A l’émission Mots Croisés, Elisabeth Lévy ose dire des vérités qui dérangent

Publié le 16 novembre 2009 - par - 358 vues
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Le 09.11.09, Yves Calvi proposait dans l’émission Mots Croisés un débat dont le thème était : Qu’est-ce qu’être français ?
Avaient été conviés à débattre sur le sujet : Fadela Amara, Secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la Ville ; Dominique Voynet, Sénateur-maire de Montreuil (Les Verts) ; Elisabeth Lévy, Journaliste et essayiste, rédactrice en chef du site d’opinion Causeur.fr et du mensuel Causeur ; Ivan Rioufol, Editorialiste du Figaro ; Hervé Le Bras, Historien et démographe, Directeur d’études à l’Ecole des Hautes études en Sciences sociales.

D’emblée, Fadela Amara intervient longuement dans la première partie du débat, en ces termes :

« Personne ne peut penser un instant que la question de l’identité nationale ou qu’est-ce qu’être français aujourd’hui si c’est pas adossé au respect des valeurs de la République, notamment sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur qui est la question de l’égalité hommes /femmes, n’a pas de sens …. c’est tout le sens d’ailleurs du défi qui nous est lancé à nous tous mais à moi en particulier. C’est la question de la définition, pas de la définition mais du combat pour la République, de la République métissée qui n’est pas la République des communautaristes, qui n’est pas la République de l’addition du différencialisme, des particularismes etc… qui est en tout cas pour moi un vrai danger pour la République, en tout cas celle que j’aime qui est celle de la République métissée où chacun vient avec son histoire mais enrichit justement cette identité nationale dans le respect des valeurs de la République. ……être français pour moi, c’est évidemment adhérer aux valeurs de la République, c’est parler une langue commune le Français, c’est une culture, c’est être héritier d’une Histoire, l’Histoire de France qui m’intéresse particulièrement, c’est se sentir héritier de la Révolution française donc des valeurs universalistes.

….. …… j’ai un profond amour de la France, de la langue française, j’ai aussi un profond respect des valeurs qui font briller notre pays à travers le monde et c’est vrai que ce lien qui nous lie les uns aux autres, ce destin collectif, ce destin commun pourvu qu’on partage justement ensemble ces valeurs qui construisent ce destin commun ……. çà me va très bien. »

Pour ma part, je ne cache pas que la définition de l’identité française donnée par Fadela Amara correspond à s’y méprendre à la mienne.
De mon point de vue précisément, être français, c’est d’abord être de nationalité française et donc être détenteur d’une carte d’identité nationale. Pour autant, être de nationalité française ne suffit pas, selon moi, à être français. Dès lors, je complète mon propos précédent en affirmant qu’être français, c’est également défendre et partager les valeurs de la République française, sa laïcité, sa langue, son histoire, sa culture. En un mot sa Mémoire, en acceptant à la fois de regarder en face et sans larmes ni haine ses zones d’ombre pour ne pas reproduire les erreurs, les fautes, parfois les drames de notre Histoire collective passée, mais aussi ses zones de lumières afin d’encourager chacun de nous à s’inscrire dans un projet de société progressiste et humaniste.

Mais dire cela ne permet pas pour autant de résoudre les questions de fond directement liées au concept d’identité française. En effet, la question n’est pas tant de se demander  » Qu’est-ce qu’être français ?  » que de poser la question suivante :  » Pourquoi une part non négligeable de la population française insulte sans cesse la France et affiche ostensiblement dans l’espace public des valeurs contraires à celles de la République française ? « . Et aucun acteur de la société française ni aucun acteur de la classe politique française ne répondra à la première question en refusant de répondre prioritairement à la seconde question, faisant comme si tous les habitants de notre pays adhéraient systématiquement à ces valeurs.

