Arnaud Gouillon : « ce qui s’est passé au Kosovo se passera demain en France »

Publié le 4 octobre 2010 - par - 3 123 vues
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Riposte Laïque : Tu présides depuis six ans l’ONG Solidarité Kosovo. Malgré quelques images qu’on a pu voir à la télévision ou plus fréquemment sur internet quant à la persécution de la minorité serbe au Kosovo, il paraît que vous êtes la seule ONG non-serbe à vous préoccuper du sort de ces populations. Pourquoi ?

Arnaud Gouillon : Les grosses organisations caritatives ne viennent pas en aide aux Serbes du Kosovo parce qu’elles n’ont rien à y gagner. Il faut savoir que les grosses ONG, quand elles viennent aider des pays avec beaucoup de finances, font partie d’un package global : propagande-bombardement-reconstruction-ONG. Les ONG n’interviennent que dans le sens qu’on leur dicte. Elles ne sont pas indépendantes, elles sont une caution morale. Pour les Serbes du Kosovo, il y a eu une diabolisation préalable à l’intervention armée. Les bombardements ont été auparavant justifiés par la diabolisation d’un ennemi à détruire. Ensuite il a été détruit. Et selon leur logique manichéenne, en détruisant le mal on fait le bien. Et les ONG arrivent et vont aider, soi-disant, les pauvres qui ont été opprimés par ceux qu’on veut détruire. C’est un système qu’on retrouve assez régulièrement et dans le cas des Serbes, ils ont été diabolisés et les Albano-kosovars ont été encensés par les médias et présentés comme des victimes. Donc les grosses ONG sont venues en aide aux Albanais, mais les victimes serbes n’ont pas eu droit à l’aide humanitaire. En ce qui concerne les petites associations – petites par rapport à leur moyens et non par rapport au travail effectué – le plus dur est de durer. Il faut avoir la volonté de créer une association, être capable de la faire tourner, aller ensuite sur place pour aider et faire en sorte que ça dure. La durée, c’est vraiment le plus difficile. Aller une fois, c’est simple, tout le monde peut le faire, mais y aller pendant six ans plusieurs fois par an en gardant des contacts et en attirant la confiance des gens sur place, c’est ça le plus dur. Il faut être intégré sur place et avoir la confiance des populations. Il faut également prendre en compte les risques qu’on peut avoir et les difficultés liés à la langue ou à la distance.

Riposte Laïque : Pour la langue, toi tu as au moins l’avantage de parler serbe…

Arnaud Gouillon : Oui, enfin ce n’est pas inné (rires) ! J’ai dû faire beaucoup d’efforts pour apprendre la langue d’Ivo Andric. Tout ça ce sont des barrières pour des pays comme la France ou l’Italie qui pourraient avoir d’autres associations mais qui n’en ont pas. Nous avons réussi à durer, c’est cela notre force.

Riposte Laïque : Et concrètement, qu’est-ce que ton association apporte aux Serbes du Kosovo ?

Arnaud Gouillon : C’est beaucoup de matériel. Matériel scolaire, ordinateurs, vêtements chauds… Nous apportons tout ce qui manque là-bas. Nous avons apporté de la nourriture, du matériel sportif afin de permettre aux jeunes Serbes de faire du sport et de sortir de la rue et des dérives liées à celle-là comme la drogue ou l’alcool. Il faut savoir que le Kosovo est une zone d’après-guerre où l’économie est ruinée et notamment chez les Serbes puisque qu’ils n’ont pas moyen de travailler dans la partie albanaise et sont complètement discriminés. Donc sans travail et dans un abandon total, les Serbes se retrouvent livrés à eux-mêmes et des clubs de sport se montent, sans moyens, pour pallier à cela. Et nous aidons ces clubs régulièrement. Chaque année, au moment de Noël, nous apportons également des jouets aux plus petits. L’intérêt de cela, ce n’est pas seulement de faire plaisir à des enfants, même si cela nous réchauffe le cœur à chaque fois qu’on a le sourire d’un gosse quand on lui tend un jouet. Mais le véritable message est destiné à toutes les familles, aux parents et grands-parents qui voient que des Français parcourent 2000 kilomètres dans le froid et arrivent au fin fond des enclaves du sud Kosovo pour donner un jouet à un enfant. Ce jouet, c’est un message de soutien, un message d’espoir de la part d’un vieux peuple frère qui dit aux Serbes : ne lâchez pas, nous sommes avec vous, nous vous soutenons.

