Beaucoup d’os dans les rillettes

Publié le 15 septembre 2007 - par - 258 vues
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Qu’est-ce qu’un Premier Ministre de la République laïque peut bien avoir affaire dans un rassemblement de dévots réunis pour célébrer un des leurs élevé au rang virtuel et fantomatique de Bienheureux par Jean-Paul II ?
Et pourtant c’est ce que nous apprennent officiellement, ce jeudi 13 septembre, les services du Premier Ministre. François Fillon assistera à la messe célébrée par Mgr Faivre, évêque du Mans, pour célébrer la béatification de Basile Antoine Moreau prêtre Sarthois fondateur en 1837 de la Congrégation de Sainte-Croix. Le communiqué AFP qui annonce cette nouvelle précise que cette béatification au Mans est la première célébrée en France. Cette cérémonie aura pour cadre le gymnase où se déroulent habituellement les matches de basket de l’équipe mancelle afin de pouvoir contenir les quelque 4000 personnes attendues dont beaucoup viendront du Canada où la Congrégation s’est le plus développée.

Le fait que le Bienheureux soit Sarthois peut-il suffire à justifier la présence du chef du Gouvernement, lui-même châtelain en ce département ? Que des naïfs y croient, libre à eux. Que ceux qui s’en consolent relisent la loi de Séparation des églises et de l’État.
D’autres, se prétendant plus avertis des mœurs politiques actuelles ont cru décrypter l’intervention de quelque conseiller en communication soucieux de sortir le Premier Ministre de l’ombre où le tient l’agitation présidentielle. Jugeons de la subtilité du plan. Cette cérémonie est inédite en France, les lumières des médias (locales ?) seront, selon toute vraisemblance, braquées sur Le Mans, sa salle de basket, son évêque et même le cardinal Saraiva Marins, légat papal, venu tout exprès ; ces lumières illumineront François Fillon. Cette cérémonie se tient dans une enceinte sportive, rien de tel pour exprimer le dynamisme de l’action trop méconnue de François Fillon. Cette cérémonie va réunir plusieurs milliers de personnes comment ne pas saisir cette occasion somme toute inespérée d’offrir à François Fillon l’illusion de goûter aux délices du bain de foule.

Il ne viendra à l’idée de personne que le Premier Ministre veuille, par sa présence officielle à cette cérémonie qui ne concerne que les affaires internes des fidéistes catholiques, lui donner la moindre onction de la République donnant une quelconque crédibilité à la cléricale formule qui prétend faire de la France la fille aînée de l’Église.
Quoi que…

Il commence à y avoir beaucoup d’os dans les rillettes et décidément, le nouveau pouvoir qui s’est mis en place en mai dernier fleure bon les relents de sacristie. Le Vatican serait bien ingrat de ne pas se réjouir des multiples marques de sympathie dont il a été l’objet en à peine cinq mois : un Ministère dont la sainte patronne est « consulteur » auprès du Conseil Pontifical pour la Famille, le projet d’un « traité simplifié » pour l’Union Européenne où il ne serait pas étonnant de voir inscrire l’identité chrétienne de l’Europe, une Ministre de l’Intérieur qui inaugure la Maison de la Conférence des évêques de France en annonçant son intention de toiletter la loi de 1905 dans le sens préconisé par le rapport Machelon, les Petits Chanteurs à la Croix de Bois pour célébrer le 14 juillet, des Ministres faisant l’éloge du défunt cardinal Lustiger, des funérailles quasi nationales pour le sus nommé avec en prime la présence ostentatoire du Président de la République entouré d’une partie du Gouvernement et encore de nouveaux financements pour l’enseignement catholique…

Terrible silence de la gauche et de l’extrême gauche qui, pratiquant le « qui ne dit mot consent », encouragent ces manquements répétés au principe constitutionnel de Laïcité ! □

Jean-Michel Sahut

CRÉAL-76

76.creal@orange.fr

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