Cet aspect du débat mené par Yves Calvi était à l’évidence complètement occulté jusqu’à ce que Madame Lévy intervienne avec une franchise de ton que bien des esprits confortablement installés dans les débats policés des ambiances feutrées de certains salons et oh combien d’usage dans quelques milieux de  » l’élite parisienne  » souvent hélas fermée aux réalités de la vie quotidienne de nombre de nos concitoyens, celle qui ne fréquente pas  » le bon peuple « , auraient probablement qualifiée d’  » insolence déplacée  » , mais qui pour moi du moins a eu l’incomparable mérite de rompre la monotonie ambiante du débat d’une part, de soulever d’autre part enfin des vérités qui semblaient pour le moins déranger, y compris sur le plateau :

 » C’est quand même un peu loin de ce qui se passe aujourd’hui ce que vous dites … Pourquoi on a ce débat ? Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt. On a ce débat pourquoi aujourd’hui sur l’identité nationale et surtout pourquoi il provoque tant de polémiques, que le fait qu’il soit organisé par un ministre, c’est quand même un peu étrange, c’est quand même l’activité d’éveil pour la classe France, mais bon passons. Je veux dire Il y a un vrai débat, les gens s’en emparent. Pourquoi ? Tout simplement parce que le visage de la France et l’identité française a changé non seulement parce que nous avons eu en quelques années assez rapidement une très forte immigration d’origine extra-européenne mais parce que pour la première fois, une partie, une infime partie certainement mais c’est aussi celle qu’on entend, je veux dire une partie de cette population française, une partie de nos concitoyens affiche de façon déterminée et souvent très bruyante, parfois illégale, je veux dire son hostilité à la France … Je veux dire, c’est pas seulement siffler la Marseillaise …C’est quand même quelque chose de nouveau … »

Semaine après semaine, Riposte Laïque alerte l’opinion publique au sujet de l’hostilité grandissante que manifeste une partie de la population française vis-à-vis de la France et des valeurs de sa République, des entorses gravissimes faites fréquemment au principe de laïcité, à l’égalité hommes/femmes ….entorses parfois du reste aisément relayées par nos élus locaux. Le tout au risque d’ailleurs de nous être vus, à Riposte Laïque, dans une période pas si lointaine être collectivement qualifiés de  » racistes  » et/ou de  » néonazis  » d’une part, de voir certains de nos rédacteurs agressés dans leur activité professionnelle quand ils ne reçoivent pas directement des menaces de mort ! Nos détracteurs oubliant sans doute que c’est en renonçant lâchement à dénoncer les atteintes portées aux principes et valeurs de notre République que l’on fait justement le lit du fascisme … et non l’inverse comme nous nous y employons sur notre journal.

Alors, après parution du présent, article, Madame Lévy sera-t-elle, elle aussi qualifiée de  » raciste  » pour avoir osé dire sur un plateau de télévision ce que plus personne n’ose dire ? Ce qui serait le comble.
Aussi et pour appuyer les propos on ne peut plus réalistes d’Elisabeth Lévy, je me permets de prendre ici un exemple illustratif de la situation parfois préoccupante à laquelle nous sommes actuellement confrontés en France et que je vais délibérément longuement développer afin que chacun comprenne les enjeux du présent débat sur l’identité française : celui d’Houria Bouteldja, porte-parole du mouvement Les Indigènes de la République, notamment mais pas exclusivement dans le cadre du débat sur le voile.

Le 09.09.09, Elisabeth Badinter fut auditionnée par la Mission d’information sur la pratique du port du voile sur le territoire nationale à l’Assemblée nationale. Voici ce qu’elle a par exemple déclaré ce jour là, avec beaucoup d’intelligence et de talent comme à son habitude du reste, Elisabeth Badinter étant une des trop rares intellectuelles à avoir alerté l’opinion publique depuis de nombreuses années sur le développement de pratiques contraires à l’esprit de notre République, pratiques qu’elle constatait dans le cadre de l’exercice de son métier d’enseignante – le port du voile par de plus en plus de jeunes filles instrumentalisées :

« Les femmes sont instrumentalisées pour être l’étendard bien visible de l’offensive intégriste, des intégristes en tous points hostiles aux principes démocratiques de l’Occident et en particulier à l’égalité des sexes. Face à cela, devons-nous détourner le regard, mettre un mouchoir sur les principes chèrement acquis qui fondent notre  » vivre ensemble  » ? ».

Dans une contribution datée du 17.09.09, Houria Bouteldja répond alors à Madame Badinter en ces termes que chacun appréciera tant sur la forme que sur le fond.

