51 millions de chômeurs de plus dans le monde en 2009 ?

Publié le 2 février 2009 - par

Les Gouvernements des pays développés avaient soutenu le capitalisme néolibéral en espérant que celui-ci leur apporterait la croissance et les emplois de demain.

La déroute du système bancaire international vient de nous rappeler que l’argent facile pouvait conduire nos économies au chaos.

Le nouveau Président des Etats Unis Barack OBAMA vient de s’en rendre compte à peine installé dans le bureau ovale de la Maison Blanche.

Tous les dirigeants du monde occidental et des pays émergents attendent de ce président atypique, qu’il prenne des mesures qui pourraient sortir le monde de la plus grave crise depuis 1929.
Les banques américaines sont en quasi faillite. Le Trésor envisage de loger dans une structure ad hoc toutes les créances toxiques des banques.
Le plan Paulson avait prévu d’injecter 700 milliards pour renflouer les banques en manque de fonds propres.

Un nouveau plan de sauvetage des banques serait en préparation et l’enveloppe qui circule pourrait atteindre 2000 milliards de dollars. Si l’on ramène ce chiffre aux actifs des banques américaines estimés à environ 1000 milliards de dollars, l’on mesure mieux dans quelle situation se trouve aujourd’hui le système bancaire américain.

Certains économistes dans l’entourage d’Obama avancent même une aide de 4000 milliards de dollars.
Les actifs toxiques des banques américaines pourraient atteindre une somme abyssale de 4000 milliards de dollars.
Ces banques ne devraient-t-elles pas être nationalisées pour éviter que les fonds versés ne soient pas réinjectés sous forme de crédits dans l’économie ?

Les dirigeants et des actionnaires américains avides de profits, de dividendes et de bonus ne changeront pas leurs habitudes malsaines et contre productives sans que la puissance publique leur impose une nouvelle gouvernance.
Ce constat affligeant a été illustré par la décision de ces mêmes banques, alors renfloués par l’Etat, de distribuer à leurs dirigeants une enveloppe de primes de 18 milliards de dollars au titre de l’année 2008.

Le PIB des Etats Unis a reculé de 3,8 % en rythme annuel entre octobre et décembre et cette baisse a touché l’ensemble des secteurs d’activité.
Les Etats Unis ont perdu plus de 2 millions d’emploi en 2008. Les chiffres pour 2009 ne seront sans doute guère mieux.
Barack OBAMA reconnait que ses compatriotes vivent une catastrophe économique.

Aucun économiste si avisé soit –t-il n’est capable de prédire de quelle manière nos économies vont pouvoir surmonter les dégâts occasionnés par les institutions financières dans l’économie réelle.
Cette dérive de ces institutions financières a provoqué une déstabilisation généralisée des échanges commerciaux.

La récession qui a frappé de plein fouet la plus grande économie du Monde, devait obligatoirement se propager aux autres économies de la zone euro et de la zone asiatique.
Les pays émergents qui devaient soutenir la croissance des autres économies fragilisées par cette crise systémique, rentrent aussi dans une période de récession.
Le BIT (Bureau international du Travail) a révisé à la hausse la perte d’emplois dans le monde qui pourrait atteindre 51 millions d’emplois en moins.

Le FMI a revu également à la baisse la croissance mondiale pour 2009. Celle-ci ne devrait pas dépasser 2,2% en moyenne.
L’évolution du PIB de toutes les économies serait en baisse importante. Dans les pays développés, seuls les Etats Unis résisterait le mieux à la crise avec un PIB en recul de 1,6% en 2009.

La zone euro serait la plus touchée avec une baisse de 2%en moyenne.
La France connaîtrait un recul de 1,9%. Pour l’Italie, il serait prévu trois années consécutives de recul du PIB avec un pic de 2,1%.

L’Allemagne, pays le plus riche de la zone euro, devrait connaître également un recul de son PIB de 2,5 % pour 2009.

La Grande Bretagne est le pays pour laquelle la crise devrait être la plus brutale. Son PIB devrait atteindre un recul de 2,8% pour 2009.

Le Japon, deuxième économie mondiale, devrait voir son PIB reculer de 2,6%. Au Japon, tous les clignotants sont au rouge, production industrielle, chômage de masse, baisse de la consommation.

Quant à la Chine qui caracolait les années passées avec un taux de croissance à deux chiffres, celui-ci serait ramené à seulement 6,7 pour 2009.

Ces statistiques augurent mal d’une reprise prochaine de la croissance.
Nous rentrons donc dans une période de turbulence plus ou moins longue et nous commençons à observer une réaction du corps social dans les pays frappés par cette récession sans précédent depuis plusieurs décennies.
Rien ne semble arrêter cette spirale de la descente aux enfers, malgré les plans de relance mis en place par les Gouvernements et les banques centrales.

