26 mars 1962 : massacre des Français d’Algérie, sur ordre de De Gaulle

  

Charles de Gaulle veut éradiquer l’OAS et pour y parvenir tous les moyens sont bons y compris les plus criminels d’entre eux. C’est le cas avec la fusillade du 26 mars 1962.

Il engage une opération monstrueuse en bouclant le sympathique quartier de Bab-el-Oued, le plus ancien de la ville d’Alger. Rappelons que jusqu’en 1954 c’était un bastion communiste. C’est un monde à part à l’âme colorée et à la verve tonitruante. Le blocus n’est pas innocent : on y trouve plus de partisans de l’Algérie française que dans les quartiers chics. Il est vrai aussi que les commandos y sont particulièrement actifs. Pour ces gens qui sont le sel de la nation pied-noir, aucun mot n’est assez fort pour définir leur attachement à l’Afrique du Nord. Chaque jour ils subissent des représailles de l’armée : couvre-feu, mitraillage permanent des terrasses et des immeubles par des avions de chasse T-6. De Gaulle sait que s’il s’en prend à ce quartier, c’est briser l’âme de la résistance au désengagement.

Pendant des jours le quartier est donc bouclé nul ne peut entrer ni sortir. La nourriture vient à manquer, les rats font leur apparition dans les rues, des nourrissons meurent par manque de soins et de lait. Jusqu’aux médecins qui ne sont pas autorisés à entrer.

Les Algérois décident d’apporter fraternellement des vivres et de les déposer symboliquement devant le barrage de policiers qui obstrue l’accès. Une manifestation est organisée le 26 mars à partir de 15 heures. Il s’agit de se rendre en cortège jusqu’à l’entrée de Bab-el-Oued, drapeaux en tête, sans armes et sans cris.

Le témoignage de M. Meynard atteste l’objectif et celui de Mme Alice Contoissot le caractère paisible de la manifestation.

  • Toute la population d’Alger, après la fermeture des magasins, ateliers, bureaux, avait été conviée à se rendre sur le plateau des Glières à 15 heures, dit M. Meynard, pour se rassembler en cortège pacifique et digne, sans armes. Nous voulions nous rendre derrière le drapeau français à Bab-el-Oued où nos concitoyens étaient enfermés depuis le samedi matin par ordre des autorités d’Alger. Nous voulions leur apporter le soutien de toute la population et essayer d’infléchir le traitement inhumain que les cinquante mille habitants de ce quartier subissaient.
  • J’étais dans le cortège qui se dirigeait vers la rue d’Isly, témoigne Mme Contoissot, cortège dense, silencieux et drapeaux en tête. À mon passage, au début de la rue d’Isly, je remarquai parmi le cordon de militaires sept musulmans, l’arme dirigée vers la foule, et la mine mauvaise. Je fus très surprise, qu’un tel jour, on ait mis des musulmans pour le service d’ordre.

Le préfet a interdit la manifestation. Cette interdiction justifiera et légitimera toutes les réponses du pouvoir politique aux enquêtes, d’où qu’elles viennent.

À 14 h 50, une foule importante se présente devant le maigre peloton de tirailleurs musulmans du 4e RTA. Le drame éclate à la hauteur de la grande poste. Les militaires tirent sur la foule en direction des balcons. Le bilan est lourd : quatre-vingts morts et deux cents blessés.

Voici deux témoignages qui attestent de la réalité des faits. Le premier est de Jean-Louis Siben, il fait partie de la manifestation.

DEROULEMENT DES EVENEMENTS D’ALGER

LE LUNDI 26 MARS 1962

Note liminaire : Ce que je n’ai pas vu, ni entendu moi-même est rapporté entre guillemets et la source de l’information est notée entre parenthèses – Mais je précise que j’ai entendu moi-même les auteurs des témoignages : Journalistes, blessés, infirmière, visiteurs…

                                                                                     Jean-Louis Siben

 

Vers 10 heures : dans toute la ville circule rapidement un mot d’ordre de grève générale à partir de 14 heures et de manifestation à partir de 15 heures.