« Elisabeth , va te faire intégrer ! …..
….. Finalement, je me suis dit, quoi de pire pour elle que de la traiter de (sale) arabe ?
Vous allez me dire que je débloque. Son nom, c’est Badinter pas Ben Couscous ! …..
Observez-la bien.
Qu’est-ce qui se passe, pendant qu’avec ses fadélas et autres dounias, elle mène sa croisade contre la burqa ? Pendant qu’avec la complicité des médias elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour endiguer l’islam, comme jadis Truman, endigua le communisme ? Pendant qu’elle sermonne les musulmans, les sommant, du haut de son magister de la défense de l’identité nationale, d’aimer la France ou de la quitter ?
…… ……. …….
Ses armes ? Des mots. Des mots qui nous font la guerre. Des mots qui nous étiquettent, nous fichent, nous figent. Des mots pour nous étouffer, empêcher notre respiration : diversité, intégration, minorités visibles, black, beurs, islam modéré, territoires perdus de la république ….. Et pourtant, nous respirons et notre souffle, est ARABE, AFRICAIN, MUSULMAN. Il est BANLIEUSARD.
…… ……. ……..
…… Aussi douloureux que cela puisse être ressenti par les écorchés du drapeau et les thuriféraires d’une France éternelle et gauloise : NOUS TRANSFORMONS LA FRANCE. En d’autres termes, elle aussi, S’INTEGRE à nous. …… …….. ……..
Pourtant ainsi, et çà n’est pas une mince affaire, nous obligerions Elisabeth à assumer sa part de nous – même. Une gageure.
…….. Elisabeth, VA TE FAIRE INTEGRER !!! »

Madame Bouteldja est la négation même de l’identité française : rejet de la laïcité et des valeurs de la République française en ce qu’elle promeut avant tout le communautarisme. Négation du vivre ensemble en y excluant d’emblée  » les blancs « . Rejet du débat, donc de la différence d’opinion dans le respect de l’autre et en conséquence du fondement même de la démocratie. Propos à caractère diffamatoire à l’encontre de Madame Badinter …

Notons plusieurs points néanmoins :

1/  » Mener une croisade contre la burqa « , ce n’est nullement faire preuve de racisme mais c’est tout au contraire s’attaquer au fascisme politico-religieux qui gangrène un certain nombre de territoires de la République française.
Madame Lévy elle-même, au même titre du reste que l’ensemble des participants de l’émission Mots Croisés, s’accordera à défendre l’idée qu’il faut combattre la burqa :
« Je pense qu’il faut quand même être un peu dur et dire  » Il y a un certain affichage des différences qui est insupportable « . La burqa en fait partie ».
Madame Voynet elle-même, à la question posée par Elisabeth Lévy « Vous êtes pour une loi contre la burqa ? « , répondra  » Je m’y résignerai « . Eurêka ! C’est un scoop, une élue du Parti Vert reconnaît enfin que la burqa est une menace pour les valeurs de la République française. Que de progrès dans cette aile de la gauche qui, il n’y a pas si longtemps encore, n’hésitait pas à stigmatiser ceux qui ne partageaient pas exactement le même avis sur ce sujet !
Quant à Hervé Le Bras, il résumera sur le sujet parfaitement les enjeux du débat :

« Ah ! Pour moi, on est au stade universel effectivement, je réprouve les Etats où on ne prend pas ce point en considération parce que je pars d’une définition de l’espace public et là, je pense qu’on est à un stade qui est même au-dessus des simples questions nationales qui est un stade de profonde philosophie politique. »

Point de vue qui rejoint du reste parfaitement le combat que nous menons à Riposte Laïque et dont nous sommes fiers de constater qu’il est partagé par des personnes venues d’horizons aussi différents qu’André Gérin (PC), Jacques Myard (UMP), Philippe Esnol (PS), Michèle Vianès et Annie Sugier pour l’équipe de Riposte Laïque, Abdennour Bidar (philosophe), Sihem Habchi (présidente de Ni Putes ni Soumises), Elisabeth Badinter (philosophe), Yvette Roudy (PS), la Grande Maîtresse de la Grande Loge Féminine de France Denise Oberlin.
Oui, en effet, défendre les valeurs de la laïcité et donc cette part fondamentale de l’identité française, c’est aussi refuser de voir des femmes  » faire le choix  » ou être contraintes de porter le voile, intégral ou pas, pour au final ressembler à des cercueils ambulants. C’est cela aussi « être français ».

