Budget de l’Etat, deux poids, deux mesures

Publié le 13 février 2008 - par

Il y a trop de fonctionnaires, qui coûtent cher à la collectivité. Il y a trop de retraités qui coûtent cher à la collectivité. Il y a trop de chômeurs qui coûtent cher à la collectivité. Il y a trop de RMIstes qui coûtent cher à la collectivité. Il y a trop de malades qui coûtent cher à la collectivité…
Nous sommes de plus en plus culpabilisés, montrés du doigt, sommés de nous assumer et de payer, les caisses de l’Etat étant vides (par notre faute) et la dette colossale … Par contre, nul ne rappelle les excès et les erreurs de ceux qui nous gouvernent, en voici quelques-uns au hasard, épinglés, pour certains, d’ailleurs, par la Cour des Comptes :

Christian Estrosi, secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-Mer était fort embarrassé le 23 janvier dernier : contraint de se rendre à Washington, il ne voulait sous aucun prétexte manquer un “pot” à l’Elysée, il eut donc l’idée miraculeuse de demander à ses services (on ne refuse rien à un membre du gouvernement amené à des déplacements d’urgence) de lui louer un jet privé, auprès de la société Dassault, prix d’ami garanti. Facture pour la collectivité, 138000 euros. 13 ans de smic net pour un chômeur, la suppression des franchises médicales pendant un an pour 2760 malades ou un petit appartement, à vie, pour un SDF… L’honneur est sauf, monsieur Estrosi a fait des excuses publiques, assurant qu’il n’était pas au courant du prix (dans ce monde-là, on ne compte pas…) mais n’a pas remboursé la somme déboursée !

De 2002 à 2006, l’Etat déshabille Marianne et vend ses parts de sociétés d’autoroute (dont une bonne partie déjà amortie) pour un prix dérisoire, 11 milliards d’euros censés être affectés au remboursement de la dette ; résultat, des bénéfices substantiels qui ne tombent pas dans l’escarcelle publique, la maximisation des recettes et des augmentations de tarif vertigineuses, dénoncées par la cour des comptes, payées par le client… qui est aussi citoyen et contribuable.

On rappellera pour mémoire les 130 milliards de francs de pertes dues aux errances de l’Etat (et la mauvaise gestion de Trichet, alors directeur du Trésor, et récompensé par son poste à la tête de la B.C.E ) dans l’affaire du Crédit Lyonnais en 1993. D’ailleurs, c’est l’Etat qui a liquidé ces dernières années des actifs en mauvais état, les “défaisances”, récupérés du Crédit lyonnais, du GAN ou du Crédit Foncier de France ; facture pour le contribuable, plus de 20 milliards d’euros.

Par ailleurs, depuis que Raffarin, en 2002, en a décidé ainsi, l’Etat met en vente ses bijoux de famille, à savoir une partie de son patrimoine immobilier ancien, voire historique, sous prétexte et de rembourser la dette et d’offrir à ses administrations des bâtiments récents ou restaurés donc plus commodes (mais à quel prix ?). Ainsi l’ancien hôtel Majestic, siège de la Wehrmacht sous l’Occupation, où ont été signés les accords de Paris mettant fin à la guerre du Vietnam a-t-il été vendu pour 404 millions d’euros à un émir du Qatar… Plus scandaleux encore, l’Etat a vendu en 2003 les locaux de l’ancienne Imprimerie Nationale pour 85 millions d’euros au fonds d’investissement américain Carlyle et les lui a rachetés en 2007 … 375 millions d’euros ! Silence radio. Vagues explications évoquant le coût des travaux entrepris par Carlyle. La commission parlementaire d’enquête demandée par le groupe communiste a été refusée … “Libération”(1), en comparant avec d’autres chantiers, propose un coût de 80 à 120 millions d’euros de travaux… Cadeau de l’Etat au fonds d’investissement, minimum 170 millions d’euros ! Ca fait combien de salaires de fonctionnaires, charges comprises ?

On n’oubliera pas, pour faire bonne mesure, l’argent public confisqué par les diverses municipalités, de gauche ou de droite, pour offrir des baux emphytéotiques concernant des terrains municipaux, pour y construire des mosquées, en dépit de la loi de 1905 qui interdit toute subvention (fût-elle déguisée) aux cultes, alors que l’on manque cruellement de logements et de terrains pour les construire en France …

Enfin, on dira encore une fois que l’augmentation de la dette, dont on nous rebat les oreilles, dont on nous rend responsables, est due pour une bonne partie aux intérêts cumulés dus par l’Etat français aux établissements financiers qui lui prêtent de l’argent puisque, depuis Maastricht, un Etat n’a plus le droit de battre monnaie … et est obligé d’emprunter !

On pourrait encore parler des augmentations de salaire du Président de la République par ailleurs nourri, logé, blanchi ; des indemnités plus que confortables des députés (et des sénateurs !!! ) et de leur retraite sans condition d’âge, liée à la fonction. On ne le fera pas, il faut bien que ceux qui se dévouent à notre chevet aient de petites compensations … à condition qu’ils ne nous demandent pas des efforts disproportionnés et injustes destinés à alimenter l’immense jeu de Monopoly auquel ils se livrent, et à financer leur folie des grandeurs, leur impéritie, les cadeaux faits aux multinationales comme aux fonds d’investissement étrangers et, bientôt, les édifices religieux des musulmans ou évangéliques…

On ne fera que déplorer le mépris affiché de nos élites pour la Res Publica, la “chose publique”, alias “le bien commun” ou la “République” comme pour les citoyens de ce pays, juste bons à travailler plus pour les nouveaux seigneurs féodaux et, surtout, on se demandera à quoi sert la Cour des comptes ! Depuis des années, excès et gabegies institutionnalisées sont pointés, montrés du doigt … sans aucun effet ! Ce sont de simples constats, de simples recommandations. A quand des sanctions ???

Christine Tasin

http://christinetasin.over-blog.fr

(1) http://www.liberation.fr/actualite/societe/269883.FR.php

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