Riposte Laïque : Comment peut-on vous aider ?

Arnaud Gouillon : Très concrètement, nous existons depuis 2004 et donc nous avons un assez bon réseau pour récupérer du matériel. Maintenant, si des personnes ont des opportunités d’avoir du matériel sportif neuf, du matériel scolaire neuf ou des vêtements neufs en grosse quantité et que ça peut être livré en région grenobloise, elles peuvent prendre contact avec notre association. Et pour les autres personnes, le meilleur moyen de nous aider est de nous faire un don, pour que nous puissions louer des camions, payer les péages et combler tous les frais qu’on peut avoir sur de tels voyages, frais qui sont tout de même assez importants. Sachant que nous sommes habilités à faire des reçus fiscaux qui permettent une exonération d’impôt à la hauteur de 66%. Pour un don de 100 euros, il y a 66 euros qui sont déductibles dans les impôts donc un don de 100 euros ne coûte en réalité que 34 euros.

Riposte Laïque : Tu peux rappeler les coordonnées de Solidarité Kosovo.

Arnaud Gouillon : Solidarité Kosovo, B.P. 1777, 38220 Vizille.
Et notre site internet est http://www.solidarite-kosovo.org.
Téléphone 06 42 56 39 07
Pour nous aider : http://www.solidarite-kosovo.org/fr/nous-aider

Riposte Laïque : En 2004, quand tu as lancé cette aventure, tu avais 19 ans. Qu’est-ce qui t’a poussé, si jeune, à choisir cette cause et pas une autre ?

Arnaud Gouillon : C’est tout d’abord une tradition familiale de soutien aux Serbes, suite notamment aux bombardements de 1999. A cette époque-là j’étais plus jeune mais ça m’avait révolté. Ca a révolté mon grand-père, mon père, ma mère. Toute la famille était révoltée par cette tragédie. Un peuple européen, un peuple ami, un peuple frère de la France depuis toujours est agressé. Ces bombes à l’uranium appauvri qui touchaient des civils, ça nous a révoltés. A partir de ce moment-là, je me suis senti concerné par le sort des Serbes. Et ensuite, en 2004, il y a eu au Kosovo des pogroms, les 17 et 18 mars. 30 églises incendiées, 19 personnes assassinées, plusieurs villages brûlés, des milliers de réfugiés. Ces deux jours de pogroms, on en a entendu parler un peu dans la presse, mais moi j’en ai entendu parler surtout par le récit que m’a fait un ami qui est allé sur place quelques jours après. Et ce qu’il a vu là-bas, ça nous a donné l’idée de créer cette association Solidarité Kosovo puisqu’il avait pu prendre des contacts, il avait pu faire un reportage photo et montrer la réalité que bien souvent on nous cachait. Donc c’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à m’investir sérieusement dans le soutien aux Serbes du Kosovo. J’avais 19 ans et il faut dire que c’était en adéquation avec mon esprit un peu aventurier. J’avais l’opportunité, j’avais l’envie, la volonté. J’ai créé cette association. Je n’étais pas seul, il y avait toute une équipe et nous avons eu des soutiens, des relais. C’est pour ça que ça a pu se faire et que ça a continué à marcher de manière optimale.

Riposte Laïque : Ce qui a choqué beaucoup les amoureux du patrimoine (et il y en a quelques-uns à Riposte Laïque, attachés à l’Histoire), et même si c’est matériel, c’est de voir des églises millénaires – souvent en bois – incendiées en toute impunité. On a vu les vidéos sur internet, et on a l’impression d’être revenu au temps de la conquête guerrière de Mahomet. Ce sont de véritables razzias. Dans quel monde vit-on ?

Arnaud Gouillon : C’est même pire que la conquête mahométane, comme la conquête ottomane dans les Balkans. Puisque là, il ne s’agit pas seulement de conquérir et de soumettre, il s’agit de raser, d’éradiquer toute présence serbe, toute présence chrétienne dans la région. Donc on va brûler les villages, on va chasser les habitants et ensuite détruire les édifices religieux qui appartiennent parfois au patrimoine mondial de l’humanité. Ce sont des chefs-d’œuvre de l’art culturel serbe, de l’art européen, qui ont été détruits et qui sont encore détruits. La volonté, c’est de détruire toute présence serbe dans cette région. Tout ce qui n’est pas d’origine musulmane ou d’origine albanaise est rasé. Il faut savoir qu’au Kosovo, il y a vraiment une guerre des historiens. Les Serbes sont les habitants originels de cette région et cette position est disputée par des Albanais qui aimeraient récupérer la terre, et l’histoire. Détruire les preuves historiques de la présence serbe au Kosovo – églises, villages, … – c’est donc légitimer la présence albanaise.

