Après la réunion du G20, la crise financière et économique est toujours là

Publié le 18 novembre 2008 - par
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Les Grands pays occidentaux et les pays émergents se sont réunis le 15 novembre 2008 à New York pour se pencher sur le système financier international. Le G20 représente 85% du PIB de la planète et les deux tiers de sa population.

Cette crise systémique a entrainé le monde dans une période de récession dont les répercussions sur le plan social économique et politique prennent de l’ampleur chaque jour qui passe.

Aux Etats Unis, la crise bancaire est loin d’être terminée. Les banques cherchent des moyens d’alléger les conditions de remboursement des prêts hypothécaires de certains emprunteurs, potentiellement à risque.
Citigroup, JP Morgan Chase et Bank of America sont contraintes de réviser leur politique de crédit aux particuliers, car, si rien n’était changé, c’est en effet 7,3 millions d’américains qui ne pourraient plus faire face à leurs engagements dans les conditions actuelles d’ici 2010 et environ 4,3 millions qui seraient dépossédés de leur maison.

La situation sociale aux Etats Unis est dramatique et ne peut que s’aggraver avec des secteurs entiers de l’économie qui s’écroulent tel que le géant de l’automobile Général Motors qui emploie un quart de millions de personnes.

Général Motors est à court de liquidités et ne pourra pas s’en sortir sans une aide de l’Etat Fédéral.

C’est pour cette raison que Barack OBama a demandé à Georges W Bush de mettre en place un plan de sauvetage d’urgence pour sauver le secteur automobile américain.

L’assurance AIG qui avait déjà fait l’objet d’une aide financière importante du Trésor Américain, vient de publier une perte record de 24,5 milliards au troisième trimestre. Depuis le début de l’année 2008, AIG aura perdu 37,63 milliards de dollars dont 18 milliards avec les CDS (crédit défault swaps).

Le Gouvernement américain a dû doubler son aide à AIG pour la porter de 85 milliards à 150 milliards de dollars, afin de lui permettre de respecter ses obligations envers ces clients.

Une autre crise guette les américains, celle des crédits à la consommation. Pour se rendre compte de l’état du système bancaire américain, il faut savoir que le total des fonds propres des banques représente environ 4000 milliards de dollars, que les pertes de la crise immobilière seront d’environ 2500 milliards de dollars et que les crédits à la consommation douteux s’élèvent à 4500 milliards de dollars.

A ce jour, seuls 800 milliards ont été provisionnés par les banques américaines ce qui explique quelque peu pour quelle raison les banques hésitent à relancer une politique de crédits abondants.
Henry Paulson, le secrétaire du Trésor américain vient de déclarer lors d’un point de presse, que le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars qui devait racheter les créances toxiques, n’est plus d’actualité,mais qu’il devrait servir à monter dans le capital des établissements financiers en difficulté.

Ce changement de stratégie, d’après Henri Paulson devrait permettre de régler plus rapidement la crise économique actuelle.
Les autorités américaines se seraient résignées à nationaliser les banques en perdition pour réinjecter les liquidités nécessaires à la marche de l’économie et par la même stabiliser le système financier.
Tout baisse actuellement les prix de l’immobilier et des matières premières, le cours des actions, le résultat des entreprises et le niveau de l’emploi.

La récession mondiale avance à grands pas et rien ne semble pouvoir l’empêcher, car celle-ci va se propager à l’ensemble de nos économies.
Les dernières prévisions de l’ OCDE sont très claires. De 2008 à 2010, Le taux de chômage passera de 5,7 à 7,5% de la population active aux Etats Unis, de 4,1, à 4,4% au japon et de 7,4 à 9% en zone en euro. Il est même prédit un taux de chômage en Europe à 9% pendant une longue période.

