes. Le voile, mirage du désert masculin.
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Pascal Hilout était invité, sur France 24, en langue anglaise, à un débat sur l’Union méditerranéenne, ce lundi 28 avril.
http://www.france24.com/en/20080428-debate-union-mediterranean-nicolas-sarkozy-tunisia-visit&navi=DEBATS
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Mai 68 et les femmes, un moment de grâce

Dans le grand barnum commémoratif autour de mai 68, on évoque peu le rôle des femmes dans la « révolution », c’est ainsi que nous l’appelions. Qu’elles aient été présentes, c’est sûr. Aux côtés de leurs petits copains gauchistes. Dans l’ombre, le plus souvent. On mettait à bas les hiérarchies, l’autorité, les rôles… En paroles. Mais à la machine à café et à la ronéo, c’était toujours les mêmes : les filles. Sur le moment, elles ont encaissé. Dame, une si vieille habitude de servir ne se défait pas en un mois ! Mais deux ans après, on les a vu rappliquer au « MLF »,( appellation donnée par les médias à notre Mouvement des femmes, par analogie avec le Women’s Lib américain ), désabusées et demandeuses d’un mouvement bien à elles, où elles pourraient parler de leurs affaires et tirer des tracts pour leur cause…
Ce fameux MLF n’est en effet pas tombé du ciel en 1970. Comme tous les mouvements, il s’est forgé en amont, à la fin des années 60. Mai 68 a été l’aube qui l’annonçait, la brèche dans l’Histoire, par où, le féminisme a pu resurgir. Il en va ainsi presque toujours : il faut des occasions historiques exceptionnelles pour que la question des femmes, se fraie à nouveau un chemin. Et chaque fois sur la grève, une vague nouvelle dépose ses richesses. Celle des années 70 a inscrit le mot liberté sur le sable.
En 1966, une association féministe, loi 1901 était déposée. Elle avait pour nom « FMA » ( Féminin Masculin Avenir). Elle se voulait radicale et mixte. Petit coup de tonnerre dans le ciel bien-comme-il-faut des associations féminines d’alors, non mixtes et soucieuses de ne pas déranger trop l’ordre établi. Les fondatrices de FMA ? Deux jeunes femmes, l’une mariée à un norvégien, Jacqueline H., et l’autre, apprentie femme libre, en rupture délibérée avec les codes en cours, mariage-enfant-fidélité, Anne Z.
Ces deux là se sont retrouvées à partir de la lecture enthousiaste d’un livre « La condition de la française d’aujourd’hui » de Andrée Michel, paru en 1966. Elles se sont connues grâce à l’auteur, ont décidé de passer à l’action, malgré les sempiternels « Mais qu’est ce que vous voulez encore ? Vous avez tout obtenu ! ». Elles ont donc fondé F.M.A. Un manifeste vibrant a scellé la naissance de ce groupe et il y avait là déjà l’essentiel des proclamations du futur MLF, avec les hommes en plus. Car, Jacqueline et Anne pensaient que le féminisme était une affaire commune aux femmes et aux hommes. Comme l’histoire allait le prouver, elles étaient en avance. Le problème de FMA, était du côté du recrutement. Nos deux pionnières ne faisaient guère recette. Certes il y avait deux hommes adhérents, des copains enrôlés, mais à la présence virtuelle. Quand nous étions 4 aux AG, c’était Byzance !

Et voilà que mai est arrivé. Ce que j’attendais sans savoir que c’était ça. Anne c’était moi, vous l’aurez compris. Je me suis embarquée sans l’ombre d’un doute sur cette fabuleuse comète. Et je n’ai jamais débarqué. Je passais mon temps libre dans la cour de la Sorbonne, où je tenais un stand avec les manifestes de FMA. Jacqueline me rejoignait, quand elle pouvait, entre ses allers retours avec la Norvège, où vivaient mari et enfants. Nous regardions, ravies, le défilé des chevelus, les filles à robes bariolées, nous humions à plein nez cette atmosphère. Ah l’atmosphère de mai ! J’avais l’impression que le monde se dessérait, et qu’une familiarité inédite avec les autres rendait la vie légère…Il y avait quelques 15 jours que la révolution avait commencé. Mais l’ombre d’une déception planait sur notre enthousiasme…
« Tout de même, a dit l’une de nous deux, il n’y a pas grand chose sur les femmes. Rien sur les murs, pas de banderolle…Ca va pas encore recommencer. »
Après un silence, j’ai dit :
« Qu’est ce qu’on attend ? On n’a qu’à les écrire, les slogans… »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous avons cherché du papier, on nous a prêté des feutres. Nous avions en mémoire un petit stock de phrases sur les femmes, émises par de grands noms, Beauvoir, Fourier, Stuart Mill, Condorcet.. Il suffisait de les écrire et d’aller placarder nos banderolles dans les couloirs de la Sorbonne, sous le regard complaisant des passants.
Et nous revoila assises sur nos marches, satisfaites mais pas comblées.
« Ce qui manque c’est un grand débat.. On parle de tout sauf de la situation des femmes… »
« Et si on réservait un amphi »
Alors nous sommes montées au premier étage, là où dans une petite salle, se tenait un chevelu qui était préposé à l’affectation des amphi. Timidement nous avons fait remarquer que depuis 15 jours que la révolution avait commencé, il y avait comme une absente, la question des femmes…
« Ca c’est vrai, alors ! s’est il écrié. Vous avez raison. On n’y a pas pensé. Vous voulez un amphi ? Pour quand ? »
Nous avons bredouillé je ne sais quoi. Alors il nous a proposé pour le surlendemain l’amphi Descartes et nous a donné un petit bout de papier, que j’ai conservé, avec un tampon dessus. Le titre du meeting ? Nous en avons discuté avec lui, puis nous sommes tombés d’accord sur « Les femmes et la révolution » . Nous sommes ressorties de là, éberluées de la facilité avec laquelle les choses s’étaient faites. Quand on vous le disait : « Soyez réalistes , demandez l’impossible ! »
Le surlendemain, nous sommes arrivées en avance. Quand nous sommes entrées dans l’amphi Descartes, par le haut, le choc ! Immense, la salle . Comment allions nous la remplir ? Nous sommes descendues vers la chaire, tout en bas, le cœur en chamade. Nous avions préparé chacune une petite introduction, au cas où il y aurait du monde. Car nous pensions qu’il n’y aurait personne. Ce syndrôme courant chez tout organisateur était décuplé par le fait que notre thème, les femmes – version révolte – ne faisait plus recette depuis des décennies – on nous l’avait serine « nous avions tout, que voulions nous encore » ? Depuis « Le deuxième sexe », il ne s’était pas passé grand chose du côté d’une contestation de la condition dite féminine. Sauf aux USA, où un livre « La femme mystifiée » de Betty Friedan, commençait à faire un tabac.
Quarante après, vous avez dans le fameux feuilleton « Desperate housewives » le même scénario : le morne sort des gentilles femmes américaines qui ont renoncé à leurs diplômes pour se consacrer à leur famille et mourir d’ennui. La différence : « La femme mystifiée » était un livre qui engageait à la révolte, le feuilleton, lui, fait de gros sous avec une fiction grinçante. Signalons encore qu’aujourd’hui, 60% de femmes américaines sont des femmes au foyer.
Perdues donc au bas de cet amphi démesuré, nous n’en menions pas large. Et puis, une personne est entrée, suivie bientôt par d’autres. Peu à peu, la salle s’est remplie, remplie. Il y en avait partout, du monde, sur les gradins, sur les côtés. Ca parlait, ça riait, ça vivait. C’était notre premier débat. Ca tournait au meeting. Nous nous lancions des regards ravis avec Jacqueline. Il fallait y aller, se jeter à l’eau. Nous nous tenions la main sous la chaire, comme des petites filles qui se donnent du courage. J’ai commencé à parler, en tremblant. J’ai fait court. Jacqueline a pris la suite. Un silence a suivi. Puis les prises de parole ont fusé. Sur tous les sujets, la révolution sexuelle, l’orgasme, l’oppression des femmes, la contraception, l’avortement, l’homosexualité, et que sais je encore ! Sauf que de tout ça on ne parlait jamais en public ! On avait sorti sa langue de sa poche. Nous étions nettement débordées, incapables de distribuer une parole qui échappait à toute distribution.
Un jeune chevelu s’est proposé pour nous prêter main forte. Les jambes coupées par l’émotion, mais la joie au cœur, nous assistions à ce moment unique où se débridaient des paroles si longtemps contenues, où elles circulaient de l’un à l’autre, dégagées de cette bienséance mortifère qui nous condamnait sur ces choses là au silence.
Il a bien fallu se séparer. Il était déjà tard. Nous avions préparé un cahier sur la chaire, pour que s’y inscrivent les futurs adhérents de FMA. Jamais notre association ne devait connaître un tel succès. Les noms s’allongeaient sur le cahier. Par la suite, nous avons constitué des commissions sur les sujets abordés, où sont venus tous ces gens, et qui ont fonctionné jusqu’à la fin de l’année.
Nous avons organisé d’autres débats. Avec des personnalités, Gisèle Halimi, Evelyne Sullerot. Elles parlaient, le public écoutait. On reprenait le pli habituel, il y en a qui parlent, d’autres qui écoutent. Avec la différence, que nous veillions au grain, limitions la parole de l’experte et donnions l’avantage au public. N’empêche, rien à voir avec la spontanéité inventive du premier débat « Les femmes et la révolution ». On avait assisté là à un pur moment révolutionnaire, au sens premier, où les choses s’étaient remises à l’endroit dans un monde, où elles étaient à l’envers. Il y avait du mouvement, de la circulation d’idée, de générosité, d’enthousiasme. On avait entrevu ce que pourrait être un monde différent, libéré des carcans créés.
Pour moi, mai 68 est tout entier dans ce moment de grâce.
Qu’est devenu FMA ? Nous avons résisté au reflux. Au fil du temps, nous nous sommes retrouvés à six. Six fidèles. Quatre femmes, deux hommes. Pendant les deux ans qui ont suivi, nous nous sommes réunis régulièrement pour approfondir nos analyses sur tous les aspects de la sexualité, la libération des femmes, nous n’avons pas raté une occasion de nous exprimer publiquement sur des faits de société – l’affaire Gabrielle Russier – . Et surtout nous avons mis au point un questionnaire sur la libération sexuelle via les étudiants. Il a été distribué à la fac de Vincennes et nous avons eu beaucoup de retours.
C’était la première enquête de ce genre en France. Elle posait clairement la question de cette libération et de la place que les femmes pouvaient y prendre.
En 1970, en juin exactement, l’affluent FMA a rejoint le grand fleuve du MLF. Au prix d’une exclusion. Celle de nos deux hommes. Nous en avons été très attristé/es. De leur côté, ils allaient créer des groupes parallèles au MLF, des sortes de MLH ( mouvement de libération des hommes), où ils remettaient en cause ce qu’on avait fait d’eux, tant il est vrai qu’on ne naît pas plus homme que femme, mais qu’on le devient.
Mai 68 a été un creuset. Il a favorisé l’émergence des principaux mouvements contestataires de notre époque, sur la consommation, l’écologie, l’école, l’autorité. Mais l’héritage le plus visible, le plus « réussi », est du côté de la libération des femmes, qui marque dans l’histoire du XXe siècle un tournant dont on n’a pas encore mesuré les répercussions.
Quant à moi, depuis quarante ans, je n’ai jamais abandonné. J’ai eu la chance de naître au bon moment, de monter dans le char de l’Histoire et de trouver un axe à ma vie. Le féminisme m’a mené à tout, y compris à Riposte laïque. Je suis comme la papillonne attirée par les fleurs. Les belles fleurs de la pensée libre et de la révolte contre l’ordre des choses.
Anne Zelensky
Note : Si vous voulez en savoir plus sur le féminisme contemporain, lisez « Histoires du MLF » écrit en collaboration avec Annie Sugier en 1977- Calmann-Levy et le dernier « Histoire de vivre – Mémoires d ‘une féministe » 2005 – Calmann- Levy.