Des tracts sont bientôt répandus invitant la population à se rassembler à 15 heures au plateau des Glières (Place de la Grande Poste) pour défiler vers Bab-el-Oued : sans aucune arme et en silence. Le but est de montrer que toute la ville est solidaire de Bab-el-Oued. (A ce moment, ce quartier est isolé depuis 3 jours, ravitaillement en pain assuré par l’Armée de 6 heures à 8 heures le matin, aux femmes seulement – Les vivres collectées en ville Samedi et Dimanche ont été pris par les « Forces de l’Ordre » et ne sont pas parvenus à la population.

Aucun enlèvement des morts ni des blessés. Evacuation des enfants de moins de 10 ans interdite, car des familles d’autres quartiers avaient demandé à en héberger. Les hommes de 14 à 70 ans emmenés de chez eux sans aucun bagage pour être triés au Camp du Lido et au Stade de St-Eugène : 3 000 sont alors en cours de tri, parqués sans nourriture ni abri, battus. Après vérification de leur identité, ils sont relâchés, mais en ville, et ne peuvent regagner Bab-el-Oued qui est bouclé. Sous prétexte de fouille, les Gendarmes cassent, pillent appartements et magasins. Ils tirent au canon de 37 et à la mitrailleuse 12,7 sur tout ce qui bouge ou fait du bruit. Les volets sont clos en permanence).

A partir de 14 heures, la foule afflue vers la Place de la Poste, un piétinement régulier, sans précipitation, sans un cri. La Place est encerclée par l’armée, des bagarres coupent les rues, constitués pour la plupart de camions joints. Les Facultés sont occupées militairement.

Les groupes parviennent à la Poste malgré les bagarres, en contournant les infranchissables. Rue Michelet un cordon de soldats laisse passer un filet, mais Boulevard Baudin les CRS ne se laissent pas franchir et les gens des quartiers Est (Belcourt) sont obligés de faire le tour par le haut de la ville ou les quais.

Vers Bab-el-Oued à partir de la Grande Poste :

Boulevard Front de Mer : bagarre de camions

Rue Alfred Lelluch         :          “

Boulevard Bugeaud        :          “

Rue d’Isly                       : bagarre de soldats en cordon.

Les voies sont toutes barrées, mais le dernier moins fortement, c’est elle qu’empruntera le cortège.

Partout les soldats sont en tenue de combat, casque lourd, mitraillette et FM avec chargeur engagé, le visage dur.

« Depuis le matin, les terrasses des immeubles bordant la Place de la Poste sont occupées par l’Armée : sur certaines des mitrailleuses de 12,7 sont en position. A partir de 14 h 30, les soldats envahissent les appartements de ces immeubles et se posent aux balcons ». (Journalistes Suisse et Américain).

Vers 14 h 30, la foule (10-15 000 personnes) se met en marche vers Bab-el-Oued par la rue d’Isly, derrière un drapeau Français tenu par un ancien Combattant arabe, entouré de jeunes arabes. La foule est serrée, silencieuse, marchant lentement. Des jeunes commencent à scander des slogans, mais leurs voisins les font taire : il faut une manifestation de masse, digne, calme, résolue. Des femmes, nombreuses, des enfants, des vieillards. Mains vides ; de vielles personnes s’appuient sur des cannes.

« Le cordon de soldats placé à l’entrée de la rue d’Isly laisse passer le cortège et se place le long des Magasins au début de la rue, entre les agences Cook et Havas : une dizaine d’hommes dont le 2/3 musulmans » (voisin de lit à l’hôpital).

Le cortège progresse rue d’Isly et passe un deuxième cordon de soldats, placé à environ 50 mètres du 1er. Mais là « un Lieutenant nous adjure de rentrer chez nous, les larmes aux yeux- lorsque nous lui disons que nous sommes Français, n’avons pas d’arme et manifestons calmement notre solidarité pour Bab-el-Oued, il répond que ses hommes ont reçu l’ordre de tirer » (une cousine – 50 ans)

« Le cortège passe pendant 10-15 minutes, mais tout à coup les soldats reforment les barrages, en tronçonnant le défilé : pointant leur mitraillette sur le ventre des manifestants, ils les empêchent d’avancer. Il est 14 h 50 (voisin de lit)

14h50 : c’est l’ouverture du feu, par des rafales de mitraillette, sans qu’il y est eu, au préalable, un cri, un coup de feu, une sommation – le tir à bout portant.