Il n’est pas prévu de taux de croissance aux Etats Unis et en Europe avant 2010.
Le FMI vient de décider de tripler ses prêts pour les pays en développement, qui devraient être touchés durement par la crise financière et économique, car il est déjà envisagé que leur taux de croissance passerait de 6,5 actuellement à 4, 5% pour 2009. (Ce soutien financier du FMI pourrait être de 100 milliards de dollars sur 3 ans).

Certains dirigeants occidentaux pensaient que la crise financière des pays Occidentaux serait jugulée avec l’aide financière des pays émergents.
Nous sommes bien obligés de constater aujourd’hui que les pays émergents sont également atteints de plein fouet par cette crise de liquidités mondiale.

La Chine vient de lancer un plan de relance de 586 milliards de dollars pour sortir de la crise mondiale. Ce plan de relance sert à stimuler la demande intérieure pour faire face au fléchissement des exportations qui sont le principal moteur de l’économie chimoise.

Les pays du Golfe, auxquels ont fait appel un nombre conséquent d’institutions financières internationales pour augmenter leurs fonds propres, sont également impactés par la crise.
Les principales bourses du Golfe ont été affectées par la chute des principales compagnies immobilières et le retrait de milliards d’investissements étrangers en raison de la crise financière mondiale.

Malgré cela, les pays du Golfe seraient prêts à apporter leur contribution financière au FMI, grâce aux énormes revenus qu’ils ont amassés avec l’or noir.
Pour autant, rien n’est garanti, car ces pays continuent à penser que le FMI reste sous l’emprise des Etats Unis et des membres du G7.

Les économies occidentales doivent-t-elles dépendre de ces Etats islamistes ou monarchiques pour la plupart du temps dirigeaient par des despotes qui mènent à la baguette leur population ?

Tous les pays du Golfe ( Arabie Saoudite, Bahrein, Emirats arabes unis, Koweit, Oman et Qatar sont des économies de marché, sans démocratie, ni droits civils et politiques pour leur population. La charia s’applique dans ces pays sans que cela ne semble émouvoir les occidentaux au nom de la liberté de culte.

Les salafistes (islamistes radicaux) militent au nom du conservatisme religieux contre le libre marché, craignant qu’une économie ouverte n’encourage la large propagation d’une éducation et de comportements occidentaux. Ils ont également pour objectif de renverser ces gouvernements qu’ils considèrent comme étant à la solde des pays occidentaux.

Les libertés fondamentales dans ces pays ne sont pas respectées et le religieux influence la politique de ces états, ce qui est contraire à notre conception de la société.

Les pays occidentaux se sont servis des pays du Golfe pour maintenir leur niveau de croissance, et se sont fourvoyés à soutenir ou utiliser bien souvent des régimes totalitaires dans leur propre intérêt et délaisser les populations locales livrées à l’oppression de leurs gouvernants.

Les milliards du pétrole qui viennent au secours des économies occidentales asséchées par un système financier devenu fou et incontrôlable me semblent extrêmement dangereux tant sur le plan éthique, moral et politique. Mais il est vrai que l’argent n’a pas d’odeur…

En Europe, la crise continue à s’accentuer. Les banques n’ont pas retrouvé une activité normale et l’on s’attend dans les prochains mois, peut être à de nouvelles faillites.

En Allemagne, Hypo Real Estate qui avait été renfloué par l’Etat manifeste des signes d’inquiétude, après une perte de 3, 1 milliards d’euros au titre du troisième trimestre 2008.

En France, nous venons d’apprendre que des opérations de trading auraient couté à Natixis (la banque d’investissement et de Financement des Caisses d’Epargnes et des Banques Populaires) 975 millions d’euros. Natexis a admis une perte, 250 millions d’euros, moins importante que celle annonçée par le quotidien la Tribune dans son édition du 12 novembre 2008.

Après les Caisses d’épargnes qui avaient perdu 680 millions d’euros, l’on peut dire que les errements continuent à perdurer sur les tables de marché.