Riposte Laïque : Il faudrait peut-être que tu fasses un rapide historique de la région car nos lecteurs ne sont pas forcément au courant. Et expliquer surtout comment se fait-il que le Kosovo, qui est considéré par les Serbes comme le berceau de leur Nation, se retrouve aujourd’hui dominé par les musulmans et par l’islam. Ca ne date sans doute pas d’hier.

Arnaud Gouillon : Le Kosovo est une terre historiquement serbe. C’est au Kosovo que naît l’esprit serbe, l’identité serbe et ce qui va donner naissance à l’empire serbe. Les plus vieilles bâtisses, les plus vieilles églises, les plus vieux châteaux sont construits au Kosovo. Le Kosovo a été à une époque la région la plus densément peuplée et la plus riche de la péninsule balkanique. Il va y avoir un tournant historique : l’invasion ottomane en 1389 avec la bataille du « champ des merles ». Les ottomans occupent la région du Kosovo et une partie importante des Balkans. Les Serbes ont alors un statut de « dhimmis », c’est-à-dire qu’ils sont sous-citoyens en terre d’islam. Ils ne peuvent pas posséder d’armes ni de terres, ils ne peuvent pas occuper de fonctions dans l’administration. S’ils ont un procès face à un musulman, ils sont quasiment sûrs de le perdre. Bref, ce sont des sous-hommes. L’autre tournant historique après l’invasion ottomane, ça va être l’apostasie albanaise, c’est-à-dire la conversion des Albanais à l’islam. Les Albanais vont devenir musulmans, puis émigrer petit à petit au Kosovo pour venir en quelque sorte mater les rébellions serbes qui refusent de se soumettre à l’islam. Et le zèle du nouveau converti va frapper durement les Serbes qui vont petit à petit fuir devant la pression albanaise de plus en plus intense. Cela jusqu’en 1912, où c’est la libération. Les Ottomans sont chassés. L’armée serbe entre triomphalement au Kosovo. Le statut de « dhimmitude » qui durait depuis plusieurs siècles est terminé. En 1912, les Albanais représentent 30% de la population du Kosovo, c’est-à-dire qu’ils sont encore minoritaires et que les Serbes sont majoritaires. Aujourd’hui, les Albanais, musulmans, représentent 95% de la population et les Serbes 3%. Alors ce qui est intéressant de savoir, c’est comment se fait-il que dans l’espace d’un siècle, une minorité puisse devenir à ce point majoritaire, puisse avoir un Etat indépendant, et comment se fait-il que les derniers Serbes, qui vivent sur leur terre, qui vivent au cœur de leur Nation – il faut savoir que le Kosovo est à la Serbie ce que la Seine-Saint-Denis ou l’Orléanais sont à la France – vivent aujourd’hui opprimés dans des enclaves.

Riposte Laïque : Oui, il faut savoir… Alors quelles sont les causes de cette situation ?

