Aujourd’hui ils sifflent La Marseillaise, et demain…

Publié le 21 octobre 2008 - par
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Et de trois ! Après les matchs de football France/Algérie, en octobre 2001, et France/Maroc en novembre 2007, la Marseillaise vient d’être sifflée, mardi dernier, dans le plus grand stade de l’Hexagone, à l’occasion du match France/Tunisie.

Bien qu’intolérable, une pareille atteinte à l’hymne national aurait pu n’être qu’un fait divers noyé sous l’effondrement des marchés si elle n’avait remis en pleine lumière cette phrase prophétique adressée par le roi du Maroc, Sa Majesté Hassan II, à madame Anne Sinclair, lors de l’émission télévisée 7/7, du 17 mai 1993 : « N’essayez pas de transformer les Marocains en Français, vous n’y arrivez pas, ils feront de mauvais Français ».

Je crains fort que de tels propos n’englobent le monde maghrébin en général, parce que l’allégeance au religieux qui caractérise ce monde le met d’emblée en porte-à-faux avec l’Occident et, par suite, avec quelque politique d’accueil que ce soit. Pour parler crûment, les sifflets du 14 octobre – comme les précédents, d’ailleurs ! – ne sont que la face visible du gigantesque fiasco de notre politique d’intégration ! Un tel aveu est si inavouable que nos responsables politiques font tout pour prolonger l’anesthésie générale dans laquelle ils pensent avoir plongé, à l’égard ce problème, la majorité de ceux qu’ils gouvernent. Mais il y a pire, car bon nombre d’intellectuels et de journalistes renforcent cette même anesthésie en détournant la réalité de son sens, notamment lorsque cette dernière renvoie à l’immigration maghrébine dans ce qu’elle peut avoir d’agressif.

Ainsi, d’aucuns prétendent que lesdits sifflets seraient soit la marque d’une «souffrance» ou d’une «désespérance» due à l’«exclusion» ou au «chômage», soit la réaction «légitime» de tout colonisé face à ses colonisateurs ! Autrement dit, le Stade de France aurait retenti des blessures qu’inflige invariablement le rejet de l’autre, rejet que les siffleurs du 14 octobre auraient renvoyé à la France entière dans un mouvement de révolte fondé sur l’unique respect de leur origine, autrement dit sur la fierté de n’être pas Français, fierté ressentie par toute une génération dont la seule dignité consiste à vomir les valeurs républicaines !

D’autres sont même allés jusqu’à déclarer qu’il faudrait interdire la Marseillaise, ou du moins qu’il serait temps d’en changer les paroles – devenues politiquement incorrectes ! Tant qu’à faire, pourquoi ne demandent-ils pas que la France adopte le drapeau tunisien, marocain ou algérien pour mettre un terme à l’indignation de ceux qui prennent le nôtre pour une provocation ? Mieux : pourquoi n’exigent-ils pas qu’on s’en tienne au seul mot de «République», puisque parler de «République Française» peut désormais se révéler offensant ?

Pourtant, ce ne sont pas les efforts psychopédagogiques auprès des municipalités, des fédérations, des associations sportives et des groupes communautaires qui ont manqué lors de la préparation de la rencontre France/Tunisie. Le cérémonial avait été centré sur l’amitié des deux nations : joueurs entrecroisés lors de leur entrée sur le stade, hymnes a cappella confiés respectivement à deux artistes d’origine tunisienne, stadiers et spectateurs mis en garde contre toute manifestation susceptible de perturber le bon déroulement de la soirée. Mais le cérémonial n’a pas eu plus d’effet que la présence d’une «police de proximité» ou de «services sociaux» dans «les quartiers», cette présence étant invariablement perçue comme l’image détestable d’une France détestée.

Dès lors, comment s’étonner de ces sifflets ? Ceux qui sifflent n’appartiennent-ils point à la mouvance de ceux qui caillassent la police et les pompiers, s’attaquent aux transports en commun et aux ambulances, détruisent des abribus, incendient des poubelles, des voitures et des écoles, font du rodéo dans des cours d’immeubles, dégradent les boîtes aux lettres, les cages d’escalier et les ascenseurs, tabassent des professeurs ou des médecins, menacent des magistrats, terrorisent des piétons… ?

