A ceux qui mettent la pensée dans des tiroirs

Publié le 15 mars 2010 - par
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Notre société aime les compartimentations, elle aime que les idées et les concepts soient bien rangés dans des tiroirs bien identifiables. Quand ces concepts sont rangés dans ces tiroirs, impossible d’en sortir. Cela peut être rassurant, mais cela peut instaurer un certain automatisme mental et à un appauvrissement de la pensée. D’autre part, cela confine à une simplification extrême de cette même pensée, pouvant produire cloisonnement et enfermement.

Prenons quelques exemples illustratifs. Le thème de la sécurité appartient à la droite et à l’extrême droite. Celui du social à la gauche, celui de l’immigration à l’extrême droite. Quant à l’écologie, elle appartient aux Verts et la critique de l’islamisme appartiendrait, là encore, à l’extrême droite.

Ces quelques exemples sont frappants et produisent des conséquences politiques importantes. Pendant longtemps, la gauche s’est interdit de parler de sécurité de peur de se faire traiter d’affreux fascistes. Cette même gauche ne veut pas parler d’identité nationale car elle a trop peur d’être étiquetée comme « réactionnaire » et comme nationaliste.

C’est exactement ce qui est en train de se passer avec la critique de l’islam et de l’islamisme. Rappelons, comme nous l’avions déjà écrit dans un précédent article, que l’islamisme correspond bien à un projet politico-religieux (de même d’ailleurs que certains chrétiens : parti musulman de France et parti chrétien démocrate, même combat). Dans cette hyper catégorisation qui cloisonne, enferme et appauvrit, nous ne pouvons pas critiquer l’islam et l’islamisme sans passer pour d’affreux lepéniste. Car il est vrai que le front national ne se prive pas de formuler ce genre de critique. Cependant, il convient d’affirmer que cette critique n’intervient que pour mieux réintroduire et mettre en avant les « valeurs millénaires du christianisme ». Cela ne correspond absolument pas à une démarche laïque. Et puis, bien sur, il y a l’assimilation des critiques de l’islam au racisme. Là aussi, dans un précédent article, nous avions démontré l’aporie de ce genre de raisonnement. En effet, viendrait-il à l’esprit des Licra, Mrap et consorts de traiter de racisme anti blanc quelqu’un qui critiquerait la religion catholique. Alors quoi, ce qui serait valable dans un sens ne le serait pas dans un autre. Cela se nomme une pensée à géométrie variable qui n’a pas vraiment de sens. En fait, ce genre de « pensée » n’est là que pour favoriser le communautarisme.

Je critique l’islamisme et je critique l’islam quand, comme c’est trop souvent le cas, il met à mal le principe républicain de laïcité. Même si je n’aime pas cela, parlons succinctement de mon parcours personnel, dans le seul but de tenter de faire comprendre, si tant est que cela soit possible, l’impasse de ce genre de raisonnement. Vers la fin des années 80, j’adhère à Amnesty International et au parti les Verts, où je ne suis pas qu’un simple adhérent, mais un militant très actif avec toutes sortes de responsabilités. Dans cette période, j’adhère aussi au mouvement « Ras l’front » qui lutte contre la propagation des idées du front national. Plus tard, au début des années 90, j’adhère au syndicat CFDT et, encore plus tard, vers la fin des années 90, je quitte la CFDT pour rejoindre la CGT où j’occupe aujourd’hui des responsabilités locales au sein de l’hôpital psychiatrique dans lequel je travaille. Puis, j’ai quitté les Verts pour rejoindre, dès sa création, le Parti de Gauche pour lequel je fais aujourd’hui campagne en étant présent sur une liste pour les élections régionales.

Alors, en tant que laïque convaincu, quand je critique la pénétration de l’espace public par les religions en général et l’islam en particulier, au regard de ce parcours qui continue encore aujourd’hui, qui osera me traiter de raciste ? Qui aura la malhonnêteté intellectuelle et le culot de m’assimiler aux thèses du Front national et de l’extrême droite ? Je sais qu’il en est de même pour les membres de l’équipe de Riposte Laïque, même si les parcours individuels sont différents, les traiter de racistes n’a pas de sens. Où plutôt si, il y a un sens : jeter l’anathème et même si c’est faux, nous connaissons bien l’adage « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». Qui plus est, cela représente une véritable escroquerie intellectuelle qui n’a prise que sur les gogos de la bien pensance.

La sécurité n’appartient pas uniquement à la droite républicaine et extrême, pas plus que l’identité nationale. L’écologie n’appartient pas seulement aux Verts. Le social n’appartient pas exclusivement à la gauche et à l’extrême gauche. La critique de l’islam n’appartient pas à l’extrême droite quelle qu’elle soit. Refuser de parler et de débattre de l’identité nationale revient à procéder à un refoulement et la psychanalyse nous à démontré tous les dégâts que pouvait produire le fameux « retour du refoulé ». Oui, ce débat sur l’identité nationale a été un scandale sur sa forme et sur ses intentions à peine « voilées », car il a été initié par le ministre de l’immigration et de l’identité nationale à des fins électoralistes pour essayer de capter à nouveau, comme en 2007, les votes de l’extrême droite. Mais sur le fond, il n’y a absolument rien de choquant dans le fait de débattre sur ce qui fonde notre identité française en ce début de XXI° siècle, il s’agit même d’un thème éminemment républicain qui concerne bien l’intérêt général. Avec un peu d’humour, nous pouvons considérer que ce débat aurait pu amener des pistes de réponses aux questions que se pose les Humains depuis qu’ils existent : qui suis-je, où vais-je et dans quel Etat j’erre ?