Arnaud Gouillon : Il y a trois causes à cela. La première est une cause démographique. Les Albanais faisaient beaucoup d’enfants. Comme c’est dit dans l’islam, il faut faire des enfants. Alors il n’était pas rare d’avoir des familles albanaises avec 10 enfants. Tandis que les Serbes eux en faisaient 2, 3, 4. Ce qui n’est pas rien. Il n’y pas au Kosovo serbe une chute de la natalité comme en Europe. C’est paradoxal puisque les Serbes ont une incertitude quant à leur avenir, ils sont menacés, mais ils continuent à faire des enfants, comme si c’était une réaction. Face à la conquête, les Serbes se défendent en faisant des enfants parce qu’ils savent que ça se joue aussi dans le combat démographique. Deuxième cause, la violence des Albanais, qui s’est exprimée notamment lors de la seconde Guerre mondiale puisqu’ils se sont engagés en masse dans une division S.S. musulmane tandis que les Serbes résistaient et étaient aux côtés de la France. Comme toujours, les Serbes ont été aux côtés des Français par le passé, sauf en 1999 lorsque la France a malheureusement trahi la Serbie. Ces Albanais musulmans engagés dans la division S.S. Skanderbeg ont chassé les Serbes du Kosovo, et c’est d’ailleurs après la seconde Guerre mondiale que les Albanais deviennent majoritaires. Cette violence va continuer tout au long de la deuxième moitié du vingtième siècle sans que cela pose problème puisqu’il y avait une complicité du pouvoir politique. Tito qui était en place laissait faire et fermait les yeux sur les violences commises contre les Serbes du Kosovo. Je récapitule : la démographie, la violence, la complicité politique permettent aux Albano-musulmans de devenir majoritaire en l’espace d’un siècle. Là où ça devient intéressant, c’est quand on compare à la situation actuelle de la France, mais aussi de nombreux pays européens. Nous voyons que les trois facteurs sont réunis. La démographie, d’abord. La démographie des minorités musulmanes en France est extrêmement importante et plus grande que celle des Français. La violence, ensuite. Nous ne sommes pas encore dans des pogroms mais on a vu des situations assez exceptionnelles et gravissimes. Lorsqu’en 2005, un émeutier crie : « On va se faire l’église ! » et que tous les « jeunes » partent en direction de l’église pour la brûler, ça rappelle des scènes qu’on a pu voir au Kosovo.

Riposte Laïque : Lors de ces émeutes de 2005, on a aussi crié « Allah akbar ! » sauf que les médias n’ont pas relayé, à part un reportage de Canal +.

Arnaud Gouillon : Oui, et lors des dernières émeutes de Grenoble en juillet 2010, des émeutiers disent qu’ils vont tirer sur cette « sale race » et sur tout ce qui est européen, nous ne sommes plus dans des revendications sociales, mais des revendications ethniques et quasiment tribales. Donc c’est une violence qui est basée sur des motifs religieux et ethniques comme au Kosovo. Ce qui n’est pas musulman ou albanais doit être chassé. Et troisième facteur, la complicité politique. Ai-je besoin de détailler ? Du financement des mosquées à travers les centres culturels musulmans en passant par la « halalisation » – des Quick, de nos cantines mais aussi de notre armée –, de la discrimination « positive » au déni d’existence du racisme qui touche les blancs. On a vu également récemment l’interdiction d’un débat sur à l’Assemblée nationale sous pression de groupes religieux musulmans. Toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour que ce qui s’est passé au Kosovo se passe demain en France !

Riposte Laïque : Justement, à Riposte Laïque, nous avions fait le parallèle entre le Kosovo et la Seine-Saint-Denis. Parce que d’une part, c’est le département où sont enterrés les rois de France, donc c’est chargé d’Histoire – tout comme le Kosovo berceau de la Serbie –, et d’autre part de nos jours, la population musulmane y est sans doute majoritaire, entre les étrangers et les enfants d’immigrés. D’ailleurs, à l’occasion d’un premier avril, Riposte Laïque avait imaginé un article parodique décrivant l’indépendance de la Seine-Saint-Denis. Et on retrouve les mêmes phénomènes dans des zones comme l’agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing ou le nord de Marseille. Alors qu’est-ce qui va empêcher, demain, ces régions, ces départements, ces zones urbaines de revendiquer leur autonomie voire leur indépendance ? Comme va-t-on éviter le sort du Kosovo ?