En France, le plus néolibéral après Bush, Nicolas Sarkozy s’agite sur toutes les ondes, telle une girouette, pour nous faire croire qu’il faudrait simplement réformer le système capitaliste pour retrouver le sens vertueux de la croissance.

Les salariés viennent de lui infliger un démenti cinglant en descendant massivement dans la rue le 29 janvier 2009 pour lui signifier que la politique libérale qu’il conduit depuis son accession au pouvoir en mai 2007, entraine notre pays dans une voie sans issue.
En effet, sa politique de rupture a remis en cause le pacte social, augmenté les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres, et développé la précarité et l’exclusion.

Toutes les protections sociales volent en éclat, alors que dans un contexte de crise telle que celle que nous vivons, tout devrait être fait pour préserver les solidarités et renforcer le lien social.
Tout devrait être fait pour éviter que des fractures plus grandes n’augmentent le délitement de notre société.
Contrairement à ce que Sarkozy osait dire en Juillet 2008, quand la France est en grève cela se voit.

L’appel à la grève des grandes centrales syndicales du 29 janvier 2009 vient de le démentir de façon éclatante. Environ 2,5 millions de travailleurs du public et du privé ont manifesté dans toute la France pour dire NON à la politique du Gouvernement et dire NON aux dérives du système capitaliste.
Cela suffit les provocations et les humiliations Mr Sarkozy. Cessez de prendre les français pour des imbéciles. Cela devient intolérable et insupportable.

Regardez la France profonde, comme elle souffre : chômage en augmentation, travail précaire, baisse du pouvoir d’achat…
Arrêtez de nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
La colère monte dans le Pays. Si vous n’y prenez pas garde le peuple souverain pourrait vous destituer, compte tenu de vos provocations incessantes et indécentes.

En effet, Mr Sarkozy ne souffre pas que l’on conteste sa politique et n’accepte pas la contradiction ou les manifestations.
Le 12 janvier 2009, lors d’un déplacement à Saint Lô , il a été chahuté par des manifestants hostiles à ses réformes touchant à l’Education Nationale (suppression des RASED et baisse des effectifs).

En représailles, il a sanctionné le Préfet de la Manche Jean Charbonniaud et muté le Directeur de la sécurité publique Philippe Bourgade, en leur reprochant de ne pas avoir pris de mesures pour tenir les manifestants à distance lors de ce déplacement. Il est vrai que celui-ci avait entendu que les manifestants le siffler.
Dans quel régime sommes nous tombés ? Mr Sarkozy s’est comporté comme un monarque et a fait un usage excessif du pouvoir que lui donne la Constitution, en réprimant des serviteurs de l’Etat.

Le 15 janvier 2009, Mr Sarkozy s’en est pris de façon injustifiée au syndicat SUD de la Gare Saint Lazare, d’avoir appelé les cheminots à cesser spontanément leur travail le 13 janvier 2009, suite à l’agression d’un conducteur,et ce, en appliquant leur droit de retrait.
Il avait qualifié en déplacement à Vesoul « d’irresponsable l’attitude du syndicat SUD à l’origine du blocage de la Gare Saint Lazare. « la Loi s’applique à tout le monde, y compris à ceux qui appartiennent à SUD »

La Grève qui durait depuis un mois à la Gare Saint Lazare avec l’appui de l’ensemble des autres syndicats, avait été décrétée en respectant les nouvelles dispositions régissant le droit de grève à la SNCF, et si celle-ci a duré aussi longtemps, la responsabilité en incombe entièrement à la SNCF. En effet, il a fallu un mois pour que la SNCF accepte de renforcer de 20 personnes l’effectif de la Gare.
Mme BACHELOT, avec l’accord évident de Mr Sarkozy a osé affirmer qu’il n’y avait pas de problèmes de moyens à l’hôpital mais des problèmes d’organisation.

De leur côté, Les socialistes ont présenté à la presse le 21 janvier 2009 leur contre plan de relance, par l’intermédiaire de leur nouvelle secrétaire Martine AUBRY.
Ce plan de 50 milliards s’articule sur deux axes principaux un volet investissement accompagné de la construction de 300 000 logements sociaux en trois ans soit 26,8 milliards et un volet de soutien à la consommation soit 23,7 milliards.

Le PS préconise une prime de 500 euros pour les plus démunis, une hausse de 3% du salaire minimum, une baisse de la TVA de 19,6% à 18,6%, la création d’emplois aidés, et le gel des suppressions dans l’hôpital et les services publics.

Ce plan a moins le mérite d’exister et de prévoir une relance de l’économie en soutenant la consommation en direction des plus démunis, mais qui semble insuffisant pour redonner espoir à beaucoup de familles en plein détresse.
La grande faiblesse de ce plan, c’est de ne pas avoir prévu dans ce plan de réduire les revenus du capital et du salaire, alors que l’on sait que l’écart entre les deux n’a fait que se creuser ces dix dernières années.

