Bon document de Caroline Fourest, mais de curieux oublis

Publié le 24 avril 2009 - par
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Je viens de regarder ce soir sur ARTE le film réalisé par Caroline Fourest. On peut dire que c’est un bon document, mais…

Je veux y relever deux choses. Caroline Fourest montre bien comment la préparation de Durban2 a d’abord cherché à interdire. Elle a, par exemple, interdit de parole les Bahaï. Le Président du conseil des droits de l’homme des nations unies, sur demande de l’Iran qui indique que la question « n’est pas à l’ordre du jour », rappelle à la discipline onusienne la représentante de l’ONG, « l’on ne doit pas parler d’un pays en particulier ».
Le courage de la représentante des Bahaï a été illustré. C’est bien.

Mais ce qui devait ici être relevé, pour vraiment informer, c’est qu’après avoir montré les massacres sauvages des Bahaï en Iran, qui y sont toujours persécutés et assassinés, ce que le film oublie (mais est-ce un oublie ?) c’est qu’en Israël la liberté religieuse des Bahaï (1) est assurée, sans restriction aucune. C’est en Israël, à Haïfa, que se trouve le centre mondial Bahaï. Il y occupe une vaste partie du flanc de la montagne où s’étage la troisième grande ville d’Israël. Pourquoi le film ne le montre pas ?

Ignorance, oublie de la réalisatrice, une journaliste si méthodique et si documentée ? On voudrait le croire.

Mais un film si bien réalisé, bien documenté, bien préparé, produit de plusieurs mois de travail, peut-il ne pas savoir que les Bahaï ont trouvé à l’époque et jusqu’à ce jour et les suivants, en Israël, la seule terre d’accueil proche de leur patrie d’origine?

Le film est singulièrement silencieux sur les Darfouri, qui sont une des grandes questions tabou de Durban2. Il est vrai que la question soudanaise est un cinglant démenti, au quotidien, à Ahmadinejad et à ses comparses à différents degrés quand ils accusent les « sionistes d’être pires racistes » que les auteurs de la shoah. Pourquoi ?

Le soit disant pays qui, a déclaré Ahmadinejad hier, aurait été formé après la seconde guerre mondiale (2) par « des racistes encore plus durs » que ceux dont les Juifs avaient été victimes pendant la shoah, ce pays est devenu, sans l’avoir décidé, depuis trois ans le refuge de dizaines de milliers de Soudanais non juifs.

Ces hommes et ces femmes, ces noirs de l’Afrique profonde, ont traversé à pieds des vastes territoires désertiques, pour fuir les guerres à répétition menées contre les populations du Soudan depuis 1974, par les gouvernements putschistes islamistes successifs.

Ces noirs africains non juifs ont trouvé en Israël une terre promise réelle. Dans ce pays que l’islamo fascisme et ses comparses de droite et de gauche ou du « centre » appellent, d’une voix unique : une entité colonialiste et raciste, un apartheid d’un genre nouveau qui mériterait d’être traité comme l’Afrique du sud, ils sont des dizaines de milliers à y avoir cherché et trouvé refuge depuis le printemps 2006.
Israël pays raciste « pire que les racistes nazis » ? Cette argutie du bourreau du peuple iranien est soutenue par les ONG qui veulent sortir de Durban2 avec des résolutions de boycott total destiné à abattre Israël.

Ahmadinejad et beaucoup d’autres qui préconisent le boycott total d’Israël, ignorent ou veulent effacer qu’avant 1945 en Palestine mandataire, il y avait le Ichouv. Le Ichouv était un quasi état national des Juifs, un état national restauré par en bas depuis les années quatre vingt du dix neuvième siècle. Ils oublient ou ignorent, qu’en 1840, cette Jérusalem de l’est, où les Juifs ne seraient que des intrus, des « colons » comme on écrit dans les médias, était une ville à majorité juive.

En 1948, cette Jérusalem- Est était toujours un quartier d’une ville juive aux trois quarts. Au 16ème siècle, les relations de voyage en témoignaient : les rares habitants de la « terre sainte » étaient principalement des Juifs regroupés essentiellement à Gaza, Hébron, Jérusalem, Safed, Tibériade et dans quatre ou cinq autres localités galiléennes reconstruites sur une terre qui leur avait été vendue, un siècle plus tôt, à un prix prohibitif, par Suleyman le Magnifique. N’en déplaise au tyran démagogue iranien, jamais la terre d’Israël n’a cessé d’être elle-même. Les nations unies, en 1945, n’ont fait que révoquer la décision romaine qui, après la révolte de Bar Kochba de l’an 135, avait cru pouvoir effacer la nation juive en débaptisant son pays, en déportant massivement ses hommes aptes au travail au moyen de l’esclavage et en complétant ces mesures par des interdits résidentiels. L’empire romain édictera l’interdiction aux Juifs survivants de se réinstaller à Jérusalem.