Je voulais réussir mes examens, pour ne pas être ouvrier toute ma vie

En mai 1968, je terminais ma licence de philosophie à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Montpellier. Le fils d’ouvrier que j’étais n’avait aucune formation politique, et ne pensait, du haut de ses vingt-deux ans, qu’à réussir à ses deux derniers certificats de licence, car le moindre échec eût signé mon arrêt de mort universitaire, mon père ne m’ayant permis d’entrer dans le supérieur qu’à la condition de ne jamais redoubler : « Je te préviens, petit – m’avait-il dit sur un ton péremptoire – : un seul échec, et c’est le manche ! ».
Eh oui : dans mon milieu familial, le sommet à atteindre était le Certificat d’Etudes, le Brevet apparaissant, d’entrée de jeu, comme le « toit du monde ». Sitôt, donc, que je parvins sur le « toit du monde », mes parents prirent la décision – on ne peut plus logique à leur yeux – de faire de moi un ouvrier. D’une part, en effet, je ne pouvais aller plus haut – puisque j’étais sur le « toit du monde » ! – ; d’autre part, il fallait, selon le maître mot de ma mère, « ramener des sous à la maison ».
Je crus néanmoins qu’un refus poli mais ferme de ma part suffirait à dissuader mes parents de poursuivre en cette voie. Je me trompais : un beau jour – si je puis dire – ma mère m’annonça avec soulagement qu’un ami de mon père m’avait trouvé une place dans un atelier, comme apprenti électricien.
Ma réaction fut immédiate : « M’man – criai-je dans une immense colère – t’as pas idée de ce que t’es en train de faire: si tu me sors de l’école, t’entends, je serai en première page du journal, car je foutrai le feu à l’atelier ! ».
Ma mère, toute retournée d’avoir compris d’un seul coup que je ne plaisantais point, raconta la scène à mon père – qui opta pour le compromis :
– « Ecoute, ma chérie, – glissa-t-il à ma mère – donnons-lui une chance ! Il ne travaille pas si mal que ça, ce petit, à l’école ; qu’il aille donc jusqu’au bac, puisque c’est ce qu’il veut. Après, on verra ! ».
– « Mais tu ne vas quand même pas croire qu’il aura le bac ? – rétorqua ma mère – : il n’y a jamais eu de bachelier à la maison ! ».
Par bonheur, mon père tint bon, si bien que sept ans plus tard, je vis de l’intérieur ce que pouvait être une faculté en ébullition : cours incertains, bousculés ou supprimés ; accès à la bibliothèque interdit ; salles de classe vidées de leur mobilier traditionnel au profit de lits de camp, de cafetières et de machines à ronéotyper ; couloirs encombrés de ce même mobilier, mais aussi de cocktails Molotov (!) stockés dans des caisses ; drapeaux rouges et pavillons noirs plantés dans les allées longeant les bâtiments ; façades bardées d’inscriptions politiques ; amphithéâtres rebaptisés aux noms des héros du communisme ou des chantres de l’anarchisme ; l’Internationale comme fond sonore, et des contestataires purs et durs montant la garde toute la nuit devant la fac, le fusil sur l’épaule !
Au nom de la Révolution, l’on vendait les œuvres de Trotski, de Lénine, de Mao, de Marx, du Che, ainsi que les discours de Castro ; au nom de la libération sexuelle, quelques étudiantes s’offraient plus qu’au soleil sur la pelouse du campus !
Le climat était joyeux, mais violent : des grenades offensives explosèrent sur les marches d’entrée de la fac ; des professeurs furent expulsés manu militari de l’amphithéâtre où ils officiaient ; des étudiants étaient menacés de coups s’ils prenaient le cours ; quant à ceux qui auraient voulu exprimer leur désaccord avec le « nouvel ordre », ils étaient mis hors jeu par les forces révolutionnaires. Dans les assemblées générales, les votes se faisaient à main levée, et celui qui détenait le micro détenait le Pouvoir.
Pendant ce temps, je voyais approcher la date des examens, et cela m’angoissait. Je ne pouvais pas étudier dans les trente mètres carrés de l’appartement familial – hall compris ! – où il n’y avait pas de livres et où la télévision marchait à forte puissance, surtout lorsque mon père – qui entendait difficilement – se passionnait pour telle ou telle émission. Je devais rester le plus longtemps possible à la fac pour avoir espace, silence et savoir, et la fac, non contente d’être fermée en tant que fac, c’est-à-dire en tant que lieu d’études, fermait aussi la majorité de ses salles et retentissait de slogans politiques décuplés par les haut-parleurs et les manifs à répétition.
J’étais d’autant plus à cran que je ne saisissais pas la portée de ce qui se passait. Je m’arrêtais à des contradictions factuelles, sans voir celles qui opposaient fondamentalement l’avenir au passé. Parmi les contestataires, certains se rendaient à la fac en voiture – et même en décapotable ou en voiture de sport ! -, et moi, qui ne contestais point, je m’y rendais sur un vieux vélo de femme, que m’avait donné la mère d’une amie. D’autres, tout aussi gauchisants, étaient vêtus avec élégance, et moi je portais le bleu de travail de mon père – ce qui, de façon cocasse, me faisait passer pour un maoïste, avec ma barbe noire, mes cheveux longs et ma casquette de prolétaire identique à celle qu’arborait le père Jean Cardonnel lors de ses voyages en République populaire de Chine !
Quand je demandais aux inconditionnels de la Révolution ce qu’ils cherchaient en agissant ainsi, ils me répondaient qu’ils voulaient changer le monde et chasser de Gaulle. Mais moi je n’éprouvais pas le besoin de changer le monde, et voulais, de ce fait, garder de Gaulle. J’avais beau savoir que seulement quatre pour cent de fils d’ouvriers accédaient à l’université, je n’attribuais pas cela à l’injustice sociale. Je condamnais la violence de certains étudiants – sans voir pour autant celle de l’ordre établi. Les contestataires auraient-ils eu raison qu’ils ne pouvaient qu’avoir tort par la façon d’avoir raison ! En un mot, j’étais contre le mouvement estudiantin.
Un soir, alors que je sortais d’une salle non occupée dans laquelle j’avais coutume de me réfugier pour travailler les auteurs du programme, je fus arrêté par trois trotskistes qui me demandèrent des comptes :
– « D’où viens-tu, camarade ? ».
– « D’une salle de cours ».
– « Mais il n’y a pas de cours à 20 h 30, camarade, ni même dans la journée ! ».
– « Oui, mais j’étais dans la salle pour réviser l’examen ».
– « C’est fini les examens, camarade ! Les examens, c’est des inventions bourgeoises, et la bourgeoisie appartient désormais au passé ! ».
– « Fadaises ! », répliquai-je.
– « De toute façon, tu ne t’en sortiras pas comme ça ! On sait ce que tu fais : on t’a repéré ! Tu as beau être habillé comme un prolo, tu ne participes pas à notre lutte ! Tu es un jaune ! ».
– « Chacun est libre d’adhérer ou non au mouvement, que je sache, ou encore de voter ou de ne pas voter la poursuite de la grève ! Et puis, on a le droit de s’habiller comme on veut : on est en Répu… ».
Coupant court à l’échange, l’un des deux autres inquisiteurs, qui, jusque-là, n’était pas intervenu, bondit vers moi et me lança, tout de go, cette phrase inouïe : « Tu veux qu’on te dise : tu es un bâton dans les roues de l’Histoire ! Quand la Révolution triomphera, on te pendra ! ».
Je ne répondis rien, remerciant simplement le ciel que la Révolution fût encore en marche, et m’éloignai au plus vite !