2/ « … NOUS TRANSFORMONS LA France. En d’autres termes, elle aussi S’INTEGRE à nous. »

Ce n’est pas à la République française de s’intégrer à l’islam ou à toute autre religion mais aux religions de s’intégrer à la République française.

Voilà ce qu’est la réalité du discours de Madame Bouteldja. N’oublions pas du reste que Madame Bouteldja a combattu avec acharnement et à plusieurs reprises l’identité française en :

– s’opposant en son temps à la loi contre les signes religieux à l école, et donc à la laïcité, considérant l’interdiction du port du voile comme une pratique néo – coloniale, voire comme une nouvelle Affaire Dreyfus. Pourtant, n’en déplaise à Madame Bouteldja, défendre l’identité française c’est aussi et peut-être plus que jamais défendre notre modèle laïc.
– en parlant lors de l’émission « Ce soir (ou jamais !) » de Frédéric Taddeï le 21.06.07, des  » souchiens « , comprenez les  » blancs  » ….  » parce qu’il faut bien leur donner un nom « . Etaient alors notamment présents sur le plateau Frédéric Mitterrand, François Rollin, Edgar Morin, Fernando Arrabal, Caroline Fourest, le chanteur Abd Al Malik, le cinéaste Jean-Jacques Beineix mais curieusement personne n’a jugé impérieux de réagir à un discours raciste, ouvertement anti-blanc ! Un an plus tard, le ministre Brice Hortefeux est revenu sur l’idée que Madame Bouteldja  » traite les Français de sous-chiens « , assurant qu’il ne laisserait pas prononcer de tels mots sans réagir. Ce qu’elle démentira en y voyant des déclarations purement mensongères. Nous sommes fin 2009, j’invite donc Monsieur Hortefeux à réagir désormais très rapidement aux torrents de boue déversés par le site des Indigènes de la République sur la France. Et qu’on ne vienne pas invoquer la liberté d’expression dans cette affaire car, à ma connaissance, la liberté d’expression ne consiste pas à cautionner des discours d’exclusion, racistes, quand ils ne sont pas également antisémites et/ou antisionistes. Voilà ce que c’est que la négation de l’identité française selon moi : c’est aussi le rejet de toute une partie de la population française sous le seul prétexte qu’elle est effectivement et à l’image de beaucoup d’autres, par ailleurs du reste malgré elle l’héritière d’une Nation au passé colonialiste et, par voie de conséquence, c’est l’incapacité d’apprécier de manière objective le passé du pays dans lequel on est né ou qui vous a accueilli sans en parler de manière systématiquement abjecte, posture qui ne permet du reste jamais de bâtir un avenir meilleur. Sans doute serait-il plus intelligent que Madame Bouteldja proposât de réunir tout le monde autour de la table pour ouvrir le dialogue au lieu, comme elle s’acharne à le faire, de dresser  » la France des arabes, africains, musulmans, banlieusards  » contre celles des  » blancs « . J’ajoute qu’il n’existe pas d’hérédité du racisme, de la xénophonie ou de l’antisémitisme comme semble l’insinuer Madame Bouteldja et en reportant sur les générations actuelles les erreurs, les fautes, voire les crimes commis parfois par les générations précédentes, elle se trompe de combat. Aucune Nation ne construit jamais l’avenir sans avoir le courage d’affronter son passé et le devoir de mémoire ne doit en tout état de cause jamais puiser ses sources dans la haine des autres. Jamais. C’est l’affaire de chacun de nous que de tenter d’y parvenir. De tous. Et surtout pas celle de telle ou telle communauté en particulier !

