A propos de la mise en examen de Gérard Filoche, inspecteur du Travail, dirigeant socialiste

Publié le 2 février 2009 - par
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Lorsque nous avons appris la mise en examen de Gérard Filoche en sa qualité d’inspecteur du travail, nous avons été nombreux à décider d’informer les citoyens de cette manœuvre d’intimidation d’un militant respecté, connu pour sa verve médiatique et sa défense inlassable du droit des salariés.

Il lui est reproché un prétendu « chantage » vis-à-vis d’un patron qui refusait la réintégration dans son poste antérieur d’une salariée de retour de congé maternité. Nous avons mis en ligne une pétition qui a déjà plus de 20 000 signataires en moins d’une semaine, parmi lesquels de nombreux dirigeants de gauche (Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Noël Mamère, Olivier Besancenot…), de nombreux syndicalistes, parlementaires, élus locaux et personnalités comme Guy Bedos.

Je sais que vous êtes parfois féroce avec quelques signataires, et parfois très sévère avec mon parti, dont certains responsables ont oublié les principes laïques. Attaché à la laïcité, valeur constitutive du socialisme démocratique, il était naturel pour moi, militant au Parti socialiste, de m’adresser à Riposte laïque. Votre journal électronique a su défendre courageusement et en de multiples occasions la liberté de conscience, principe consubstantiel à la démocratie politique et malheureusement étranger aux dogmes des religions du Livre.

Gérard Filoche est inspecteur du travail depuis le début des années 1980 et a toujours milité à gauche depuis plus de 40 ans maintenant. Fondateur de la LCR, puis de Sos Racisme, il milite aujourd’hui au PS, à la CGT et à ATTAC. Ce fut aussi l’un des rares dirigeants socialistes à avoir mis Sarkozy, alors candidat à l’élection présidentielle, en difficulté pendant un débat télévisé lors de l’émission Ripostes de Serge Moatti.

L’inspection du travail est un corps de fonctionnaires qui a pour tâche de faire respecter le code du travail aux employeurs. L’inspecteur du travail a autorité pour visiter les locaux, analyser la qualité des conditions de travail, veiller au respect du droit syndical… en clair de faire veiller à l’application des lois de la République dans l’entreprise afin que celle ci ne soit pas un lieu ou règne la loi de l’arbitraire… Ils sont chargés de faire respecter le droit du travail, droit souvent bafoué par de nombreux employeurs, qui touche à l’intime de millions de salariés. Il y a environ 22 millions de salariés en France.

Aujourd’hui, un inspecteur du travail qui a fait son travail pour empêcher le licenciement d’une déléguée syndicale se retrouve mis en examen !. Et pourtant ! Le préambule de la Constitution de 1946 dont la philosophie s’inspire du Conseil National de la Résistance stipule que : « tout travailleur participe par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises ».

Le préambule de 1946 a été repris par la constitution très présidentialiste et bonapartiste de la Cinquième République de 1958. Il a donc une valeur constitutionnelle. Cette phrase est aussi un acquis et une reconnaissance des luttes du mouvement ouvrier. En 1946, les souvenirs du Front Populaire de 1936 étaient frais. Quand on veut se débarrasser d’une salariée parce qu’elle est déléguée syndicale, c’est aussi ce principe que le patronat bafoue. Et quand on met en examen l’inspecteur du travail qui cherche à le faire vivre concrètement, c’est la droite qui bafoue, pour intimider, ce principe constitutionnel.

Force est de constater que ce droit à la démocratie dans l’entreprise n’est pas aujourd’hui un droit réel. Dans les entreprises aujourd’hui, les salariés ont peur. Peur des menaces de délocalisations, peur, dans une période de chômage de masse, de se faire licencier s’ils ne marchent pas droit. Pour moi, être républicain, c’est aussi défendre le droit à l’égalité. Or ce droit ne peut exister, dans l’entreprise, que si les plus faibles, les salariés, peuvent être protégés par des lois contre les plus forts, les employeurs. Ce droit ne peut donc exister que s’il est appliqué dans l’entreprise Il disparaît si l’arbitre, l’inspecteur du Travail, ne peut plus sanctionner l’employeur coupable d’un délit, sans se retrouver mis en examen.

Par ailleurs, Gérard Filoche est un opposant déclaré au sarkozysme et à l’exploitation de plus en plus effrénée que fait subir au salariat le capitalisme contemporain. Il suffit pour s’en convaincre de lire ses nombreux ouvrages ou de consulter le site qu’il anime avec d’autres « Démocratie et Socialisme ». A l’heure où le démantèlement du droit du travail s’accentue, il est urgent d’insister sur la défense du droit du travail et des droits des salariés. Il est urgent pour la gauche de défendre le droit des salariés contre le capital et la dictature des actionnaires.

Il est urgent de défendre l’idéal républicain face à ce gouvernement qui le dénature et le vide de sa substance. Le pouvoir actuel se borne à copier les néo-conservateurs américains au moment même où ces derniers ont été rejetés sans ménagement par les électeurs américains.

Ses attaques contre la laïcité nous montrent la volonté d’en finir avec l’un des principes auquel le peuple français est le plus attaché. Pour nous hommes et femmes de gauche, il est aussi bon de rappeler que tous les courants du mouvement ouvrier, qu’ils soient révolutionnaires ou réformistes ont toujours combattu l’obscurantisme religieux. D’ailleurs l’Internationale parle qu’il n’est « …pas de sauveur suprême ni Dieu ni César ni tribun… et qu’il faut « tirer l’esprit du cachot… » !

C’est ce message que moi, socialiste républicain et laïque, j’essaie de faire passer dans mon parti. La République (la vraie !) est un obstacle à la loi de la jungle. L’idéal républicain signifie le respect de la souveraineté populaire. Et la population laborieuse de France est pour 91% salariée.

Nul doute que les salariés de ce pays se prononceraient, si on sollicitait leur avis, pour le renforcement des moyens de l’inspection du travail. J’encourage vos lecteurs à soutenir Gérard Filoche en signant la pétition.

http://www.solidarite-filoche.fr/

François Grosset

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