Burqa et voile : bonnet noir et noir bonnet

Publié le 31 août 2009 - par - 313 vues
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Une coalition de 56 députés de l’Assemblée Nationale a réclamé le 9 juin 2009 la création d’une « commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa et du niqab sur le territoire national ». Or c’est une « mission qui est créée afin de dresser un état des lieux de la pratique du port de la burqa ou du niqab par certaines femmes musulmanes, de mieux comprendre le phénomène et de définir des propositions afin de lutter contre ces méthodes qui constituent une atteinte aux libertés individuelles sur le territoire national ». La mission est composée de 32 membres.

Le porte-parole du gouvernement Luc Chatel, ministre de l’Education Nationale, tout en estimant qu’ « un travail de fond est nécessaire », n’exclut pas que le gouvernement légifère sur la burqa. Ces démarches appellent plusieurs remarques. Pourquoi nos représentants ne traitent-ils pas du problème du voile dans sa globalité ? Pourquoi légiférer sur la burqa et le niqab ? Légiférer sur la burqa et le niqab, c’est autoriser le voile et remettre en cause la législation récente. Enfin, ce problème ne se limite pas à la France.

Qu’on parle de burqa, de niqab, de tchador, de hidjab, de djilbab, de foulard, de bandana …, – peu importe la longueur du tissu, la largeur, la couleur, l’épaisseur, la forme du voile, la surface corporelle qu’il couvre – il s’agit dans tous les cas d’un instrument de subordination et d’asservissement de la femme, de domination de l’homme pour qui la femme voilée devient « hourma » c’est-à-dire intouchable. Certains imams haranguent leurs fidèles dans ce sens, des associations politiques et caritatives musulmanes assurent le suivi.

Se voiler c’est aussi montrer à tous son appartenance à la communauté musulmane. Se distinguant en public par un voile, la femme qui le porte se discrimine elle-même, « établit une différence » – définition Larousse) et, par là même, discrimine les femmes qui n’en portent pas. De plus, elle leur rappelle qu’elles ne sont pas musulmanes. Le voile n’est pas un simple vêtement, c’est un instrument d’aliénation de la femme et une des manifestations du communautarisme. C’est aussi un refus d’intégration dans une société laïque que la France a mis longtemps à construire et à consolider à travers guerres et conflits. C’est un refus de l’autre.

Dans l’Espagne médiévale, les musulmans qualifiaient les Espagnols d’ « étrangers ». Comment qualifier ce comportement par lequel la femme voilée et ceux qui lui imposent ce voile refusent la culture du pays d’accueil, sa laïcité, sa tolérance à l’égard de toutes les croyances et de la non croyance ? On est en présence d’un refus d’adaptation par une minorité agissante. L’ancien garde des Sceaux Robert Badinter fait remarquer que « dissimuler son visage, c’est dissimuler son identité ».

Robert Badinter devrait aller plus loin : la femme, sous une burqa, a une identité, qui n’est que religieuse. Elle est une Musulmane, un point c’est tout. Tout le reste est occulté car il n’a pas d’importance. La secrétaire d’Etat à la Ville, Fadela Amara, a qualifié la burqa de « cercueil » et de « signe de l’instrumentalisation politique de l’islam ». Elle sait de quoi elle parle. Un exemple nous vient d’Egypte, berceau de la Confrérie des Frères musulmans : une association caritative qui en dépend fait circuler des bus de ramassage universitaire gratuitement. Mais seules les étudiantes voilées ont le droit d’y accéder. « Il y a voile et voile » prétend Abdennour Bidar (Le Monde 30/6/09). En fait, tout est voile en ce sens que tout voile dissimule, différencie, discrimine.

Toutes les religions ont leurs excès, toutes les ethnies ont dans leurs pratiques des comportements qui vont à l’encontre de l’égalité homme/femme et du respect de la dignité humaine. A trop vouloir tenir compte des « susceptibilités » des musulmans de France et de l’étranger, on perd nos valeurs, on discrédite l’Etat. Allons-nous accepter ou tolérer dans notre société européenne des pratiques comme la polygamie, l’excision, la violence contre les femmes, les mariages forcés, la répudiation, la lapidation, les châtiments corporels, les crimes d’honneur, la création de tribunaux islamiques, l’appel au meurtre des renégats et des impies (que nous sommes) etc … ?