Les nations unies n’ont fait que confirmer, dans un cadre plus restreint, ce que la SDN avait reconnu en 1920-21.

La division en deux états n’était pas l’expulsion de ceux qui ne savaient pas encore qu’ils étaient des Palestiniens. Le vote de 1947 n’était pas la « nakba », il signifiait simplement qu’il y aurait deux petits états côte à côte : l’un à majorité arabe avec une petite minorité juive, l’autre avec une petite majorité juive et une grosse minorité arabe. La guerre déchaînée par la ligue arabe en décidera autrement, en se fixant pour but affirmé dans ses déclarations de rejeter à la mer les quelques Juifs survivants au massacre général. Ce ne furent ni le vote des nations unies de fin 1947, ni la proclamation d’indépendance politique des Juifs du 15 mai 1948 qui provoqueront l’exode/naqba, mais la décision de guerre à outrance prise et mise en œuvre par la ligue arabe. C’est ce que le discours du dictateur iranien a voulu grossièrement cacher. C’est aussi ce que cherchent à effacer des mémoires les organisations politiques « anti impérialistes » qui veulent jouer les locomotives d’une campagne internationale de boycott destiné à faire disparaître Israël.

Le film a montré ce que signifie, en une phrase, le signe égal que l’organisation des états islamiques veut mettre entre le « racisme » et la liberté de parole, quand la liberté d’expression « offense » l’islam et son prophète. Ce n’est pas la liberté de penser qui est en cause, nous dit le représentant du Pakistan : « c’est seulement l’abus de la liberté d’opinion ». L’abus de la liberté d’opinion…

Soyons justes, Caroline Fourest a réalisé un bon document.
Mais, comme je l’indiquais plus haut, ce sont encore et toujours les détails qui révèlent la vérité des prix.

Elle se révèle dans les oublis et les oubliés. Parmi ces derniers, les Papous du Timor occidental, victimes d’une pure entreprise de colonisation, plus brutale que celle qui détruisit les tribus indiennes d’Amérique du nord. Les colonisateurs exterminateurs des Papous, ce ne sont pas des nord-américains, ni des européens. Ce sont des hommes armés envoyés par le gouvernement indonésien pour proposer le marché suivant aux clans de Papous : ou vous vous déclarez musulmans et vous changez totalement de mode de vie, de culture, croyance, tenue, alimentation, ou on vous tue… Ce djihad colonisateur est mené, encore en 2009, par l’Indonésie, un grand pays, vaste par la taille, imposant par le nombre des habitants et par ses ambitions, petit par son peu de respect de la vie et de la dignité humaine. Néanmoins, les Papous figurent parmi les oubliés de Durban2 et du reportage d’ARTE. Oubliés des « lignes rouges » de la diplomatie française, oubliés des lignes rouge du film reportage d’ARTE les Papous du Timor occidental. Cette vérité politique à laquelle on nous a préparés tout au long du reportage se résume à la conclusion de Caroline Fourest faisant écho à l’ambassadeur Mattei qui oppose à la constitution « d’un club des démocraties : « qu’il faut garder un cadre universel », quoi qu’il en coûte. On devrait donc se résoudre à la farce sinistre d’un conseil des droits de l’homme des nations unies devenu un instrument docile entre les mains d’une bande de geôliers étrangleurs des droits humains.

Ecoutons notre réalisatrice. Elle donne le mot de la fin : le conseil des droits de l’homme des nations unies, désormais dominé par des destructeurs des droits de l’homme « est le reflet de l’état du monde. On ne supprime pas un mal en supprimant son reflet ».
En d’autres termes, la belle Caroline nous explique qu’il faut continuer de supporter l’insupportable. C’est ce qu’en 1938 préconisaient déjà nos realpolitik. On a vu à l’époque le résultat de ces « victoires » comme celle que vient de nous annoncer ce soir le ministre Kouchner.