Quelques jours plus tard, j’appris que les examens étaient reportés en octobre. Ce fut pour moi la délivrance : le 14 juin, suite à un projet que je préparais depuis un an, je partis en auto-stop sur les routes de France et d’Europe – direction le cercle polaire, la Laponie et le Cap Nord – avec pour viatique un sac à dos prêté par un copain et 280 francs en poche. J’en revins le 17 juillet, avec quelques photographies et des souvenirs qui continuent d’illuminer ma vie. Le 22 octobre, j’obtenais ma licence de philosophie. Deux ans plus tard, je débutais comme maître auxiliaire à Montpellier.
Il faudra que j’atteigne la cinquantaine – je dis bien la cinquantaine ! – pour m’intéresser enfin à la vie politique, et l’orée de la soixantaine pour soutenir ouvertement, avec qui le veut – et peu importe contre qui – trois valeurs aujourd’hui menacées : l’égalité des sexes, la liberté d’expression et la laïcité.
Maurice Vidal




1968 : je fus traitée de mère indigne

Pour moi, issue d’un milieu plus que modeste, mon père ouvrier papetier, veuf à 33 ans , cinq filles, la dernière avait treize mois : ma mère n’a pas accepté le 6e enfant et comme ni la contraception , ni l’interruption de grossesse n’étaient autorisées, elle « se débrouilla  » et en mourut à 27 ans. Cela explique mon engagement dans la lutte pour la contraception et l’IVG, qui fut, cette lutte, sans concessions et sans faiblesse. Mon père, veuf avec ses cinq filles, j’étais la dernière, nous plaça (une sorte de DDASS de l’époque) dans des familles.
Ma cinquième « maison » fut une ferme, je gardais les vaches et j’étais employée aux travaux de la ferme, manquant fréquemment l’école. L’institutrice, grâces lui soient rendues ! avec ma reconnaissance infinie, ne lâchait pas la « grappe » à mon père, qu’elle trouvait au chef-lieu de canton et… au bistrot , le plus souvent, pour qu’il me retire de cette ferme. Mon père, ouvrier, rêvait de me laisser à vie dans cette ferme où je ferais sûrement un beau mariage avec » un riche paysan « . Ce sont les actions concertées et tenaces de l’institutrice et… du curé, qui ont convaincu mon père de me présenter à l’examen pour l’entrée en 6e. Ma réussite récompensera mon père, très fier. Et aussi l’institutrice qui demandait fréquemment de mes nouvelles. Ah ces « instits » laïques et républicains attachés à la réussite des fils et filles du peuple !
Mon père était confronté à la dure réalité de l’usine, il n’était « encarté » nulle part, mais il avait un solide bon sens et une certaine idée de la justice qui m’ont toujours impressionnée. S’il ne s’est pas laissé entraîner par les communistes du coin, il m’envoya en insistant beaucoup voir un film , billet vendu par un prof coco :
 » Si tu n’y comprends rien, ça fait rien, mets ton mouchoir dessus, ça pourra te servir plus tard « . En mission commandée, j’allai voir ce film soviétique, je n’y compris strictement RIEN. Mais la graine était plantée…
En 1968, à mon retour d’Algérie, je fus nommée à Amiens (après avoir demandé ma région natale , Grenoble). Les manifestations avaient lieu tous les jours, grève générale, le féminisme militant envahit les réunions syndicales, mais ma culture ouvrière et politique de gauche me dit que l’on n’irait pas loin, les ouvriers réticents à se joindre au mouvement. Et la suite m’a donné raison, gauchistes trotskystes mènent les manifestations et quand on voit ce qu’ils sont devenus, ces « révolutionnaires » ! Cohn Bendit et C°, ces gauchistes ont trouvé leur place… dans les conseils d’administration, aux « bonnes » places dans un système qu’ils disaient honnir ! Mais il y eut une réelle avancée sur le plan syndical, on ne peut le nier .
Une manifestation annoncée, j’y tenais. Hélas ! Pas de possibilité pour faire garder mon jeune fils (5 ans environ). Comment faire ? Je voulais absolument participer. je l’emmène avec moi.

Nous défilons devant les boutiques du centre d’Amiens. Un groupe de commerçants nous apostrophe  » Fainéants ! A Moscou !  » ça part très vite, une bagarre ! Les vitrines volent en éclats, nous sommes bousculés, un homme du service d’ordre attrappe mon fils sous le bras et me pousse  » M’enfin ! venir ici avec un « tchiot comme cha, vous êtes complètement à la masse ! Bon dieu !  » Et il nous pousse dans une rue adjacente, non sans avoir pris un « pain  » au passage , mais il ne répond pas, occupé à nous mettre en sécurité.
Affolée, culpabilisée, presque honteuse, je rassure mon fils, indemne évidemment et qui, plus tard jouera les matamores  » Y a des méchants qui nous ont attaqués ! Même pas peur  » Quant au « sauveur » il est retourné dans la bagarre, sans doute pour rendre le « pain » qu’il avait pris .
Mon fils, heureusement n’a pas été traumatisé par sa première manif, il a mené d’autres combats et manifesté, comme sa mère !
Depuis, mes combats ont continué : je me suis rendu compte que le cadre de la République était celui qu’il me fallait, et qu’elle me permettait de mener mes combats pour une République démocratique, laïque et sociale. Il y a de quoi faire !
Les acquis du Conseil national de la Résistance sont dans la ligne de mire du gouvernement actuel, le plus libéral que nous ayons connu. La laïcité est attaquée comme jamais et je ne vois pas les bataillons de « résistants » qu’il faudrait pour répondre à cette attaque .
Vous dirais-je mon étonnement ? Un quart des insultes, attaques de Sarkozy eut mis dans la rue un million d’enseignants, de citoyens, toute cette France que j’aime (on l’a vue cette France en 1995). Sans doute, cette France prépare-t-elle son réveil ? Sa riposte ? Laïque bien sûr. Moi, je suis prête, et vous ?
Mireille Popelin




1968-2008 : du saucisson-coca à Cyrano-Voltaire

J’avais treize ans en mai 68. Je me souviens de longues vacances passées à manger de la rosette accompagnée de coca-cola chez ma copine la fille du charcutier, en regardant défiler sous ses fenêtres des gens qui criaient et que je traitais de connards.
En 1968, à treize ans, on n’a pas de conscience politique, on n’a même pas le droit de réfléchir aux problèmes des grandes personnes. On suit donc, aveuglément, le discours que l’on entend à la maison.
Façon de dire : de maison, je n’en ai pas. Je viens de quitter ma chambre dans l’appartement HLM de mes grands-parents pour rejoindre ma mère qui a quitté cinq ans auparavant son statut de femme de ménage courant le cachet pour devenir la gouvernante à plein temps d’un petit bourgeois de province, veuf, qui vient enfin d’accepter que je vienne vivre avec ma mère dans sa « chambre de fonction « .
Ma mère « a fauté », elle m’a eue avec un des fils de la maison bourgeoise où elle avait été placée comme bonne à tout faire, à Paris. Mes camarades d’école la traitent de pute. Je les attends à la sortie pour leur mettre la main sur la figure et me sauver à toute vitesse, car je suis plutôt rachitique et je ne fais pas le poids.
Pendant cinq ans, j’ai vu ma mère le jeudi après-midi et le dimanche après-midi. Les autres, les bourgeois, avaient besoin d’elle pour servir à table, pour faire la vaisselle, même le soir de Noël.
En vacances, on partait avec eux dans leur maison de Bretagne et elle payait ma nourriture en travaillant pour eux, en se passant de vacances, pour que je sois « au bon air ».
Le petit-fils de la famille me chassait de la terrasse en me rappelant que je n’étais »que la fille de la bonne ».
Le fils, notable de quarante ans, m’attirait dans les coins sous prétexte de me donner une pièce ou un billet et essayait de m’embrasser. Il n’y est jamais parvenu, mais je n’ai jamais rien dit, à personne. On ne critique pas les patrons ??? Sans doute. 5 francs c’est un livre et c’est bon à prendre ? Peut-être. Je suis incapable, aujourd’hui, d’expliquer mon silence. Je crois que, comme les violées de l’époque (et encore aujourd’hui ), j’avais honte, honte d’être une fille, honte d’attirer le désir, honte à l’idée de remettre en question les équilibres sociaux en disant du mal du patron et puis, peut-être que je croyais qu’il en avait le droit ??? .
Parce que la société, en 1968, c’est ça, tout simplement. Beaucoup de puissance, des parents, des patrons, de l’institution, de la société tout entière. Et l’interdiction de remettre quoi que ce soit en question.
Donc, tout à fait logiquement, devant ces ouvriers qui font grève, je répète, perroquet docile, ce que tout le monde, dans mon entourage, dit :  » C’est une honte de contester, c’est dangereux de vouloir changer le monde ; les rouges, ces sauvages veulent prendre le pouvoir, ils vont égorger les honnêtes gens ». Le paradoxe, c’est que non seulement les employeurs de ma mère le disent, mais ma famille elle-même est tétanisée de peur et se répand en malédictions contre ceux qui amènent le désordre.  » Et s’il n’y avait plus de travail après ça ??? Et les patrons il faut bien qu’ils vivent, ils ne peuvent pas trop payer leurs ouvriers, et puis on ne peut pas demander à un patron de travailler comme un ouvrier. » On a une conscience de classe, dans le bas peuple. Elle est profondément ancrée. Et on est des gens droits.
Je ne comprends rien à rien mais, en silence, je cultive ma haine de ces gens qui, parce qu’ils avaient de l’argent, pouvaient priver une petite fille de sa mère, pouvaient faire travailler celle-ci comme une damnée (ah! le linge sale de 4 personnes déversé dans la baignoire, chaque dimanche, par « la fille du patron » en visite hebdomadaire, pour que ma mère le lave à la main …), pour un salaire de misère qui lui permet, actuellement, de percevoir glorieusement 650 euros de minimum vieillesse…Et, finalement, ce que mai 68 m’a apporté, je ne l’ai perçu que peu à peu, dans l’air ambiant, et ne l’ai compris que beaucoup plus tard : la disparition des préjugés, le droit de dire « non » aux parents, aux patrons et aux hommes politiques, la fin de l’emprise de l’église avec la disparition du culte de la virginité, la révolution sexuelle, la fin des tabous : notamment la disparition de l’injure suprême « bâtarde » et une révolte absolue à l’égard des hommes, des religions et des civilisations qui oppriment les femmes, qui les empêchent de naître au monde. C’est ce qui explique mon engagement laïque et républicain actuel.

