Argumentaire contre Le Pen, qui compare Gaza à un camp de concentration

Publié le 12 janvier 2009 - par
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Les détails sont souvent ce talon d’Achille qui fait s’écrouler les constructions les mieux ficelées.
On ne reviendra pas ici sur les procès à grands spectacles des dits procès de Moscou du milieu des années trente. La volonté de prouver, coûte que coûte ce qui n’avait pas existé, fit inventer une rencontre entre l’ambassadeur Piatakov, un des chefs de l’opposition de gauche trotskiste à Staline, et le fils de Trotski, Léon Sédov.

Les metteurs en scène staliniens, pour faire plus vrai, les feront se rencontrer, dans un coin d’un hôtel Bristol d’une capitale scandinave où Piatakov était alors en poste. Mais, à vouloir trop prouver, les procureurs staliniens et leurs petites mains n’avaient pas vérifié si l’hôtel Bristol existait toujours. Ce n’était pas le cas, l’hôtel avait été démoli depuis plusieurs années avant la supposée criminelle rencontre.
Le fils de Trotski releva le « détail ». Il montra que cet aspect, ce détail du scénario stalinien, n’était qu’un révélateur, parmi d’autres, d’une vaste construction mensongère.

Confrontés aux moyens employés pour réaliser l’extermination des juifs capturés par les nazis et leurs alliés ou collaborateurs, on se souvient que Jean Marie Le pen écartera cette question, d’un large revers verbal, c’était « un détail », une question futile. Chambres à gaz, pas chambres à gaz, enfermement, nus les uns contre les autres de femmes, de mères et d’enfants, d’hommes pour être asphyxiés, un détail voyons !

Faurisson expliquera, lui : que l’ancien officier SS Gerstein auteur d’un rapport sur les chambres à gaz et sur tous les lieux où. elles avaient été mises en œuvres, le nombre des victimes de ce mode opératoire selon lui, que les inculpés des procès de Nuremberg, que les survivants des camps d’extermination, tous, comme un seul homme, étaient en réalité tous de fieffés menteurs ou des mythomanes instrumentalisés par les juifs.

Le chef dynastique du Front National avait prétendu faire des moyens de réaliser la « solution finale de la question juive », un « détail », quelque chose qui n’avait pas vraiment d’intérêt.

C’est d’ailleurs parce que les moyens mis en œuvre dans les camps d’extermination n’avaient pas beaucoup d’importance, que les différents Faurisson et leurs commanditaires s’acharneront pendant des années, et encore aujourd’hui, à mettre en doute l’existence des chambres à gaz, et à se livrer à toutes sortes de calculs pour déterminer s’il était possible qu’Auschwitz et ses chambres à gaz aient pu assassiner autant d’hommes, de femmes et d’enfants.

Depuis deux semaines Israël riposte aux attaques incessantes des commandos du Hamas qui durent depuis des mois et s’étaient multipliés depuis que Hamas n’avait pas reconduit la trêve. Sa réaction à la guerre déclenchée par Hamas a provoqué différentes réactions hostiles, notamment au sein d’une « gauche » amoureuse des avatars du stalinisme et de ses compagnons de route et imitateurs.
Rappelons encore que c’est après avoir mis en garde, à de multiples reprises, les chefs du parti du djihad mondial* qu’Israël a réagi.

On se rappellera aussi que le Front National et son chef n’apprécient pas le trop grand nombre d’étrangers dans notre pays, en particulier les « Arabes ». On sait aussi que les groupes de catholiques traditionalistes, parfois proches du FN, qui s’inquiètent de la progression des exigences de l’islamisme au quotidien, en viennent parfois à envisager des solutions extrêmes pour s’y opposer.

La position qu’allait prendre le chef du Front National était donc attendue.

Et le détail est revenu, cette fois c’est sous l’aspect d’un rapprochement entre la situation de Gaza en guerre avec Israël et celle des camps de concentration nazis. Ce faisant, notre homme chemine ici derrière la trace du père de sa filleule, sur le chemin du « comique » triste, bien connu.

Et l’homme politique, qui considérait que les chambres à gaz, ça existait ou ça n’existait pas, peu importait parce que c’était un détail, poursuit sur la même longueur d’onde… De quelle façon ? A l’entendre, Gaza est un vaste camp de concentration.

