C’est le ramadan : je vide mon sac

Publié le 31 août 2009 - par

Cher Cyrano,

Dans le monde islamique aussi, des voix courageuses s’élèvent pour critiquer l’Islam.
Voici un article du saoudien Hischâm Mohammad publié le 24/08/2009 sur le site « annaqed.com » (Le Critique). J’ai souhaité le traduire (avec l’autorisation de l’auteur et du site) pour Riposte Laïque car il est intéressant sur trois points : emprise négative d’une religion qui inhibe le comportement moral élémentaire de l’individu, définitions antithétiques de Dieu, débordements ramadanesques.
Cet article nous fait prendre conscience de ce qui peut nous attendre…

Laïquement vôtre,

Bernard DICK

C’EST LE RAMADAN : JE VIDE MON SAC

1 – Un ami me raconta qu’il avait entendu une femme téléphoner à une émission radiophonique religieuse pour relater au cheikh (1) l’histoire suivante : « Pendant que je raccompagnais une visiteuse à la porte, mon petit garçon s’est échappé de mes mains et s’est élancé dans la rue. Il était à peine arrivé au milieu de la chaussée qu’une voiture venant du côté opposé l’a écrasé ». La femme poursuit : « Je n’ai pu courir après mon enfant ni descendre dans la rue car, étant avec ma visiteuse, je ne portais pas d’abaya (2) » (!). La femme clôt sa conversation en demandant au cheikh l’avis de la sharia musulmane sur son comportement.

Il est certain que la peur de la punition divine chez cette femme était plus forte que son amour pour son enfant. Certain que sa peur d’éprouver de la honte devant la société si elle descendait la rue sans abaya était plus forte que sa crainte de perdre son fils. Il est avéré que la mère, chez les humains comme chez les animaux, est prête à sacrifier sa vie pour ses enfants. Mais cette mère s’est comportée d’une façon différente et aberrante. Remarquez qu’elle interroge le cheikh sur la position de l’islam sur sa conduite comme si elle demandait son avis sur le fait d’écouter des chants, de s’épiler les sourcils ou de serrer la main de son beau-frère. Il n’apparaît pas au cours de son appel téléphonique qu’elle soit prise de remords ou affligée d’une profonde tristesse. Elle aspire à entendre des paroles qui la rassurent et qui lui permettent de dormir sur ses deux oreilles. Quelle froideur a saisi cette femme ?

Le sujet de cette histoire recoupe celui d’une catastrophe humaine terrible qui remonte à mars 2002 quand un incendie se déclara dans une école de filles à La Mecque. Un incendie horrible qui coûta la vie à quinze étudiantes et fit cinquante brulées. Des témoins oculaires déclarèrent à la presse, au moment des faits, que la police des mœurs, « al Hasba » (brigade d’incitation à la vertu et de la répression du vice), avait empêché les pompiers d’accéder à l’école (peut-être par peur d’enfreindre un interdit religieux) de même qu’elle avait empêché les étudiantes qui voulaient sauver leur vie de s’enfuir sans leur abâya. L’indignation se serait aggravée sans l’intervention d’un haut responsable gouvernemental, connu pour son soutien au courant religieux, qui désavoua les témoins et étouffa dans l’œuf le feu du scandale.

Cette femme ainsi que ce service de police sont responsables de la mort du petit garçon et des quinze jeunes filles brulées dans la fleur de leur âge. Mais cette femme et ce service de police, avant d’être coupables, sont victimes d’une pensée religieuse perturbée, malade et obscurantiste. Tous sont victimes d’une pensée religieuse qui place la mort avant la vie, la punition avant le pardon, le feu de l’enfer avant le paradis, l’apparence avant l’expérience, la dureté avant la souplesse. Victimes d’une pensée religieuse dénuée d’humanisme, de pardon, d’amour et de vie. Victimes d’une pensée religieuse chargée de haine, d’extrémisme et de mépris de la vie. Si on n’avait pas semé dans l’esprit de cette femme que l’abaya est le symbole de sa vertu, la couronne de son honneur et son passeport pour la djanna des arabes (N.D.T. : le paradis), elle ne serait pas resté clouée sur place, elle n’aurait pas regardé son enfant mourir devant ses yeux sans faire le moindre geste. Et si les cerveaux de ceux qui travaillent dans ce service criminel de police n’avaient pas été programmés à considérer la femme comme une victime permanente, comme une fille de Satan, comme une source de tentation et de révolte, ils n’auraient pas abandonné au feu ces âmes pures et ces tendres corps.

