40 ans après l’assassinat de Martin Luther King, j’ai fait un cauchemar

Publié le 15 juillet 2008 - par - 701 vues
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Le 4 avril 1968 Martin Luther King fut assassiné par ceux qui voulaient briser le rêve de ce symbole de la lutte pacifique pour les droits des noirs.

Dans son célèbre discours « je fais un rêve », Martin Luther King exprimait le désir de générations de noirs qui souhaitaient la fin de la discrimination et de la ségrégation raciale et croyaient en un monde où « tous les hommes ont été créés égaux », où tous les hommes « puissent s’asseoir ensemble à la table de la fraternité », où tous les états soient transformés « en une oasis de liberté et de justice », où les enfants « ne seront pas jugés par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur personne », où « les petits garçons noirs et les petites filles noires puissent joindre leurs mains avec les petits garçons blancs et les petites filles blanches, comme frères et sœurs ».

Le 4 avril 2008 j’ai fait un cauchemar. Dans ma tranquille commune de seize mille âmes j’avais vu une famille dans la rue. Le père avait une longue barbe noire et il était tout de noir vêtu. Sa femme portait un tchador noir. Leur fils âgé de quatre ou cinq ans portait des vêtements noirs.

J’ai été choquée. J’ai cru être en Iran, en Afghanistan ou bien en Arabie Saoudite. Le choix de leur tenue vestimentaire n’est pas anodin. Le choix de porter ce genre d’uniforme est révélateur d’une volonté de s’autoaliéner, de se mettre à part, de refuser l’intégration et le vivre ensemble. Le choix de ce genre d’habits exprime le désir d’instaurer une ségrégation des « fidèles » et des « infidèles » d’une part et des hommes et des femmes d’autre part.

Derrière cet uniforme se cachent des comportements et des projets qui vont à l’encontre des fondements de notre république.

De nombreux enseignants ont remarqué que de plus en plus de petits garçons musulmans refusent de donner la main aux petites filles.

De plus en plus de jeunes filles refusent d’assister aux cours d’Education Physique.

De plus en plus d’élèves contestent les cours d’Histoire, de Sciences naturelles, de Philosophie.

De plus en plus de mamans veulent s’introduire dans les écoles le visage entièrement voilé et non identifiable.

De plus en plus de femmes et jeunes filles sont confinées même quand elles sont à l’extérieur car elles doivent se cacher sous un tchador ou une burqa comme si leur corps et leur visage étaient malsains.

De plus en plus de musulmanes refusent d’être auscultées par des médecins hommes et leurs époux agressent verbalement ou physiquement les médecins ou le personnel hospitalier si on leur fait comprendre que la loi est la même pour tout le monde et qu’un médecin est là pour ausculter tous les malades, hommes ou femmes, blancs ou noirs, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, chrétiens ou musulmans, hindouistes, athées ou agnostiques.

De plus en plus de musulmans réclament des carrés islamiques dans les cimetières.

De plus en plus de musulmans réclament des menus halal dans les cantines scolaires.

De plus en plus de musulmans réclament le droit de quitter leur poste de travail pour aller faire leur prière.

De plus en plus de musulmans exigent des aménagements dans leur emploi du temps à l’époque du ramadan.

De plus en plus d’élèves et étudiants musulmans essaient de faire leurs prières dans la cour de leur établissement scolaire ou dans les espaces communs de leurs universités.

De plus en plus de musulmans attendant leur vol investissent les halls des aéroports pour faire leurs prières comme si les aéroports étaient des moquées.

De plus en plus de jeunes filles musulmanes sont contrôlées, mariées de force, envoyées chez une gynécologue qui doit certifier qu’elles sont vierges.

De plus en plus de jeunes filles musulmanes sont battues, défigurées ou tuées si elles osent vivre à l’occidentale ou si elles tombent amoureuses d’un « infidèle ».

A l’époque de la révolution des mollahs en Iran et de la prise du pouvoir par les talibans en Afghanistan nous avons été effrayés. Nous nous sommes identifiés à tous les individus qui étaient privés de leurs libertés. Nous avons dénoncé le traitement infligé aux femmes.

Que faisons-nous face à la montée de l’islamisme dans le monde occidental ?

Quand allons-nous honorer tous les hommes et les femmes qui se sont battus pour qu’on arrive à rédiger une Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, pour qu’enfin la liberté, la démocratie, l’égalité entre les individus et entre les hommes et les femmes prévaillent contre l’injustice, l’intolérance, le despotisme et le machisme ?

Qui aura le courage d’interdire certaines tenues vestimentaires, symbole de l’obscurantisme et de l’oppression ?

Qui aura le courage d’interdire certaines pratiques souvent accompagnées de chantages, menaces et violences ?

Qui aura le courage d’affirmer que lorsqu’on vit dans un pays, on en respecte les lois, les traditions, la civilisation, l’ Histoire, le tissu social, les habitants ?

Martin Luther King avait rassemblé les masses pour que son rêve soit réalisé. Des milliers de gens ont perdu leur vie en Afrique du Sud pour que l’apartheid soit aboli.

Qui aura le courage de dire aujourd’hui que la discrimination positive ne permet pas de « juger [les gens] par le contenu de leur personne » ? Qui va rassembler les masses aujourd’hui pour dire que nous ne voulons pas d’une société où règnent la discrimination, la séparation, la ségrégation des sexes, l’infériorité de la femme, l’emprise des dogmes religieux, l’oppression de la pensée rationnelle, de la créativité et de la dignité ?

Qui aura le courage de dire que nos enfants ne méritent pas un tel cauchemar ?

Rosa Valentini

Paru le 8 avril, dans le numéro 36

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