La suite, c’est le hasard, la découverte de Brel et Brassens. Un traumatisme. Une révélation. Je rencontrais des gens qui osaient dire, qui osaient chanter publiquement ce que je ressentais sans pouvoir même me le formuler clairement : « Chez ces gens-là »; « La mauvaise réputation » … Et puis une année de philosophie qui me fait naître à nouveau, avec un professeur extraordinaire. Descartes. Freud. Marx. Je découvre la pensée. Je découvre des explications du monde qui viennent conforter ce que la littérature que je dévore (la seule façon de survivre quand on hait son enfance) m’a fait pressentir : le monde est d’un richesse inouïe et il faut toujours chercher à le comprendre, à le remettre en cause pour se sentir heureux.
Je ne changerai jamais d’avis. Mariée à 18 ans, mère à 19, je m’obstine à suivre mes études de lettres classiques qui me donnent le monde … et le bonheur. Je commence à enseigner, un 2° , puis un 3° enfant … puis un divorce. Pas le temps de s’intéresser au monde, pas le temps de s’intéresser à la politique. Je suis de gauche, viscéralement, parce que mon enfance. Parce que ma révolte. Parce que mes lectures. Alors je crois au parti socialiste, j’admire Mitterrand, sa culture, sa faconde, sa science de l’argumentation, un tel homme doit forcément avoir raison. Je vote même oui à Maastricht. Sans comprendre vraiment.
Et puis, j’ai grandi, j’ai divorcé, j’ai rencontré des intellectuels engagés, j’ai pris des distances avec ma mère, j’ai continué à lire et j’ai accouché de ce que je suis actuellement. Quelqu’un qui, un beau jour, et tardivement, en a eu assez de râler vainement à côté de sa radio et qui s’est dit que seul l’engagement politique pouvait changer les choses. Je suis entrée en 94 au Parti Socialiste, je l’ai quitté en 99 ou 2000, folle de rage devant les trahisons de Jospin et les réformes d’Allègre.
Hélas, en effet, mai 68 ne s’est pas arrêté au changement d’état d’esprit. Mai 68 a cru qu’il fallait changer le système éducatif pour donner plus de chances aux élèves des classes populaires. Le résultat actuel est sidérant : la plupart des élèves détestent l’école ou s’y ennuient, l’ascenseur social ne fonctionne plus.
Parce que, figurez-vous qu’en 68, il fonctionnait très bien … si l’on faisait les efforts nécessaires ! Il n’y avait pas de livres chez moi, pas de musique, personne capable de m’aider à faire mes devoirs et pourtant je me suis retrouvée en 6° classique, la filière d’excellence (où l’on faisait du latin), parce que j’étais « bonne en français », simplement. Les autres, plus scientifiques, étaient dans la « moderne » et le reste, en « transition » attendaient d’avoir 14 ans pour commencer à travailler.
On a tout écrit là-dessus, la ségrégation, le pourrissoir, la reproduction à l’infini … Vous croyez qu’on fait mieux en obligeant ceux qui veulent profiter de l’école à cohabiter avec ceux qui la vomissent et l’empêchent de fonctionner ??? Là-dessus les pédagos fous, les parents fous, les enseignants fous se sont mis à vomir des théories fumeuses, à considérer que l’enfant (et non le savoir) doit être au centre du système éducatif, que tout se vaut, que le but de l’école c’est de faire plaisir aux enfants, que les professeurs qui veulent qu’on les écoute et qu’on travaille sont des sadiques et des psycho-rigides.
Halte-là. Et halte-là aussi avec le discours de l’extrême gauche comme du Parti Socialiste, proche des mouvements pédagogiques et des courants libertaires qui nous mènent à notre fin. C’est, paradoxalement, parce que j’adore mon métier, parce que je considère que l’école détient la clé du bonheur de l’homme et de la construction de la société, parce que je crois que rien ne peut se faire si, comme les anciens Romains et Grecs, on ne met pas nos énergies au service du bien commun, en refusant les intérêts individuels et les communautarismes que je suis devenue républicaine et que je milite à présent au Mouvement Républicain et Citoyen.
Mais, surtout, c’est parce que les livres m’ont faite, parce que les livres m’ont enseigné la révolte et le pouvoir incomparable des mots, notamment le Cyrano de Bergerac d’E. Rostand, lu à quinze ans, qui m’a été une révélation, que, comme lui, je refuse les empêcheurs de penser en rond, que je me veux et me voudrai, jusqu’au bout, un esprit libre, qui échappe aux chapelles, aux dogmes, aux statut sociaux et aux catégories. C’est pour cela que, quoi qu’en pensent les pisse-froid et les timorés, je continuerai de me livrer au plaisir d’écrire, sur mon blog ou à « Riposte », pour communiquer sans hypocrisie ni langue de bois sur le monde, pour dialoguer avec d’autres esprits libres ; pour peser (au moins essayer), à mon infime niveau, sur le cours des choses et, peut-être, aussi, pour rendre au monde ce que mon éducation, mon itinéraire, mes rencontres m’ont apporté : une façon de pensée, une façon d’être, une croyance en l’homme. Celui des Lumières.
Christine Tasin
http://christinetasin.over-blog.fr




J'ai découvert tardivement que j'aimais "Ma France"

En mai 1968, je viens d’avoir quinze ans, et je suis en première année d’apprentissage du métier de typographe, à Colombes. Je veux en effet travailler au plus vite, pour avoir mon indépendance économique. Je suis reconnaissant à mes parents de l’avoir compris. Personne dans ma famille n’a d’engagement politique. Je passe donc totalement à côté de ces événements. Je ne suis pas mécontent de rester chez moi le dernier trimestre, et de faire des parties de football avec mes copains. Mais quand je reprends l’école, je découvre que ce n’est plus comme avant, on nous parle d’auto-discipline, et l’autorité des enseignants est fréquemment contestée. Grande conquête de mai 68, on nous installe des bancs dans la cour, et on a le droit de fumer. Un trotskiste, qui deviendra chef du service d’ordre de l’OCI, organise même une grève parce que la nourriture de la cantine n’est pas bonne. Entre nous, je crois que le premier qui se serait mis sur un banc pour haranguer les élèves aurait obtenu un débrayage, quelle que soit la raison.
Au travail à dix-sept ans, j’ai alors une angoisse : je n’ai pas envie d’aller à l’armée, je ne veux pas perdre une année de salaire, et me faire couper à ras mes beaux cheveux mi-longs. Ce sont des engueulades à n’en plus finir avec mon père, très attaché à la défense du pays (il a connu l’occupation allemande), pour qui ce serait un déshonneur que son fils ne serve pas la France.
Mon long problème avec le bleu blanc rouge et la République vient de là. Pendant une année (car je fais partie des pigeons qui n’ont pas réussi à se faire réformer), ma haine contre l’armée, contre l’uniforme, ne fait que croître. J’identifie tout cela à « Ma France », que contrairement à Jean Ferrat, je n’arrive pas à aimer.

