Anti-islamisme et antisémitisme : sortir des visions manichéennes

Dans le n° 166 de RL un article intitulé « l’Islam va-t-il réussir à unifier la Belgique ? » comporte une certaine contradiction entre le titre et le contenu. En effet, alors qu’on s’attend à y trouver une description de l’emprise islamique chez nos voisins, l’essentiel du texte est consacré à l’antisémitisme dans ce pays.
Je remarque que ce n’est pas nouveau dans notre journal, où l’on trouve régulièrement la suggestion : antisémitisme = islamisme, à laquelle s’en ajoute une autre : critique d’Israël = antisémitisme. Ce qui donne au final : critique d’Israël = antisémitisme = islamisme. C’est d’ailleurs cette position qui amène RL à se ranger dans une ligne qui correspond à la droite (voire l’extrême droite) israélienne pour tout ce qui a trait à l’Etat hébreu.
Je n’entrerai pas dans le fond de ce débat, qui ne nous concerne pas directement. Je ne m’y intéresse ici que pour m’interroger : ne risquons-nous pas de brouiller notre message en adoptant un tel manichéisme ? Si pour combattre l’islam il faut s’abstenir de toute critique d’Israël et s’identifier aux courants juifs les plus sensibles à l’égard de l’antisémitisme, je crains fort que cela n’éloigne ou ne retienne des gens qui se reconnaissent dans notre combat, mais veulent rester neutres à l’égard du judaïsme et/ou d’Israël.
Certes nous avons en face de nous des obscurantistes qui sont souvent antisémites ou d’un antisionisme fanatique, et à ce titre nous sommes aux côtés des juifs, qui partagent notre préoccupation devant la montée de l’islam. Mais cette communauté d’intérêt ne devrait pas entraîner de symbiose, sauf à accepter que notre discours perde en crédibilité.
Jean de la Valette

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