2015, année du centenaire du génocide arménien

Publié le 29 mars 2015 - par - 1 191 vues
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sensibilite-islamiste« Je me souviens très bien que, même dans l’horreur de la Première Guerre mondiale, la tragédie arménienne de 1915 a soulevé en moi une profonde émotion. Le mot génocide n’avait pas encore cours à cette époque, mais j’ai senti alors tout ce qu’il a signifié plus tard. » (Joseph Kessel)[1]

Comme une guerre en a chassé une autre des mémoires, le génocide arménien – dont nous allons célébrer le centenaire cette année – a été éclipsé par celui des Juifs d’Europe. Et pourtant…

Si l’extermination perpétrée par le IIIe Reich est incontestablement – sauf dans quelques têtes délirantes ! – reconnue, étudiée, entrée même dans la culture populaire (voir le cinéma ou la bande dessinée), le destin tragique des Arméniens subit encore aujourd’hui l’humiliation du silence et du déni.

Silence parce qu’il ne faudrait pas froisser l’« ami » turc, que certains, appuyés par l’intrusive et ignorante Amérique, rêvent d’inviter à la table de l’Europe tandis que ledit Turc a été de tout temps notre ennemi héréditaire – souvenons-nous, entre autres, des Grecs massacrés au XIXe siècle par l’empire ottoman !

Déni parce que cette extermination n’est à ce jour, et malgré les preuves accablantes, pas officiellement reconnue au sein d’instances aussi « vertueuses » que l’ONU. Ce que déplore l’historien et philosophe politique Michel Marian : « Une reconnaissance pleine de ce crime à l’occasion du centenaire apporterait aux Arméniens une forme de consolation. Et ce serait extrêmement significatif dans la période actuelle, notamment dans le contexte d’un Moyen-Orient où des minorités sont à nouveau persécutées, d’attester que de tels crimes sont condamnables et doivent être poursuivis. »[2]

De son côté, l’Etat français a reconnu le génocide arménien en 2001, « sans spécifier » l’auteur toutefois. Prudence !  Puis : « Le 12 octobre 2006, l’Assemblée nationale française adopte, en première lecture, avec cent six voix pour et dix-neuf contre, une proposition de loi qui punit sévèrement la négation du génocide arménien. »[3] Réactions virulentes de la Turquie. Résultat, la loi tombe sous le coup d’une exception d’irrecevabilité par le Sénat, qui se justifie ainsi : « les conséquences diplomatiques inopportunes que susciterait l’adoption de la proposition de loi, tant sur les relations bilatérales franco-turques que sur le timide rapprochement engagé, avec le soutien de la France, entre la Turquie et l’Arménie. »[4] Finalement, une autre loi sera votée en 2011-2012, mettant d’accord l’Assemblée et le Sénat : elle condamne la négation de TOUS les génocides. Moyen comme un autre de ne pas nommer les choses et surtout : ne pas trop froisser le Croissant ottoman !

Timide reconnaissance, donc, de ces 1 200 000 morts environ sur les quelque 1,8 millions d’Arméniens vivant dans l’empire ottoman à l’époque. Dans ce massacre qui n’a rien à envier aux Nazis, certains seront  même islamisés : ça ne vous rappelle rien du côté de la Syrie et l’Irak ?

« Mieux » encore : pour montrer l’exemple à de futurs génocidaires, les « syriaques, les grecs, les juifs, les chaldéens subissent le même sort que les Arméniens. Des églises et des écoles sont détruites par milliers. »[5] Y a-t-il encore des lecteurs pour s’étonner de la complaisance de la Turquie à l’égard de l’Etat islamique, si « jumeau » quand on y réfléchit ?! L’islam est d’une cohérence implacable !

Pourquoi les Arméniens ? Parce qu’ils étaient chrétiens, considérés comme des séditieux, même si ces allégations ne reposaient sur rien de tangible. Cela augure de « bonnes » perspectives si l’islam continue d’essaimer sur nos terres !