« Les premières rafales sont tirées du carrefour Bd. Pasteur- rue d’Isly par des soldats postés devant Havas (appartenant au 1er cordon). Le tir arrose la foule rue d’Isly et vers la Grande Poste ». (journaliste Américain).

Les manifestants tombent, se couchent ou courent se protéger. « Ceux qui refluent rue de Chanzy sont pris sous le feu des soldats, placés Boulevard Bugeaud, et tirant vers la rue d’Isly » (journaliste Américain).

Beaucoup se plaquent sur le trottoir de la rue d’Isly opposé au Bd. Pasteur, les plus heureux plongent dans les couloirs d’immeubles. La rue d’Isly étant bordée de magasins, les vitrines sont cassées et on verra « à l’hôpital de nombreux blessés par verre, tendons sectionnés » (infirmière du Service de l’Hôpital).

D’autres (comme moi), refluent vers la Grande Poste en courrant : ils sont fauchés par le feu ouvert par le barrage placé Bd. Bugeaud (PM et surtout FM). (Je suis touché à la base de l’épaule gauche par une balle entrée de ¾ arrière et ressortie devant sous salière gauche).

Du coup, plus personne ne court, tout le monde est à terre – le tir est général, au PM, au FM, provenant des soldats placés rue d’Isly et Bd. Bugeaud.

« A cette heure le service d’ordre tire aussi du Bd. Bugeaud vers la rue Alfred Lelluch (parallèle en contrebas), Place de l’Opéra (Ouest de la Poste 800 mètres à vol d’oiseau) , aux Facultés vers la rue Michelet (Est 400 mètres), au Carrefour de l’Agha Est 500 mètres), au Champs de Manœuvres (Est 3 Kms), sans tuer trop de monde car il n’y avait pas de manifestants à ces endroits… »    (Des riverains, venus rendre visite aux trois blessés que nous étions dans la chambre d’Hôpital).

Sur la « placette de l’horloge » chaque vivant se fait le plus petit possible, car les tirs continuent sur les gens couchés. A ma place, couché sur le trottoir de la Grande Poste, les pieds tournés vers le Bd. Bugeaud, je suis un peu surélevé, rien ne me protège mais je puis observer toute la placette, de Cook au Carrefour Pasteur-Isly. J’entends dans mon dos les départs de FM, du barrage Bugeaud, qui tire sans arrêt. La placette est jonchée de corps, certains entassés dans les caniveaux. A ma gauche, assis dans l’encoignure de la porte de l’ancien local des Chèques Postaux, un vieux Monsieur blessé légèrement se blottit et attend. A gauche devant gît un homme, baignant dans une mare de sang, la mâchoire inférieure arrachée, mort. A droite, dans le caniveau, un homme de 50 ans est couché, le visage tourné vers moi, les yeux fermés, paisible : il a la tempe gauche traversée, sa femme crie « mon mari est mort, mon mari est mort ! » elle est couchée à coté de lui et l’entoure de ses bras, elle veut se lever pour chercher du secours, mais je l’exhorte à ne pas bouger. En effet, des bras ensanglantés se lèvent, des gens hurlent de cesser le feu « nous sommes Français comme vous, arrêtez ! », des blessés tentent de se soulever : tout début de mouvement déclenche immédiatement des rafales. A 1 m. 50 de moi, sur ma gauche, le mur de la Grande Poste est criblé de balles à moins de 40 cm du sol. Je suis dans une position parallèle à ce mur, les balles me frôlent, souvent après avoir ricoché sur le trottoir, qui est tout écaillé (l’une m’atteint au sommet du crâne et m’entaille le cuir chevelu jusqu’à l’os).

Mon voisin de lit, qui se trouvait alors couché 7-8m. devant moi (dans le même sens que moi), est atteint au pied par une balle du FM- Bugeaud, qui après avoir ricoché, pénètre entre deux orteils et va se loger près de la cheville. Ses voisins droite et gauche avec qui il s’entretenait, sont tués presque en même temps, l’un d’une balle dans l’arrière de la tête, l’autre d’une balle dans le dos.