De retour dans la vie civile, c’est l’époque de mes premiers engagements politiques. J’aime bien le PCF, et son secrétaire, Georges Marchais, pour sa grande gueule. J’ai l’impression, quand je l’entends à la télévision, qu’il rosse les bourgeois, et cela me convient. Pour moi, le monde est simple. Il y a les patrons, soutenus par la droite, le Parti socialiste, les gauchistes. En face, le Parti communiste est le seul à défendre les travailleurs.
Ma rencontre avec les trotskistes de la LCR sera fatale à cette vision simpliste du monde. Je suis fasciné par le dynamisme de leurs cortèges, la qualité de leurs mots d’ordre (nous sommes en 1979), et la culture politique de leurs adhérents, moi qui, à l’époque, n’en ai aucune.
Je me laisse donc facilement convaincre qu’en cas de victoire de la gauche, on aura une situation révolutionnaire, comme en 1936, parce que les réformistes ne seront pas capables de répondre aux aspirations du peuple, qu’ils trahiront forcément. Donc, mai 68 était forcément une répétition générale, avant l’inévitable crise révolutionnaire.
La gauche gagne, en 1981. Je vis alors dans l’attente d’un nouveau mai 68. Je voudrais enfin vivre ce que j’ai raté. Je suis de toutes les manifestations de la LCR. Des qu’une grève éclate, dans l’automobile, par exemple, nous sommes convaincus qu’elle est le signe annonciateur d’un affrontement général, et nous soufflons sur les braises pour durcir tous les conflits.
Nous y croyons, nous sommes armés du meilleur programme, nous sommes anti-capitalistes, anti-staliniens, et anti-fascistes, qui dit mieux ?
Mais le chômage augmente, la gauche bloque nos salaires, et les masses ne se tournent pas pour autant vers l’avant-garde éclairée qui leur tend les bras. Certes, elles abandonnent de plus en plus le PCF, mais pour se tourner vers le Front national !
Devenu délégué syndical du Livre CGT en presse, je pratique une politique réformiste dans mon milieu professionnel, tout en continuant à prôner l’affrontement classe contre classe ailleurs. La contradiction ne me paraît pas assumable plus longtemps, et je quitte mes camarades de la LCR en bons termes, mais en tournant une page.
En 1984, les manifestations de droite pour l’école « libre » m’exaspèrent. Voir les curés dans la rue me fait sortir de mes gonds. Il m’arrive, pendant quelques nuits, avec mon amie, bombes de peinture à la main, de recouvrir de slogans laïques les écoles privées catholiques de mon département. Cela fait du bien !
En 1989, je ne supporte pas la position de la gauche sur l’affaire du voile, à Creil. Je sens intuitivement qu’il y a là une grosse bêtise, mais mes priorités sont ailleurs.
Je me rends compte d’une grosse contradiction chez moi. Mon passage à l’armée m’a fait assimiler la Nation à une espèce de dictature militaire, incarnée par des crétins galonnés. Mais en même temps, passionné de football, et de sport en général, je laisse éclater ma joie quand l’équipe de France gagne des matches importants, en coupe du Monde, tout en disant par ailleurs que les prolétaires n’ont pas de patrie.
Je me lance ensuite dans le combat contre le Front national. Mais je suis, à l’époque, interpellé par les textes de Pierre-André Taguieff, qui démontre que le discours différentialiste de SOS Racisme fait le jeu du parti de Jean-Marie Le Pen, qui s’oppose à l’intégration, comme les communautaristes. C’est chez moi une remise en cause de tout le discours du « droit à la différence » que j’avais intégré, chez les trotskistes, notamment. C’est la première fois qu’un discours républicain me séduit.
En 1998, la France est championne du monde de football. Je suis sur les Champs-Elysées, et je vois les drapeaux tricolores sortis par dizaines de milliers. Tout le monde se tombe dans les bras, et je sens toute une fierté d’être français, que j’ai voulu nier toute ma vie. Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec les gauchistes (dont je fus) qui insultaient le premier drapeau bleu blanc rouge qui apparaissait, et sifflaient systématiquement « La Marseillaise ». Quel décalage avec le vrai peuple !
Pour moi qui me suis engagé contre le Front national depuis des années, le 21 avril aurait dû constituer un coup de tonnerre. Certes, il m’ébranle, mais je n’arrive pas à avoir peur. Je me refuse à voter Chirac, et plus le déchaînement médiatique est important, moins j’ai envie de le faire.
Le 1er mai 2002, dans les Yvelines, je suis malgré tout à la sono d’une manifestation contre le « danger fasciste ». Je comprends toute la schizophrénie de ma situation. Je ne vais pas voter Chirac, et je manifeste contre un Front national dont les militants se terrent ! Mais, alors que je tiens le micro, et lance des slogans repris par les manifestants, un grand gaillard d’Afrique noire vient me voir, et me dit : « Monsieur, il faut chanter la Marseillaise ». La tuile ! Je chante horriblement faux, et la dernière fois qu’on a essayé de me la faire chanter, c’était le jour de mon certificat d’études. Un massacre ! Je m’en sors en lui passant le micro. Et là, j’entends cet homme lancer à pleins poumons « La Marseillaise », et la faire reprendre par la foule. J’en ai la chair de poule, les larmes aux yeux, et je comprends alors qu’il est temps de me remettre en cause sur cette question, de me pencher sérieusement sur l’affaire de la Nation et de la République, et sortir définitivement de mes clichés passés.
Quand j’entends, à la télévision, les militants de l’UOIF, au Bourget, à Pâques 2003, siffler Sarkozy pendant plusieurs minutes parce qu’il a demandé aux femmes de retirer leur voile lors d’une photo d’identité, c’est pour moi un déclic. J’en ai plus que marre de nos reculs successifs devant ceux que j’appelle sans complexe les fascistes islamistes.
Invité à un débat par le Mouvement des Jeunes Socialistes du 78, je me retrouve à une tribune avec une militante voilée de l’UOIF, qui passe fréquemment sur les plateaux de télévision, Khadija Marfouk, qui se prétend ingénieur, et se dit privée d’emploi à cause de son voile. Il y a dans la salle cinquante personnes, dont une quinzaine de supporters de mon adversaire. Pendant plus de quatre heures de débat, la tension est extrême. Mes opposants sont presque tous universitaires, et ont un discours très rodé, basé sur notre culpabilité, leur victimisation, et amalgament laïcité et racisme. Cela me décide définitivement d’investir mon énergie militante dans une loi contre les signes religieux à l’école.
Je constate les clivages que cela cause, chez quelques-uns de mes amis, qui ne me comprennent plus, et me reprochent de contribuer à diviser la gauche, et de faire le jeu de Chirac. Mais je n’ai aucun doute sur la nécessité de mener ce combat.
J’adhère à l’Ufal, puis au journal Respublica.
Je découvre alors une culture républicaine, laïque et féministe, qui tourne parfois le dos à ce que j’ai défendu jadis. J’ai la chance de savoir animer des réunions, et j’en fais profiter la cause. Je lis, et je cotoie, des militants dont j’essaie de prendre le meilleur : Anne Zelensky, Annie Sugier, Caroline Fourest, Fiammetta Venner, Fadela Amara, Mohamed Abdi, Mimouna Hadjam, Nadia Amiri, Corinne Lepage, Yvette Roudy, Michèle Vianès, Mohamed Sifaoui, Henri Pena Ruiz, des enseignants de province comme Jean-Claude Santana ou Martine Ruppé, Kebir Jbil, Simon Blumental, Chahla Chafik, la direction de l’Ufal, Jean-Paul Scot, et bien d’autres, dont l’ossature de l’équipe actuelle de Riposte Laïque.
Je m’investis à fond dans la campagne pour le non au TCE, en 2005, mettant en avant la question laïque, la question sociale, et l’Union européenne. Cela passe très bien dans les réunions publiques.
Des divergences apparaissent, dans notre équipe, sur la notion de républicains des deux rives et la perception du danger de l’islam politique. Je n’ai plus de temps à perdre avec quelques personnes incapables de débattre sans manier l’insulte et l’amalgame. Avec quelques amis, nous décidons alors de lancer « Riposte Laïque », pour réaliser le média qui correspond à notre lecture de la situation.
J’assumerai dorénavant une liberté d’expression que je me suis trop souvent refusé, par peur d’être mal jugé par les miens.
Je n’ai plus honte aujourd’hui d’aimer « Ma France », et je n’ai pas envie de voir mon pays, celui de la Révolution française, celui de 1848, de la Commune, de la loi de 1905, du Front populaire de 1936, de la Résistance, de mai 68, cette France qui a intégré des générations entières d’immigrés dans le creuset républicain, devenir une région de l’Europe, et un satellite des Etats-Unis.
Je ne veux pas davantage voir Sarkozy casser notre laïcité, et n’ai plus aucune confiance dans les leaders de la gauche actuelle pour la défendre.
C’est quand on est sur le point de perdre quelque chose qu’on en mesure parfois l’importance.
Mon père, qui est mort il y a juste dix ans, serait stupéfait, lui qui a passé vainement des heures à m’expliquer de son vivant pourquoi il aimait son pays, de l’évolution de son fils.
Pierre Cassen
(1) http://www.dailymotion.com/video/xyrzk_ferrat-ma-france




Défendre encore et toujours la liberté des femmes

En mai 68, je n’avais pas quinze ans. J’étais en troisième dans un grand lycée de la banlieue sud est de Paris, au milieu d’un parc magnifique. J’avais redoublé ma quatrième et je m’ennuyais un peu. Il m’est revenu en réfléchissant à l’écriture de cet article des propos d’un vieux prof de math qui m’apostrophait ainsi : « Arrêtez de faire tourner la tête aux garçons alors que vous avez encore l’âge de porter des culottes petit bateau ! ». En ce temps là, la Halde n’existait pas..
Le mois de mai 68 était aussi pluvieux que notre mois d’avril 2008 et le lycée étant fermé, le temps semblait long. Mais, ce fût l’occasion d’apprendre à danser le rock sur les disques des Rolling stones et à la fin de mai les slows avec le tube de l’année « AWhiter Shade of Pale » ( des Procol Harum).
Ma famille était de gauche, mitterrandienne, anti-gaulliste (j’ai compris plus tard assez anti-patriote), on a suivi avec passion les évènements surtout à la radio avec Europe 1. Car nous n’avions pas, à notre grand regret, la télévision. Non pas par manque de moyens, mon père gagnait bien sa vie, mais pas idéologie et nous attendrons 1974 avant d’acquérir un premier poste. Nous écoutions aussi religieusement France culture qui diffusait tous les après midi en feuilleton « le Don paisible » de Mikhail Cholokov, ce mois là.
Mais ça discutait ferme. Ma sœur aînée était à la fac à Censier et découvrait la vie et l’indépendance. Une maison des jeunes venait d’ouvrir et servait de lieu de rassemblement de la jeunesse où furent confectionnées pas mal d’affiches. Devant la gare, quand les trains se sont remis à circuler, rythmant la vie des banlieusards, tout le monde discutait. C’est cela sans doute qui à l’époque m’apparut formidable et que l’on retrouve dans toutes les périodes ou la situation générale bouleverse les préoccupations individuelles (en fait j’avais écrit pré révolutionnaire pensant au Front populaire mais la Coupe du monde ou le 11 septembre ont suscité également cette envie d’échanger..), c’est cette libération de la parole aussi bien dans la rue que dans les usines,cette envie de parler avec tout le monde qui anime toute la société et des discussions à n’en plus finir..
Comme nous n’avions pas la télévision, nous n’avons pas été bouleversés par les dégradations causées par les manifestants que mon père appelait les révolutionnaires en peau de lapin, lui qui faisait beaucoup de discours mais pour ce qui était d’agir… Mais quand les usines ont commencé à fermer les unes après les autres, que les trains ont cessé de rouler, que les cigarettes ont été rationnées (j’allais en chercher pour la voisine du dessous), une sorte d’excitation a commencé à se répandre. Le 13 mai, ma mère nous a emmenés en voiture pour manifester. C’était ma première manifestation et si j’en ai fait bien des autres plus tard, ce fût l’une des plus importantes par le nombre mais surtout par la découverte de ce sentiment d’une collectivité fraternelle qui partage des revendications communes, sorte de « messe » républicaine. Sans doute est-ce dans ces moments là qu’on s’ancre pour sa vie « à gauche » quand bien même des années plus tard ce concept a perdu beaucoup de sa signification.
Puis la vie normale a repris et les cours avec. Ayant sans doute le virus du militantisme, je fus immédiatement élue déléguée des troisièmes et participais à ce titre au premier conseil d’administration ouvert aux lycéens. J’aimais discuter, j’aimais convaincre et j’avais une certaine facilité pour la prise de parole (et puis se faire applaudir à la fin d’une intervention bien sentie ça flatte l’ego !). Quelques années plus tard mon prof de philo qui m’écoutait intervenir devant une AG de lycéens à l’occasion de je ne sais plus quelle mobilisation lycéenne devenue une sorte de rituel initiatique des lycéens, déclarait avec sa voix grave que j’entends encore : « oh vraiment vous avez un bel organe ! ». Pour être honnête, elle me faisait surtout remarquer l’utilisation erronée d’un terme à la place d’un autre : ma dyslexie avait déjà frappé qui m’a jouée bien des mauvais tours et que certains lecteurs attentifs de Riposte laïque relèvent régulièrement.
Mai 68 fût pour moi un moment important dans mon histoire, non pas tant d’un point de vue strictement politique mais dans la conviction d’une possibilité de changer le monde. Sentiment qu’ont sans doute partagé par ceux qui ont vécu 1789, 1917, 1945 même si la suite de l’histoire est décevante ou cruelle. Ceux qui ont partagé à un moment l’idée qu’ils allaient changer le cours des choses. Que la vie allait être plus légère, plus libre, affranchie des conventions, des contraintes. Il est vrai d’ailleurs que nous, les femmes enfin celles qui l’ont voulu avons, pu profiter de ce Milan Kundera a décrit dans l’insoutenable légèreté de l’être. Rompant avec le destin des femmes, nous avons pu choisir nos vies , travailler et surtout grâce à la pilule s’affranchir des grossesses non désirées et du mariage imposé. (à quand un hommage mondial à Lucien Neuwirth qui a tant fait pour la cause des femmes?). Jusqu’ à ce que le SIDA fasse à nouveau planer l’ombre de la mort, de la punition sur l’amour, notre génération a pu goûter la vie et prendre du plaisir. Parfois quand j’évoque avec des jeunes ce temps et que je leur dis «qu’on faisait l’amour comme on buvait un verre d’eau », ils sont choqués ; ce n’était pas toujours ça mais quelquefois oui et c’était bien.
Assez vite je me suis engagée contre la guerre au Vietnam
et l’intervention américaine, l’impérialisme américain. De l’autre côté, l’intervention de l’armée soviétique à Prague le 21 août 1968 m’a définitivement éloignée du communisme et de sa version stalinienne largement répandue en France. Ceci d’autant plus que nous avions découvert en vacances l’année précédente en Tchécoslovaquie, le printemps de Prague et rencontré de nombreux tchèques très sympathiques dont la plupart ont par la suite quitté leur pays. Si la vie politique me passionnait déjà, les partis existants ne donnaient aucune envie d’y participer : souvenez-vous la candidature Deferre, Duclos, un deuxième tour Pompidou Poher(bonnet blanc, blanc bonnet) pas de quoi rêver… Les maos ont bien essayé de m’enrôler mais ça n’a pas marché…Quant au PSU et Rocard, je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais pu les encadrer. Bakounine, lui, me plaisait bien.
Entrée presque par hasard à sciences po à Aix, je me suis retrouvée rue saint Guillaume à Paris. Il faut dire que mes parents de gauche ne s’intéressaient absolument pas à mes études à tel point que mon père a longtemps refusé de croire que sa fille soit à sciences-po !. J’ai commencé à militer au groupe femmes, créé à l’initiative de militantes de la LCR: c’était la grande époque du MLAC et de la loi sur l’avortement. Mais les féministes étaient « chiantes » et n’aimaient ni les hommes ni les enfants. J’ai découvert la Ligue dont j’appréciais le sens de l’organisation, de l’efficacité et de l’ordre dans les manifs. Redoutant l’embrigadement et le centralisme démocratique, je découvrais une formidable école de formation des militants tant au plan politique qu’organisationnel, fonctionnant de manière beaucoup plus démocratique que le PS notamment. J’ai assez vite rejoint le trotskisme tendance Filoche qui alliait les questions théoriques notamment celle du Front unique, la solidarité internationale, les revendications de masse et de classe comme on disait mais aussi la lutte contre le stalinisme pour la liberté et la démocratie.
Les congrès de la IV ème internationale offraient des débats et des rencontres exceptionnels avec des camarades japonais, nicaraguayens, mexicains, américains, dont je garde des souvenirs inoubliables.
La ligue s’était toujours engagée dans la lutte des femmes. En revanche sur les questions de laïcité, du voile, d’excision, les positions étaient loin d’être claires. Comme la suite l’a montré, abandonnant les bases du trotskisme, la ligue à la recherche du « toujours plus à gauche » a confondu comme bien d’autres la solidarité internationale avec la mondialisation, la classe ouvrière avec le lumpenprolétariat, défendant l’islam comme la religion des opprimés et les pratiques les plus rétrogrades au nom des différences culturelles.
Le bicentenaire de la révolution française a été pour moi une rupture avec la Ligue, j’ai compris que quand les peuples du monde en Chine ou en Bolivie fêtent le 14 juillet et la révolution française, c’est qu’elle porteuse de valeurs universelles et ne se réduit pas contrairement à ce que l’on apprenait à la Ligue à une révolution bourgeoise.
Ayant déjà pris mes distances avec une organisation qui me paraissait de plus en plus gauchiste, je la quittais définitivement après avoir écrit un texte dans lequel refusant de dénoncer la double voire la triple oppression des femmes immigrées (je serai ultérieurement et professionnellement confrontée au même discours de la triple discrimination), je défendais au contraire l’idée que les immigrées venant d’Anatolie en France y gagnaient l’égalité et la liberté : scandale ! Rupture également avec SOS racisme dont je démissionnais quand Harlem Désir dénonça comme racistes ceux et celles qui s’opposaient au port du voile.

