A-t-on besoin d’aller à Kaboul, si on veut vraiment lutter contre les islamistes radicaux ?

Publié le 26 août 2008 - par
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Après avoir rappelé que la décision d’envoyer un corps expéditionnaire français en Afghanistan a été prise conjointement, en 2001, par J. Chirac et Lionel Jospin, premier ministre d’un gouvernement de « gauche plurielle » à la demande de l’ONU, Hervé Morin, ministre des Armées, poursuit dans son interview au « Figaro » du 22 /08 /08 : « c’est une partie de la stabilité du monde, et donc de la sécurité du monde qui se joue là-bas…On ne peut pas donner ce pays aux talibans, qui le livreront aux terroristes islamistes » …

On ne voit pas bien en quoi les talibans différent des terroristes islamistes, mais on pourrait surtout faire remarquer à « notre » ministre que l’implantation de forces armées en Afghanistan (qui n’est, en fait, qu’un ensemble de territoires soumis à des ethnies différentes et à des chefs de guerre qui tirent leur puissance du commerce de la drogue), même sous mandat de l’ONU, n’a pour but réel que d’y imposer la présence américaine qui voit là sa politique de « containment » de la Chine et de maîtrise des flux énergétiques être soutenue par des alliés qui lui avaient fait défaut en Iraq. Et que la caution morale de la lutte contre le terrorisme islamiste apparaît bien hypocrite quand on sait que ce terrorisme a été initié par les USA mêmes ( contre l’ancienne URSS enlisée en Afghanistan), que les bases arrières des talibans sont au Pakistan (allié fidèle US), que les USA sont les meilleurs soutiens de l’Arabie Saoudite qui finance directement le terrorisme islamiste, et que ce même terrorisme est instrumentalisé par eux pour agiter les provinces chinoises à majorité musulmane tandis qu’il sert de prétexte utile à leur implantation militaire tous azimuts en Asie occidentale et centrale.

Il n’est pas du ressort de « Riposte Laïque » de produire une approche géo-politique des questions internationales, mais si l’interview d’Hervé Morin nous « interpelle » – comme nous « interpelle » le discours du président de la République sur cette question-, c’est que nous voudrions faire remarquer à l’un et à l’autre que, puisqu’il est question de lutter contre le terrorisme islamiste, un terrain d’action leur est ouvert ( et il relève de leur autorité) au cœur de notre pays, dans les cités et banlieues, où sévissent les porte parole de cette idéologie obscurantiste et dangereuse qu’est l’islam radical …encore que l’on puisse sérieusement se poser la question de savoir si l’islam n’est pas radical par essence.

Il n’y a là aucune outrance.

Où situer une organisation comme l’UOIF, qui , le 10 / 01 / 08 signe, avec 399 autres associations islamiques européennes, une « Charte » dont les articles 17 et 18 affirment le droit, pour les musulmans européens, de demander l’application de la s’haria pour ce qui les concerne ?

Comment comprendre cette profusion de « mosquées clandestines » dans nos villes (et cette demande permanente de construction de nouvelles, bien au-delà du nécessaire cultuel) où officient des imams, le plus souvent d’origine étrangère (saoudienne et algérienne notamment) ?

Comment définir le comportement de « ces fidèles » qui enferment leurs femmes dans des costumes de soumission et d’aliénation qui leur ôtent toute dignité humaine tout en leur refusant le moindre droit à l’égalité ? (Remarquons, au passage, que cela ne semble guère émouvoir tous ceux qui s’intéressent aux droits de l’homme en Chine et au Tibet : mais il est vrai que pour eux la Femme n’est pas un Homme comme les autres)

Comment qualifier les demandes de ces musulmans « de base » (du bled, comme diraient les représentants de l’éthylisme made in « show- business ») contre l’expression de la mixité dans l’espace public, pour la reconnaissance de leur spécificité religieuse dans l’entreprise, pour la primauté de leur loi coutumière en matière de sexualité, de choix de l’épouse ?

Comment apprécier la profusion de drapeaux du Hezbollah ( avec inscriptions en arabe rappelant la grandeur d’Allah et la nécessité du djihad) lors de maintes manifestations parisiennes en faveur de la Palestine ( ou des « sans-papiers ») , manifestations où pérorent les apôtres du nouveau parti anti-capitaliste qui fait se tordre de rire l’hôte de l’Elysée ?

Forte immigration de peuplement conservant ses pratiques culturelles et ses modes de vie traditionnels directement transférés des pays d’origine. Ghettoïsation par la langue, la religion, la misère sociale et culturelle et le reflux des populations autochtones. Tendance au communautarisme initiée et cultivée par les religieux qui voient là l’expression de leur pouvoir …Réseaux de commerces ethniques, d’écoles « coraniques » plus ou moins clandestines. Différence croissante entre le mode de vie des hommes et celui des femmes. Tout ceci contribue à la montée en puissance, ici même, des représentants de l’islam radical et à faire des religieux extrémistes les acteurs majeurs de ces zones sensibles où leur prosélytisme intégriste porte ses fruits.

Ainsi se constitue un terreau sur lequel pousse ( et poussera de plus en plus) la mauvaise herbe du terrorisme, au point qu’une étude du « Centre Français de Recherche sur le Renseignement », intitulée « Le développement de l’islam fondamentaliste en France », datée de septembre 2005, évaluait entre 300 000 et 500 000 le nombre « d’islamistes radicaux » dans notre pays (1).

Alors les politiques – majorité et opposition confondues – ont un vrai champ de bataille à occuper ici même s’ils veulent vraiment lutter contre le terrorisme islamiste. Il est peut-être utile de porter le fer dans une « lointaine frontière » ( encore faudrait-il que le combat soit clair et réellement mené) mais il est nécessaire de le conduire aussi – et surtout – là où les forces malfaisantes peuvent être plus facilement circonscrites et éradiquées si l’on en a la volonté et si l’on s’en donne les moyens. De fait, cela coûterait moins cher en victimes et en argent !

Robert Albarèdes

www.laic.fr

(1) http://www.cf2r.org/images/stories/RR/rr1-islam.pdf

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