S’interroger sur le sens du voile est du devoir de chaque citoyen et non un acte de « stigmatisation » des musulmans en France comme le prétend l’UOIF. C’est le voile lui-même qui est un stigmate avéré. Jamal El Banna, le propre frère de Hassan El Banna, fondateur et premier guide ( murshid ) de la Confrérie des Frères Musulmans en Egypte, a fustigé le voile dans un livre retentissant Le Hidjab (1). Il dédia ce livre, en « repentance pour les actes commis par les aïeux (al asläf) », « aux millions d’inconnues à travers les siècles, les Khadijätes, Fatimätes, Zaïnabätes, Aïchätes, que l’islam avait voulu sœurs pour les hommes (…) et dont les ulémas ont fait des objets sexuels, prisonnières des maisons, les ailes brisées, privées de liberté, de savoir et de travail. Elles ont vécu soumises et sont mortes dans la détresse ».

Nombreux sont les arabes et les musulmans qui déplorent que la liberté offerte en France et en Europe laisse le champ libre à tous les courants radicaux de l’islam. Ces mouvements (les associations qui agissent pour le compte des Frères Musulmans, le wahabo-salafisme, le Tabligh et autres Takfiris…) arborent comme devise « Le Coran est notre constitution et la gouvernance est de Dieu » (Sayyed Qotb) (2). Ils placent l’appartenance à la Umma (la communauté des Croyants ) au- dessus de la citoyenneté et sont en permanentes hostilités contre l’Occident : « La terre où l’islam ne domine pas, où sa sharia ne gouverne pas est une terre de guerre (dâr el harb) ». Peut-on mieux bafouer la laïcité et la démocratie ? S’agissant de défendre ces valeurs fondamentales et l’avenir de la France, il n’y a pas à faire de compromis.

Beaucoup de musulmans refusent le voile et certains qualifient les femmes voilées de « sacs de charbon », malvoyantes, cherchant leur chemin dans la rue, prisonnières de leur prison-ambulante sortant de leur prison-domicile-fixe. On a vu à Londres des parents accompagner à l’école leurs filles de 5 ans voilées. N’y a-t-il pas là une volonté délibérée et ouverte de les formater à la soumission dès la tendre enfance et de mater par anticipation leur rébellion à l’adolescence ?
Citons enfin quelques extraits du livre de l’iranienne Chahdortt Djavann Bas les voiles ! (3) « Je me suis voilée durant dix ans (de 13 à 23 ans). C’était le voile ou la mort. Je sais donc de quoi je parle. J’étais soumise et prisonnière sous la noirceur du hidjab et je ne permets à quiconque de dire que c’étaient les plus belles années de ma vie. Tous ceux qui vivent dans les pays démocratiques ne savent pas comment les droits, naturels à leurs yeux, deviennent inimaginables sous des régimes religieux islamiques. Je méritais comme tout être humain de naître dans un pays démocratique. Je n’ai pas eu cette chance-là. Je suis née révoltée et pleine de rancune ».

S’il advenait donc que la commission donne un avis favorable à l’interdiction de la burqa et du niqab, cela entraînerait inévitablement un encouragement tacite au port du voile et remettrait en cause la loi de 2004. Les demi-mesures sont vouées à l’échec. Par l’interdiction du port de tout signe religieux ostentatoire (voile sous tous ses aspects, kippa, croix, turbans…), la République viendrait principalement au secours des femmes et les aiderait à casser le carcan imposé par les religieux, maris et grand-frères. Peu de femmes ont la force morale et physique de résister seules à ces pressions sociétales et religieuses. Elles sont en droit d’attendre l’aide de l’Etat.

Ne laissons pas un fascisme politico-religieux s’installer dans notre pays au risque de créer une déchirure sociale grave et une rupture du consensus national. De plus, le problème étant paneuropéen et même mondial, c’est aussi à l’Europe et à tous les pays d’agir avec fermeté.
Français, cessons de nous voiler la face et d’entretenir la cécité collective. Agissons.

Bernard DICK

(1) Jamal el Banna, Le Voile, Ligue des Rationalistes Arabes, Ed. Dar Pétra, Damas, 2007 (en arabe)

(2) Sayyed Qotb, Signes de Pistes, Ed. Dar el Shourouk, Beyrouth, 2000 (en arabe)

(3) Chahdortt Djavann, Bas les voiles !, Ed. Gallimard, Folio, Paris, 2006

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