Après un attentat sanglant, qui, chez les musulmans, proteste ?

Publié le 27 avril 2009 - par
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Il est difficile de s’engager dans la défense de la laïcité sans considérer Henri Pena Ruiz comme une référence et j’avoue humblement que la lecture passionnée de plusieurs de ses ouvrages a beaucoup contribué à ma propre formation sur cette question essentielle.

Mais ce n’est pas de cela qu’il est question ici. C’est de pure « géopolitique » et de connaissance de ce qu’il est convenu d’appeler le monde islamo-arabe pour désigner à la fois plus que les Arabes (pas tous musulmans) et plus que les Musulmans (majoritairement non arabes). Ces sociétés n’ont dans l’ensemble pas réussi à laisser émerger une opinion individualisée ou minoritaire. Et ce sont les minoritaires, qui ont parfois eu « raison trop tôt », qui font évoluer les sociétés. Des exemples ? L’abolition de la peine de mort, le droit à l’avortement, les droits des homosexuels et encore avant, admettre qu’on puisse croire en un autre dieu que celui de la majorité ou à pas de dieu du tout !

La différence la plus significative apparaît quand un membre de son propre clan s’attaque à celui d’un autre clan. Pour un pape qui dérape en réintégrant un évêque négationniste, des milliers de dignitaires de l’Eglise et d’intellectuels catholiques qui crient au scandale. Pour un Baroukh Goldstein, tueur de Palestiniens à Hébron ou pour un Igal Amir, assassin d’Itshak Rabin, des centaines de milliers d’Israéliens, y compris des religieux, y compris des hommes de droite, sur la place des Rois d’Israël (aujourd’hui place Itshak Rabin) à Tel Aviv.

Mais dans le même temps, pour chaque attentat sanglant commis en Israël, les dizaines de jeunes russes massacrés au Dolphinarium de Tel Aviv, la pizzéria Sbarro à Jérusalem, l’hôtel Park à Nétanya, pas une voix parmi les centaines de millions de musulmans du bloc islamo-arabe pour dire non au Hamas, pour affirmer qu’on ne massacre pas des enfants au nom de l’Islam. En revanche, distribution générale de friandises chez les Palestiniens à Gaza, comme après le 11 septembre !

C’est écorcher la cause laïque que de dire cela ? C’est sectaire et antimusulman que de dire cela ?

Moi, le seul hebdo auquel je suis abonné depuis des années c’est Charlie et on y bouffe depuis toujours du curé, du rabbin et de l’imam. Mais quelles caricatures déclenchent des procès d’un autre âge au sein même de notre République laïque ? Les mêmes qui de Copenhague à Karachi soulèvent des torrents de haine et d’appels au meurtre.

Et à Genève (pour la conférence Durban 2), combien de représentants d’Etats arabes ou musulmans ont quitté la salle pour protester contre les diatribes du plus bavard des chefs d’Etat négateurs de la Shoah ?

Est-ce être un disciple de Samuel Huntington que de pointer cela du doigt ?

Il existe des signaux qui montrent les premières fissures. Le Maroc, l’Egypte, la Jordanie, l’Arabie… ont déjà rompu, parfois avec éclat, l’unanimisme islamo-arabe. Je ne crois pas en l’efficacité d’une laïcité qui se contenterait de riposter frileusement aux coups portés contre notre société. Parce que justement la meilleure manière de réfuter la thèse du « choc des civilisations », c’est d’aller porter le combat laïc au sein même de ce bloc islamique. Pourquoi pas une « laïcité sans frontière », fleuron de l’exception culturelle française ? C’est peut-être aussi le meilleur moyen d’aider les Sifaoui, les Idir …de France à être mieux entendus au sein même de notre société.

Jean-François Strouf

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