De ma place, je vois les militaires postés entre Cook et Havas arrosaient les gisants au PM et au FM : ils vident chargeur sur chargeur, se sont des musulmans. L’un nous fait signe de nous lever, en nous gueulant des injures et en faisant des gestes obscènes. Une autre tire de longues rafales vers le centre du Plateau et l’entrée de la rue Michelet, où se trouvait un cordon de soldats vers 14h30. Au carrefour Pasteur-Isly, un gradé (quelque chose brille sur ses épaulettes), se dandine d’un trottoir à l’autre du Bd. Pasteur, la mitraillette en sautoir, les mains dans les poches. Les rafales continuent de partout : il y a au moins dix minutes que le feu a été ouvert. Dans le lointain j’entends une corne de pompiers, c’est une camionnette qui s’arête 10m. devant moi : je fonce.

Divers témoignages :

– d’un Lieutenant de tirailleurs à un collègue : vers 14h.30 sont arrivés en camion des musulmans nouvellement incorporés qui obéissaient manifestement à des consignes préalables que nous ignorions : ils constitués les cordons 1 et 2 rue d’Isly (Ce sont eux qui ont ouvert le feu).

(confirmé)

– d’un Journaliste Américain : les cordons 1 et 2 étaient formés de soldats FLN de la Wilaya 3 incorporés depuis quelques heures (Dans le cadre de la Force locale).

(faux)

– d’un visiteur : le feu a cessé lorsque le Lieutenant commandant le détachement, qui l’ordonnait depuis dix minutes en vain, a abattu un des tireurs musulmans. Il a été tué lui-même par un voisin du premier.

– d’un Journaliste Suisse : des femmes et des enfants ont été achevés dans les couloirs.

– d’un témoin logeant dans un immeuble surplombant : un officier passait parmi les corps et achevait les blessés au pistolet.

(Un visiteur a dit que les bandes de l’ALN -Armée de libération nationale – venaient d’être incorporées à l’Armée Française avec leurs gradés).

-d’un Journaliste Américain : sur les terrasses occupées militairement, on a retrouvé des étuis de balles, d’armes individuelles et collectives. D’autre part, les carreaux des terrasses sont éclatés par des balles tirées des hélicoptères.

– d’ un Chirurgien de l’Hôpital : ont été tués en portant secours à des blessés : un Docteur (Dr. Massounat), deux pompiers et huit pompiers blessés. Une ambulance de l’Hôpital a été criblée de balles, son chauffeur est arrivé tout ensanglanté…pour être hospitalisé d’urgence.

– d’un Docteur : aucune arme n’a été trouvée sur les gens ramassés, morts ou blessés.

Le quartier n’a pas été fouillé, comme il n’eut pas manqué de l’être si le feu avait été ouvert par des OAS. D’ailleurs les tireurs, que je voyais bien, ne se protégeaient pas du tout d’en haut. J’ai vu l’un d’eux diriger, à un moment, son arme vers le haut, regarder quelques secondes, puis arroser à nouveau les couchés, sans doute après avoir reconnu des copains sur les balcons…

-Des visiteurs ont dit que les soldats européens n’avaient pas tirés.

Bab-el-Oued a été débloqué le jeudi 29.3 à 5 heures, soit après 7 jours d’isolement. Le beau-père d’un voisin de lit s’y est rendu rapidement, à son magasin, et il a recueilli quelques témoignages.

(D’abord son magasin est cassé et pillé).

Armée et CRS ont essayé de se tenir hors du coup, même le contingent, qui fraternisait avec la population. Devant ce relâchement, les Autorités ont envoyé les Gendarmes mobiles avec des blindés. Ceux-ci ont cassé et pillé les magasins, emportant les marchandises par sacs et valises (en particulier le Monoprix). Dans les appartements, ils ont cassé les meubles, volé tout ce qu’ils pouvaient emporter, argent, bijoux : aux propriétaires qui leur demandaient un récépissé, ils répondaient de le faire faire par les Chefs…mais personne ne pouvait sortir.

Les Doyens des Facs Médecines-Sciences-Lettres, ont été destitués pour avoir protesté contre ces procédés (mercredi 28/3).

