A lire : Chroniques des petits abus de pouvoir, de Régine Dhoquois et Anne Zelensky

Publié le 27 septembre 2010 - par
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Notre amie Anne Zelensky vient d’écrire un livre, en compagnie de Régine Dhoquois, intitulé : « Chroniques des petits abus de pouvoir ». Je ne connais pas Régine, et j’ai le plaisir de connaître Anne depuis sept ans. La sachant sourcilleuse sur la question du pouvoir, j’ai donc lu ce livre avec une grande curiosité.

J’ai toujours jugé les personnes en fonction de leur approche du pouvoir. J’ai ainsi souvent vu, dans ma vie militante, des personnes tendant des discours remarquables, et se comporter de manière ignoble. J’ai également vu des « ennemis de classe » avoir énormément d’élégance, voire de générosité, dans les rapports humains.

J’ai toujours senti chez Anne, dans les réunions où je l’ai cotoyée, une vigilance très forte sur tout ce qu’elle pouvait ressentir comme un abus de pouvoir : parler fort, monopoliser la parole longuement, interrompre fréquemment un intervenant pour le déstabiliser, voire déformer ses propos. Cela ne l’empêche pas, par ailleurs, de ne pas être toujours tendre, dans les divergences.

En 25 chapitres, Anne et Régine nous font voyager dans un quotidien fort varié.

J’ai particulièrement retenu plusieurs anecdotes, à la lecture de tous ces chapitres.

D’abord, celle de Raymonde, cette adorable militante de la Ligue des Droits de l’Homme, qui est toute fière de représenter sa section, au congrès national. Elle veut bien faire les choses. Elle lit tous les textes, et les soumets à ses adhérents, pour les amendements. Elle veut retranscrire la parole de la base, lors de ce congrès, mais ce n’est jamais le bon moment, et elle se fait régulièrement rabrouer, voire conspuer. On l’accuse carrément de vouloir saboter les travaux du congrès ! Une seule personne fera preuve d’humanité à son égard. Un vieux monsieur, qui lui dira, en lui offrant un café : « Chère madame, les résolutions de congrès n’ont aucune importance, elles vont aller directement dans les poubelles de l’Histoire. Alors, la prochaine fois, ne vous fatiguez pas tant ».

Dans un autre chapitre, l’épisode du pouvoir que se donnait un homme, dans le milieu associatif, m’a fait penser à beaucoup d’expériences personnelles. Une manière de s’imposer en humiliant les autres, une pression permanente exercée sur les autres militants, une véritable prise du pouvoir par le terrorisme intellectuel. Une méthode sournoise qui consiste à dire que tout ce que font les autres est nul, et que seul ce qu’il demande aux autres de faire (car il parle, mais agit peu) a de l’importance. L’auteur de ce chapitre mettra des années à oser passer à l’acte, et à envoyer balader ce sinistre personnage.

Naturellement, le chapitre 24, intitulé « Un bon chef » a retenu mon attention. On comprend rapidement qu’Anne parle d’une réunion de la rédaction de Riposte Laïque. Elle y fait une description savoureuse de quelques personnages de notre équipe, dont elle a moifié le nom. Beaucoup de tendresse dans cet écrit, avec quelques coups de griffe sans lesquels Anne ne serait pas ce qu’elle est.

Régine Dhoquois et Anne Zelensky, dans un livre léger, ont parfaitement réussi à faire passer leur message. Après avoir lu ce livre, on ne pourra qu’être encore plus vigilant, pour essayer de ne pas ressembler à quelques tristes sires épinglés tout au long de cet ouvrage, dont je conseille la lecture à celles et ceux qui se réclament des esprits libres.

Pierre Cassen

Chroniques des petits abus de pouvoir
Régine Dhoquois et Anne Zelensky

Editions L’Harmattan

182 pages – 16 euros

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