Arnaud Gouillon : Pour éviter le sort du Kosovo, c’est très simple. Soit les Français, aujourd’hui, commencent à s’engager et à prendre conscience de ce qui est en train de se passer, soit on arrive effectivement à une situation balkanisée à la kosovare. D’ailleurs, si on se base sur le précédent de l’indépendance du Kosovo qui a été reconnue par notre Président de la République Nicolas Sarkozy, demain, la Seine-Saint-Denis, les quartiers nord de Marseille ou Roubaix peuvent réclamer leur indépendance. Puisque ce qui a été légitimé lors de l’indépendance du Kosovo, c’est le droit à une minorité d’un pays, majoritaire sur une zone donnée, de demander l’indépendance et de l’obtenir. Il faut savoir que les Albanais du Kosovo – le Kosovo est une région de la Serbie au même titre que la Seine-Saint-Denis est un département de France – sont, en Serbie, un peu plus de 20%. C’est une grosse minorité, mais c’est une minorité. Cette minorité est majoritaire sur une zone donnée de la Serbie. Ils demandent l’indépendance, ils l’ont. Alors pourquoi les musulmans de Seine-Saint-Denis, par exemple, qui sont minoritaires en France mais majoritaires dans ce département ne pourraient pas, demain, demander cette indépendance ? Et que pourrait répondre Sarkozy alors que lui-même a entériné cette situation au Kosovo ? Ce qui est valable pour un Albanais musulman ne serait-il pas valable pour un musulman de Seine-Saint-Denis, et sinon, au nom de quoi ? Donc la seule chose qui empêchera demain qu’une situation identique se produise en France sera un engagement des Français, leur mobilisation face à cela. Une des chances que nous avons, c’est que nous n’avons pas de revendications autonomistes et indépendantistes de nos minorités musulmanes car elles sont diverses et complètement inorganisées. Mais c’est certain qu’elles vont s’organiser, qu’elles commencent à le faire, et que d’ici vingt ans, peut-être même avant, on connaîtra la situation que les Serbes du Kosovo connaissent aujourd’hui. C’est aussi l’une des raisons pour laquelle nous devons être solidaires avec les Serbes du Kosovo. C’est parce que leur présent est peut-être notre avenir. Moi j’aimerais bien, si demain je dois vivre dans une enclave – bien sûr je me bats pour que ça n’arrive jamais – que des Européens viennent me soutenir et, pourquoi pas, apportent des jouets à mes enfants.

Riposte Laïque : Mais alors pourquoi, lors de l’« indépendance » autoproclamée du Kosovo, il y a très peu de Français et d’Européens qui se sont indignés, à part peut-être les Espagnols parce qu’ils craignent des velléités autonomistes de certaines régions ?

Arnaud Gouillon : Déjà les Français et les Européens n’étaient pas globalement informés. Moi, quand je parle du Kosovo, la moitié des gens pensent que c’est en Afrique. La plupart des gens ne connaissent pas l’Histoire de la Serbie, l’Histoire du Kosovo, la guerre qui a eu lieu là-bas. Ils n’ont pas été révoltés parce que tout simplement ils ne savaient pas. C’est notre travail, à nous, de leur dire. C’est pourquoi nous organisons des conférences, nous publions des textes, nous essayons d’élargir notre audience, pour expliquer aux gens ce qui s’est passé là-bas.

Riposte Laïque : Pourquoi la diplomatie française s’est-elle engouffrée là-dedans ?

Arnaud Gouillon : En tant que Français, on ne peut pas soutenir cette indépendance parce que nous avons une Histoire commune et des intérêts communs avec les Serbes et non avec les Albanais. En s’engageant là-dedans, la diplomatie française a donc fait une erreur, une énorme erreur qui va se retourner parce que le boomerang Kosovo va nous revenir dans la tête d’ici quelques années comme je viens de l’expliquer, mais également parce qu’elle a trahi un fidèle allié qui, depuis des siècles, a été aux côtés de la France. Lorsque je suis en Serbie, on vient me voir en disant : nous on a eu une reine française, Hélène d’Anjou ; notre roi Pierre 1er est allé faire la guerre aux côtés des Français en 1870 ; pendant la première Guerre mondiale nous étions à vos côtés ; les nôtres se sont engagés volontairement dans la Légion étrangère pour vous soutenir. Au centre du plus beau parc de Belgrade, il y a un immense monument dédié à la France et il est marqué dessus : « aimons la France comme elle nous aime ». Donc c’est tout cela qu’on a trahi en les bombardant et en soutenant l’indépendance du Kosovo.

Riposte Laïque : Peut-être que la France et l’Europe se sont rangés derrière les Etats-Unis dans cette affaire, parce que ceux-ci ont un rôle prédominant au Kosovo. Je crois qu’ils y ont l’une de leur plus grande base militaire européenne. Quel est leur intérêt au Kosovo ?

