A Sarcelles, le communautarisme s’enracine et la loi de 1905 est bafouée

Publié le 2 juin 2009 - par

C’est un article du « Parisien.fr » qui nous l’apprend : Sarcelles chouchoute (sic) ses communautés(1)… et d’applaudir le maire de la ville, ainsi que le président du conseil général (faut-il préciser ici qu’ils sont « socialistes » ?) pour nier le principe de laïcité et ne pas respecter la loi de 1905 qui interdit tout financement public de lieux de cultes et autres structures confessionnelles, toutes religions confondues.

On pourrait se contenter de dénoncer la dilapidation et l’utilisation illégale des finances publiques par des collectivités territoriales qui, par ailleurs, se plaignent violemment d’être soumises à des charges indues et de devoir augmenter les impôts pour y faire face. Il est vrai que « c’est la faute de l’Etat et de Sarkozy » et que ces deux élus socialistes se doivent de montrer qu’ils sont dans « l’opposition ». Il serait mal venu pour eux de dévoiler leur gestion aberrante et la responsabilité qui leur incombe dans l’accroissement de la fiscalité locale et territoriale, leur conception de la démocratie et de la transparence ne va pas jusque là…

Ce ne serait pas rien.

Mais, bien sûr, il y a plus…car cette politique qui consiste à distribuer des aides publiques à tout ce qui ressemble de près ou de loin à une religion est une violation flagrante de l’article 2 de la loi de 1905 et l’application anticipée des conclusions du rapport « Machelon », rapport commandé par le sieur Nicolas Sarkozy (alors ministre de l’Intérieur) pour justifier le toilettage projeté de cette même loi…Gageons que le président de la République qu’il est devenu se réjouit fort de voir des élus de sa « supposée » opposition appliquer à la lettre ce qu’il souhaitait promouvoir et qu’il garde encore sous le coude…en attendant que les socialistes, les communistes, les verts et le modem aient fini de « labourer le terrain » concordataire qu’il s’empressera alors de faire produire.

Dans cette perspective, il serait intéressant d’entendre les réactions d’un Henri Pena-Ruiz, dont l’analyse du concept de « laïcité » est lumineuse ( voir son ouvrage : « Qu’est ce que la laïcité ? » – ed. Folio ) et qui, il y a peu, s’adressant à Nicolas Sarkozy, lui expliquait que « la religion n’est pas un service public », devant ce qui est un exemple parfait de destruction de la séparation des églises et de l’Etat et de reconnaissance de la religion comme « service public »…Serait-ce trop lui demander de nous gratifier, au plus tôt, d’une adresse à MM. Pupponi ( digne successeur de M. Strauss Kahn dont la complaisance envers les communautarismes est connue ) et Arnal dénonçant leur dérive anti-laïque et appelant les véritables défenseurs de la laïcité à se mobiliser et à réagir ?…Après tout, favoriser par l’argent public la construction d’espaces religieux assyro-chrétiens, juifs, évangélistes et musulmans (même rebaptisés « centres culturels ») est aussi grave que signer des accords le 18 décembre dernier pour reconnaître la validité des diplômes, aussi bien « canoniques » que « profanes », délivrés par les établissements catholiques d’enseignement supérieur ( Accords Vatican- Kouchner) . Et l’on attend avec impatience que les associations qui se mobilisent, à juste raison, contre ces accords, le fassent aussi contre la politique de la mairie de Sarcelles et celle du conseil général du Val d’Oise quand elle s’attaque au socle laïque de notre République.

D’autant qu’elle s’y attaque aussi – et l’article du « Parisien.fr » le dévoile parfaitement- en reconnaissant la composition en communautés de fait (religieuses ici) de l’espace public unique qui caractérise encore notre République démocratique et qui constitue le socle de la Nation. A ce propos, il est intéressant de lire ce qu’écrit cet autre philosophe de la laïcité qu’est Catherine Kintzler, dans son blog « Mezetulle » le 25 / 05 / 09, en récusant toute forme de communautarisme pour l’espace public, social et politique : « L’identification comme citoyen est donc à l’opposé d’une identification à une collection : elle invite chacun à inscrire sa singularité au régime du droit républicain qui lui garantit notamment l’indépendance à l’égard de tout autre. La diversité y est de principe : celle-ci ne s’y décline pas grosso modo de façon statistique par la distinction de groupes sur des critères descriptifs parfois douteux (couleur de la peau, religion ?) ou sur des sentiments subjectifs d’appartenance, mais au contraire elle érige chacun en sujet singulier. Il n’y a donc rien de plus « divers » qu’un citoyen comparé à un autre citoyen : c’est précisément cette reconnaissance de leur singularité – qui se déploie grâce à des droits identiques pour tous – qui le rassemble »

Gageons que sa protestation sera véhémente face à cette conception sarcelloise de l’espace communal, où chacun semble ne devoir exister que par appartenance à sa communauté sans que l’appartenance à l’espace général public et laïque ne soit mentionnée, sans qu’elle ne soit même envisagée tant il est vrai que les élus socialistes ici concernés ne considèrent leurs administrés que comme des pièces d’un puzzle qu’ils veulent assembler en veillant bien aux limites et aux spécificités de chacune des pièces. C’est ainsi que se délite la laïcité qui nous rassemble et que se prépare l’espace politique et social européen à l’aune du modèle anglo-saxon dont chacun peut voir tous les jours combien il est dangereux et pervers. Un espace public, non plus unique pour rassembler et permettre les luttes collectives et transversales, mais multiple et divisé en communautés arc-boutées sur leurs traditions, leurs lois, leurs particularités, en opposition de fait chacune face à l’autre, fermées sur leurs revendications propres au détriment de l’intérêt collectif.

Amis défenseurs de la laïcité, entendez-vous le bruit sourd des communautarismes qui s’implantent, les discours particuliers des groupes religieux qui veulent s’imposer, les clapotis limpides de l’argent public qui se déverse pour chaque construction d’un lieu de culte, les paroles complices des élus de tous bords qui se laissent aller à la destruction de notre loi essentielle de 1905 et à celle de notre espace public unique et rassembleur ?

Le combat contre les ennemis de la laïcité passe par la dénonciation de l’exécutif municipal de Sarcelles et de celui du département du Val d’Oise…

Nous les condamnons publiquement ici. Ferez-vous de même dans vos publications respectives ?

Nous allons leur écrire. Ferez-vous de même par l’intermédiaire de vos différentes structures ?

Nous allons leur refuser (et refuser à leurs amis) nos voix. Ferez-vous de même en tant que citoyens attachés à la laïcité fondatrice ?

Robert Albarèdes

1 – Le Parisien – Sarcelles chouchoute ses communautés – Infos, actualités Val-d’Oise 95 – 29/05/2009

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