Regardons les choses et comparons…

Détail, sûrement si l’on suit Lepen et ses semblables de différentes nuances de l’arc politique : comme dans le camp de Gaza, les déportés des camps de concentration nazis disposaient de leurs forces armées qui défilaient et paradaient ; ils pouvaient importer massivement des roquettes qui bombardaient quotidiennement les villages polonais ou allemands alentours.

Notons ici pour le détail, qu’à Varsovie, au moment de la révolte des trente à quarante mille Juifs non encore morts de faim ou pas encore déportés à la chambre à gaz de Treblinka, l’Organisation Juive de Combat disposait, en tout et pour tout, d’une cinquantaine de pistolets et de moins d’une dizaine de carabines ; ces armes légères seront complétés par quelques centaines de cocktails Molotov. Des détails, des détails sans importance… Ils avaient des armes, peu importe que les uns en aient eu quelques dizaines pour quelques centaines de combattants affamés protégeant quelques milliers de survivants et que les autres en possèdent des milliers pour une armée privée de 15000 hommes bien nourris et encadrant, par une dictature, 1,5 millions de personnes prises en charge économiquement par la communauté mondiale depuis 60 ans.

Détails, sûrement…

Encore des détails sûrement : comme dans le camp de concentration de Gaza, les enfermés des camps de concentration d’Allemagne et de Pologne creusaient des tunnels ; ils allaient kidnapper des militaires allemands ; ils les détenaient prisonniers, enfermés au milieu de leur camp, dans un hôpital pour enfants. Parce qu’il y avait forcément un véritable hôpital pour enfants dans le ghetto de Varsovie, dans celui de Lodz et dans les camps proprement dits, puisqu’il y en a dans le camp de concentration de Gaza.

Dans le grand camp de concentration qu’était le ghetto de Varsovie, les enfermés ne sortaient que pour des Kommandos de travail forcés, puis à partir de juillet 42, pour être rassemblés sur l’umshlagplatz, y étaient enfermés à cent par wagon à bestiau, destination Treblinka, sa chambre à gaz (autres détails pour monsieur le Président Le Pen).

Qui sortait encore de cette ville, camp de rassemblement, qui commença avec plus de trois cents milles Juifs emprisonnés, vivant à 13 et plus par pièce, pour finir avec quelques dizaines de survivants, -ceux qui purent s’enfuir par les égouts jusqu’à la Varsovie des Polonais-, auquel Jean Marie Lepen assimile Gaza en guerre ? Cherchons : il y avait ces bandes d’enfants, des petits, qui sortaient par des trous pratiqués dans le mur du ghetto ; ils se faufilaient au péril de leur vie, risquaient la peine de mort pour délit de sortie et de contrebande, pour aller s’approvisionner de quelques rares pommes de terre. Ils manquaient sûrement de patience, ces enfants juifs, ils ne voulaient probablement pas attendre qu’arrivent les camions de ravitaillement des organismes internationaux ? Il faut croire qu’ils auraient pu attendre ces camions de ravitaillement, puisque selon monsieur le Président du Front National, Gaza, c’est la Varsovie juive des années 40-43.

On doit le croire, Monsieur Jean Marie Le Pen, c’est un spécialiste de l’exactitude, c’est un champion de la vérité vraie !! Il nous le dit, les Israéliens, ils ont fait de Gaza une Varsovie bis. Gaza, c’est la Varsovie juive des années de guerre. Il nous le dit, avec quelques autres, Lepen, alors, faut le croire.

Regardons les détails…

Dans la Varsovie juive de 1940-1942, des bandes de milliers d’enfants erraient. Ils étaient privés de leurs parents, déjà morts ou assassinés, et ne recevaient aucune nourriture**. Ils criaient dans les nuits glacées des hivers de Varsovie, ils réclamaient aux fenêtres fermées, juste un quignon de pain, même moisi. Pourquoi n’attendaient-ils pas les fonctionnaires d’organismes mondiaux officiels qui leur apportaient nourriture et médicaments comme l’ONU fait à Gaza?

Mais non, me direz- vous, à Varsovie et dans les camps de concentration, vous le savez bien, aucun organisme humanitaire n’amenait jamais ni médicaments ni aucune nourriture aux enfants errants. Moi je le sais bien, mais tous ces gens de bonne foi auxquels parlent le Président du FN et ses compagnons de route du PCF et de la LCR/NPA, que savent-ils de ces réalités aussi opposées que l’on assimile l’une à l’autre ?