Un des reproches majeurs que l’on pourrait formuler à l’encontre des meetings de campagnes électorales est que bien trop souvent ils se cantonnent à « prêcher pour des convaincus ». Nous sommes entre nous, nous sommes tous d’accord, nous nous faisons plaisir mais faisons nous réellement avancer le débat démocratique et républicain ? Cette notion de débat, au sens de l’examen d’un problème entraînant une discussion animée entre personnes d’avis différents, est intimement lié au concept de controverse, au sens d’une discussion suivie sur une question motivée par des opinions ou des interprétations divergentes. Cela s’appelle tout simplement le débat républicain, respectueux d’autrui et il faut accepter de débattre avec des gens qui ne sont pas d’accord avec nous, c’est ce que fait régulièrement Riposte Laïque et c’est une bonne chose.

Arrêtons de fonctionner par stéréotypies et cessons de substituer le raisonnement, la pensée, le logos, par des réflexes pavloviens qui tuent le nécessaire débat républicain. La vie est beaucoup plus compliquée que cela et nous ne devons pas nous situer dans du binaire réducteur, mais bien dans une pensée complexe et ouverte si chère aux systémiciens. Cela ne me dérange absolument pas, et cela ne me pose aucun problème de conscience politique, de dire que je suis d’accord avec François Fillon quand il nous assure qu’il y aura une loi interdisant les burqas et autres prisons de tissus pour les femmes.

Encore une fois, il ne faut jamais oublier que si l’extrême droite critique l’islamisme, ce n’est que pour mieux valoriser la religion catholique et affirmer haut et fort les valeurs chrétiennes plutôt que les valeurs humanistes des Lumières. N’oublions pas que le front national soutient Gérard Longuet dans sa prise de position plus que critiquable, c’est un euphémisme, concernant Malek Boutih pressenti pour présider la HALDE. Là, comme avec la « plaisanterie » landaise de Brice Hortefeux, nous sommes bien confrontée à cette trop fameuse droite décomplexée qui ose ce qu’elle n’aurait jamais osé auparavant. C’est exactement ce que dit Christine Boutin quand elle justifie que son forum des républicains sociaux s’appelle maintenant parti chrétien démocrate. Ne nous y trompons pas, dans le cas de Gérard Longuet, cela n’est en aucun cas un dérapage, mais cela signe une pensée qui jusqu’alors avait été mise en sommeil, mais ne demandait qu’à éclore à nouveau. Ils en avaient rêvé, Sarkozy l’a fait.

En fait, tous ces thèmes concernent tout le monde, c’est ça aussi la République.

Pour terminer, revenons quelque peu sur « l’affaire » de l’imam de Drancy. En effet, il nous semble qu’elle est très éclairante. Elle montre bien que la notion d’islam modéré est plus qu’aléatoire. Qu’il puisse y avoir des individus musulmans modérés, certes ; mais il n’y a pas d’islam modéré, il y a l’islam c’est tout avec tout son lot, comme beaucoup d’autres religions, d’horreurs. De la même manière, il ne doit pas y avoir de laïcité positive, il y a la laïcité telle que définie dans la loi de 1905 c’est tout. L’article du Monde de Stéphanie Le Bars en date du 13 mars dernier est très éclairant et montre bien que ce soi disant islam modéré est un leurre et un mensonge.

Comment un collectif comme le « collectif Cheikh Yacine » peut-il exister ? Il fait du prosélytisme islamiste et antisémite et pourtant que font les Licra et autres Mrap, d’habitude si prompt à réagir pour des billevesées. Devrions nous y voir tout simplement un manque de courage acr il est plus facile de s’attaquer à une Fanny Truchelut qu’à ce type de collectif nauséabond qui justifie le terrorisme aveugle et la charia. Dans cette affaire, que font les institutions officielles musulmanes mises en place par notre président au nom de cette fameuse laïcité positive, elles ne disent rien, comme d’habitude. Courage fuyons.

Un lecteur du Monde disait ceci et nous sommes entièrement d’accord avec lui : « Il n’existe pas d’islam républicain, d’islam modéré et encore moins d’islam des Lumières. Il peut exister des musulmans républicains et éclairés. L’islam de France n’existe pas. Nous vivons sur de faux schémas et donc sur des illusions. On peut rêver mais les faits nous forcent à voir des réalités de plus en plus angoissantes ». C’est ce que nous disons dans Riposte Laïque depuis un certain temps déjà et nous continuerons.

Hervé BOYER

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