Va-t-on, de ce fait, continuer à minimiser ce qui se maximise ? Dira-t-on que les siffleurs n’étaient pas «si nombreux qu’on veut bien nous le faire croire», que ce n’étaient «que des jeunes», qu’il faut que «jeunesse se passe», qu’il s’agit là du «folklore des stades», que la «culture foot» a ses traditions, qu’une enceinte sportive est le lieu type de la décharge sublimée des tensions, qu’un sifflet n’est pas comparable à une insulte verbale ou à un coup de poing ? Soutiendra-t-on que les siffleurs étaient finalement «bons enfants» parce qu’ils n’ont «rien cassé» ?

Ce serait vraiment être à des années-lumière de la «fracture ethnique» que Jacques Chirac en personne a déjà reçue en pleine figure, sous la forme d’une pluie de crachats provenant de jeunes issus de l’immigration, lors d’un bain de foule à Mantes-la-Jolie, le 4 mars 2002 !

Car enfin, n’en déplaise à Laurent Joffrin, siffler un hymne national est gravissime ! Penser le contraire, c’est ignorer qu’un hymne est un «chant solennel en l’honneur de la patrie et de ses défenseurs». Le «grave» est dans le «solennel». Et que dire de l’«honneur» ? Que serait la patrie sans lui ? La patrie n’est-elle pas le pays de nos pères ? Aucun de nos pères n’a-t-il jamais donné sa vie pour son pays ?

Siffler un hymne national, c’est donc siffler un «symbole», c’est-à-dire un «signe de reconnaissance» – que les siffleurs refusent précisément de reconnaître parce qu’ils refusent de s’y reconnaître, oubliant au passage qu’on ne peut être d’un pays que si l’on a le sentiment de se reconnaître en lui comme l’enfant en ses parents. Si l’on ne ressent pas ce lien viscéral, c’est qu’on n’est pas de ce pays. Si l’on s’y rend cependant et qu’on y reste en réfractaire, on s’y perd et on le perd. Dans les deux cas, c’est suicidaire : aucun individu ni aucune nation ne s’affirme en cessant d’exister !

Voilà pourquoi nous aurions apprécié, au lendemain du match France/Tunisie, d’entendre la réaction courroucée des musulmans qui se disent français «à part entière» : hélas, trois fois hélas, nulle fatwa n’a condamné les sifflets proférés à l’encontre de Marianne !

Que pensent donc les multiculturalistes du boomerang qui vient de les atteindre ? Qu’ont pu ressentir les invités de l’émission «On n’est pas couché» du 18 mai 2008, qui s’étaient plu à ridiculiser les analyses de Robert Redeker relatives au dissentiment culturel d’une partie de la population de notre pays ? Qu’est devenue la France «black-blanc-beur» que la victoire au mondial 98 avait soi-disant réconciliée avec elle-même, et que chantait si généreusement Aimé Jacquet ? Comment Luc Besson voit-il désormais la réalité des banlieues depuis que les «jeunes» du «93» ont fait de sa voiture et de celles de ses collaborateurs un feu de joie ?

La haine de la France est une réalité. Il serait temps de l’admettre. C’est même la mode, depuis 20 ans ! Le maghrébin qui aime la France ne siffle pas la France : il en veut même à la France de permettre qu’on la siffle. Il en veut à tous nos responsables politiques qui ont vendu la tolérance et le métissage culturel pour acheter la paix sociale. Il sait d’instinct qu’aucune nation ni aucune personne ne saurait se faire respecter sans se respecter d’abord. Il sait même l’issue fatale de ce désamour entre ses coreligionnaires et la République !

Car les sifflets du 14 octobre renvoient tous ceux qui aiment la République à une terrible question : si la crise financière actuelle vient à faire flamber le chômage, comment les « jeunes » qui nous sont ethniquement hostiles réagiront-ils ? Si la récession planétaire souffle sur les braises du fondamentalisme musulman, comment échapperons-nous à la guerre civile ?

Il est si difficile d’être français quand on ne l’est pas dans son âme que Zinedine Zidane lui-même déclarait, la veille du match France/Algérie du 6 octobre 2001 : «Pour la première fois de ma vie, je ne serai pas déçu si l’équipe de France ne gagne pas. Mon rêve serait un match nul » (Le Monde, 6-10-2001) !

Ce «rêve algérien» aurait-il été le «rêve italien» d’un Michel Platini, à la veille d’un France/Italie ?

Maurice Vidal

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