Le Président du Front national nous dira que tout cela c’est encore des détails et rien que des détails. Si on devait s’embarrasser de pareils détails, alors plus aucune démagogie, plus aucun mensonge politique ne seraient plus désormais possibles. Et pour ces gens, de droite extrême et de gauches diversifiées, la politique sans à peu près, sans mensonges et sans démagogie, ce n’est plus de la politique.

Quelle importance en effet, cela a-t-il ?

Quelle importance que ce que l’histoire a connu sous le nom de camps de concentration et camps d’extermination, n’aient rien à voir avec la bande de Gaza en guerre ? Quelle importance ? L’importance, c’est dénigrer et délégitimer Israël, voilà l’important.

Quelle importance, si cela permet de dresser contre Israël et contre les juifs un mur d’hostilité et de haine réprobatrice ?

Quelle importance, que les juifs enfermés dans les vrais ghetto, pas des quartiers urbains plus ou moins paupérisés, n’aient rien eu alors pour vivre quotidiennement, ni à manger, ni hôpitaux pour leurs enfants, ni école, ni droit de se réunir pour prier, ni droit de se réunir pour honorer ses morts, et aucune arme bien évidemment. Quelle importance s’ils avaient seulement le droit de se soumettre au travail forcé, avant de mourir d’épuisement ou d’être pendu, ou fusillé, ou gazé ? Quelle importance, des détails tout cela, des détails et rien d’autre.

Quelle importance, que dans le prétendu grand camp de concentration de Gaza, les ci-devant déportés possèdent, par contre, des forces armées, celles d’un parti affirmant l’objectif de détruire son ennemi « l’entité sioniste », qu’ils le canardent chaque jour, en exigeant, avec l’appui de Jean Marie Lepen et quelques autres, que le canardé ne riposte pas.

Quelle importance les dissemblances des situations et des conditions? Le rapprochement verbal est suffisant. Il est moyen commode pour provoquer émotion et d’indignation. Comme disait l’autre : la fin justifie les moyens !

On vous le dit, Gaza, c’est un camp de concentration, et si cela n’a rien à voir, tant pis, ce n’est pas grave. C’est quand même un vaste camp de concentration, et tout le reste est un détail, foi de Jean Marie Le pen !

Alain RUBIN

* Djihad, moyen militaire de la guerre sainte destinée à établir dans tous les pays la dictature « religieuse » qui s’est abattue sur Gaza au moyen d’un putsch provoquant les exécutions sommaires de plusieurs centaines de militants et cadres du Fatah ; après le Soudan, l’Iran, des portions de la Somalie, l’Afghanistan des Talibans et des bouts du pays aujourd’hui, cette dictature est comme une chape de plomb brûlant, pesant sur la population de Gaza ; elle pèse brutalement sur les musulmans pas assez musulmans qui y vivent ; elle pèse sur les athées ou les libres penseurs (eh oui, il y en a aussi, des Libres Penseurs, chez les « arabes », n’en déplaisent aux prétendus « libres penseurs » organisés de France, qui croient ou qui pensent, que c’est une particularité strictement française, la Libre Pensée, qu’elle ne concerne pas ces « arabo musulmans » qui réaliseraient leur liberté individuelle en « choisissant » de vivre un esclavage morale visible et de tous les instants, notamment au moyen de la bourqua et autres niquab), et elle pèse plus lourdement encore sur le chrétiens palestiniens ; c’est contre cette féroce dictature aux ambitions mondiales, qui prétend interdire tout règlement du contentieux entre Juifs d’Israël et « Arabes » de l’ancienne Palestine mandataire, que les forces militaires d’Israël ont riposté ces derniers jours. Elles ont riposté, pour briser la capacité de nuisance du groupe de pirates Hamas qui a l’ambition proférée dans sa charte et dans les appels quotidiens de sa télévision, d’asservir à sa doctrine « religieuse » l’ensemble des humains, dans l’ensemble des pays.

** Sauf les quelques centaines d’orphelins, que le grand pédagogue Yanucz Korczak, pu prendre en charge, grâce aux moyens mis à sa disposition par le Conseil juif de Varsovie présidé par Adam Czerniakov, les enfants du ghetto erraient et quémandaient des bribes à des gens pour lesquels la famines, la sensation de faim durait 24 heures sur 24. Les enfants sauvés de la famine par l’action de Korczak ont péri, déportés et gazés à Treblinka, lors des rafles de l’été 42.

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