2- Un Slovaque interrogea son ami le penseur Nidâl el Saleh à propos de son livre superbe et intitulé L’impasse de la pensée religieuse entre les textes et la réalité : « Comment vois-tu Dieu alors que tu n’as aucun contact avec lui ? ». Notre penseur lui répondit : « Je vois Dieu dans toute belle chose. Je le vois dans les yeux des enfants et le sourire de ma mère. Je le vois dans les rivières et les vagues de la mer. Je le vois dans les cimes des montagnes et les fonds des vallées. Je le vois dans les fleurs, les roses et les arbres. Je le vois dans la majesté des forêts et la verdeur des arbres. Je le vois dans la musique de Bedrich Smetana, de Dvorak, d’Amadeus Mozart et de bien d’autres. Je le vois dans ce qu’il y a de bien dans le Coran et à travers les chants de Fayrouz, Um Kalçoum et Wadi’ el Safï. (3) »

Les cheikhs el Mutlak, el-Faouzân, el ‘Oumar, el Qarni, el Arfi, (4), le service de police et la femme dont nous venons de parler ainsi que la majorité des gens d’ici voient-ils Dieu sous les belles images saisissantes de Nidâl el Saleh ? ! La question vous fait rire ? Je pense que l’Allah arabe de nos régions ne diffère que par le nom du Yahvé de l’Ancien Testament, fanatique, jaloux, passionné de meurtre et de destruction. Quant à moi personnellement, je vois Dieu dans le corps de la ville de Ryad, fait de béton. Je le sens à l’odeur de la fumée et des poussières qui émanent des pores de cette ville dure. Je le vois sur ces visages que les barbes ont envahis et où la tristesse a trouvé sa patrie. Je le vois dans les corps des femmes biffés par la noirceur. Je le vois sur les affiches où l’on supplie Dieu, celles des souvenirs, des demandes de pardon, placardées sur les murs, les portes, les fenêtres, les tables, les poteaux, les ascenseurs et les distributeurs automatiques. Je le vois dans les forêts des minarets, je l’entends à travers les haut-parleurs et le brouhaha des chaires. Je le vois dans les flots de fatwas et les joies étouffées. Je le vois dans l’absence des danseuses et le silence des chants. Nidâl, excuse-moi, ah ! si je pouvais voir le Dieu beau, aimant, aimable, cordial et tendre comme tu le vois ! Moi, je ne peux le voir avec ces images attirantes et magiques malgré les grands sourires béats de ceux qui prétendent le contraire : Amr Khaled, Tarek el Swéidân, Mohammad el Awdî, Mohammad el Arfî. (5)

3- Le ramadan s’est installé et avec lui les questions et les fatwas de saison :

– « Que pensez-vous de celui qui avale sa salive un jour de ramadan (Que Dieu vous gratifie par le bien !) ? »

– « Le nettoyage des dents à la brosse annule-t-il le jeune, ô cheikh ? »

– « Quel est votre avis sur la masturbation avant la rupture du jeune ? »

– « Si un homme caresse sa parente (= l’épouse) un jour de ramadan, doit-il faire une offrande expiatoire ?

– « S’asperger de parfum annule-t-il le jeune (Que Dieu prolonge votre vie !) ? »

S’il vous est donné de vivre mille ans, vous entendrez les mêmes questions idiotes et les mêmes réponses ressassées.

Que démontre ce phénomène ?

– Premièrement, que les gens ont abandonné la lecture et ont dédaigné la quête personnelle. Qu’ils courent après des réponses toutes prêtes et faciles. Ce comportement ne reflète-t-il pas la dominance de la culture orale de la djahilyya (N.D.T. : période préislamique) jusqu’à nos jours, malgré la révolution technologique qui rend toute information gratuite et accessible par simple pression sur un bouton ?

– Deuxièmement, la prépondérance du rôle de l’homme de religion et l’hypertrophie de son ego d’une façon déraisonnable à tel point qu’il se met à penser à la place des gens et à s’immiscer d’une façon flagrante dans les détails les plus ténus et les plus futiles de leur vie.

– Troisièmement, qu’il est faux de prétendre que l’islam est une religion facile. Si l’islam était vraiment facile et compréhensible, les musulmans n’auraient pas besoin de cette armada de cheikhs et de muftis (6), de ces dizaines de chaînes religieuses et autant de programmes radiophoniques, de ces millions de brochures et d’imprimés religieux. Puissiez-vous passer une bonne année ! Avec mes mille vœux de bonheur !

Hishâm Mohammad (*)

Traduit de l’arabe par Bernard Dick

Notes du traducteur :

(*) Hishâm Mohammad est saoudien

Affkar_hurra@yahoo.com

Article publié le 24/08/2009 par le site www. annaqed.com (Le Critique)

(1) Cheikh (vieux). Il s’agit ici d’homme de religion

(2) ‘Abaya : variante du niqab. C’est un voile qui couvre en principe tout le visage et le corps

(3) Chanteurs arabes connus

(4) Ce sont des salafo-wahabites de renom en Arabie Saoudite

(5) Jeunes vedettes de la prédication religieuse dans les media : égyptien, koweïtien, saoudien

(6) Mufti : religieux qui émet des avis juridiques sur le droit islamique

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