A quand le retour de la Nation et de la République dans les défilés du 1er mai ?

Publié le 1 mai 2009 - par - 630 vues
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Le charme des manifestations marseillaises du 1er mai, c’est qu’il fait beau, et que cela se termine à l’heure du pastis, laissant l’après-midi de libre. Ce matin, j’ai donc regardé le défilé traditionnel des forces qui incarnent le mouvement social.

Côté syndical, rien de surprenant, la CGT assure facilement 80 % des forces du cortège.

Sans doute une spécificité marseillaise, le syndicat Force ouvrière n’était pas de la manifestation. Un cortège de l’Unsa, de la CFTC (j’avoue que je ne comprends pas, en 2009, le sens d’un syndicat des travailleurs chrétiens), de la CFDT, suivi des syndicats enseignants, de quelques associations réclamant en même temps le droit au logement et la régularisation de tous les sans-papiers, et des organisations d’extrême gauche, de la mouvance anarchiste (CNT) à la mouvance trotskiste (NPA, Lutte ouvrière). Le mot d’ordre de NPA était : « Ils sont seuls, et nous sommes des milliards ! » Je ne pus m’empêcher de dire à un de leurs militants que si cela se posait ainsi, cela ne serait pas difficile de gagner.

Si la CGT était la plus nombreuse, son cortège était davantage convivial que combatif. Les embrassades, les éclats de rire et les grandes bourrades viriles étaient bien plus nombreuses que la reprise des mots d’ordre écrits sur les banderoles : augmentation des salaires, des retraites, défense de l’emploi et des services publics.

Dans les autres cortèges syndicaux, c’était aussi silencieux. Seul un cortège syndical, animé par des militants de la FSU, au milieu des étudiants de l’IUFM appelait curieusement nos futurs enseignants à l’insurrection, et à jeter des pavés contre les députés, au Parlement, ce qui paraît un mot d’ordre curieux pour une organisation syndicale enseignante….

Des militants de NPA et du Front de Gauche (PCF et Parti de gauche de Mélenchon) distribuaient des tracts, tout au long du cortège, appelant à une autre Europe.

Une chorale de femmes assurait une animation musicale remarquable, allant de L’Internationale à Bella Ciao, en passant par le chiffon rouge.

Michel Vauzelle, président socialiste du Conseil régional Paca, remontait la manifestation, et serrait beaucoup de mains, paraissant très apprécié par les militants syndicaux.

Je n’ai vu qu’un élu affichant l’écharpe bleu blanc rouge, et aucun drapeau tricolore. Il est vrai que la seule fois, un 1er mai, où j’ai vu des drapeaux bleu blanc rouge en masse, cela était le 1er mai 2002, entre les deux tours de la présidentielle.

Le Pen étant au deuxième tour, toute la mouvance de la gauche socialiste, de SOS Racisme au MJS avait sorti, conseillée par Julien Dray, les drapeaux tricolores ! Pour une fois, une frange de la gauche contestait la Nation au Front national. Il n’y eut pas de lendemain.

Pourtant, quand j’entendais les militants défendre le service public, j’aurai trouvé bien qu’on fasse référence au Conseil National de la Résistance, à ses valeurs républicaines, et qu’on sorte le drapeau bleu blanc rouge.

Toujours sur le service public, j’aurais trouvé bien que les militants expliquent que la logique de Bruxelles, favorable à la libre concurrence et au libre échange, rend impossible toute défense du service public, et qu’il faut sortir de cette Europe, pour que cela redevienne possible. Seule la défense de la souveraineté nationale rend possible la défense du service public, et là encore, le drapeau bleu blanc rouge avait toute sa place, aux côtés des drapeaux rouges.

J’aurais trouvé magnifique que la chorale de femmes chante « La Marseillaise », et le « Chant des Partisans » entre l’Internationale et Bella Ciao.

J’aurais aimé, à cinq semaines des Européennes, entendre remise en cause la politique de Bruxelles, le viol de notre vote du 29 mai 2005. Pourquoi le mouvement syndical n’est-il plus capable de défendre une politique protectionniste qui s’oppose au libre échange voulu par les possédants ? Comment lutter contre les délocalisations, dans ce contexte ?

Quand je discutais – parfois vivement – avec des militants du NPA ou de Front de Gauche, les interpellant sur leur mot d’ordre « construire une autre Europe », en leur disant que c’était une imposture de laisser croire que cela soit possible, j’eus rapidement la confirmation qu’ils ne voulaient surtout pas qu’on puisse mettre en avant un mot d’ordre qui aurait remis au premier plan la défense de la République et de la Nation.

Ils préfèrent avancer des mots d’ordre totalement utopistes, au sein d’une Europe à 27, que de remettre la souveraineté populaire au cœur du mouvement social.

Pourtant, remettre la Nation au coeur du combat social, ce serait, pour les syndicalistes, la seule façon de protéger le salariat, français et étranger, des conséquences de la mondialisation libérale, dont l’Union européenne est le fidèle relais.

Pierre Cassen

Lire l’article Vive la Nation ! de Georges Gastaud, paru sur le site du Comité Valmy :

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article236

Lire également cet article, également sur le site Valmy, écrit par un résistant FTP, intitulé : « Un torche-cul, le drapeau tricolore ? »

http://www.ripostelaique.com/Un-torche-cul-le-drapeau-tricolore.html

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