A mon ami Marc Blondel, les “opiums du peuple” ne produisent pas tous les mêmes effets, en 2009

Publié le 5 mai 2009 - par

Les récentes prises de position d’Henri Pena Ruiz ont provoqué des réactions, en particulier la mienne. A suivre son raisonnement, je me retrouvais devenu comme un monsieur Jourdain de la politique, appartenant, sans le savoir, à un réseau « d’extrême droite ».
Je renvois nos lecteurs vers les articles incriminés. Ils verront si « à l’insu de mon plein grès », j’aurai consommé et distillé de l’extrême droitisme …

Depuis, j’ai pris connaissance de l’article de Marc Blondel. Ce texte est intéressant. Il permet d’ouvrir un véritable débat en rapport avec les autres questions qui confrontent depuis toujours le mouvement ouvrier.

Nous nous connaissons bien Marc Blondel et moi, depuis de très nombreuses années. Je voudrais donc lui répondre, en toute amitié. Je voudrai lui répondre, en attirant son attention sur une question que je crois d’une importante politique pratique, en ces temps marqués par l’offensive des gouvernements de la conférence des états islamiques dont la revendication, non ouvertement acceptée par les nations unies à Durban2, concerne le délit de blasphème. Ce délit vient de donner lieu à une loi en Norvège

La Norvège, sans devenir une Arabie saoudite du nord, n’est plus vraiment une Démocratie politique scandinave. Marc Blondel le sait-il ?
Marc Blondel reproche aux critiques de Pena Ruiz de faire un distinguo erroné, notamment entre Islam et catholicisme, parce que l’un serait devenu moins dangereux que l’autre pour la Laïcité.

Marc nous explique, je le cite, que, « ce n’est pas la religion, combien de divisions », mais, « la religion opium du peuple ».
Je voudrai faire observer à notre ami qu’il y a toutes sortes d’opium du peuple, et toutes sortes de drogues. La médecine et la législation pénale font d’ailleurs une distinction entre les drogues dures et les drogues douces d’une part, et d’autre part, n’importe quel tribunal correctionnel fera la différence entre un dealer à la sauvette, qui vend son opium, son shit ou son héroïne, à qui veut bien l’acheter et un gang organisé forçant ses clients à consommer pour en faire un marché captif n’ayant pas le droit de cesser de consommer.

Vendre à des acheteurs volontaires ou contraindre sous la menace de mort, c’est la même chose ? C’est ce que nous semble nous expliquer l’argument mis en avant par notre ami.

Je voudrai attirer son attention sur ces faits d’histoire bien connus.
Bismarck, dont on connaît la tendresse pour Bebel, Liebknecht et le mouvement ouvrier allemand, tendresse qui se traduira par la loi contre les socialistes, chercha à dériver l’hostilité ouvrière et populaire sur un bouc émissaire, en la circonstance l’église catholique en Allemagne. Je ne crois pas qu’Engels ait approuvé le « Kultur Kampf » de Bismarck. Je crois même me souvenir que le cofondateur du socialisme scientifique encouragera ses camarades à défendre les libertés cultuelles des catholiques allemands qui ne prétendaient plus imposer (1), autour d’eux, leur opium ; en d’autres termes ils n’imposaient plus leurs dogmes à ceux qui n’y croyaient pas ou les réfutaient publiquement.

Après qu’Adolphe Hitler ait pris le pouvoir, pour contrôler absolument la société allemande, il s’en prit à la liberté d’action de l’église catholique. Léon Trotski invita les militants de la Quatrième internationale en Allemagne à défendre l’autonomie et les libertés de culte de l’église papiste. Engels et Trotski étaient-ils devenus des adeptes de l’opium du peuple ?

Je voudrais faire amicalement observer à Marc Blondel : le signe d’égalité qu’il met entre toutes les religions, entre tous les cultes et toutes les tendances ou courants au sein des religions, le ramène à ce gauchisme que Lénine fustigeait et appelait justement « infantile ». Cet épisode du mouvement politique dans la classe ouvrière considérait : que tous les états et tous les régimes et gouvernements se valaient ; pour les gauchismes, ils se valaient, dans la mesure ou ils ne s’attaquaient pas à la propriété privée des grands moyens de production et d’échange. Pour les gauchismes, ils étaient tous des gouvernements bourgeois ; ils étaient tous des dictatures du capital.

Sans partager le sens de la nuance de Jean Jaurès, le révolutionnaire russe savait distinguer entre un gouvernement et un régime d’état de « pendeurs knouteur », comme le tsarisme, et un régime politique laissant la classe ouvrière s’organiser et déposer ses revendications.

Trotski, lui aussi savait faire une différence entre la démocratie bourgeoise, qui contient des éléments plus ou moins développés de « démocratie prolétarienne », ou s’organisent et agissent des syndicats indépendants (non inféodés à l’état par la loi), des partis politiques, dont des partis préconisant la révolution prolétarienne, où la classe ouvrière peut défendre ses revendications et, à l’inverse, des gouvernements ou tous ces éléments de démocratie ouvrière, même les plus modestes, n’existent pas ou ont été anéantis (le fascisme).

Ne pas distinguer, en 2009, entre les religieux qui veulent imposer leur « opium du peuple » (2), leur croyance et leurs dogmes par la force, et les religieux qui ont renoncé à corseter la société, c’est comme de ne plus distinguer entre le fascisme et la démocratie politique dite bourgeoise.

Alain RUBIN

(1) de fait, l’église en Allemagne avait été à admettre le caractère privé, personnel, de la croyance religieuse et de l’observation du rituel. La question du rapport à la religion, qui a distingué Engels de courants libertaires bouffeurs de curés, était précisément celui-ci : le socialisme et l’organisation politique et syndicale de la classe ouvrière ne sont pas ennemis de la croyance, ils sont en lutte active et en opposition militante avec la croyance, l’opium du peuple, qui veut s’imposer, au moyen des procès, des autodafés et des violences à l’encontre des incroyants, des « hérétiques » ou des tenants de cultes minoritaires.

(2) les revendications de la conférence des états islamiques, exigent que dans le monde entier il soit interdit de critiquer les religions et que toute analyse critique des dogmes mahométans soit assimilée à un délit de racisme. Cette revendication, ce n’est pas une question lointaine qui ne nous concernerait pas. Si l’on prend la question du darwinisme à l’école, quand les créationnistes des USA voulurent en interdire l’enseignement, cela produisit ce que l’on a appelé le « procès du singe » ; ce procès d’un instituteur se solda par la défaite judiciaire des censeurs de Darwin. Dans certains établissements scolaires en France, en 2009, c’est par l’intimidation, les menaces et les insultes, que des élèves, soumis à des croyances intolérantes incapables de tolérer les acquis de la science, s’opposent quotidiennement au travail de leurs professeurs. Tous les opiums se valent ???

http://librepenseefrance.ouvaton.org/spip.php?article358

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