Caroline Fourest : un préjugé de choc en faveur de l'islam (2)

Jeudi 5 juin, je suis allé assister au colloque « Religion et intégration. Le débat en France et en Allemagne », organisé à la Maison Heinrich Heine en coopération avec l’Ambassade d’Allemagne. Ce fut une rencontre très enrichissante et les interventions d’une grande qualité. Deux heures furent consacrées à la présentation des travaux de la Conférence sur la communauté musulmane (Deutsche Islamkonferenz), organe de discussion au niveau fédéral allemand avec la communauté musulmane. (1) Etaient présents le directeur Markus Kerber, du Ministère fédéral de l’Intérieur, Necla Kelek, sociologue, Dietrich Reetz, politologue, et Peter Graf, professeur à Osnabrück.
En résumé, les Allemands ont les mêmes problèmes que les Français pour intégrer les musulmans, qui campent sur leur droit à pratiquer leur religion en dépit des valeurs de la communauté allemande. Necla Kelek confia à l’assistance que le Ministère allemand était incapable de dire quelle est l’idéologie précise des groupes musulmans avec lesquels ils dialoguent, et d’où ils tiennent leur financement. Elle souligna d’une manière ironique que les musulmans construisent des mosquées partout, tout en se plaignant de n’avoir pas d’argent et d’être économiquement discriminés. En privé, elle me raconta que les islamologues occidentaux qui participent à ce groupe de « dialogue », reçoivent régulièrement des menaces anonymes afin qu’ils ne critiquent pas trop l’islam, mais que le ministère allemand ne s’en émeut pas plus que cela. On voit que les conditions d’un dialogue apaisé sont tout à fait réunies !
Après la pause déjeuner, le débat se concentra sur la situation française et la notion de « laïcité positive ». Christian Lochon, professeur à l’Institut Ghazali de formation des imams, fit de son mieux pour vendre ce concept : grosso modo, son discours visait à dire que les religions ont été injustement persécutées par la « laïcité négative », qu’il fallait à présent jeter aux oubliettes. Il finit son plaidoyer en disant qu’il « faut reprendre la laïcité au laïcisme et redonner à la culture religieuse la place qu’elle doit avoir dans toute société. »
Caroline Fourest intervint tout de suite après. Elle fit avec beaucoup d’intelligence la critique de ce pseudo-concept de « laïcité positive ». Elle montra avec brio que cette expression dissimule la volonté de détruire la laïcité, et de remplacer le lien social par le lien communautaire religieux. Sa charge contre notre président fut particulièrement éloquente : « Nicolas Sarkozy parle toujours d’espérance au sens religieux du terme. Cela est particulièrement inquiétant quand on est président de la République, non pas pape ! » Sous son charme, j’en étais presque arrivé à regretter mes attaques contre elle.
Mais mon envie de faire la paix a été de très courte durée. A cause de « l’affaire du mariage annulé pour non virginité de la mariée », j’ai visionné le documentaire réalisé par les deux animatrices de Prochoix (Caroline Fourest et Fiamettta Venner) et Valérie Lucas, « Certifiées vierges », diffusé le 28 février 2008 dans le cadre d’Envoyé Spécial. (2) Ma stupeur a été totale. Ce reportage est une honte, et je suis étonné qu’aucune voix féministe ne se soit élevée pour le dénoncer. (3)
« Certifiées vierges » a un mérite : il montre que de plus en plus de jeunes filles musulmanes font appel à la chirurgie pour se faire refaire une « pureté » morale perdue, sous la forme d’un semblant de membrane vaginale, destinée à tromper l’exigence « morale » de leur famille et leur futur époux. Cependant, le traitement du sujet laisse de côté l’enjeu principal de ces pratiques : la liberté sexuelle de ces femmes en dehors du mariage. Caroline Fourest n’aborde jamais ce thème fondamental, qui est la base de toutes les revendications féministes : le droit à la libre jouissance de son corps. Elle s’attache seulement à montrer que la virginité est une valeur aussi bien pour certains chrétiens orthodoxes, pour les protestants d’un obscur mouvement minoritaire, et pour les musulmans.

