Alain Bournazel (RIF) : L’Union européenne n’est pas réformable

Publié le 26 avril 2010 - par - 425 vues
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Riposte Laïque : Pouvez-vous présenter le Rif et son histoire à nos lecteurs, et nous expliquer le cheminement qui vous a conduit à être le secrétaire général de cette organisation ?

Alain Bournazel : La genèse du RIF est assez longue. Elle procède d’un regroupement d’associations qui se sont constituées à la suite de la dérive du RPR qui sous l’impulsion de Jacques Chirac s’est progressivement éloigné des idéaux du gaullisme. En réaction contre dette dérive, nous avions crée, Jean-Paul Bled et moi un petit organe de presse La lettre de la Souveraineté. Quelques années plus tard Paul-Marie Coûteaux avec qui nous étions en contact, nous a sollicité pour mettre sur pied une structure élargie, l’Entente Souverainiste. J’ai été chargé d’assurer le secrétariat général. Rapidement et à ma demande l’Entente Souverainiste s’est transformé en parti politique qui a pris le nom de Rassemblement pour l’Indépendance de la France. J’assure toujours le secrétariat général.

Riposte Laïque : Qu’est-ce qui vous différencie des autres courants dits souverainistes ? Quel est votre rapport avec Debout la République, de Nicolas Dupont-Aignan ?

Alain Bournazel : Les courants dits souverainistes sont très divers. On peut y ranger aussi bien le Parti des travailleurs que le Front National. C’est sans doute cet éparpillement entre des sensibilités politiques opposées qui gène l’émergence d’une authentique force souverainiste.

DLR et le RIF sont des mouvements assez proches car ils ont été nourris au même terreau, le gaullisme dont se réclame DLR et qui est une composante forte du RIF. Les deux mouvements se différencient toutefois sur un certain nombre de points.

L’opposition du RIF au système politique est plus ancienne. Par exemple nous n’avons pas appelé à voter pour Nicolas Sarkozy ni au premier tour ni au deuxième tour de l’élection présidentielle. Par ailleurs, notre opposition à l’Union européenne est sans doute plus radicale. Cette construction nous parait à la fois dénuée de pertinence et non réformable. Nous la remettons en cause d’une manière globale. Par ailleurs nous dénonçons régulièrement l’impérialisme américain. Nous condamnons avec force le retour dans d’OTAN.

Il n’en reste pas moins que DLR et le RIF partagent un grand nombre d’idéaux et d’objectifs. Quels que soient les désaccords passés, nous devons impérativement nous entendre pour faire bouger les lignes de la politique. Depuis les élections régionales, les contacts que nous avons Paul-Marie Coûteaux et moi avec Nicolas Dupont-Aignan montrent que les choses vont dans le bon sens; je ferai tout mon possible pour favoriser cette évolution.

Riposte Laïque : Que répondez-vous à ceux qui vous disent qu’aujourd’hui, l’euro, l’Europe et la mondialisation sont des données incontournables ?

Alain Bournazel : Il ne faut pas mettre ces trois données sur le même plan. Il est évident que du fait des moyens de communication moderne, la mondialisation est une donnée qu’il faut prendre en compte. Les échanges se sont accrus, les gens voyagent plus facilement à travers le monde, nous sommes informés en temps réel de ce qui se passe aux quatre coins du globe. Mais est-ce à dire que nous devrions être les spectateurs passifs d’une évolution qui nous dépasserait, certainement pas. La mondialisation est loin de n’avoir que des effets positifs. Les délocalisations pénalisent fortement nos emplois. Le désordre monétaire mondial fait courir de grands risques pour l’équilibre de nos économies comme le montre la crise actuelle.

Face à ces problèmes, ni l’euro, ni Europe n’apportent la moindre solution. Ils sont plutôt de nature à aggraver des difficultés. Il est facile de constater que l’euro n’a pas tenu les promesse dont on l’avait chargées. On nous avait annoncé que la zone euro serait un espace de croissance et d’emploi. Nous constatons que la croissance des pays européens n’a jamais été aussi faible que depuis qu’ils sont passés dans la zone euro.
Quand à l’Europe elle ne nous a pas protégé de la crise financière mondiale que nous venons d’essuyer.

Riposte Laïque : Comment votre mouvement analyse-t-il la situation européenne actuelle, et notamment les tensions autour des réponses à apporter à la situation grecque ?

Alain Bournazel : La Grèce est une victime de la zone euro; ce pays n’a pas mesuré lorsqu’il y est entré, qu’il acceptait des contraintes qu’il ne serait pas en mesure de supporter. Mais le mal est encore plus profond car les règles de fonctionnement de l’euro lui redent encore plus difficile la sortie de la crise. En d’autres temps, le pays s’en serait sorti par un ajustement monétaire, c’est-à-dire une dévaluation. Ce n’est certes pas très glorieux mais c’est préférable à une situation de crise prolongée. Comme vous le notez, la situation grecque entraine des tensions au sein des pas de l’Union européenne. Ces tensions sont parfaitement compréhensibles car il n’existe dans le système de l’euro aucun dispositif et aucun moyen pour sortir d’une crise comme celle de la Grèce. L’euro et la zone euro ont été conçus comme des système qui ne devaient pas connaître de crise. C’est absurde. Tout système un jour ou l’autre connait une crise et la zone euro n’en est pas exempte. Mais voilà, face à la crise grecque les gouvernements ne savent pas faire et comme ils ne savent pas faire, ils s’affrontent au lieu de poser ce qui est pour moi le seul et vrai problème : faut-il conserver la zone euro? Je suis persuadé qu’il faut aborder les problèmes avec pragmatisme et réalisme et non avec des théories qui sont des monuments d’orgueil.

Riposte Laïque : Quel est votre regard sur la situation politique française, au lendemain des élections régionales ?

Alain Bournazel : La majorité ou les partis composites qui la composent, est dans un triste état. Elle paye au prix fort une politique d’annonces sans résultat. Le pays est fatigué d’un système politique à bout de souffle, des gesticulations stériles, des réformes précipitées et bâclées qui ne répondent pas aux attentes des Français. D’une manière générale, il faudra sortir de ce détestable système de l’UMPS dans lequel la droite et la gauche disent la même chose et font les mêmes choses pour la raison simple: ce ne sont plus eux qui gouvernent la France, mais l’Union européenne.

Riposte Laïque : Considérez-vous que Dominique de Villepin, qui se réclame d’une posture gaulliste, puisse être l’homme de la situation ?

Alain Bournazel : Nous avons aimé la posture de Dominique de Villepin pendant la Guerre d’Irak. Aujourd’hui nous souhaitons qu’il clarifie sa position au regard de l’Union européenne.

Propos recueillis par Pierre Cassen

Alain Bournazel est secrétaire général du Rassemblement pour l’Indépendance et la Souveraineté de la France (RIF)

www.r-i-f.org/

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