Besancenot chez Drucker : la Sarkozie digère fort bien le trotsko-boboïsme

Publié le 13 mai 2008 - par
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On est bien loin de l’époque où les révolutionnaires de la LCR avaient l’obligation d’avoir des pseudos, des fois que l’état bourgeois ne procède à un coup d’état, et qu’ils ne soient obligés de vivre dans la clandestinité. Ainsi, Julien Dray, c’était Titus, Gérard Filoche, c’était Matti, Alain Krivine, c’était Tinville. Olivier Besancenot est arrivé trop tard pour connaître cela, lui c’est le facteur de Neuilly, tout simplement.

On est bien loin de l’époque où Alain Krivine avait droit à une émission de télévision par an, s’il était bien sage.

On est bien loin de l’époque où la LCR ne pouvait se présenter aux élections présidentielles, faute d’avoir recueilli les 500 signatures de maires, comme cela leur arriva en 1981 ou en 1995. Cela lui donnait l’impression de gêner vraiment le pouvoir.

Aujourd’hui, c’est grâce au PS que le facteur a pu se présenter en 2002 et en 2007.

Depuis 2002, les dirigeants de la section française de la IVe internationale ont eu une inspiration de génie : remplacer l’indéboulonnable Krivine par le jeune facteur de Neuilly, militant talentueux, redoutable bateleur d’estrade, et nouveau chouchou des médias. Talentueux, Olivier Besancenot l’est pour dénoncer les injustices sociales, et mettre en avant les immenses profits des entreprises du Cac 40, avec un sens de la formule et de la répartie qui font un malheur sur les plateaux de télévision. Il sait également être présent quand une entreprise est occupée, et trouver les mots pour encourager les grévistes à continuer leur action. Sa jeunesse et sa fraîcheur séduisent.

Les républicains de gauche n’ont pas su trouver cela en magasin, ils doivent toujours se contenter de Jean-Pierre Chevènement qui, avec tout le respect dû à son engagement et à son oeuvre, commence un peu à dater, et qui s’est vendu pour un plat de lentilles à Ségolène.

Même chose pour Lutte ouvrière, qui vient de faire sa fête annuelle de Presles. C’est terrible, mais Arlette, aussi sympathique et authentique soit-elle, souffre de la comparaison : six candidatures aux présidentielles, c’était la dernière en 2007, et elle est toujours en première ligne.

Idem pour Jospin, et ses cheveux blancs de retraité de la politique, face à Ségolène, comme pour Chirac face à Sarkozy.

L’impression de vieillesse est impitoyable, pour un homme politique, en France, aujourd’hui.

Le facteur de Neuilly est donc, lui, tendance. Il est invité sur tous les plateaux de télévision. Il fait penser à cette réflexion d’un personnage du dessinateur Lauzier. Un patron cynique, après 68, disait à son futur gendre, gauchiste : « C’est très bien ce que vous faites, grâce à vous, nous progressons, nous gagnons de nouvelles immunisations, et nous renforçons le système ».

Car qui dérange-t-il, le facteur de Neuilly ? Certes, il a appelé à voter non au TCE. Mais il déteste l’Etat, la Nation, et la seule chose qui le gêne dans l’Europe des 27, aujourd’hui, c’est qu’elle n’est pas sociale. Il sait qu’elle ne le sera jamais, mais il ne demandera jamais que la France sorte de Bruxelles. Il est pour l’Europe des travailleurs, cela ne mange pas de main, l’essentiel est qu’il soit pour la disparition de la France, que lui est les siens détestent, parce que l’Etat national, c’est forcément l’Etat du capital. Les capitalistes veulent aussi que la France disparaisse.

Ses militants soufflent sur les braises, et attisent les conflits sociaux ? Ils sont sincères, nul n’a le droit de le contester, et ce sont des gens ouverts, luttant contre les dérives sectaires. Mais ils sont presque tous dans la fonction publique, et contribuent à mettre en difficulté les dirigeants qui, comme Thibaut ou Chérèque, cherchent des compromis sociaux acceptables, et n’ont pas envie de la grande confrontation qui, faute de rapport de forces favorable, pourrait tourner à la déroute des mineurs anglais.

