André Bercoff, journaliste et romancier

Publié le 17 novembre 2007 - par

Riposte Laïque : Qu’est-ce qui, dans ton parcours de journaliste et d’écrivain, t’a convaincu de l’intérêt de défendre les principes laïques ?

André Bercoff : Je suis né et j’ai grandi au Liban, pays qui comprend dix-sept communautés et dont l’équilibre constitutionnel est bâti depuis son indépendance, sur l’équilibre communautaire. Mais, c’est paradoxalement dans l’observation des ravages qu’a exercé, au Liban, l’affrontement des religions, et surtout leur utilisation par des manipulateurs patentés, que je me suis persuadé, non seulement de la nécessité d’un système laïc, mais surtout de son universalité. Quand on assiste aujourd’hui, un peu partout dans le monde, aux crimes commis par les intégristes et les fanatiques, il faut être débile pour ne pas voir que tout commence dans la séparation absolue de la synagogue, de l’église et de la mosquée d’avec l’Etat. Il ne faut pas s’étonner que, chez les aveugles bien pensants du relativisme culturel, l’arbre du communautarisme continue de cacher la forêt des madrassas.

Riposte Laïque : Tu as signé immédiatement la pétition impulsée par Riposte Laïque et des organisations féministes. Qu’est-ce qui a motivé ta signature ?

André Bercoff : L’urgence. L’on ne peut pas accepter que se multiplient en France, en 2007, des manifestations devenues quotidiennes d’intolérance, de discrimination, voire de violence fanatisée. L’on ne peut accepter de voir des intellectuels, des artistes, des hommes et des femmes politiques, poursuivis, condamnés à mort, voire égorgés en pleine rue, des caricaturistes obligés de se cacher sous le simple prétexte qu’ils pensent autrement. Le totalitarisme sous toutes ses formes est insupportable. Ce qui en dit long sur les béances de l’esprit humain, c’est que Hitler et Staline n’ont pas suffi, loin s’en faut, à vacciner les cerveaux contre l’instinct de mort. Faudra-t-il encore des millions de cadavres pour venir à bout des nouveaux fascismes ? C’est contre cette résignation à la violence, à cette lâcheté d’autruche qu’il faut aussi se mobiliser.

Riposte Laïque : Pour une reconquête laïque, vois-tu quelques pistes qui te tiennent à cœur ?

André Bercoff : L’éducation, l’éducation, l’éducation. Dans toutes les écoles de France et de Navarre, y compris les écoles privées – qui, je le rappelle, sont en partie subventionnées par l’Etat – faire chaque semaine cours et conférences sur la formidable avancée civilisationnelle que demeure la notion de laïcité. Tous les jours, on entend parler de professeurs contestés dans leurs cours d’Histoire parce qu’il ne faut plus, n’est-ce pas, parler de l’Algérie, de la seconde guerre mondiale, ou des croisades. Il serait peut-être temps d’essayer de regagner « les territoires perdus de la République ».

Deuxième piste : l’audiovisuel. En 1989, (près de vingt ans, déjà), à la suite de l’affaire des foulards de Creil, j’avais initié une pétition signée par une dizaine de personnalités, pétition qui avait paru dans « Le Monde » et qui a recueilli par la suite des milliers de signatures. Nous partions du principe qu’étaient légitimement diffusées sur le service public, chaque semaine, des émissions juives, catholiques, protestantes, musulmanes et bouddhistes.

Nous demandions – cela nous paraît la moindre des choses – que le service public consacre également une émission hebdomadaire à la laïcité – de même qu’à la libre pensée – totalement absentes toutes deux du petit écran, alors que la France est paraît-il, une république laïque, dont, si je ne m’abuse, la devise reste « Liberté, égalité, fraternité. » Je propose aussi que l’on ajoute le très beau mot de « laïcité » sur tous les frontons des édifices publics. En ces temps d’orages communautaires présents et à venir, il n’est vraiment pas superflu d’afficher partout nos couleurs.

Propos recueillis par Pierre Cassen

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