Elisabeth Lévy lancera d’ailleurs, à un moment du débat, cette piqûre de rappel à laquelle devrait être attentive Madame Boutelfja et tant d’autres, notamment les agités du M.R.A.P qui ne cessent de clamer que la France serait raciste :
« Cela fait des années qu’on chante sur tous les tons que l’immigration c’est une chance pour la France, alors qu’il y a des gens qui trouvent que c’est une chance, des gens qui le vivent moins au quotidien comme une chance …. Mais on a complètement oublié de dire aussi que la France c’est une chance aussi pour les gens qui y viennent, c’est un cadeau la culture française. Donc si vous voulez, on passe notre temps si vous voulez à dire que la France c’est un pays de salauds qui a commis toutes sortes de crimes, qui discrimine, qui est raciste …. »

A une question d’Yves Calvi qui lui demandait si elle faisait du débat sur l’identité nationale en réalité un débat sur l’immigration, Elisabeth Lévy répond :

« Excusez-moi… ce sont des français. Donc on ne parle plus d’immigrés là, on parle de français d’origine étrangère. …… vous avez une forte proportion de français qui sont aujourd’hui d’origine maghrébine et africaine parce que c’est de çà dont on parle. Je veux dire que çà a forcément changé en termes d’appartenance, d’autant plus que comme je viens de vous le dire, une partie de cette population manifeste une hostilité … non seulement à la France en tant que telle mais à un certain nombre de valeurs. …….. Je vais vous donner un exemple … il y a la liberté de conscience. Il n’y a pas très longtemps, il y a un intellectuel tunisien français qui s’appelle Abdelwahab Meddeb qui a poussé un grand coup de gueule dans je ne sais plus quel quotidien disant  » C’est incroyable, il y a des zones de notre pays … où les gens sont soit obligés de faire le ramadan soit de faire semblant parce que sinon ils se font casser la gueule à l’école… ». C’est pour çà que je parle de la liberté de conscience … pour moi, par exemple, en France, on doit pouvoir partout ne pas faire le ramadan … »

C’est courageux de la part d’Elisabeth Lévy d’avoir osé dire ce que personne n’a voulu ou osé, je ne sais précisément, dire sur le plateau de Mots Croisés, à savoir qu’une part de la population française exprime depuis quelques années une hostilité à l’égard de la France en prenant l’exemple des atteintes portées à la liberté de conscience de chacun, notamment de ceux des français de confession musulmane qui choisissent de ne pas faire le ramadan. Tout comme il est permis d’être juif et de ne pas faire le shabbat ou d’être catholique et de ne pas faire le carême.

Et contrairement à la réaction de l’un des participants au débat intervenu en déclarant « c’est une infime minorité », les faits démontrent tout au contraire que nombreux sont les exemples de cette part de la population qui méprise le principe même de laïcité qui constitue l’un des fondements de la République française.

□ Que penser en effet du  » spectacle  » donné dans le XVIIIème arrondissement de Paris dans le quartier de Barbès, à l’origine d’un documentaire de Maxime Lépante paru sur notre journal récemment, où l’on voit les musulmans qui installent leur tapis de prière sur les trottoirs, où les responsables de la mosquée Myrha et de la mosquée Polonceau barrent les rues avec des barrières, parfois avec des voitures sans que Monsieur Vaillant ne trouve rien à redire ?
Est-ce à dire pour autant que ce phénomène serait marginal ? Certainement pas ! A Puteaux, ville dirigée par Joëlle Ceccaldi-Raynaud, c’est la mairie qui donne son autorisation au blocage de la rue Saulnier par les musulmans ; rue Saulnier où des haut-parleurs diffusent la prière en arabe dans toute la rue et sur plus d’une centaine de mètres.
Récemment encore, l’un de nos rédacteurs, Roger Heurtebise, dressait le même constat dans les rues Récollettes et Thubaneau de Marseille, écrivant judicieusement : « On s’étonne du silence des laïques marseillais, comme nous sommes consternés de la discrétion des laïques parisiens. » Car effectivement, voilà le problème majeur aujourd’hui : ceux de la classe politique française qui ouvrent un débat sur l’identité nationale et invitent les français à répondre à la question  » Qu’est-ce qu’être français ?  » sont aussi ceux dont les élus locaux  » au mieux  » acceptent tacitement, au pire facilitent, encouragent, voire valident l’occupation de l’espace public transformé en lieu de prière. Est-ce être français que de bafouer de la sorte les règles les plus élémentaires de la laïcité ? Non et malheureusement, nos élus locaux, de droite comme de gauche, ne donnent pas l’exemple en la matière !