Oui, le peuple arménien est chrétien, et cela remonte au tout début du IVe siècle, c’est-à-dire presque un siècle avant que l’empereur romain Théodose proclame en 392 le christianisme religion officielle de l’Empire.

Et si plus tard les Arméniens se rangeront du côté des croisés, après l’invasion du pays par les Mamelouks au XIVe siècle ils demeureront un peuple paisible revendiquant simplement son identité culturelle : « En réalité, jusque-là, la question arménienne n’existait pas. Les Arméniens furent longtemps qualifiés de “peuple fidèle” parce qu’ils acceptaient sans broncher d’acquitter la taxe exigée des non-musulmans de l’Empire. La question arménienne a été créée de toutes pièces pour renforcer un Etat en déliquescence. » (Gérald Béradain)[6]

Mais, il était inconcevable  pour les Ottomans musulmans de laisser pousser la « mauvaise herbe » infidèle sur leur sol ; un sol qui ne leur appartenait pas. Déjà à la fin du XIXe siècle les Arméniens avaient connu des pogroms. Cependant rien de comparable à ce mois d’avril 1915, véritable tentative d’éradication d’un peuple.

Officiellement, il s’agissait « juste » de déplacer des populations à risque, même si elles étaient désarmées et ne constituaient pas de danger pour l’empire ottoman, alors en guerre au sein de la Triplice constituée des empires allemand, austro-hongrois et du royaume d’Italie, ce dernier étant demeuré d’abord neutre au début des hostilités pour passer ensuite du côté de la Triple-Entente (Angleterre, France, Russie).

Ainsi, au nom d’une unité culturelle – tiens donc ? –, les Turcs ouvrirent le bal des génocides du XXe siècle, dont les actuels massacres de chrétiens en Orient et en Afrique constituent de nouvelles valses mahométanes !

Qu’en sera-t-il ce 24 avril 2015 lorsqu’il s’agira de commémorer ce crime de masse auréolé d’un négationnisme patent ? La question reste entière…

Ce que je peux affirmer, c’est que l’islam hait la différence, pire encore lorsque celle-ci la frappe en plein cœur en lui renvoyant son indigence créatrice. Songez quelle souffrance ce doit être pour un musulman abreuvé d’ignorance que d’entendre une messe de Bach ou Mozart ; de voir les productions artistiques d’inspiration chrétienne s’attirer les louanges du Monde entier ! Non que je veuille ici dédouaner le christianisme de ses tares historiques, mais il a su évoluer pour devenir une source d’inspiration majeure, particulièrement sur notre sol.

Les Arméniens, pour revenir à eux, étaient chrétiens, je le redis, et quelles que soient nos croyances il convient de leur rendre hommage et se souvenir de leur martyre, qui pourrait bien être le nôtre si nous ne luttons pas pour la reconquête d’une identité, telle la Nation, une et indivisible. Et si certains des survivants se  sont vengés, en assassinant notamment Talaat Pacha à Berlin, commanditaire du génocide – dont les cendres ont été depuis transférées à Istanbul et qu’un mausolée célèbre : imaginez la même chose pour Heydrich ou Himmler en Allemagne ! –, les Arméniens ont été brisés sur le récif de l’islam, car derrière l’empire ottoman, c’est la Faucheuse au Croissant qui œuvrait.

Nous, peuples civilisés, en ce sens que nous ne faisons pas de l’extermination de l’autre un but en soi, devons aux Arméniens de nous souvenir, avec tout ce que cela implique de leçons à retenir de l’Histoire.

Je dédie donc cet article aux victimes du génocide arménien.

Charles Demassieux

[1] Source : www.imprescriptible.fr

[2] Source : Le monde de la Bible N°212.

[3]  Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Reconnaissance_politique_du_g%C3%A9nocide_arm%C3%A9nien

[4] Source : http://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl09-607.html

[5] Source : Gérald Béradain, « Arméniens, l’autre génocide », in Valeurs actuelles N°4086.

[6] Source : Gérald Béradain, « Arméniens, l’autre génocide », in Valeurs actuelles N°4086.

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