De plus, il n’est pas fait mention dans ce plan de la nationalisation des banques, outil indispensable pour réorienter le financement des entreprises et des particuliers, en interdisant aux banques de spéculer avec l’argent des déposants.
Car les banques françaises ont également utilisé les mêmes produits sophistiqués que les banques américaines pour augmenter leur profit et verser à leurs actionnaires des dividendes.

La proposition du PS d’encadrer les licenciements boursiers en les rendant plus chers, ne va pas assez loin et ne répond pas à la gravité de la situation économique de notre pays. Il aurait fallu étendre cette mesure à tous les licenciements.

Bien que le PS propose la suppression du paquet fiscal, il faudrait également remettre en cause toutes les niches fiscales, qui ne profitent en majorité qu’aux plus aisés des français.
Le PS aurait dû également préconiser que les exonérations fiscales en direction des entreprises soient conditionnées en contrepartie par des créations d’emplois.

Toute La Gauche doit se saisir de ces propositions pour que le PS aille plus loin dans sa critique du système libéral et de l’économie de marché.
Si le PS veut offrir une alternance politique crédible à la droite de Sarkozy, il lui sera nécessaire de rassembler son camp et au-delà pour espérer l’emporter en 2012.

Pour l’heure la crise est profonde et rien ne semble pouvoir l’endiguer.
Que nos gouvernants se méfient de la révolte des exclus du système et de la paupérisation des classes moyennes.
La convergence de ces deux mondes qui se côtoient sans se fréquenter pourrait menacer l’ordre imposé par les nantis qui gèrent nos économies.

Le nombre de chômeurs devrait atteindre dans le monde environ 200 millions d’individus d’ici la fin de l’année de 2009.
Le nombre de personnes vivant avec un peu moins de 1 dollar par jour, soit actuellement 1 milliard d’individus, pourrait augmenter de 40 millions et celui des travailleurs gagnants moins de 2 euros par jour pourrait s’élever entre 2007 et 2009 de 100 millions.

Les travailleurs touchant moins de 2 dollars par mois représentent 50% de la population mondiale soit 3 milliards d’individus.
Les plans de relance décidés par les Etats pour soutenir l’activité sont annihilés par les plans sociaux annoncés par les grandes multi nationales et les entreprises en manque de trésorerie.

Tout indique que la crise économique ne fait que commencer et que bon nombres de salariés vont se retrouver au chômage du fait du comportement irresponsable des banquiers et de leurs actionnaires.
Pour les Etats Unis Roubini envisage une chute supplémentaire de 20% des actions et une augmentation de 6 millions de chômeurs supplémentaire en 2009 et un taux de chômage de 9%.

Le chômage a augmenté fortement en Europe pour atteindre 8% de la population active soit 12 millions et demi de chômeurs. Le taux de suppression d’emploi est le plus élevé depuis deux ans. L’Espagne détient le triste record de la zone euro, près de 14% fin 2008.
Les économistes pensent que l’inflation devrait baisser et inciter la BCE a baissé son taux directeur et donc permettre aux particuliers et aux entreprises d’emprunter pour relancer la machine économique.

Malheureusement tous ces licenciements ne devraient nullement faciliter la reprise, sachant que de plus en plus de personnes se retrouveront exclus du crédit donc dans l’impossibilité de consommer.
Pendant ce temps là, à Davos, les décideurs du Monde entier se sont réunis, comme pour conjurer le sort qui les menace.

Les vertus du politique reviennent à la mode alors que pendant des années, la thèse développée par ces cadors du néolibéralisme et de la globalisation mondiale des échanges était de nous dire que l’économie devait se réguler sans intervention des Etats.

Le résultat de cette doctrine libérale, sans contrainte ni règle, a conduit nos économies dans une récession qui pourrait se transformer en déflation si la crise devait s’aggraver, ce que n’exclut pas certains économistes, tel que Nouriel Roubini.

L’effondrement du système bancaire fait courir une menace sérieuse sur l’économie mondiale et ne permet pas de rassurer à court terme les investisseurs.

Les Gouvernants tentent de calmer les opinions publiques, mais les solutions qu’ils préconisent pour sortir de la crise économique et sociale ne suscitent guère l’adhésion de leurs concitoyens.

Nouriel Roubini , Georges Soros ou Robert Shiller, économistes de renom ,tous prévoient une crise longue éprouvante et ravageuse en termes d’emplois. La révolte sociale n’est pas à exclure devant une dégradation aussi profonde des équilibres de nos économies.

En France, Sarkozy, le président le plus imprévisible des présidents de la V République qui ne cesse de surfer sur des idées bien souvent contradictoires, devrait s’adresser jeudi 4 février 2009 aux français pour essayer de leur présenter une nouvelle fois sa vision de la crise et ses solutions.

Ce président caméléon, populiste et démagogue qui devient de moins en moins crédible, devrait avoir énormément de mal à convaincre ses compatriotes que la sortie de crise passera par des réformes structurelles du pays d’inspiration libérale.

Fabrice LETAILLEUR

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