Amar Lasfar, l’islamiste du Nord. Partie 2

Publié le 24 février 2010 - par - 2 148 vues
Share

Andrew Wareing, décédé officiellement d’une crise cardiaque en 2005, était journaliste d’investigation à France Soir. Il a mené plusieurs enquêtes sur les milieux islamistes de France, en particulier sur Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille et activiste de l’UOIF. Amar Lasfar a intenté plusieurs procès contre Andrew Wareing pour « diffamation », et les a tous perdus, malgré la défense d’Amar Lasfar par Maître Jean-Louis Brochen, avocat des mouvements islamistes du Nord et compagnon de Martine Aubry, maire de Lille. Peu avant sa mort, Andrew Wareing publia un long article de synthèse sur Amar Lasfar. Nous vous le livrons par épisodes (1).

Amar Lasfar, né en 1960 et âgé de… 43 ans en 1995 !

Agé de 43 ans en 1995, si l’on en croit le compte rendu d’un entretien avec le journaliste écrivain Philippe Aziz (2) et repris par ce dernier dans son livre : Le Paradoxe de Roubaix (3), mais censé être né en 1960 à Nador, dans le Rif marocain, le 1er janvier selon ses papiers d’identité (ce qui le rajeunirait de 7 ans). Amar Lasfar vient vivre en France en 1980 afin d’y poursuivre des études d’économie comme boursier de l’état marocain. Une fois celles-ci couronnées par un DESS de gestion, l’étudiant Lasfar décide de s’installer définitivement en France et est rejoint par son épouse, Fatima El Messaoudi.

Le couple, qui a quatre enfants, à longtemps vécu dans un appartement HLM de Lille-Sud avant de préférer, après vingt ans d’habitat social, s’installer dans une banlieue plus résidentielle de la capitale des Flandres. Les Lasfar, qui à un moment de leur existence subsisteront officiellement des minima sociaux, restent fort discrets sur leurs moyens d’existence. Tout au plus sait-on, par l’intermédiaire du Registre du commerce, qu’Amar Lasfar est gérant d’une compagnie de transport routier avec le Maroc, pays où il posséderait une fort belle propriété dans la région de Nador selon certains de ses fidèles et qu’il organise des voyages à La Mecque par l’entremise d’une agence de voyage.

Accessoirement, il est aussi propriétaire d’un immeuble de rapport dans le quartier de Moulin à Lille. Au milieu des années quatre-vingts, militant islamiste actif, il seconde le docteur Jammal et occupe les fonctions de responsable de la Da’wa au sein de la mosquée de Lille-Sud. Pratiquement, il a en charge l’organisation des cours de Coran à destination des jeunes et coordonne les actions de soutien scolaire dispensées à l’intérieur de ce lieu de culte. Un poste qu’il cédera ensuite à un jeune Franco-Marocain étudiant en histoire, Hassen Iquioussen (4), à qui déjà s’ouvre un brillant avenir au sein de l’UOIF.

Amar Lasfar, est en 1987 responsable de la Da’wa à la mosquée de Lille-sud. En 1990, Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur, décide d’élargir le Conseil de réflexion sur l’islam de France (CORIF), ancêtre du CFCM. Deux « nordistes » de l’UOIF sont alors cooptés : Abdallah Ben Mansour et Amar Lasfar. C’est l’époque où Lasfar fréquente assidûment deux fonctionnaires subalternes des Renseignements Généraux lillois avec lesquels il partage thé à la menthe et couscous et qui l’introduisent auprès de leurs chefs. Ce à la grande colère de leurs homologues de la DST qui le considèrent comme un activiste. Une guerre des polices qui lui ouvrira les portes de la République…

Amar Lasfar va également prendre pour avocat un homme d’ « entregent » qui confond parfois sa robe, ses relations mondaines et sa qualité d’époux de Martine Aubry, maire de Lille. Maître Jean-Louis Brochen a en effet à de multiples reprises et avec plus ou moins de succès défendu le recteur de la mosquée de Lille-sud. A une période, il ouvrira même un « bureau-détaché » à proximité de la mosquée de son client, avant de mettre un terme à cette expérience après d’ « amicales » pressions de l’ordre des avocats. On parlera d’ailleurs à une époque de la présence d’Amar Lasfar sur la liste Aubry aux municipales lilloises. Une « idée » qui n’aboutira pas…

Successeur du docteur Jamal à son départ de France en 1989 sous la pression des services secrets syriens qui ont installé à Lille une antenne pour surveiller ses faits et gestes, Amar Lasfar est alors recteur de la Mosquée de Lille-Sud. Devenu le successeur de Jamal au poste de grand argentier de l’UOIF, il cédera son poste de responsable de la Da’wa à Dhaou Meskine, un Tunisien, membre du mouvement islamiste tunisien En-Nahdha. Dhaou Meskine sera longuement interrogé en 1997, suite au démantèlement du réseau de soutien au gang d’islamo-gangsters de Roubaix partiellement neutralisé en 1996.

Amar Lasfar est mêlé, dès octobre 1990, à une affaire de voile islamique à la porte du lycée Sévigné à Tourcoing. C’est à partir de cette période qu’il va être atteint d’un comportement psycho-maniaque : créer des associations et en prendre la présidence. Ainsi naît en juillet 1991, la Ligue Islamique du Nord, dont la direction lui revient, dès sa création. En août 1992, il est nommé à la tête du Rassemblement des Associations Musulmanes du nord de la France, dont l’initiateur est lui-même. Le poste de secrétaire général échoit alors au Tunisien Abdallah Ben Mansour. Puis en octobre 1993, il passe officiellement aux commandes de l’Association Culturelle et Sportive de Lille-Sud (qui tout aussi officiellement n’existe plus depuis deux ans à l’époque, ayant été absorbée par… la Ligue Islamique du Nord). Toutes ces organisations, adhérentes par ailleurs à l’UOIF et imbriquées les unes dans les autres, se retrouveront en janvier 1994 au sein d’un Conseil Islamique Régional (CIR) créé sur l’initiative d’Amar Lasfar et dont il préside le conseil d’administration. Ces quatre structures (Rassemblement des Associations Musulmanes du Nord de la France, Conseil Islamique Régional, Ligue Islamique du Nord et Association Culturelle et Sportive de Lille-Sud) ont d’ailleurs en commun la plupart de leurs animateurs.