Beaucoup sont enseignants, et bien sûr se réclament de la défense de l’école publique et laïque. Mais ils occupent des fonctions importantes à la FSU, et ont participé, depuis trente ans, à la casse de l’Education nationale, à la remise en cause de l’autorité des enseignants, et à tous les délires pédagogistes. Ils n’ont qu’un seul discours : « Des moyens, des moyens », et sont incapables d’analyser les raisons pour lesquelles, pour le plus grand plaisir de Nicolas Sarkozy et de tous les adeptes de l’école privée, de plus en plus de parents peu fortunés, y compris laïques, se tournent aujourd’hui vers le privé, pour donner une chance à leur gamin, parce qu’on ne peut plus étudier dans certaines écoles publiques.

Olivier Besancenot réclame depuis toujours le droit de vote des étrangers, et maintenant, toute la gauche est d’accord avec cela. Cela, c’est tendance, coco, cela fait couler une larme sur les plateaux de télévision, cela contribue à faire croire qu’on est raciste si on est contre cette revendication, et puis, cela aide à défaire un peu plus la Nation, et, pour le capitalisme mondialisé, c’est tout bon.

En plus, il défend la libre circulation des travailleurs, et la régularisation des sans-papiers ! Alors là, pour le système, c’est l’aubaine ! A une époque où ces salauds de salariés, du public comme du privé, se plaignent de ne pas gagner assez, et disent que la hausse des prix doit être compensée par la hausse des salaires, quelle bonne idée que de leur mettre dans les pattes des résidents européens, et extra-européens, forcément enfants de colonisés (c’est bon de culpabiliser les Français), qui vont faire pression sur leurs salaires et leurs emplois.

Finalement, les gauchistes remplacent les curés, dans le compassionnel. En plus, ce que ces gens ne précisent pas, c’est que ce sont les seuls salariés du privé, les plus vulnérables, qui subissent les conséquences de cette revendication, puisque les salariés du public (dans lequel évoluent la majorité des militants politiques professionnels de la gôche) sont protégés par la nationalité française, exigée pour devenir fonctionnaire. A moins qu’ils ne nous expliquent qu’après le droit de vote des étrangers, ils sont favorables à la levée de cette espèce de « préférence nationale », forcément porteuse de discrimination. Mais que fait la Halde ?

Et puis, Olivier, c’est le chouchou des artistes tendance, sensibles, eux aussi, à la régularisation des sans-papiers. Surtout qu’eux, les artistes, ils sont pour le protectionnisme et pour les quotas, mais seulement pour eux. Ils sont contre la concurrence non régulée des œuvres américaines, pour sauver la production française (ils ont raison), mais se moquent que le capitalisme utilise les sans-papiers contre les travailleurs français et étrangers en situation régulière (rappelons que plus de 15% de ces derniers sont au chômage).

Sur la laïcité, que Sarkozy entend brader, là encore, Olivier et les siens sont une aubaine : ils défendent le voile à l’école, et sont contre la persécution de la religion des pauvres, l’islam. La laïcité, c’est le Vatican, mais pas touche à Ramadan ou au Hezbollah ! Parfait pour la laïcité positive de Sarkozy et le financement des mosquées. En plus, ils manifestent avec les islamistes, à la première occasion, pour défendre la Palestine ou le Liban de l’agression sioniste. Quand l’internationalisme prolétarien s’allie avec l’internationalisme islamiste, le système frétille de plaisir, c’est que la Révolution socialiste est bien loin.

Donc, Olivier chez Drucker, c’est une consécration méritée, ce sont plutôt les beaux quartiers qui votent pour le facteur, pas les classes populaires. Tant pis si toute une partie de la gauche et l’extrême gauche racontent qu’on est en dictature sarkoziste, certains parlent même du président de la République comme d’un pétainiste, rien de moins. Heureusement, le ridicule ne tue pas.

Toute cette bobocratie qui se croit en « résistance » contre la dictature sarkozienne, et dont les dirigeants pérorent sur les plateaux de télévision, ferait bien de s’interroger sur la différence de traitement médiatique, sous la Sarkozie, entre le chouchou des médias, Olivier Besancenot, et un républicain comme Nicolas Dupont-Aignan, voire, dans un autre reglistre, les représentants du Parti des Travailleurs, qui paraissent les derniers à ennuyer encore un peu le système, en ne se montrant pas des européistes béats, et en parlant encore République sociale, Nation, et laïcité.

Lucette Jeanpierre

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