Arnaud Gouillon : C’est la base de Bonsteel. C’est monumental. Ils ont rasé deux collines, rempli une vallée pour pouvoir la construire. L’intérêt des Américains est très clair. Géostratégiquement c’est très intéressant. Ils sont à vol d’oiseau à deux pas de la Mer Caspienne qui est leur nouvelle chasse gardée en matière énergétique. Il y a des pipe-lines qui passent dans la région à proximité du Kosovo et qui débouchent en Albanie. Les Etats-Unis viennent aussi positionner leurs bases en Europe, en territoire orthodoxe et serbe c’est-à-dire allié de la Russie, pour briser cet allié, et au passage attirer une coalition avec eux. C’est-à-dire que les Etats-Unis vont créer une coalition qui va les soutenir pour cette indépendance du Kosovo, et rejeter à l’Est la Russie, alliée de la Serbie. C’est un pied-de-nez aux Russes. A terme, l’intérêt des Etats-Unis est également de créer une situation instable dans les Balkans et donc en Europe. La plus grande peur des Etats-Unis, c’est de voir l’émergence d’une puissance européenne. Aujourd’hui, ils sont LA super-puissance qui domine le Monde. La Chine et la Russie peuvent disputer ce monopole, mais celle qui peut dès demain prendre la première place par simple volonté, c’est l’Europe. Pour contrer cette Europe, les Etats-Unis mettent en place des conflits qui éclateront dans les prochaines années. C’est pareil pour la Bosnie. La création de l’Etat bosniaque, pluri-ethnique et pluri-religieux avec des gens qui ne peuvent pas vivre ensemble et qui se détestent, ça va aboutir à une guerre. Actuellement je suis en Bosnie et tout le monde me le dit, tout le monde le sait, il y aura de nouveau la guerre. Ce sera dans cinq ans ou dans vingt ans. Et au Kosovo, c’est la même chose. Les Etats-Unis interviennent pour créer une enclave musulmane en plein cœur de l’Europe. Avec la Bosnie, le Kosovo et le Sandjak, on a une diagonale verte en plein cœur de l’Europe. Et au Sandjak, justement, il y a eu des troubles au début du mois de septembre, une révolte de musulmans qui demandaient l’autonomie. En se basant sur le précédent du Kosovo.

Riposte Laïque : Mais alors, pourquoi l’Union européenne – alors que tu dis que les Etats-Unis veulent défaire l’Europe – s’allie aux Etats-Unis au Kosovo ? D’autant plus que c’est une affaire purement européenne.

Arnaud Gouillon : Ils ne veulent pas défaire l’Europe, ils veulent la dominer, et pour cela il faut donc qu’elle soit faible. Le Kosovo est une affaire strictement européenne, mais il faut savoir que l’Union européenne n’est pas capable aujourd’hui de gérer ses propres affaires. Ce n’est pas l’Union européenne qui a réglé la guerre de Bosnie, et c’est d’ailleurs pour ça que la diplomatie américaine s’est dépêchée de créer un Etat bosniaque à majorité musulmane afin de préparer des troubles futurs. L’Union européenne n’a pas été capable de régler la crise au Kosovo. L’Union européenne arrive aujourd’hui après la bataille. Elle vient après coup apporter de l’aide humanitaire et faire des missions civiles onéreuses qui ne peuvent pas tenir. L’Union européenne n’a pas aujourd’hui de capacité décisionnelle parce qu’elle n’existe pas politiquement. Nous n’avons pas d’Europe politique, et sans une tête politique qui définit des stratégies que vont appliquer soit la diplomatie, soit l’armée, nous n’avons pas de capacité d’intervention. C’est pourquoi ce sont les Etats-Unis qui interviennent, et que l’Union européenne suit. La seule question qu’on peut se poser, c’est pourquoi nos dirigeants ne se décident pas à faire cette Europe politique, plutôt que de suivre des intérêts étrangers qui ne sont pas les nôtres. Et les intérêts américains en Europe, ce sont les intérêts des musulmans, qu’ils ont toujours soutenus. Il paraît évident, pour les lecteurs de Riposte Laïque mais aussi pour tous les Français et tous les Européens informés, que l’intérêt des musulmans en Europe n’est pas le nôtre.

Riposte Laïque : Après le Kosovo, il semble que l’offensive islamique se poursuive dans le sud de la Serbie. J’ai vu passer quelques informations récentes sur Novopress. Peux-tu nous informer là-dessus ?