Cette politique de la poupée gigogne laisse rêveur sur le « poids » religieux (et politique) effectif de l’UOIF, qui prétend fédérer prés de 400 associations – les chiffres circulant dans les milieux musulmans étant plus proches de 100, comme le prouve la lecture des éphémérides publiés par cette organisation – dont on peut se demander, à l’exemple du Nord, combien sont ainsi enchâssées les unes dans les autres et ont une existence autonome ? Une autre bonne question étant de savoir le nombre réel de leurs adhérents.

Le pompier pyromane d’Allah

Amar Lasfar commencera à faire véritablement parler de lui en 1994. Il se présente comme « médiateur » (sic !) à la porte du Lycée Faidherbe à Lille, où une quinzaine de lycéennes hijjabées font du scandale. Curieusement, celles-ci sont principalement marocaines et habitent majoritairement la même cage d’escalier d’un immeuble HLM proche de la mosquée dont Amar Lasfar est le recteur… Amar Lasfar, grand cumulard de fonctions islamistes, est alors aussi « responsable de la Da’wa. » au sein du conseil d’administration de l’UOIF. La « Da’wa », c’est le respect de l’orthodoxie musulmane, si l’on veut. Autrement dit, Amar Lasfar est le « commissaire politique » de l’UOIF.
Drôle de « médiateur », qui multiplie alors les déclarations télévisées. « Médiatiseur », devrait-on dire, parce qu’on peut dire qu’il cherche la « médiatisation » bien plus que la « médiation » : les positions des bâchées et de leurs souteneurs se durcissent à chaque « conciliation » où intervient Amar Lasfar, si bien que les enseignants lui donneront le sobriquet de « pompier pyromane d’Allah ».

L’affaire sera portée en justice, mais Amar Lasfar, fin stratège, n’interviendra pas directement devant le tribunal administratif de Lille, étant donné que comme recteur de mosquée, il peut difficilement prétendre défendre la laïcité… Il enverra donc Mohamed Chabou, père de l’une des pétroleuses en hijjab… mais qui se présentera aussi comme « président de la Ligue Islamique du Nord » alors qu’il ne faisait même pas partie du conseil d’administration de cette ligue présidée… par Amar Lasfar, selon les statuts déposés à la préfecture. Takia, takia, takia ! Il est vrai que quelques années plus tard, Amar Lasfar n’hésitera pas à inscrire ses enfants dans une institution catholique lilloise… Avant de retirer précipitamment sa fille à l’annonce qu’une équipe de télévision cherchait à la filmer.

Amar Lasfar sera pour un temps mis au placard de l’UOIF en 1996, et quittera ses fonctions de « commissaire politique » (la Da’wa… vous vous rappelez…) Les motifs de cette mise à l’écart de celui qui commençait à sentir un peu trop l’odeur des bombes et des couteaux. Mais son purgatoire durera moins d’un an, puis qu’il revient à l’UOIF comme trésorier en chef ! Sans doute qu’on apprécie autant ses compétences en transferts de fonds qu’en « Da’wa. » ; on va voir pourquoi.

Andrew Wareing

(1) http://www.ripostelaique.com/Amar-Lasfar-l-islamiste-du-Nord.html

(2) Une interview qui a fortement déplu à Amar Lasfar. Ce dernier n’a toutefois pas jugé nécessaire d’en contester le contenu. Si elle ne mettait fort en colère le recteur de la mosquée de Lille-sud quand on aborde ce sujet, cette « erreur » ne vaudrait même pas la peine qu’on s’y arrête. Surtout dans une région comme le Nord-Pas-de-Calais où nul n’a oublié dans les années 80 l’affaire des jeunes retraités marocains de la région de Lens : plusieurs centaines de mineurs de charbon originaires de la région de Nador, qui à la fermeture des mines produiront tous des certificats correctifs à leur acte de naissance les vieillissant de quinze à vingt ans et faisant d’eux des pensionnés. Une enquête administrative qui n’aura pas de suite prouvera que lesdits certificats correctifs étaient achetés 200 francs pièce dans une mosquée de Nador…

(3) Plon, 1996.

(4) Une petite parenthèse sur Hassan Iquioussen, né le 2 juin 1964 à Denain (Nord). Durant l’incarcération de l’imam Neji Nasri de la mosquée de Villeneuve d’Ascq dans le cadre de la tentative d’attentat à la bombe des GIA qui devait frapper le marché de Wazemmes à Lille à Lille, Hassan Iquioussen se fera le chevalier servant de l’épouse de l’écroué, qui est également la sœur de Mohamed Drici, un des poseurs de bombes. Hassan Iquioussen assistera la jeune femme dans toutes ses démêlés judiciaires, et fort serviable, il abritera dans le garage de sa mère la voiture de Neji Nasri pendant cette période. Hassan Iquioussen était à ce moment président national de Jeunes musulmans de France (JMF), les « islamjungend » de l’UOIF.. On connaît la suite de la carrière d’Hassan Iquioussen, chargé d’enseigner la haine du Juif à de jeunes publics…

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.