En juxtaposant ces trois types de croyants, Caroline Fourest, fidèle à la stratégie élaborée dans Tirs Croisés, souhaite encore et toujours nous faire croire que c’est l’intégrisme qui pose problème, non pas l’islam, et que cet intégrisme est équitablement partagé entre les « trois religions monothéistes ». La jeune femme musulmane qui recourt à la réfection de l’hymen est d’ailleurs présentée comme victime d’un viol, comme pour la dédouaner presque de son désir de se refaire une « pureté », en passant sur le billard. L’analyse développée par Mme Fourest consiste à dire que l’islam n’est pour rien dans l’exigence de pureté virginale, que c’est la tradition qui en est responsable, que ce sont « les parents » qui sont coupables, qui eux-mêmes ne sont que les victimes de « l’esprit de village », du « qu’en dira-t-on », de la pression des « voisins ». Elle finit son entreprise confusionniste en faisant témoigner des « grands-mères » françaises, pour montrer que les musulmans ne sont en retard sur notre société que d’une cinquantaine d’années, non pas de mille quatre cents ans. (4)
Le documentaire de Mme Fourest pousse la désinformation jusqu’à nous dire, par la voix de Youssef Seddik, anthropologue (5), que l’islam a été influencé par « l’image catholique puritaine », alors qu’en fait « Mahomet préférait les femmes expérimentées aux femmes vierges ». Voilà une présentation pour le moins biaisée de l’enseignement de Mahomet ! Certes, sur les onze femmes de Mahomet, neuf étaient « expérimentées », puisque divorcées, cependant cela ne veut absolument pas dire que Mahomet tolérait la liberté sexuelle extra-maritale ! Bien au contraire, le Coran est explicite là-dessus : « La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les chacun de cent coups de fouet. Et ne soyez point pris de pitié pour eux dans l’exécution de la loi d’Allah – si vous croyez en Allah et au Jour dernier. Et qu’un groupe de croyants assiste à leur punition. Le fornicateur n’épousera qu’une fornicatrice ou une associatrice. Et la fornicatrice ne sera épousée que par un fornicateur ou un associateur; et cela a été interdit aux croyants, à l’exception de ceux qui, après cela, se repentent et se réforment, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » (6)
Ce passage-là n’a pas retenu l’attention de Mme Fourest dans son livre Tirs Croisés, qui s’évertue avec tous les moyens de la malhonnêteté intellectuelle, de faire une distinction entre le sexisme de la « tradition » et un supposé « progressisme » de Mahomet ! Pourtant, ce passage-là contient en germes toutes les traditions inacceptables du monde musulman. Il n’y a pas « d’esprit de village » responsable de l’arriération des musulmans, il y a un « commandement divin » explicite qui condamne la liberté sexuelle des femmes, et qui maintient, sous la menace de l’enfer, cette arriération. « L’esprit de village », la mentalité des « parents », le « qu’en dira-t-on », la pression sociale qui s’exerce sur toutes les jeunes femmes musulmanes, qui va jusqu’à ces crimes que l’on appelle « d’honneur », ne sont que les fruits du rabâchage de cette norme arriérée, à la mosquée et dans les écoles coraniques. Croire que ces traditions patriarcales peuvent disparaître en revenant au Coran, c’est comme croire que le « Manifeste des 343 salopes » a été inspiré par saint Paul !
Plus encore, ce qui est scandaleux dans son reportage, c’est de ne pas critiquer cette vision tribale de l’islam, que les tolérantes grand-mères maghrébines de l’atelier cuisine défendent sans brocher : une musulmane ne peut épouser qu’un musulman ! Le Coran ne condamne pas seulement la liberté sexuelle des femmes, il pose aussi qu’une femme qui a perdu sa virginité (« une fornicatrice ») ne peut plus épouser un musulman. Cela explique sans contorsions cérébrales pourquoi il y a un tel boum des demandes de réfection d’hymen, et que 90% des clientes sont musulmanes (cC’est un chiffre que donne Mme Fourest, sans dire d’où elle le tient. Qu’en est-il des 10% restants ?) . Une fille qui a perdu sa virginité est perdue pour la Oumma. Son père se sent déshonoré, car il a perdu une musulmane, et, dans le monde musulman, il peut la tuer comme on tue une mécréante. (7) Comment intégrer une communauté religieuse structurée autour de cette norme tribale, qui empêche le brassage culturel et l’assimilation au reste de la population autochtone ?
Mme Fourest veut nier l’évidence, et cherche midi à quatorze heures. Par souci stratégique de ne pas attaquer l’islam, mais seulement l’intégrisme, elle dissimule la nature arriérée de la morale mahométane, et contribue à la désinformation islamiste. A force de nuance, elle en est arrivée à oublier les exigences fondamentales du combat féministe.
Je ne peux pas croire que Mme Fourest soit dénuée d’intelligence, aussi je pense que son positionnement par rapport à l’islam est parfaitement conscient. Elle se refuse à adopter la position tranchée par rapport à l’islam d’Ayaan Hirsi Ali, de Taslima Nasreen ou de Wafa Sultan, pour ne pas apporter de l’eau au moulin des lepénistes ou des villiéristes. (8) Elle ne veut pas donner du crédit à la thèse du choc des civilisations de Huntington.
L’intention est louable et compréhensible. Cependant les faits sont têtus, et l’on ne peut pas les occulter juste par stratégie politique. Au contraire, cette stratégie est politiquement désastreuse, car à force d’occulter l’évidence, on jette dans les bras de l’extrême droite tous les honnêtes citoyens qui constatent les mêmes faits indéniables. A mon sens, la gauche devrait commencer à reconnaître les faits, et réfléchir à une réponse politique autre que celle des extrêmes. Défendre des valeurs d’une manière franche et déterminée ne peut pas être disqualifié comme étant une attitude extrémiste, car cela reviendrait à dire qu’un honnête citoyen ne doit avoir ni caractère ni intégrité. Si continuer à se battre pour la liberté des femmes est « intégriste », et passe par la dénonciation intégrale de l’islam, je ne peux éprouver aucune honte pour cet extrémisme-là, quand bien même une Caroline Fourest chercherait à le stigmatiser.
Radu Stoenescu
(1) Pour les germanophones, en voici la présentation sur Wikipédia http://de.wikipedia.org/wiki/Deutsche_Islamkonferenz
(2) A voir http://www.dailymotion.com/relevance/search/hymen/video/x4kfqg_tunisie-algerie-maroc-viriginite-de_news et http://www.dailymotion.com/relevance/search/hymen/video/x4kfqw_tunisie-algerie-maroc-viriginite-de_news
(3) Je n’ai trouvé que cet article http://www.mediaslibres.com/tribune/index.php/2008/03/04/488-envoye-special
(4) Elle a d’ailleurs réitéré cette brillante analyse sociologique dans l’émission Mots croisés du mardi 3 juin. http://mots-croises.france2.fr/43535098-fr.php
(5) http://fr.wikipedia.org/wiki/Youssef_Seddik
(6) Sourate 24, versets 2-5.
(7) http://www.bivouac-id.com/2008/05/12/irak-ma-fille-meritait-la-mort-pour-etre-tombee-amoureuse/
(8) http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/10/13/1773-reponse-a-riposte-laique-caroline-fourest

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