La liste n’est pas exhaustive, car nous pourrions continuer à égrener encore longtemps, les banques qui connaissent de graves difficultés chez nos voisins européens (Angleterre, Italie, Espagne, Belgique, Hollande etc…)…

L’Europe touchée durement par cette crise du système capitaliste financier, semble décidée à parler d’une seule voix lors du prochain G20.
Cela suffira-t-il à calmer l’attitude anxiogène des investisseurs sur les marchés boursiers mondiaux, rien n’est moins sûr.

Les pays émergents en appellent à un nouvel ordre mondial sur le plan financier avec une meilleure représentation dans les instances internationales. Les autres économies occidentales ne veulent pas perdre leur suprématie dans ces mêmes instances, surtout les Etats Unis qui veulent rester maître du jeu.

Des avancées seront-elles possible pour sortir du marasme dans lequel nos économies se trouvent.
L’enjeu du G20 est double, éviter que les pays utilisent l’arme du protectionnisme pour se protéger et empêcher que la crise ne s’approfondisse au risque d’engendrer des tensions internes et externes, notamment sur le plan géopolitique.

La seule problématique pour cette réunion du G20 fixée le 15 novembre 2008, c’est que le nouveau Président des Etats Unis Barack Obama ne sera pas de la partie, mais des émissaires le représenteront.
Ceci veut dire très concrètement qu’il ne faut pas s’attendre dès la fin de ce sommet, à des décisions précises, sachant que la nouvelle administration américaine ne sera pas en fonction avant le 20 janvier 2009.

Il était peut être nécessaire de rassurer les acteurs de la finance mondiale, mais cela sera –t-il suffisant pour redonner la confiance aux investisseurs, quand chaque jour nous sont annoncées de nouvelles faillites ou pertes ou dépréciation d’actifs sur les marchés.

La situation est grave et préoccupante, car l’économie réelle n’est plus épargnée et les gouvernements sont confrontés directement à la réaction de leurs opinions publiques respectives, qui ne va pas tarder.
Le chômage ne peut que progresser au vue des résultats catastrophiques des entreprises, qui vont être obligées d’ajuster leurs effectifs à la baisse de leurs revenus (analyse confirmée par les prévisions de l’OCDE).

La dépréciation des actifs des institutions financières a eu pour conséquence de réduire de façon drastique la dispense de crédits pour soutenir l’économie réelle, malgré les plans de sauvetage et l’intervention des banques centrales pour réanimer le marché interbancaire interrompu depuis plusieurs semaines.

Une course de vitesse est engagée entre les Etats et les banques pour faire repartir nos économies rentrées en récession.
Les Banques le pourront-t-elles et à quelles conditions sur le plan social pour les salariés qui y travaillent ?

C’est pour cette raison, que face à une telle crise financière jamais connue depuis 1929, les états auraient dû ou devraient nationaliser tout le secteur bancaire, de manière à en prendre le contrôle et remettre sur pied un système bancaire au service des entreprises et des particuliers.

IL faut cesser de tergiverser, l’heure est suffisamment grave pour prendre des mesures à la hauteur de la crise.
Allons-nous attendre que des secteurs entiers de nos économies s’effondrent pour agir de façon efficace pour lutter contre la paupérisation de nos sociétés qui se profile à l’horizon ?

Nos dirigeants seront t-ils à la hauteur des enjeux de ces négociations qui vont s’ouvrir prochainement pour rétablir un système financier international en pleine déroute ? L’avenir nous le dira.

Toujours est –il que ces négociations en présence du FMI, s’annoncent mal, car Dominique Strauss Kahn a précisé qu’il ne fallait pas s’attendre à ce que celles-ci débouchent sur un nouveau Bretton Wood2.

Tout semble malheureusement écrit d’avance, pour que la suprématie du dollar continue à dominer les autres économies, sauf à ce que la nouvelle administration américaine accepte de jouer une nouvelle partition à l’échelle mondiale.

Fabrice letailleur

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