Pour le ministre français Mattei, pour Caroline Fourest, les contribuables des pays de démocratie devraient continuer de financer 90% d’une machinerie impuissante, qui sert de tribune, de terrain d’entraînement et de pompe à finance à tous ceux qui veulent aligner les droits des citoyens sur les non droits des soumis à la charia (2).

PS. J’ai écrit ces commentaires à chaud, après avoir regardé le film de Fourest et le débat qui l’a suivi. Depuis, les « lignes rouges » bougent. Il y a comme un sentiment d’inquiétude généralisé.
La presse même, commence à poser la question : l’ONU n’avait-elle pas mieux à faire avec les deniers des contribuables européens et nord-américain qui financent à 90% l’Onu, qu’à laisser se mettre en place un piège prévisible contre les droits humains basés sur la démocratie, sous prétexte « d’antiracisme »? Quant à Kouchner, il espère contre tout espoir, et il se contente d’illusions qu’il veut à tout prix nous faire partager.

Alain RUBIN

(1) Les Bahaï forment une religion syncrétiste issue du chiisme iranien. Ces gens sont essentiellement pacifistes.

(2) La charia est le système juridique produit par la tradition musulmane s’appuyant sur l’interprétation des paroles et faits et gestes de MHMD. Après le film de Caroline Fourest, nous avons assisté à un indigeste débat. Disons, pour être objectif, que le journaliste a, quant à lui, cherché à poser réellement les problèmes. François Zimeray faisant penser à un jockey courant le grand prix de Paris assis sur un cheval de bois. Daniel Cohn Bendit, lui, se répandra en pantalonnades, cherchant des excuses aux tyrans domestiques afghans. S’ils écrasent leur femme sous des vêtements- prison et n’hésitent pas, de temps à autres, à l’enterrer vive-, ils ont certainement des excuses ; ils seraient, à peu de choses près ce qu’était l’homme occidental il n’y a pas si longtemps. Alors, où est le problème ? Le soi-disant leader de mai 68 donnera le mot de la fin, voulant rappeler que : c’est seulement en 1945 que l’on a donné le droit de vote aux femmes françaises. Si je comprends bien cette conclusion du leader des verts, allié électoral des verts nuance Hamas, on doit dire: mesdames les afghanes qu’on enterre vives, mesdames les palestiniennes victimes des crimes d’honneur que l’on égorge, mesdames les musulmanes victimes de la montée intégriste dans des banlieues françaises, patience. Patience, patience, patience !! Encore quelques décennies, et cela ira mieux. C’est dans l’ordre des choses, Paris ne s’est pas construit en un jour. Et si il y a un retour de la réaction sous la forme du djihadisme, c’est de la faute des démocraties. Elles n’ont pas su se battre en lançant des pétales de fleurs aux djihadistes, après qu’ils leur aient déclaré la guerre le 11 septembre 2001. En attendant, prenez votre mal en patience, supportez la charia. Ne soyez pas trop tristes, comme nous sommes de vrais et gentils antiracistes, nous les braves « écolos », nous invitons nos concitoyens à partager votre fardeau et à vivre un peu comme vous, en nous infligeant la charia, ou au moins des bouts. Comme cela, nous souffrirons ensemble, ce sera le pied, vous verrez. Les milices islamistes en Irak viennent de nous montrer quel avenir partagé ils nous préparent, ou plutôt, quelle barbarie inédite ils mettent en place. La dernière trouvaille contre les homosexuels, qui selon Ahmadinejad n’existent pas en terre d’islam : leur obturer l’anus avec une gomme qui ne peut être enlevée que par voie chirurgicale. Les coupables sont ensuite obligés de boire un breuvage provoquant une courante qui, ne pouvant s’évacuer, provoque d’affreuses douleurs et la mort par éclatement intestinal. Dialogue des civilisations quand tu nous tiens… Mettant fin aux procédures judiciaires de l’ancien régime et aux horreurs de sa justice, en matière de condamnation à mort, la révolution française avait adopté la guillotine, pour que les condamnés ne souffrent pas. A l’inverse, en Irak ou en Iran, et ailleurs dans la même aire « culturelle », nous sommes en présence d’un souci des autorités visant à obtenir un maximum de souffrance pour que l’être humain condamné à mort sente la mort et vive l’enfer. La faute, sûrement, à la manière dont les démocraties ont répondu à la déclaration de guerre de septembre 2001, va encore nous susurrer ce brave Cohn Bendit.

Alain Rubin

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