Le résultat de la fusillade serait de, environ, 50 morts et 200 blessés. Ce chiffre peut paraître en discordance avec celui de 10 ou 15 que j’ai donné pour les manifestants. Mais les rafales n’ont touché que la queue du cortège. Heureusement la grosse masse des manifestations avait déjà passé le cordon n°2 depuis quelques minutes.

Aux Français de Métropole, ces récits rappèleront sans doute des scènes douloureuses : qui se sont déroulées sous une occupation étrangère…

« C’est grand, la FRANCE, c’est beau, c’est généreux ».

Fait le 30 Mars 1962 à l’Hôpital de Mustapha (Alger)

*

Témoignage de Jean-Claude Kessler, présent le jour de la fusillade de la rue d’Isly en qualité de militaire.

Vers 9 heures 30, ce jour là, ma section avait été mise en alerte et des 11 heures 30, je me mettais en place à l’entrée de la rue d’Isly, légèrement à gauche face à la grande poste, je devais interdire aux manifestants l’accès à des escaliers permettant d’accéder au Gouvernement Général.

Nous avons disposé en travers des chevaux de frise (parallélépipédiques de barres métalliques entourés de fils barbelés) et puis nous avons commencé à atteindre le début de la manifestation.

Petit à petit, les gens sont arrivés, c’était pour la grande majorité des femmes, des enfants et des personnes âgées, car il ne fallait pas provoquer la troupe qui se mettait en place.

La place était encore très clairsemée quand mes hommes et moi avons vu arriver une compagnie du 4ème RTA – Régiment de tirailleurs algérien -, qui arrivait du bled, bardée de mitrailleuses (AA52). Un affreux pressentiment m’a envahi, car face à une foule désarmée, on ne met pas des tirailleurs. Sauf dans le cas d’une action précise.

Une de leur section a formé un barrage à l’entrée de la rue d’Isly, et mit en batterie une mitrailleuse devant l’agence Cook : ce qui m’a également surpris.  Des soldats avaient mis leur baïonnette à leur fusil.

Vers 13 h, la place était noire de monde, il y régnait une ambiance de kermesse et chacun transportait soit du lait, soit de l’eau minérale pour le donner aux habitants de Bab-el-Oued qui étaient sans ressource, et affamés par les troupes du gouvernement qui depuis trois jours bouclaient ce quartier. En toute innocente, des jeunes filles plaisantaient avec des soldats de ma section.

Vers 13 h 30 eux coups de pistolet se sont fait entendre, mais assez lointain, un peu comme s’il s’agissait d’un signal. Aussitôt, un déluge de feu et de fer s’est abattu sur la foule. Tous les soldats du 4ème RTA (Régiment de Tirailleurs Algériens) tiraient comme des fous furieux. La mitraillette lâchait de longues rafales qui faisait de terribles ravages. Les soldats de ma section, nous sommes restés comme figés, puis quelqu’un a crié : « Les chevaux de frise. » La grande poste avait été complètement bouclée, et la foule prise sous le feu du 4ème RTA, cherchait une sortie, se pressait contre notre barrage. Le premier rang se trouvait littéralement écrasé contre les barbelés. Nous avons essayé de retirer les chevaux de frise pour que la foule puisse sortir, mais les blocs de barbelés malmenés se sont verrouillés automatiquement. Il nous était impossible de les déplacer. Nous avons assisté impuissants au massacre.

Les jeunes filles qui, un instant plutôt, plaisantaient avec mes hommes hurlaient de terreur et nous tendaient les mains par-dessus les barbelés. Nous avons essayé de les tirer mais nous avons dû y renoncer au passage la peau subissait de longues et profondes éraflures. J’avais saisi la main d’une jeune fille et je la tirai à moi sans y parvenir. Je hurlai de rage et pleurai de désespoir. J’ai été obligé de lâcher la main de l’inconnue. Une balle l’avait touché.

Tout à coup, les armes se sont tues, et s’est établi un grand silence. J’étais comme dans un autre monde. La place était jonchée de cadavres. Mes hommes étaient accroupis, se tenant la tête dans leur main.

