Après les émeutes de banlieue, ne faire qu’un seul peuple : un défi révolutionnaire

Publié le 8 décembre 2007 - par
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Dans le magazine « 66 minutes » diffusé sur M6 le dimanche 2 décembre, on revenait sur les événements de Villiers-le-Bel en faisant tomber un pan de plus de ces illusions que certains nourrissent, de croire avoir vu dans les émeutiers, ces jeunes ultra-minoritaires des cités, une avant-garde révolutionnaire nous faisant une leçon de morale.

De, « on nique la France » à surtout ne pas la quitter

La police étant en face d’eux, ils ne pouvaient être à coup sûr, selon les dires de ceux qui les présentent ainsi, que de bons petits gars. Sauf que, le reportage M6 montrait une situation où, pendant que la police était occupée d’un côté par des casseurs en train de brûler écoles, bibliothèque municipale, commerces de proximité et entreprises, de l’autre, leurs copains pillaient un supermarché et en sortaient en criant « nique la France », « on nique la France », avec dans les mains les objets de leur méfait.

Ils croyaient donc, de toute évidence, à travers leurs vols avoir vaincu on ne sait quelle France, dénotant un ressentiment, à travers une haine raciste à l’égard du pays où ils vivent et des autres, plus que pitoyable. On était tenté de s’interroger de savoir pourquoi et comment ils pouvaient de cette façon cracher ainsi sans discernement sur ce pays où ils vivent, en oubliant au passage pourquoi ils y sont et y restent.

Cette négation signant le ralliement à un pays d’origine passant pour être tout, qui les a pourtant poussé à venir vivre là, en France, où le droit du sol, le regroupement familial, la liberté de culte, les logements HLM (là-même où ils vivent), des droits sociaux incomparables, l’école laïques gratuite obligatoire, l’égalité homme-femmes, la démocratie, la citoyenneté républicaine, les libertés publiques, l’Action sociale …, en font une terre d’accueil première destination du Maghreb et de l’Afrique émigrante.

Qu’est-ce à dire ? Cette incompréhension d’où vient-elle ? De l’héritage colonial ayant laissé dans l’inconscient collectif français on ne sait qu’elle racisme caché qui provoquerait ce rejet, comme d’aucun le soutiennent en faisant contresens à l’histoire ? Mais alors pourquoi ce pays qui serait raciste et mériterait d’être ainsi insulté, bafoué, leurs auraient-ils offert la possibilité de rester sur son sol, y compris donné l’égalité des droits, ce que précisément leur refusaient les colonialistes ? Aussi, toutes les situations difficiles des populations issues de l’immigration peuvent-elles être sérieusement attribuées à une discrimination généralisée qui caractériserait le rapport de ces jeunes à la France, pouvant permettre de comprendre cette noirceur dont ils font preuve ? Les faits ne font que dire le contraire.

On comprend pourquoi, il ne faut pas converger dans un regard compassionnel cherchant dans le passé les raisons d’un « mal être » d’aujourd’hui encourageant et justifiant les pires dérives avec en toile de fond un repli communautaire, alors qu’il n’est que le lot de ceux qui sont vulnérables en raisons d’un « mal vivre » qui touche le peuple de France dans son entier et dont ils font partis. Ces émeutiers qui crient au loup contre la France ne voudraient en réalité pour rien la quitter.

Faire avec tous un seul peuple pour faire trembler les patrons et les actionnaires

Le discours de victimisation éloigne les populations d’origine immigrée du peuple auquel ils appartiennent en les y opposant de façon artificielle, à attribuer aux discriminations une importances qu’elles n’ont pas dans l’explication générale de la situation socio-économique des familles d’origine immigrées, vis-à-vis de quoi il faut en réalité se reporter, pour les explications, à la spoliation générale dont tous ceux des milieux populaires sont les victimes.

L’éloignement de cette prise de conscience d’avoir en commun avec le peuple français les mêmes intérêts est aussi nourrit par la légitimité donnée à la religion musulmane, et ce comme facteur numéro un de représentation des populations d’origine arabe à travers la création d’un Conseil Français du Culte Musulman, que l’on doit à notre cher président. Une situation qui constitue un vecteur inquiétant de communautarisation, avec un islam de plus en plus revendicatif enclin au rigorisme et faisant propagande du port du voile devenu le porte drapeau d’une volonté de peser par appropriation de l’espace public sur les décisions politiques, organisant un recul d’un siècle du point de vue des rapports de la religion avec la République.

