A propos d’al Andalous

Publié le 17 février 2009 - par - 962 vues
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Ce matin j’ai, comme chaque dimanche, suivi l’émission Islam. Deux universitaires françaises y traitaient de cette période « unique » qui devrait être un « référentiel » pour le monde qui vient.
Nos deux universitaires nous ont débité, pendant presque quarante minutes, les truismes habituels, la ritournelle « d’Al Andalous » et la cohabitation exemplaires des « trois religions du livre ».

Ce qui m’intrigue chaque fois, c’est que l’on nous parle toujours des trois religions qui vivaient côte à côte, mais jamais du statut de chacun des trois peuples, des leurs devoirs et droits respectifs, de leur égalité ou de leur inégalité. Trois peuples vécurent côte à côte et s’affrontèrent militairement jusqu’en 1492. Je veux parler des Espagnols descendants des celtes et des Ibères, romanisés puis conquis par les tribus germaniques, les Vandales d’abord qui ont donné leur nom à une partie de la péninsule*, puis les Wisigoth, avant de l’être par les Berbères islamisés de Tarik, des Juifs hispaniques, les Séfarades descendants des Hébreux associés aux phéniciens, venus plusieurs siècles avant l’ère chrétienne pour fonder des comptoirs tout autour de la Méditerranée, et bien sur les conquérants eux-mêmes, berbères islamisés par la guerre de conquête et leurs conquérants et maîtres au plan religieux et politiques, les Arabes.

Je me faisais cette réflexion : une loi voté par l’assemblée du peuple français, qui disait que la conquête et la présence coloniales françaises en Afrique subsaharienne et en Afrique du nord n’avait pas eu que des aspects négatifs, a du être retirée. Elle a été considérée comme un scandale néo-colonialiste, voire comme une « apologie de crime contre l’humanité ».

Par contre, une double conquête militaire, qui a subjugué plusieurs peuples par la force, qui a imposé à une partie d’entre eux les croyances religieuses et les normes juridiques d’un autre peuple venu de loin, les fins fonds de la péninsule arabique, devrait devenir la référence pour le 21ème siècle. Elle aurait, cette double conquête militaire et morale, produit des effets positifs durables. Curieux, non, une conquête et une colonisation peuvent être oppressives et présenter cependant des qualités exemplaires pour les Européens ?

Maimonide a été évoqué par une de nos deux universitaires, sans que l’on nous dise, que ce référentiel pour le 21ème siècle, cet idéal de cohabitation « des trois religions du livre », s’était traduit, pour lui et sa famille et pour plusieurs milliers d’autres Juifs, par la conversion forcée et leur fuite vers des cieux plus cléments.

Si l’on a rappelé les exactions d’Isabelle la catholique, expulsant des centaines de milliers de Juifs, devenus ibériques depuis presque deux millénaires, on s’est bien gardé de se demander pourquoi ces derniers choisirent, en fin de compte, de favoriser la reconquista dont ils auraient à beaucoup et longtemps souffrir ?

On s’est abstenu, au cours de cette émission comme de précédentes traitant « d’Al Andalous » de nous dire si les différentes populations, pratiquant des religions différentes étaient en tous points égales en droits et en devoir ? On ne nous dit jamais, ce matin comme les fois précédents, si la condition de dhimmi, à la différence des autres terres de la conquête musulmane, était absente des relations entre les trois grands groupes de populations en Al Andalous ?

Je me faisais cette autre réflexion : En fin de compte, une conquête militaire apportant une nouvelle culture à des peuples indigènes, ici aux Celtes-Ibères, à leurs hôtes, les Juifs qui avaient probablement absorbés leurs associés, voisins et cousins phéniciens, peut être un phénomène positif. La preuve, les discours sirupeux ou enthousiastes du colloque de Cordoue et l’émission islam de ce matin.

Par contre, ce qui est étrange, c’est qu’il soit impossible d’observer que la conquête et la présence française en Afrique n’a pas eu que des aspects hautement condamnables. Dire qu’elle a brisé l’esclavage multi séculaire précédant puis accompagnant les débuts de la présence coloniale, c’est un gros mot hautement condamnable.

On en arrive, dans cette émission dominicale comme dans les discours lénifiants du colloque de Cordoue, à passer sous silence les exactions et la politique de conversions forcées des dynasties Almoravides ; cela devient des détails qu’il est impoli de rappeler, quand ce n’est pas devenu du « racisme » de s’en souvenir. Par contre, dire que colonisation française ce n’est pas égal à esclavage africain, que ce serait même plutôt l’inverse, cela devient apologie de crime et d’oppression.

Tout le monde en France, continue jusqu’à ce jour de vanter les lois laïques et particulièrement celle de 1905, même si, certains nous expliquent qu’il faudra bien l’adapter pour donner toute leur place aux enfants musulmans des anciens colonisés…

1905, c’était aussi l’année d’un autre dispositif, appliqué lui aussi au moyen de la force militaire. Il s’agissait, rappelons-le, des décrets liquidant totalement le système esclavagiste en Afrique, au moyen de l’action des officiers français et des soldats Africains des unités de tirailleurs et de méharistes. C’est un fait, aussi objectif que la rotation de la terre ou la dérive des continents.

Bien évidemment, toute une élite politique bien pensante va crier au scandale contre ce simple constat et ce rappel de faits établis. Pensez, dire que la conquête française a éradiqué l’esclavage ! Et aggraver le propos, en observant que : c’est avec la conquête du Maroc, que ses villes cessèrent d’être des opulents marchés ou l’on vendait encore, en 1905, des hommes, des femmes et des enfants arrachés à leurs villages d’Afrique subsaharienne, quelle honte !!!.

Alain Rubin

*Les Vandales étaient une confédération tribale germanique dont des groupes ont envahis et conquis le péninsule ibérique. Ces sont ces germains, à la réputation pillarde et dévastatrice, qui ont donné leur nom, sous une forme déformée, à cette partie du pays ou aurait régné la fantasmagorie d’une prétendue cohabitation harmonieuse des « trois religions du livre ».

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