Arnaud Gouillon : Dans le Sandjak musulman, au sud de la Serbie – entre le Kosovo, le Monténégro et la Bosnie – il y a eu, suite à un prétexte, un litige cadastral sur la construction d’une école où les musulmans disaient que ce terrain appartenait à la mosquée. Les musulmans ont organisé des manifestations qui se sont terminées en émeutes. Plusieurs policiers ont été blessés. Suite à cela, les musulmans ont eu des revendications autonomistes voire indépendantistes. Et les musulmans de Bosnie ont soutenu les musulmans du Sandjak en disant qu’ils avaient droit à l’autonomie, et en demandant l’envoi sur place d’observateurs internationaux ou européens qui pourraient constater si les forces serbes s’étaient mal comportées envers les musulmans. Bref, ils faisaient clairement une ingérence dans les affaires internes à la Serbie en sous-entendant que celle-ci se serait mal comportée, ce qui n’est pas le cas puisqu’elle a réagi de manière proportionnée et normale. D’ailleurs on imagine mal un pays musulman ou africain demander l’envoi d’observateurs internationaux chaque fois qu’il y a une émeute en France. Les musulmans du Sandajk demandent l’autonomie en se basant sur le précédent du Kosovo. La boucle est bouclée.

Riposte Laïque : Si tu veux bien, revenons à des considérations plus humanitaires. Comment vivent actuellement les Serbes du Kosovo ? Peut-on parler de ghettos ?

Arnaud Gouillon : Aujourd’hui, les Serbes du Kosovo vivent dans des enclaves. Qu’est-ce qu’une enclave ? C’est un ghetto puisque les gens vivent enfermés dans leurs villages. Ils ne peuvent pas en sortir sans risquer des accrochages, des caillassages, des tabassages. La plupart des enclaves sont entourées de barbelés. Parfois il y a des check-points – des points de contrôle – à l’entrée et à la sortie. Les Serbes qui vivent dans les enclaves sont dans des situations très difficiles, économiquement, humainement, moralement. Il faut savoir qu’un Serbe qui vit dans une enclave ne peut pas aller travailler en zone albanaise. Il faut donc qu’il travaille dans son enclave. La plupart d’entre eux travaille les champs, mais il y a eu des attaques contre les paysans donc les Serbes ont peur de travailler dans leurs champs. Un autre problème, c’est que ces enclaves sont des cibles, de la part de personnes malveillantes qui viennent tirer à l’arme automatique sur des réfugiés comme dans le village de Zac où j’étais il y a quelques mois. La veille de mon arrivée, les habitants s’étaient fait tirer dessus à la kalachnikov. Cela arrive toujours, en 2010. En 2010, des Serbes se font tirer dessus comme si c’était des lapins ou des animaux qui n’auraient pas le droit de vivre, et sans que personne ne réagisse. Les Serbes des enclaves sont aussi victimes de vols. Un exemple, quand nous étions dans l’enclave de Banja en 2006. Quand nous sommes arrivés, nous avons vu une population complètement atterrée, accablée. Les visages étaient fermés. Nous avons demandé ce qui s’était passé et ils nous ont dit que la veille, on leur avait volé une vache, un tracteur et du bois. On peut se demander, nous Français bien au chaud, qu’est-ce qu’un tracteur volé quand on sait que chaque soir, des dizaines de voitures brûlent. Qu’est-ce qu’une vache, qu’est-ce que du bois ? Mais un tracteur volé, c’est le vol d’un moyen de production alimentaire de la communauté qui s’était cotisée pour l’acheter et qui a disparu. Ca fera des récoltes plus faibles. Le bois, c’était le chauffage. Donc ce sera un hiver au froid. Et la vache, c’est le lait pour les enfants, c’était le fromage, c’était la matière grasse. Donc ces trois éléments qui paraissent anodins voire ridicules, c’est une communauté villageoise qui est menacée. Et quand cela se produit partout dans le Kosovo, alors on voit que les Serbes du Kosovo sont poussés au dehors, et c’est un véritable nettoyage ethnique qui se passe. Un nettoyage ethnique silencieux puisque personne n’en parle si ce n’est nous.

Riposte Laïque : Economiquement, ces Serbes du Kosovo vivent de quoi ? Comme tu dis, l’agriculture est décimée. Mais il n’y a pas d’usines, d’industrie ?

Arnaud Gouillon : Il y a une énorme usine au nord du Kosovo, qui s’appelle Trepca, qui fonctionnait très bien avant la guerre.

Riposte Laïque : Une usine de quoi ?