J’ai passé les barbelés, et je suis avancé sur la place. C’était irréel. Des corps partout, certains étaient méconnaissables ils avaient été déchiquetés par la mitraillette. Les bouteilles de lait brisées se mêlaient au sang des victimes. Je suis allé dans le magasin Prénatal. Parmi les femmes qui avaient trouvé la mort, quatre d’entre elles avaient été massacrées à coups de baïonnette.

Ce que j’ai vu ce jour-là ne pourra jamais s’effacer de ma mémoire.

*

Comme il est dit au début du reportage, la massacre du 26 mars, n’a jamais été reconnu par les gouvernements français qui se sont succédés depuis cette date avançant le prétexte que la manifestation était interdite. Emmanuel Macron dernièrement du bout des lèvres a évoqué la tuerie. Mais pour autant il ne s’est pas engagé à vouloir faire la lumière sur les responsabilités à la fois militaires et civils. La repentance ce n’est jamais pour les Français.

Les survivants de moins en moins nombreux compte tenu des années n’en continuent pas de sentir l’effleurement des balles autour d’eux.

Raphaël Delpard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 Commentaires

  1. Vivement que disparaissent les pieds-noirs, leurs descendants et tous ceux qui prennent fait et cause pour eux. Ils sont trop égoïstes pour comprendre qu’au-dessus de leur petit paradis méditerranéen financé par le con tribuable de métropole, il y avait l’intérêt supérieur de la nation.

    • Depuis la chambre de votre hopital psychiatrique avez vous des nouvelles du vrai biden, de Trump qui dirige toujours l’Amérique et a donc décidé une fois n’est pas coutume de soutenir votre collegue zelensky, du veritable macron qui edt décédé depuis 2018 et de l’intervention de l’armée qui devait intervenir le 15 janvier et que personne (à part vous je présume) n’a vu …

    • les pied-noirs -à peine 1 million d’individus ayant posé pied dans ce département- n’ont jamais emmerdé personne parce qu’ils bossaient et laissé un pays entier flambant neuf; en échange les Français qui ont accepté ton invasion depuis 40 ans avec la présence non voulue et hors de prix de 2 millions des tiens (seulement pour le pays algérie) dont la particularité consiste à défrayer la chronique des « faits divers » et ce SANS FOURNIR AUCUN APPORT en faveur de la collectivité vont voter dans une quinzaine.

    • vu ton commentaire ,tu fais sans doute partie de bon nombre de français qui mettent plus volontiers la main à la poche lorsqu’il s’agit d’un animal venant de n’importe ou et qui marche depuis 30 ans tête baissée pour ne pas avoir à goutter à sa lame …

    • L interet Supérieur de la nation aurait été de nettoyer le petit million d arabes présent sur cette terre de misère en 1830…au lieu de bâtir ce pays, soigner et tenter d eduquer ces arabes…nous aurions eu un territoire fantastique et riche et les pieds noirs n auraient pas été traité comme des chiens….la France avait la un pays de cocagne à garder et Degaulle a trahi les pieds noirs et les a massacré…alors tais toi Delcroix s il te plaît….aujourd hui on accueille plus dignement ces salopards d algeriens qui nous haïssent…honte a nous pour ce que nos ancêtres ont laisse faire et fait. L algerie existe grâce à la France.

    • Ils sont trop égoïstes pour comprendre qu’au-dessus de leur petit paradis méditerranéen financé par le con tribuable de métropole, il y avait l’intérêt supérieur de la nation./ dixit

      Ah ah ah ! Ce qu’il ne faut pas lire comme bêtises ..

      D’ailleurs n’oubliez pas ce sont les mêmes égoïstes « idiots » en 1944 qui sont venus défendre ( avec bons nombres d’arabes ) vos parents qui faisaient du marche noir… donc pas de quoi être fier et de donner des leçons ! Mais l’algerie de papa ( sans la malaria et le tifus ) c était un petit paradis, je confirme..

  2. De Gaulle n’aimait ni la France ni les Français, mais que lui-même. En cela, Foutriquet lui ressemble. Quand aux gendarmes, je confirme, ils n’ont pas changé, ce sont toujours des gens brutaux et bornés, qui tueraient pères et mères si on leur en donnait l’ordre!