Lorsque Sarkozy va en Algérie pour dire que le colonialisme a été un système profondément injuste, on est tenté d’applaudir sauf que, c’est au nom de la France que ces regrets sont présentés, comme si c’était elle qui avait décidée, c’est-à-dire son peuple qui est le véritable détenteur de la souveraineté, qui en avait fait le choix. Une façon de masquer les responsabilités de ceux qui ont assis et nourri le colonialisme, des partis politiques et des hommes d’Etat, mais surtout le système au service duquel ils étaient, le capitalisme, que précisément le peuple ne fait que subir toutes origines confondues encore aujourd’hui.

L’intégration de ceux qui ont une origine étrangère récente (entre une à trois générations) au peuple de France, est un enjeu capital des luttes à venir pour espérer pouvoir contrepeser en face du capitalisme mondialisé ici et ailleurs, en montrant l’exemple d’une union qui fasse trembler le trône des patrons et des actionnaires. Mais ce mouvement ne se fera pas sans en passer par une remise en cause profonde de l’orientation actuelle, où on encourage les particularismes au nom du droit à la diversité, au respect des différences, pour inciter au rejet de l’acculturation aux principes, lois et valeurs de la société française. Il devrait au contraire être question pour tous de se les approprier et de les défendre comme les causes et le but de ce qui a justifier pour certains, de venir là et d’y rester, afin d’y grandir et d’y écrire une histoire commune. On sent bien le risque de fracture qui guette la société française de ce point de vue et dont les violences des émeutiers, leur attitude, leurs mots témoignent tristement.

La lutte sans merci contre le communautarisme, voie d’un combat universel humaniste

Lorsque SOS Racisme par la voie de son Président Dominique Sopo, dénonce les statistiques ethniques en utilisant l’argumentaire selon lequel, pour connaitre les populations d’origine immigrée, leurs problèmes, il suffirait de faire des testing car tout aurait ici pour cause les discriminations, refusant l’idée que pour une part, les difficultés d’intégration pourraient tenir à des comportements inadaptées de celles-ci, on est en fait en pleine stigmatisation et déni de la réalité, encouragement à la victimisation et aux mises à part.

Ce discours satisfait peut-être à un fond de commerce politique, à la justification de ceux qui ont tourné le dos à l’effort et justifient ainsi leur situation de non-réussite, voire au besoin psychologique de culpabilité que certains éprouvent pour se donner bonne conscience de croquer au système en faisant en sorte par ce déplacement des causes de ne rien y changer. Mais il a surtout de graves conséquences pour ceux dont nous parlons, en les aiguillant sur une voie d’égarement à les monter contre une République qu’ils n’ont que tout intérêt à défendre contre ceux qui veulent, à force de reniements et de remises en cause, effacer de l’histoire. Si les statistiques ethniques ne sont pas sans poser problème aux valeurs de la république, il est dommage que l’argumentaire développé par SOS Racisme soit un encouragement à les demander face à l’attaque qu’il constitue contre celles-ci, en effaçant toute idée de responsabilité de ceux concernés par la question de l’intégration quant à leur difficulté à y parvenir.

Il ne faut pas plus cacher non plus que, la ghettoïsation puisse être un phénomène chez certains jeunes propre à une culture de cité qui n’est pas non plus très favorable avec ses codes brutes de moule, son français concassé, son irrespect comme emballage naturel, son machisme habituel, à être au mieux reçu lorsqu’il est question de trouver sa place dans le monde ordinaire, à l’école ou au travail. Des attitudes qu’il faut aussi savoir remettre en cause au lieu de les banaliser comme médias et politiques le font trop souvent.

Il y a bien des auto-exclusions qu’il faut dénoncer pour ne pas les laisser se rajouter aux injustices économiques et sociales, à la difficulté d’accès à la culture pour les familles les plus humbles, qui existent déjà, sans rien n’y adjoindre de plus. C’est tout un prêt à porter des mises à part qu’il faut dénoncer, qui affirme le principe de vouloir être discriminés, de faire sécession, en s’enfonçant dans le mythe d’un pays d’origine ou d’une religion qui serait la seule cause.

La place des populations issues de l’immigration dans le combat de classe contre ce monde dédié aux patrons et aux actionnaires est sans aucun doute un des défit du combat révolutionnaire de notre temps. Il passe par une lutte sans merci conte le communautarisme, et l’instrument qu’il représente entre les mains du libéralisme pour pérenniser sa domination en appliquant le sacro-saint principe de diviser pour régner. Il en va d’une prise de conscience que la France représente avec sa république laïque et sociale un bien capital, un humanisme révolutionnaire en gestation comme modèle vital de société, qui ne saurait échapper à ceux venus d’ailleurs qui ont choisi de devenir des gens d’ici, pour rejoindre ce combat qui est celui universel de notre nation en charge d’éclairer quoi qu’on en dise, encore aujourd’hui, le monde.

Guylain Chevrier

Historien

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