Arnaud Gouillon : Une usine de minerai. C’est aussi l’une des raisons de l’intervention américaine, le Kosovo est très riche en minerai. Et l’une des premières cibles au Kosovo, ça a été cette usine-là. Puisqu’il faut savoir que les frappes américaines en 1999 ne visaient pas une défaite militaire mais une défaite civile, c’est-à-dire qu’on voulait étouffer les civils pour qu’ensuite, les responsables politiques capitulent. Donc ce sont des hôpitaux, des écoles, des ponts qui ont été bombardés, mais aussi des entreprises. Toute l’économie serbe a été asphyxiée. Aujourd’hui, la Serbie ne s’est toujours pas relevée de cela. Et au Kosovo, cette immense mine, cette usine de Trepca qui employait des milliers de personnes est toujours fermée suite aux bombardements. Les Serbes ne peuvent donc plus y travailler. Il y a quelques industries qui fonctionnent, mais ce sont les Albanais qui ont la priorité à l’embauche, et de toute façon, comme les Serbes ne peuvent pas sortir de leurs enclaves, je ne vois pas bien comment ils pourraient aller travailler au milieu d’Albanais hostiles.

Riposte Laïque : Peu d’agriculture, pas d’industrie. Alors de quoi vivent les Serbes du Kosovo ?

Arnaud Gouillon : Ils vivent d’un peu de potager. Ils vivent de toute autarcie qu’ils peuvent acquérir. Ensuite, ils ont une pension qui est donnée par l’Etat serbe. C’est vraiment des conditions de vie qui sont très difficiles et c’est justement le principal problème. Les jeunes qui grandissent au Kosovo et qui veulent rester parce qu’ils considèrent que c’est leur terre et que s’ils partent, c’est un bout de terre qui est donné aux musulmans, ils ne peuvent pas rester malgré leur volonté parce qu’il n’y a pas de travail. C’est ça le drame, c’est qu’aujourd’hui nous avons une population qui veut lutter mais qui n’en a pas les moyens. Nous essayons de leur donner ces moyens. Et dans nos projets, nous essayons de développer cette partie économique pour que les jeunes puissent rester et construire et avoir des enfants, pour que la vie continue au Kosovo. Pour que dans dix, cinquante ou cent ans, il y ait toujours des Serbes au Kosovo.

Riposte Laïque : Essayons d’être un peu plus optimiste. Quelles solutions peut-on envisager pour les Serbes du Kosovo ? L’aide humanitaire c’est très beau, mais ça ne ça suffit pas.

Arnaud Gouillon : L’aide humanitaire c’est un soutien moral et matériel qui permet aux Serbes de tenir. Car tant qu’il y aura un Serbe au Kosovo il y aura un espoir. L’Histoire n’est jamais écrite et si quelques pourcents de musulmans sont parvenus à devenir majoritaires en quelques décennies, je ne vois pas pourquoi quelques pourcents de Serbes aujourd’hui ne parviendraient pas à redevenir majoritaires sur leur terre demain. Si la situation politique européenne et mondiale ne change pas, à court terme ce qu’il faut appuyer c’est la mise sous protectorat de tous les monastères et de toutes les enclaves serbes du Kosovo. On pourrait aussi envisager une extraterritorialité de toutes les zones serbes du Kosovo, c’est-à-dire un statut d’ambassade. Il faut savoir qu’aujourd’hui, les soldats de la KFOR – les forces de l’OTAN engagées au Kosovo – sont en train de partir petit à petit et que la protection des édifices sacrés et des villages serbes est en train d’être transférée à la police albanaise du Kosovo. Celle-là même qui était engagée en 1999 dans les rangs de l’armée terroriste albanaise UCK qui a été responsable de nombreux massacres. On comprend la peur des Serbes ! Concrètement à court terme, en 2010, 2011, 2012, ce qui doit se faire, c’est continuer à protéger les zones serbes et d’avoir une indépendance de fait aux niveaux politique, linguistique, culturel et scolaire pour tous les Serbes de la région. Qu’ils puissent continuer à vivre selon leur tradition ancestrale sur la terre du Kosovo. A plus long terme, il suffit que l’Union européenne décide d’appliquer une politique vraiment européenne au lieu de se comporter comme soldat et vassal des Etats-Unis pour que les Serbes du Kosovo retrouvent leur patrie charnelle, pour que le Kosovo revienne à la Serbie et qu’on se retrouve dans une situation logique et historique.

Riposte Laïque : Merci, Arnaud.

Arnaud Gouillon : Merci Roger et merci à Riposte Laïque pour m’avoir ouvert sa tribune. Maintenant que nous savons ce qui nous attend si nous ne réagissons pas, j’invite tous les lecteurs à soutenir le combat de ceux qui se dressent face à l’islamisation quand d’autres se couchent déjà.

Propos recueillis par Roger Heurtebise

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