□ Comment ne pas être affligé en apprenant que cette année, le Ministère de la Défense a décidé d’affréter un avion pour permettre aux musulmans de l’armée française de se rendre en pèlerinage à la Mecque ? Le tout sans que l’Armée française ne trouve rien à redire, elle non plus !

Au cours de du débat proposé par Yves Calvi, Ivan Roufiol résumera au demeurant parfaitement bien ce que révèlent les exemples que je viens de soumettre à la réflexion de nos lecteurs :

« La question, c’est le renoncement qu’a eu la République depuis 10 ou 20 ans à faire imposer ses valeurs essentielles, et notamment la laïcité dans l’espace public. »

Elisabeth Lévy citera par ailleurs au cours de l’émission d’autres exemples tout aussi symptomatiques :

« Ce que vient de dire Ivan est juste, la France a de plus en plus ce qu’on appellerait sa politique d’accommodements raisonnables, c’est-à-dire on recule là un peu à l’école, on autorise les piscines pas mixtes et puis là on va dire que çà arrange les élèves juifs et musulmans, plus de porc à l’école …. non mais bien sûr ce sont des reculs permanents ….. sur le Figaro, on vient de voir il y a quelques jours un papier extrêmement important sur le fait que les entreprises sont confrontées à des revendications de plus en plus fortes parce que forcément s’il y a dans l’entreprise 90% de gens qui disent  » Nous on veut que çà s’arrête à telle heure pour faire la prière « , eh bien finalement elles vont céder. Mais on voit bien, à l’école, il y eu un rapport il y a quelques années, c’était le Rapport Obin, on voyait bien que les entorses à la laïcité se multiplient. »

Pourquoi Madame Lévy a-t-elle été la seule à avoir le cran de rappeler l’existence du Rapport Obin dans un débat aussi fondamental que celui de l’identité française et quand on sait que le concept d’identité nationale se construit aussi à l’école, là où on aurait attendu que les réalités préoccupantes soulevées par ce rapport datant de juin 2004 soient plutôt remémorées par un membre du gouvernement, en l’occurrence Madame Amara présente sur le plateau ? Je note d’ailleurs que sur ce point précis, personne n’a exprimé le souhait d’approfondir le débat sur le Rapport Obin, sujet qui aurait pourtant été passionnant dans le cadre d’un débat sur l’identité française.
Alors, souvenons-nous de ce que nous apprend le Rapport présenté par l’Inspecteur de l’Education Nationale Jean-Pierre Obin, intitulé « Les signes d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires » ? Quelques exemples ici parmi d’autres :

– Concernant l’action des municipalités et des associations :

« Selon certains de nos interlocuteurs, face à ces évolutions pour le moins inquiétantes, les pouvoirs publics ne semblent pas toujours réagir à la hauteur des enjeux, ou réagissent parfois à contresens. L’action des municipalités et des travailleurs sociaux semble, à certains endroits, parfois ambigüe. Constatant et déplorant la disparition des filles des activités sportives et des centres sociaux, au lieu de lutter contre le recul de la mixité, il arrive qu’on s’y résigne, quand on ne l’encourage pas en proposant des activités non mixtes ou des horaires réservés. Dès lors, il n’est pas étonnant que la pression religieuse se reporte sur le seul lieu de mixité assumée qui subsiste encore dans ces quartiers : l’établissement scolaire. »

– Les écoles primaires :

« … on signale des refus de la mixité, ceci dès l’école maternelle, de la part de petits garçons. Les cas des fillettes voilées semblent également se développer ….. Les activités corporelles et artistiques semblent être particulièrement visées : refus de chanter, de danser, de dessiner un visage ; le refus de jouer de la flûte revient à plusieurs reprises sans que l’on sache précisément à quel interdit cela correspond. »

– Concernant l’antisémitisme et le racisme :

« L’apologie du nazisme et de Hitler n’est pas exceptionnelle : elle apparaît massivement dans d’innombrables graffitis, notamment de croix gammées, et même parfois dans des propos ouvertement tenus à des instituteurs, professeurs et personnels d’éducation. Ces agressions n’épargnent pas des personnels ni d’autres élèves, comme cette collégienne turque nouvellement arrivée en France et devenue le souffre-douleur de sa classe parce que son pays  » est un allié d’Israël  » »