Dans la lignée de la deuxième gauche et des écrits révisionnistes de François Furet sur la révolution française, la gauche abandonnait la classe ouvrière à la mondialisation, et l’idée de nation, de souveraineté au FN, préférant la lutte contre les discriminations à l’égalité. Les années 90 furent celles de l’accablement. Seul réconfort, l’émergence de lieu de rencontres comme la Fondation Marc Bloch puis la candidature de Chevènement. Dépassant les réticences sectaires à discuter avec des gens d’autres parcours politiques, on découvrait avec surprise, que l’on pouvait défendre des positions communes sur certains sujets fondamentaux comme l’indépendance des États contre le rouleau compresseur de la mondialisation et du libéralisme mis en œuvre par l’Union européenne avec les traités de Maastricht et d’Amsterdam. Et même parfois sur les questions sociales ou sur la laïcité.
De renoncement en débâcle, la « gauche » ne ressemblait qu’à un club dont le seul ciment était de se dire de gauche. Le fond était atteint avec l’arrivée au deuxième tour du Front national aux élections de 2002.
En définitive, ce monde que nous voulions changer est aujourd’hui bien décevant. On rêvait d’un monde de liberté, d’égalité, de justice.. De mai 68, restent les aspects libertaires les plus déplaisants dont Cohn Bendit et Attali sont les représentants. Tout a déjà été dit sur cette alliance entre l’ultra libéralisme et l’esprit libertaire qui s’est traduit par un culte de l’individualisme, le la consommation et de la concurrence, d’une progression considérable de l’inégalité des revenus, alliés à un développement de l’insécurité économique et sociale pour le plus grands nombres et une perte de repères pour beaucoup. Quand on songe que les deux principales organisations internationales, l’OMC et le FMI qui promeuvent la mondialisation et l’ultralibéralisme sont dirigées par deux dirigeants socialistes français, on ricane devant les rodomontades de Hollande ou de Moscovici contre Sarkozy.
Les générations de jeunes d’après 68 qui sortent sans savoir lire ni écrire sont sans aucun doute les victimes les plus nombreuses à mettre sur le compte des dérives de mai 68 mais aussi ceux qui ne connaissent plus grand-chose ni à l’Histoire, ni à la politique. Les enfants de mai 68, c’est la bof génération qui, nourrie de bisounours et de série guimauve comme Hélène et les garçons n’a comme grille de lecture de la vie politique, que les gentils et les méchants.
L’égalité hommes femmes, la contraception le droit à disposer de son corps sont sans doute les acquis les plus positifs de mai 68. Mais qui aurait pu croire que 40 ans après 68, on verrait se multiplier de Maubeuge à Marseille, de Strasbourg à Toulouse dans les rues, des femmes entièrement voilées de noir, soumises comme en Afghanistan, et l’islamisme allié aux autres religions essayer de remettre en cause la laïcité qui semblait en 1968 un acquis intangible.
Le passé a montré comment en Iran, en Afghanistan, en Algérie mais aussi en Indonésie, les libertés et l’égalité que les femmes avaient pu conquérir ont été balayées. Un magnifique film iranien (le cercle) montre comment le droit des femmes peut régresser. En Pologne, en Allemagne de l’Est, aux États Unis le droit à l’avortement a été remis en cause. En Amérique Latine, en Afrique, sans parler les femmes des pays musulmans l’égalité, l’accès à la contraception, le droit à l’avortement, la laïcité sont des combats qui restent à mener. Rien n’est définitivement acquis.
Et c’est parce que ce combat pour le droit des femmes, de toutes les femmes, indissociable de la laïcité, est en définitive pour moi le plus fondamental, que je me suis retrouvée aujourd’hui avec Riposte laïque pour le mener jusqu’au bout.
Gabrielle Desarbres