    • pas gendarmes qui nous protègent mais gendarmes « mobiles » ou crs, des gens qui sont payés pour casser du manifestants depuis 1945 jusqu’à aujourd’hui !

  3. 14h50 : c’est l’ouverture du feu, par des rafales de mitraillette, sans qu’il y est eu, au préalable, un cri, un coup de feu, une sommation – le tir à bout portant./ dixit

    le témoignage de Jean-Claude Kessler est faux concernant la véritable ouverture du feu… car c’est bien plus subtil que ça !

    http://babelouedstory.com/voix_du_bled/26_mars_1962/26_mars_1962.html

    La fusillade de la rue d’Isly a été déclenchée par un eurasien Barbouze,
    qui a fait croire que c’était l’oas qui tirait sur les tirailleurs algériens….. voila la vérité !

    il est difficile de ne pas croire à la thèse de la provocation. Et n’y aurait-il pas eu ce fusil-mitrailleur servi par un Eurasien appartenant vraisemblablement aux « équipes spéciales barbouzes  » anti-O.A.S., rien ne serait arrivé

    • en tout cas c’est bien l’armée française qui a tiré ! sur ordre de qui? devinEZ ?

      • Bien évidemment que c’est l’armée qui a tué les pauvres manifestants…

        https://www.lemonde.fr/archives/article/1963/02/26/les-officiers-charges-de-diriger-le-service-d-ordre-le-26-mars-a-alger-ont-fait-le-recit-de-la-fusillade_2229038_1819218.html ( Publié le 26 février 1963 )

        mais c’est le barbouze Trang Van Coï (ou Trang Trong Coï ) qui est a l’origine du premier tir au fusil mitrailleur…

        Conclusion en forme de raisonnement : ce blessé ou ce mort inconnu était le tireur. S’il avait été de l’O.A.S. les autorités se seraient empressées de le dire. Donc il n’était pas de l’O.A.S. Donc c’était un provocateur, une  » barbouze « .
        À l’appui du raisonnement un élément de déposition toujours du lieutenant Saint-Gall de Pons, qui a déclaré qu’un de ses tirailleurs lui dit avoir vu, au moment de ces premiers coups de feu, un homme  » au visage jaune  » s’adresser à lui et crier :  » Rassure-toi, on ne tire pas sur toi. « 

  4. Désolé pour les fautes de frappe et de ponctuation mais je suis toujours privé de RL par Free et donc n’y accede que par SFR et mon smartphone

  5. et ensuite ils ont laissé faire massacrer tous ceux d’oran qui n’avaient pas compris que la valise ou le cercueil c’était réel le 6 juillet !
    seul un lieutenant, ramdan béchouche, a sauvé quelques piednoirs et son supérieur lui a dit « si vous n’étiez pas musulman je vous aurais mis aux arrêts !

    • L’armée ne pouvait intervenir en Algérie devenue indépendante sous
      peine d’embraser l’ensemble du territoire et de faire massacrer les pieds noirs par dizaines de milliers.

  6. Soyons sérieux, De Gaulle n’a pas donné l’ordre d’ouvrir le feu rue d’Isly… La vidéo montre bien que c’est un mouvement de panique avec des tirailleurs algeriens peu adaptés au maintien de l’ordre.

    • ca doit etre la panique qui faisait achever les blesses couches au sol
      qui faisait tuer des gens refugiesdans les allees d immeubles vous etes un charlot

  7. J’en faisais partie, je venais du quartier de Belcourt, j’étais juste en face de la Grande poste, j’ai perdu un copain qui est mort en voulant me protéger alors ceux qui ne sont pas d’accord qu’ils la ferment. Merci

    • D’accord sur quoi ?
      Ce n’est sûrement pas De Gaulle qui a ordonné le feu. Il ne s’occupait pas de ces détails.

  8. Blablabla, blablabla ! Le Gl de Gaulle n’a JAMAIS donné de tels ordres ! (tirer sur la foule…)

    • bien sur que si
      vous etes un ignorant
      de gaulle voulait faire ouvrir le feu en MAI68 sur lesetudiants POMPON l en a dissuade
      de gaulle est un criminel

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