Le Rapport Obin met également en lumière :

– le dossier des conversions à l’islam et la méconnaissance du sujet par les enseignants. Il précise notamment que ce que les enseignants appelaient  » les barbus « , les élèves les appelaient  » les grands frères « .
– le sujet des mosquées, démontrant que peu d’enseignants savaient, du moins en 2004, que les mosquées sont un lieu d’enseignement.
– Le refus exprimé ouvertement par certains élèves de se plier aux enseignements officiels de l’Education nationale, à savoir :

§ En Education physique et sportive, tel élève refuse de se baigner dans une piscine  » dans l’eau des filles « .
§ En Philosophie, certains élèves renient la philosophie de Jean-Jacques Rousseau. Et donc l’Esprit des Lumières mais aussi l’enseignement de notre langue française.
§ En Histoire, certains élèves refusent d’étudier le chapitre consacré à la construction des cathédrales et donc rejettent ce qui est aussi, qu’on le veuille ou non, qu’on l’apprécie ou non, une part non négligeable de notre identité nationale, à savoir que l’Histoire de la France, Fille aînée de l’Eglise, s’est longtemps inscrite dans une tradition chrétienne très marquée.

Il faudra donc bien qu’un jour dans notre pays, la France, un Ministre de l’Education Nationale au moins, ce serait mieux encore si c’était un Président de la République, peu importe du reste qu’il soit issu des rangs de la gauche, du centre ou de la droite républicaines, ait le courage de s’adresser en ces termes à la Nation concernant l’avenir de notre école républicaine, termes que je propose ici :
« Face aux évolutions préoccupantes observées dans l’enceinte scolaire, le temps de la récréation est terminée. Désormais, nous ne perdrons plus de temps à tenter de convaincre les familles dont les enfants ou adolescents contestent, rejettent, vilipendent tant les programmes d’enseignement que l’autorité des enseignants, à se plier aux règles qui régissent l’institution scolaire laïque républicaine française. A partir d’aujourd’hui, les élèves qui n’accepteront pas ces règles ne seront plus inscrits au sein d’un établissement de l’institution scolaire publique. Ils devront par ailleurs répondre à l’obligation d’instruction prévue par nos textes en ayant le choix entre soit suivre un enseignement à distance sous contrôle des autorités de l’Education nationale habilitées à exercer ce suivi, soit s’inscrire dans une école privée. »

Qui va avoir le courage de prononcer un jour, dans notre classe politique, les mots qui fâchent et rompre ainsi avec le discours lénifiant que nous entendons tous depuis trop longtemps et qui nous a collectivement conduits à constater les dérives décrites par le Rapport Obin ? Qui ?

La vérité, c’est que le débat public sur l’identité nationale n’aboutira à rien si personne ne soulève jamais la question de la complicité affichée de certains élus et/ou de la complaisance de certaines institutions avec le développement observé et vérifié en France de pratiques prosélytes contraires aux lois de notre République et en particulier à l’un de ses piliers, la laïcité. C’est en cela que le courage d’un André Gérin ou d’un Jacques Myard méritent d’être salués car en ouvrant le débat sur le port de la burqa, ils nous ont rappelé que nous avions méprisé, négligé, voire oublié les fondamentaux de ce qui fait le ciment de la culture française, les fondamentaux de l’Histoire de la République française.
En d’autre termes, ce que révèle le débat sur l’identité nationale, c’est qu’il ne nous permettra pas d’échapper collectivement à l’examen objectif de la responsabilité d’une part de la classe politique française dans l’abandon qui a été le sien depuis presque trente ans maintenant de certains principes et valeurs qui régissent notre République. Qu’avons-nous fait de notre héritage du Siècle des Lumières en France ? De celui de la Révolution française ? De celui des grandes lois votées sous la IIIème République de Jules Ferry ? Posons-nous seulement la question et ensuite nous pourrons répondre à celle-ci : « Qu’est-ce qu’être français ? »

Bonapartine
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(1) Voir l’émission Mots Croisés

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