Mes curés et mes camarades

En mai 1968, j’étais interne dans un établissement privé catholique. De hauts murs protégeaient nos âmes juvéniles du tumulte urbain, dont nous n’avions connaissance qu’en écoutant en cachette nos petits postes de radio japonais. Mais quand la crise devint plus vive, les bons pères décidèrent de nous renvoyer momentanément dans nos foyers. Ce fut pour moi l’occasion d’étrenner la bicyclette que j’avais reçue en cadeau quelques semaines plus tôt, pour ma communion solennelle.
Avec le recul, je retiens de cette époque de nombreux paradoxes. En effet, dans les mois et les années qui suivirent mai 68, le souffle de l’esprit contestataire réussit tout de même à franchir les portes de notre internat. Et là, nous avons donné dans la surenchère la plus ubuesque, sous le regard bienveillant de prêtres qui avaient déjà fait leur propre « révolution culturelle » et jeté leurs soutanes à l’occasion du Concile Vatican II (qui s’était terminé en 1965).
Ce fut tout d’abord l’abolition du « privilège de l’estrade ». Jusqu’alors, nos professeurs professaient devant le tableau noir, sur une estrade, devant des rangées de pupitres soigneusement alignés sur le plancher en bois. Après mai 68, cette inégalité flagrante entre enseignant et enseignés était inadmissible. Il fallut donc chambouler tout cela. Le bureau du professeur était positionné au centre de la classe, et les pupitres des élèves disposés en ronds concentriques autour. Les profs se prêtaient plus ou moins à cette nouvelle manière d’enseigner les mathématiques ou le latin. Les plus enthousiastes étaient les littéraires, plus à gauche, et les curés défroqués qui étaient nombreux dans notre établissement. (On n’est pas rancunier chez les bons pères !)
Il y avait bien sûr les profs récalcitrants, dénoncés – sous le manteau – comme « fascistes », qui voulaient continuer comme avant. Mais leur autorité naturelle était telle que nous n’osions contrevenir à leurs méthodes rétrogrades parce que magistrales. Alors pour qu’ils ne nous engueulent pas, il fallait réaménager les salles de classe à l’ancienne mode, juste avant leurs cours. Puis à la fin de leur heure, il fallait remettre les tables en rond pour le cours du prof « progressiste » qui allait suivre. Ainsi, nous devenions des spécialistes en déménagement rapide de mobilier scolaire, puisque les intercours ne duraient que cinq minutes.
Une autre innovation intéressante due à la juste lutte de nos collègues « du public », c’était les délégués de classe. Désormais, il fallait que collégiens et lycéens donnent leur avis sur tout et n’importe quoi, y compris sur la manière d’enseigner. Je connus ainsi mes premières joutes électorales, avec des professions de foi plus ou moins démagogiques. Je me suis retrouvé délégué de classe, dans des réunions avec enseignants et parents d’élèves où l’on regardait avec condescendance les représentants des élèves et où je trouvais qu’on ne disait rien d’intéressant. Je n’ai appris que bien plus tard que les véritables réunions se tenaient sans nous, et que nous ne faisions que de la figuration. J’ai retrouvé plus tard cet artifice de la double séance, dans des conseils municipaux, quand le mode de scrutin permit à l’opposition d’être représentée.
La fonction la plus cocasse du délégué de classe, c’est de représenter les élèves aux conseils de discipline. Il y en avait de nombreux, car évidemment nous étions tellement contestataires que nous dépassions souvent les bornes, surtout quand ces bornes elles-mêmes étaient contestées. Très rapidement, le rôle du délégué de classe au conseil de discipline devint celui d’un avocat de l’accusé. Nous apprîmes ainsi à monter de véritables plaidoiries, et je me souviens avoir défendu les exactions les plus indéfendables, y compris des faits de violence. Evidemment, nous jouions à fond la carte des arguments « sociaux ». Le délinquant en herbe était-il de milieu modeste ? C’était la faute à la société. Etait-il au contraire issu de la bourgeoisie la plus urbaine ? C’était alors la faute à ses parents qui devaient certainement l’opprimer par un carcan répressif inadmissible, même si l’accusé vivant dans la jeunesse dorée et gâtée. Bref, on gagnait à tous les coups. Le « il est interdit de punir » devenait le corollaire juridique du « il est interdit d’interdire ».

Et des coups, nous avons fait, et bien plus que les « 400 coups » ! Ca allait des canulars les plus sophistiqués – qui demandaient parfois des semaines de préparation – à des actes bien plus inavouables. Evidemment, l’« excuse sociale » jouait à fond, mais aussi la justification politique. Voler des disques 45 tours ou des petites voitures Majorette aux Nouvelles Galeries était un acte de résistance héroïque contre tout ce qu’on veut : le patronat – qualifié de « truand » à l’époque alors qu’il n’est que « voyou » aujourd’hui -, la société de consommation, le grand capital. Et encore, nous n’avions pas encore la mondialisation ou le turbocapitalisme au service de notre maigre vocabulaire militant !
Evidemment, nous avons commis des actes plus graves que ces menus larcins. Quarante ans plus tard, je n’ose pas encore en parler, j’ai trop de remords. Il y eut des blessés, des jeunes détruits par l’alcool à 17 ans, et les premières overdoses.
Mais l’esprit de mai 68 nous a apporté des luttes plus nobles. Celle dont je me rappelle le plus, c’est notre combat pour l’interruption volontaire de grossesse. Je n’ai pas encore bien compris ce qui nous poussait à ce combat. En effet, nous étions de jeunes garçons, et dans l’enseignement catholique qui plus est, alors que l’Eglise est toujours farouchement opposée à l’IVG. Nous ne fréquentions pas les filles, ou très peu et toujours à titre individuel. La gente féminine nous était en quelque sorte étrangère. Certes, quelquefois, une vague connaissance, la sœur d’un ami ou l’amie d’une sœur, se trouvait face à une grossesse non désirée. Mais c’était rare, du moins autour de moi.
Et pourtant, nous nous sommes battus, nous avons manifesté tant et plus, et nous avons même fait venir des représentantes du Planning Familial dans notre internat catholique pour des conférences. Les jeunes générations ont sans doute peine à imaginer combien ce combat était alors révolutionnaire : c’était des années avant la loi Veil, votée sous Valérie Giscard d’Estaing en janvier 1975. (Pour fixer les idées, Caroline Fourest est née en 1975 !)
Avec le recul, je pense que notre engagement pour l’IVG était paradoxalement dû au fait que la séparation entre filles et garçons perdurait dans ce milieu catholique – et bien après mai 68. En effet, les filles, en nous étant « étrangères », nous conduisant à une sorte de respect forcé de l’altérité, et donc à un respect tout court. Nous étions solidaires d’un combat parce que nous le respections, bien qu’il ne nous impliquât pas. Il y avait aussi peut-être un zeste de charité chrétienne dans le sens noble du terme, ce sens que les Eglises – et surtout l’Eglise catholique – a si souvent ignoré. Bref, nous appliquions les Evangiles à la lettre, nous étions des « chrétiens radicaux » !
Un autre de mes premiers engagements politiques fut… l’écologie ! Au lycée, je commençais à fréquenter les premiers « écolos », qui n’ont rien à voir avec les politiciens verts de nos jours. Nous suivions l’enseignement de véritables écologistes comme René Dumont. Ces mouvements avaient une culture résolument non-violente. Nos gourous étaient Lanza Del Vasto ou le Général de Bollardière. Nous étions antimilitaristes, et nous avons aidé des objecteurs de conscience qui étaient entrés en clandestinité.
Lanza Del Vasto faisait le lien entre notre culture chrétienne – je dis bien « chrétienne » et non « catholique » – et cette nouvelle pensée non-violente et écologique. Au fond, entre mes camarades et mes curés – plus exactement, seulement certains d’entre eux -, il y avait une convergence morale, que je n’ai compris que bien plus tard. Il y avait avant tout un respect de l’homme et de la nature qui n’a rien à voir avec les diktats répressifs des Eglises.
Et donc, très naturellement, nous avons fait venir nos nouveaux amis « écolos » dans notre internat, là encore pour des conférences, puis pour des actions plus engagées comme des projections de films contre les centrales nucléaires. A tel point que notre établissement catholique devint un lieu de rendez-vous des babas cools de notre petite ville de province. Cela a donné parfois lieu à des rencontres inattendues au hasard d’un couloir, entre des parents d’élèves, militaires de carrière et hauts gradés, et des barbus hirsutes portant des tee-shirts avec des slogans antimilitaristes trop obscènes pour être répétés ici.
Ces années qui suivirent mai 68 furent donc pour moi une période de total paradoxe, entre contestation violente et idéologie non-violente, entre message humaniste christique et Eglise répressive, entre haute bourgeoise urbaine et petits paysans – comme moi – ou néo-paysans.
Le devenir très contrasté de tous mes camarades de l’époque allait décanter ces paradoxes.
Les vrais « écolos » restèrent de vrais écologistes. Ils s’installèrent au Larzac ou en Afrique, et lancèrent ce qu’on appellerait aujourd’hui des « projets de développement durable ». D’autres, plus mystiques, allaient jouer les cadavres ambulants dans des sectes végétariennes.
Certains de mes camarades se tournèrent vers une contestation de plus en plus violente, allant jusqu’à soutenir, dans la décennie suivante, des groupes comme Action Directe, la bande à Baader ou les Brigades Rouges. Puis il se recyclèrent dans des mouvements « antifascistes » – quel paradoxe pour des partisans de la violence ! – comme Reflex ou Ras-le-Front, qui étaient alors financés en sous-main par le Parti Socialiste.
La plupart d’entre nous se sont simplement embourgeoisés en ne militant plus, ou en militant à gauche en bons pères de famille. C’est mon cas : j’ai adhéré au P.S. A l’époque, on y chantait encore l’Internationale, et on y apprenait la lutte des classes. J’y ai fréquenté un peu tous les courants, et j’ai avalé comme tout bon militant des paquets de couleuvres. J’ai évidemment été dupé, comme tout bon militant, par François Mitterrand, qui représente désormais à mes yeux le paradigme d’une autre dérive de l’engagement militant : le politicien.
Mais Mitterrand n’est pas seul à avoir su – et avec quel brio ! – appliquer le principe machiavélique qui consiste à récupérer un discours humaniste sincère – celui de Jaurès par exemple – pour faire exactement le contraire, pour assurer des carrières politiques ou médiatiques. Bon nombre d’« éléphants » du Parti Socialiste ont fait de même, mais aussi des militants « officialisés » du féminisme ou de l’antiracisme, plus soucieux d’assurer leur propre publicité que de mettre les mains dans le cambouis ou de chercher la vérité.
Et l’on retrouve alors l’analogie avec certains de « mes curés » – les cathos, pas les chrétiens -, et le fameux adage qu’on leur prête : « faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais ». Nicolas Sarkozy, lui aussi, a bien appris cette leçon.
Ces nombreuses désillusions ne me rendent pas pessimiste pour autant. J’en retire de grandes leçons personnelles, et je porte désormais une meilleure analyse de toutes ces années d’après mai 68. Il y a d’une part des gens sincères, de tout bord, qui partagent une éthique profondément commune et altruiste. Cette éthique qui transcende les morales individuelles est aujourd’hui menacée à la fois par deux mouvements apparemment contradictoires : d’une part le chosisme – l’hyper-consommation – et d’autre part les ayatollahs de tous poils. Et puis il y a d’autre part les autres, les politiciens et les carriéristes, ceux qui se disent avant chaque acte ou chaque phrase : qu’est-ce que ça va me rapporter ?
Voilà la nouvelle ligne de fracture que je vois apparaître de plus en plus. Elle dépasse désormais les clivages droite-gauche et les origines sociales ou philosophiques. Elle fait la différence entre les démocrates et les totalitaristes, entre l’humanisme et le terrorisme (physique ou intellectuel).
Finalement, j’ai fait la synthèse – comme on dit au P.S. – entre mes curés et mes camarades, entre les Evangiles qui font dire à Jésus que « la vérité vous rendra libre », et Jean Jaurès qui a déclaré que « le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »
Roger Heurtebise




1968-1980 en Italie

En mai 68 je n’avais que six ans et demi. Autant dire que cette année-là ne m’a pas marquée. Mes parents parlaient-ils à table des événements ? Je ne m’en souviens pas.
Je vivais à l’époque dans le sud-est de l’Italie, tout près d’une ville qui était à la fois le chef-lieu de la région et la forteresse de la Démocratie Chrétienne.
Quelques jours après ma naissance je fus baptisée. A dix ans on m’envoya au catéchisme en vue de la communion et de la confirmation.
Au collège et plus tard au lycée j’avais une heure de religion par semaine. L’enseignant était la plupart du temps un curé. Vers la fin de l’année de 6ème j’annonçai au professeur que je ne croyais plus en Dieu, car je trouvais tout cela absurde, ayant compris que personne n’écoutait mes prières et que Dieu n’était qu’une invention de l’Homme. Le sang monta aux joues du pauvre curé, qui tapa du poing sur le bureau me disant des mots que ma mémoire a effacés.

Comment une petite fille de onze ans avait-elle pu en arriver à de telles conclusions ? Dans mon entourage tout le monde était catholique, y compris mon père, qui avait toujours voté pour le Parti Communiste !
J’étais très attentive chaque fois que mon père parlait de politique avec nos invités. Dans mon esprit j’ai vite associé la Démocratie Chrétienne avec l’ennemi du prolétariat, avec l’Eglise et le Vatican. Cela pourrait en partie expliquer mon reniement de la foi.
Le vent de liberté soulevé par 1967 et 1968 avait laissé des traces dans les esprits des jeunes italiens.
Le lycée durait cinq ans. J’y suis rentrée en 1975. Beaucoup de lycéens étaient politisés. Nombre d’entre eux étaient membres de la FGCI (Federazione Giovanile Comunisti Italiani), présidée à l’époque par Massimo d’Alema (qui devint en 98 Premier Ministre) ; d’autres étaient au Parti Radical de Marco Pannella et Emma Bonino, d’autres encore faisaient partie de groupuscules d’extrême gauche proches des Brigades Rouges. Mais il y avait aussi quelques intégristes catholiques proches de « Comunione e Liberazione », les catholiques tout court et , hélas, les néo-fascistes.
Mon lycée était classé à gauche. La plupart des professeurs étaient membres ou sympathisants du PCI.
L’heure de religion était vécue comme une perte de temps. Le curé voulait nous sensibiliser à la foi chrétienne, mais nous étions presque tous imperméables à ses cours.
En Terminale, le professeur de religion était un laïc. Il avait passé le concours pour enseigner la philosophie, mais faute de postes à pourvoir, on lui avait imposé d’enseigner la religion. La pilule passant mal, il avait décidé de ne rien faire pendant les cours. Il lisait son journal et nous laissait faire ce que nous voulions. Un beau jour, suite à une remarque de la part d’un élève indigné par son attitude, il s’exclama : « Pauvres crétins ! Moi j’ai fait 68, alors vous n’avez rien à dire ! » Cette insulte hors de propos, injustifiée et disproportionnée m’incita à tout faire pour persuader mon père de demander ma dispense du cours de religion.
Le professeur avait raison. Nous n’avions pas fait 68, mais nous suivions l’actualité et organisions de multiples assemblées au sein même du lycée ou bien à l’extérieur. Nous organisions ou participions tous les ans à de nombreuses manifestations pour protester contre telle ou telle proposition de loi et surtout pour revendiquer les droits des femmes. Je me souviendrai toujours des défilés du 8 mars, où, une branche de mimosa à la main, je scandais les slogans lancés par l’un des mouvements féministes les plus combatifs et les plus puissants de la planète.
Et je me souviendrai toujours de l’assassinat de Benedetto Petrone, un très jeune ouvrier handicapé, tué par des fascistes qui étaient allés « casser du rouge » dans le siège de la jeunesse comuniste. Ils étaient armés de couteaux, bâtons et tourne-vis. Tous les jeunes comunistes avaient réussi à se sauver, sauf Benedetto. Je me souviendrai toujours de la manifestation organisée le lendemain par les lycéens anti-fascistes. Nous avons défilé tout près du siège du MSI (Movimento Sociale Italiano), le parti néo-fasciste de Giorgio Almirante, qui s’appelle maintenant Alleanza Nazionale, proche de Silvio Berlusconi.
Mon 68 à moi je devais le faire tous les jours à la maison. Je devais me battre contre une mère très catholique (qui mettait des bondieuseries dans chaque pièce de la maison), très arriérée et très autoritaire, qui estimait qu’une jeune fille devait aller au lycée et éventuellement à l’université pour trouver un emploi décent qui lui serait utile pour vivre dignement plus tard au cas où son époux décéderait un jour. Par contre une jeune fille bien rangée devait aussitôt rentrer à la maison en sortant du lycée et ne devait surtout pas participer aux manifestations, non seulement parce que c’était dangereux, mais aussi et surtout parce que ce n’était pas convenable. Chaque fois que ma mère apprenait que j’étais allée à une manifestation, elle me disait que j’étais la honte de la famille, que j’étais une débauchée, que si jamais je recommençais, elle ne m’enverrait plus au lycée.
J’en voulais à mon père d’acquiescer au lieu de me défendre, lui qui était communiste convaincu. Mais il estimait qu’un homme devait travailler, gagner son salaire, le remettre à sa femme et laisser celle-ci s’occuper du budget, du foyer et de l’éducation des enfants. Il ne fallait surtout pas contredire l’épouse. L’homme se devait d’être solidaire avec sa femme car la moindre faille serait nuisible à l’éducation des enfants.
Pourtant je savais que dans son for intérieur mon père approuvait mes élans et mes idées. J’aurais presque souhaité qu’il soit macho et qu’il dise à ma mère : « Femme, ici c’est moi qui commande ! Laisse ma fille faire de la politique si elle le souhaite ! Laisse-la adhérer au Parti si elle en a envie ! »
Je n’étais pas très combative. J’avais vraiment peur que ma mère ne mette à exécution sa menace. Pour moi le lycée était mon hâvre de paix. J’adorais les cours de littérature et de philosophie. En Italie on étudiait l’histoire de la philosophie pendant trois ans. J’ai eu pendant les trois ans le même professeur, une femme qui avait rencontré Sartre à Paris. Je dévorais les livres, qui m’ont aidée à réfléchir, à comprendre le monde, à consolider mes idées, à répondre aux multiples questions que je me posais ou tout simplement à me tenir compagnie dans les très longues heures ou journées de solitude imposées par une éducation très stricte. Je lisais « Le Manifeste du Parti Communiste », les œuvres de Simone de Beauvoir, Albert Camus, Cesare Pavese, Oriana Fallaci, Pier Paolo Pasolini, etc.
Je lisais tous les organes du Parti Communiste et de la Jeunesse Communiste : l’Unità, Paese Sera, Rinascita, Giorni, Città Futura. Le professeur de littérature que j’ai aussi eue pendant trois ans nous a montré plein de films de Pasolini, nous a ouvert les yeux sur le rôle de l’intellectuel, de l’homme de Lettres et de culture dans la société ; elle a développé en nous l’esprit critique. J’adorais les cours d’Histoire et de Latin, qui m’aidait à comprendre le sens des mots, à jongler avec la grammaire et la syntaxe.
J’adorais aussi les cours d’anglais, même si je n’ai jamais eu droit à une seule compréhension orale de toute ma scolarité. Les cassettes, les disques n’existaient pas dans mon collège et dans mon lycée. En 2nde, en 1ère et en Terminale on étudiait l’histoire de la littérature britannique et américaine et on traduisait des extraits d’œuvres de grands auteurs comme Chaucer, Shakespeare et Williams. Malheureusement dans les séries générales à l’époque on étudiait une seule langue étrangère. Cela ne m’empêchait pas de traduire les chansons du groupe chilien Inti- Illimani, qui avait fui le régime de Pinochet et vivait en Italie. J’ai encore leur 33 tours intitulé « Hacia la libertad ». Cela ne m’a pas empêchée non plus de tomber follement amoureuse d’un français à l’âge de dix-huit ans.
En 1980 j’ai quitté ma famille et mon pays. J’y retourne tous les ans.
En me promenant dans les rues de ma ville natale, en parlant avec les gens, en les observant, je mesure le changement qui s’est opéré dans les mentalités et les comportements.
Dans les années 70 les lycéens avaient toujours un quotidien, un hebdomadaire ou un mensuel sous le bras. Les jeunes que je croise maintenant ont un MP3 dans les oreilles. Un jour une gamine d’environ 14 ans écoutait sur son portable sa « musique » à tout volume dans un autobus. Au bout de quelques minutes je lui ai demandé de baisser le son par respect pour les autres passagers. Elle l’a baissé pendant deux secondes puis elle l’a remonté. Aucun autre adulte n’est intervenu.
Dans les années 70 les jeunes regardaient à la télévision les sketches de Roberto Benigni, qui était à l’époque très caustique, et les pièces de Dario Fo, bouffeur de curés qui s’en prenait tout le temps à l’Eglise. Au cinéma ils allaient voir les films de Pasolini, Antonioni, Visconti, Scola, Taviani, Olmi, Bergman,Costa-Gavras. Aujourd’hui la télévision italienne est une avalanche de pourriture. A part les feuilletons importés d’Amérique Latine, les films série Z venus des USA et les tonnes de publicité, il y a toutes les variantes de « Big Brother » et « Star Academy », et les émissions qui durent des années, sorte de lieux de rencontre entre jeunes hommes et jeunes femmes, qui se mettent ensemble et puis se quittent, étalant devant tout le monde leurs griefs avec force poncifs sur le rôle de la femme et les rapports amoureux, qui datent d’une époque bien antérieure à 1968.
La télévision italienne me fait vomir, l’élection de Silvio Berlusconi m’écoeure, la proposition d’un moratoire sur l’avortement m’inquiète.
Où est passé le grand mouvement féministe italien ?
Où est passé le grand mouvement ouvrier italien ?
Les consciences pourront-elles un jour sortir de la léthargie et de l’abrutissement dans lesquels elles ont été plongées par les médias, les beaux parleurs et la société de consommation ?
Rosa Valentini